La justice sociale selon ‘Allâmeh Tabâtabâ’î

L’une des précieuses notions distillées dans son commentaire du Coran intitulé Tafsîr al-Mîzân est la notion centrale de justice que ‘Allâmeh explique subtilement en différentes occasions au long de son ouvrage. Malheureusement, l’histoire des sociétés musulmanes rapporte continuellement de quelle manière cette notion est métamorphosée, étant transportée des domaines importants de la politique et de la société à ceux de la morale et de l’individu, les despotes usurpateurs s’étant constamment efforcés de vider de son contenu cet étalon, ce principe essentiel de la société musulmane, d’effacer son aspect social et politique et de le limiter au seul domaine sans danger de la morale, de la théologie dogmatique et des débats qui y sont liés, comme les querelles dogmatiques perpétuelles ayant des débouchés légaux ou non, et les débats à propos de la justice divine. Ceci alors que le principe de justice est si important en islam que certains vont même jusqu’à penser que cette notion, comme le principe de justice sociale, peut être utilisée comme critère pour la jurisprudence et ses conséquences juridiques. Selon le grand élève de ‘Allâmeh, le Professeur martyr Motaharî : « Le principe de justice compte parmi les étalons de l’islam à partir desquels il faut voir ce qu’il convient. La justice se trouve dans la ligne des causes des décrets et non dans celle des conséquences, la justice n’est pas subordonnée à ce que dit la religion, car au contraire, la religion parle en fonction de la justice. »

Autrement dit : « La justice prévaut sur les lois, elle n’y est pas soumise, il ne s’agit pas de justice islamique, mais d’un islam conforme à la justice. »

Le Professeur décrit ainsi la négligence des juristes vis-à-vis de la justice sociale et le fait que les bases n’en sont pas même édifiées : « Le principe de justice sociale, avec toute son importance, a été négligé dans notre jurisprudence, et ce alors que des versets coraniques nous ont procuré son aspect public appliqué à la jurisprudence, or, malgré cette insistance du Noble Coran sur la question de la justice sociale, aucune base, aucun principe général n’en a été tiré, ce qui a plongé notre réflexion sociale dans la torpeur. »

 

 Le Professeur Motaharî, considérant que la justice individuelle et la justice sociale sont engagées l’une par rapport à l’autre, met en avant la justice sociale par rapport à la justice cantonnée au domaine de la morale individuelle et la considère comme l'un des principes de base à propos duquel l’islam insiste tout particulièrement. Au regard de l’islam, l’individu a des droits et la société également, or ce qui convient à la société et à sa noblesse passe avant ce qui convient à l’individu – même si l'un est en étroit rapport avec l'autre et que le droit de l'un ne peut être réalisé sans le droit de l'autre. De même ‘Allâmeh Tabâtabâ’î explique clairement à partir du Coran que la société dispose d’une personnalité et d’une vie et, considérant le verset « Un terme est fixé à chaque communauté ; lorsque son terme arrive, elle ne peut ni le faire reculer ni l’avancer d’une heure. » (Al-A‛râf ; 7 : 34), croit que la société est concernée par la maladie et la santé, la félicité et le malheur, et qu’il est question de partage des responsabilités.

 

Les points de vue exégétiques de ‘Allâmeh au sujet de la justice

 

‘Allâmeh Tabâtabâ’î, dans son immense commentaire du Coran Al-Mîzân, parle de façon détaillée de la justice au regard du Coran. Il di à ce propos que ceux qui débattent à propos des décrets et des sciences de l’islam rencontrent souvent au gré de leurs discussions le mot justice et, que de fois font-ils état de définitions différentes au sujet de la justice, d’exégèses variées résultant des différences de goût des gens qui débattent et de la variété de leurs méthodes… Ainsi, selon 'Allâmeh, les termes choisis pour définir la justice doivent s’accorder à l'activité d’exégèse du Coran, et doit faire concorder l’analyse de la signification de la justice avec le concept d’innéité ou de "nature primordiale divine" (la fitrat) qui constitue la source de tous les décrets islamiques. »

 

‘Allâmeh, en annexe du commentaire du verset « Oui, Dieu ordonne l’équité, la bienfaisance et la libéralité envers les proches parents. Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte. Peut-être réfléchirez-vous. » (Nahl ; 16 : 90), discute et critique au cours d’une explication sur l’importance de la justice, les points de vue ayant un « penchant » pour les simplifications concernant la justice. Il expose alors les précieuses définitions de cette notion et de ces variantes. Il dit au-dessous du verset susmentionné : « Dieu le Loué a commencé par citer ces trois décrets qui sont les plus importants, sur lesquels se fonde la société humaine et qui ont été donnés par ordre d’importance, parce qu’au regard de l’islam, le principal dessein de l’enseignement concerne l’intérêt social, l’intérêt commun. Dans ce sens, bien que les êtres humains soient des individus et que chaque individu soit capable de bonté et de malfaisance, du point de vue de la nature de l'homme en tant qu'être social et civilisé, le bonheur de chaque individu repose sur l’intérêt et la réforme du cadre social au sein duquel il vit. Ainsi, au sein d’un cadre social corrompu en tous points, le salut d’un individu semble particulièrement compromis (ou dirait-on, est généralement impossible). Dieu ordonne la justice, et la justice se tient face à la tyrannie. »

