La notion de liberté et le regard que l’islam pose sur elle

Lors de l’analyse et de l’interprétation d’un sujet, il faut pour commencer présenter la méthode avec laquelle on l’aborde, car chaque sujet requiert son approche particulière, ses sources, ses prérequis et sa méthode. Par exemple, on ne peut en aucun cas mener une analyse psychologique en employant une méthode relevant de la sociologie, ni l’inverse. Par conséquent, si on analyse la liberté au regard de l’islam, il faut suivre les prérequis inhérents aux sources islamiques. A la faveur de ce point, avant d’analyser le point de vue de l’islam vis-à-vis du sujet de la « liberté », il faut avoir à l’esprit quelques questions, à titre d’avertissement et de fondements :

 

Premièrement. Le terme « liberté » a pour sens le caractère ouvert de la voie consistant à accomplir ou à ne pas accomplir un acte, que cet acte ait de la valeur ou non, qu’il soit du ressort de la réflexion, de la politique, de la morale ou non, qu’il soit individuel ou social, rationnel ou irrationnel.

 

Deuxièmement. L’être humain, de par sa création, a cette spécificité d’être une créature intelligente, en ce sens que vis-à-vis de chaque action, il peut prendre le parti de l’accomplir ou de ne pas l’accomplir. Du fait de sa fitrat (sa nature primordiale, son innéité) quant à accomplir ou non un acte, l’être humain suit son bon plaisir et n’est tenu en rien, ni dans un sens, ni dans l’autre. Cette sorte de liberté est nommée « liberté naturelle ».

 

Troisièmement. La liberté naturelle somme une autre liberté, à savoir la possibilité qu’a l’être humain de jouir des dons de la liberté naturelle sans recourir à la force et à une volonté extérieure. Cette liberté a pour nom la « liberté légale ».

 

Quatrièmement. La définition de la liberté est étroitement liée à la définition de l’être humain, car c’est l’être humain qui dépend de la liberté. C’est pourquoi toute définition de l’être humain à un effet sur la compréhension de ce qu’est la liberté et sur la détermination de ses limites, et au-delà de cela, sans donner de définition de l’être humain, il n’est pas possible de définir la liberté.

 

 

Définition de la liberté au regard de l’islam, à travers son point de vue sur l’être humain

 

L’être humain au regard de l’islam

 

1. L’être humain est le représentant de Dieu sur la terre, il est Son serviteur, et au degré de la servitude, il est soumis à Sa volonté et à Son désir. Or au degré de sa représentation, il doit être actif sur terre (Al-Baqara (La vache) ; 2 : 3).

2. L’être humain est à la fois doué d’intelligence et de volonté. L’islam veut soumettre la volonté de l’être humain à la volonté de Dieu, car c’est dans ce cas seulement que l’être humain atteindra à la vie heureuse et au salut, dans ce monde et dans l’autre (Al-Ahzâb (Les coalisés) ; 33 : 29 et Al-Isrâ’ (Le voyage nocurne) ; 17 : 91).

3. L’être humain est la plus noble des créatures, en raison du fait qu’il réfléchit la sagesse de Dieu de la manière la plus directe et qu’il manifeste Ses qualités de la plus parfaite des façons. (Al-Isrâ’ (Le voyage nocturne) ; 17 : 7).

4. L’être humain a le pouvoir de dominer toutes les autres créatures, or, il a également la responsabilité d’en prendre soin.

5. L’être humain possède deux façons d’être : sa nature « animale / instinctive » et sa nature « primordiale / innée » et, de ce fait, il possède au demeurant la capacité de s’élever ou de chuter indéfiniment (Al-Insân (L'homme) ; 76 : 3). Le secret de la double attestation et de l’antagonisme de certains versets du Coran portant sur l’être humain réside dans cette spécificité. Dans certains versets, l’être humain est faible et incapable (An-Nisâ’ (Les femmes) ; 4 : 82), oppresseur (Ibrâhîm (Abraham) ; 14 : 43), ignare (Al-Ahzâb (Les coalisés) ; 33 : 27), particulièrement ignorant, ingrat (Al-‘Âdiyât (Les coursiers) ; 100 : 6), rebelle (Al-‘Alaq (L'adhérence) ; 96 : 6), tandis que dans d’autres versets on dit de lui qu’il est conscient (Al-Qiyâmat (La résurrection) ; 75 : 41), recherche la vérité (Az-Zumar (Les groupes) ; 39 : 81) et accepte les responsabilités (Al-Ahzâb (Les coalisés) ; 33 : 27).