 

Ghârib dit dans les Mufradât : « La justice et la transaction sont des mots dont le sens implique les notions d’égalité […] Les deux termes arabes désignant la justice sont proches au niveau de leur sens. Le fait est que l’un s’emploie là où elle est visible à l’œil, comme lorsque les deux plateaux de la balance s’équilibrent, ou les deux demi-charges d’une bête de somme, ou deux mesures de noix, ou de blé. De là, il est possible de dire que la justice comporte le sens d’acompte et de division équitable. » Ensuite, il ajoute: « La justice est de deux sortes, l’une est celle qui est requise, la justice dont le bien est exigé, qui n’est abolie à aucune époque et qui ne peut en aucune circonstance être comptée pour de l’oppression, s’agissant d’être bienfaisant avec ceux qui ont été bienfaisants avec toi et de ne pas tourmenter celui qui s’est abstenu de te tourmenter. »

 

« La deuxième sorte concerne la justice dont la raison n’a su distinguer que telle chose est juste, car c’est par l’intermédiaire de la loi divine que celle-ci est connue, comme dans le cas du châtiment, de la mesure d’un crime, ou du principe concernant les biens d’un apostat. La justice de ce type peut être abrogée à certaines époques. Cette méthode de justice est ce que vise le verset: « Oui, Dieu ordonne l’équité, la bienfaisance. » (An-Nahl (Les abeilles) ; 16 : 90), parce que la justice comporte le sens d’égalité dans la compensation : il faut compenser un bien par un même bien, et un mal par un même mal - tandis que la bienfaisance comporte le sens de compenser un bien par un bien plus grand encore, et de répondre à un mal par un moindre mal.» Voici donc la portion des paroles de Ghârib apportant une confirmation. Et ce discours, par l’exposé détaillé qu’il donne, nous renvoie à une phrase célèbre qui dit : « La justice est la modération et le fait d’éviter l'excès et l'intempérance en toute chose, et ceci en vérité, donne son sens au mot, selon la nécessité inhérente à son sens principal. En effet, le sens principal du mot justice est le fait d’établir l’égalité parmi les choses en donnant à chaque chose ce qui lui est approprié, jusqu’à ce que chacune se trouve à sa juste place, à la place qui lui revient de droit. Ainsi, la justice en matière de croyance consiste à avoir foi en ce qui est vérité, tandis que la justice en matière d’action individuelle consiste à agir selon ce qui est bon pour toi, et en ce que tu évites d’accomplir ce qui causera ton malheur, suivant en cela les désirs de ton âme. La justice concernant les gens et les gens entre eux consiste à donner à chacun la place qui lui revient de droit, qu’il s’agisse de la loi divine ou du droit coutumier ; sois bienfaisant avec le bienfaisant en raison de sa bienfaisance et punis le malfaisant du fait de sa malfaisance, reprends à l’oppresseur le droit des opprimés et ne fais pas preuve de discrimination lorsque tu appliques les lois. »

 

De là, il est clair que la justice est toujours proportionnelle au bien auquel elle reste attachée, car nous ne donnons pas d’autre sens au bien que celui vers lequel la nature tend et est attirée, et qui consiste à placer toute chose à la place qui lui est appropriée et qui lui revient. C'est parce qu'une chose est à la place qui lui est appropriée que l'homme est attirée par elle et reconnaît que c'est une bonne chose ; et si parfois il agit contre cela, il s’en excuse. Il ne se trouve pas deux êtres humains pour s’opposer à ce sujet, même si les gens s’opposent sur les critères à retenir à ce sujet et pour définir ce qui est juste. Cependant, ces différends proviennent des disparités existant entre leurs manières de vivre. »

 

En plus des classifications en matière de justice, il expose ceci : « Ainsi, bien que la justice soit de deux sortes l’une étant la justice de l’être humain envers lui-même et l’autre sa justice envers les autres, c'est-à-dire l’une étant la justice privée et l’autre publique, et bien que le mot justice soit un terme absolu et concerne en cela les deux sortes, la forme apparente du verset souligne cependant que le dessein de la justice est la justice publique, qui consiste en ce que l’on agisse avec tout membre de la société de telle manière que cela soit conforme au droit qui lui revient et que cela soit fait à la place qui convient. En effet, parmi les vertus de la société figure le fait que l’individu soit commis à l’accomplissement des devoirs de ceux qui sont concernés, en ce sens que Dieu le Loué ordonne que chaque individu de la société contribue à la justice. Ceci implique que ce qui dépend de la société soit présent et, de fait, tant l’individu est responsable de la mise en œuvre de ce décret que la société elle-même qui a le pouvoir en charge et a autorité sur cela. »

Traduction Denise Masson.

Idem.

Idem.

 

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