 

Il en résulte, d’une manière générale, que l’islam ne voit pas l’être humain tel qu’il est en apparence et tel qu’il s’est montré jusqu’à présent, ayant à l’esprit un idéal plus poussé que ce que voit la vue naturelle, matérielle. L’islam veut doter l’être humain d’un idéal ; il ne s’agit pas ici que l’homme en reste à un stade ordinaire, se conformant à la société et tachant de s’arranger avec les autres. Ceci se situe à l’opposé de la vision que le libéralisme a de l’être humain ; vision naturaliste considérant l’homme dans son aspect extérieur et ses besoins physiques.

 

La liberté et la notion d’être humain

 

Considérant les deux manières d’être, l’ambivalence de l’être humain (sa nature « animale / instinctive » et sa nature « primordiale / innée », sa chute et son élévation), selon l’islam, Dieu a donné à la fois la « liberté naturelle » à l’être humain et lui a à la fois fait approuver la « liberté légale » afin qu’à la lumière de ces deux libertés, il soit capable de restaurer ce qui a été perdu et de s’immuniser contre les malheurs provenant des déviations de sa nature mais aussi qu’avec connaissance et libre emploi de son côté primordial / inné (de sa fitrat), il obtienne le degré du califat divin, de la représentation de Dieu sur la terre. Autrement dit, l’islam considère que l’être humain réunit les conditions nécessaires et possède les capacités et les compétences qui font que la jouissance du don de la liberté lui convienne et lui soit nécessaire. C’est pourquoi le Coran a donné pour but de la guidance inhérente à la mission du Noble Prophète (s) la réalisation de la liberté naturelle et légale : « Il ôte les liens et les carcans qui pesaient sur eux. » (Al-A‛râf ; 7 : 157). Disant en cela que sans la liberté, l’appel à la religion, à la piété, est vide de sens et absurde.

 

La liberté en islam

 

Considérant les sujets abordés précédemment, quelle est donc la définition de la liberté au regard de l’islam ? L’islam croit à la fois à la liberté naturelle de l’être humain et à la liberté légale. Selon les versets du Coran, l’homme jouit de la liberté naturelle, c'est-à-dire qu’il est libre d’accomplir ou de ne pas accomplir telle action, ce qui correspond à sa liberté originelle. De même, la liberté légale est jugée convenable et nécessaire au regard de l’islam, c'est-à-dire que l’être humain est libre de jouir dans ses actes et dans sa vie de sa liberté naturelle et personne n’a le droit de s’opposer par la force à la jouissance raisonnable de sa liberté naturelle. Dieu le Très-Haut dit : « Dis : ‘Ô gens du Livre ! Venez à une parole commune entre nous et vous : nous n’adorons que Dieu ; nous ne lui associons rien ; nul parmi nous ne se donne de Seigneur, en dehors de Dieu.’ » (Âle ‘Imrân (La famille d'Imran) ; 3 : 64), et « Il n’appartient pas à un mortel auquel Dieu a donné le Livre, la sagesse et la prophétie, de dire ensuite aux hommes : ‘Soyez mes serviteurs, et non pas ceux de Dieu.’ » (Idem ; 3 : 79). Il s’agit là de cette liberté que l’Imâm ‘Alî (as) a recommandée à son fils l’Imâm Hasan (as) dans son testament : « Préserve ton âme de toute médiocrité, même si ta sagesse te conduit à la réalisation de tes désirs, car jamais tu n’obtiendras une chose de valeur en considérant que ton âme est honorable. Ne sois jamais le serviteur d’un autre car ton Dieu t’a créé libre. » (Nahj al-Balâgha, lettre n° 13). Du fait de l’esprit d’unicité qui occupe une place spéciale dans la vision islamique, l’être humain doit uniquement servir Dieu et non ce qui est autre que Dieu et, selon ce qui a été dit, il doit soumettre sa volonté à la volonté divine et limiter sa liberté naturelle en l’attachant à la volonté de Dieu : dans ce cas, il trouvera la vie heureuse dans ce monde et dans l’Au-delà. Cependant, ce même être humain n’a pas le droit, au regard de l’islam, de voir la jouissance de sa liberté naturelle se trouver limitée aux désirs et à la volonté des autres, car l’être humain n’a pas le droit de se constituer serviteur des autres et ainsi de se priver, en pratique, de sa liberté légale. La liberté légale, avec la définition qu’en donne la vision islamique, est un droit avéré et naturel de l’être humain, et personne n’a le droit de l’en priver et de la limiter.

 

En résumé : la servitude envers Dieu procure la liberté, tandis que la servitude envers ce qui n’est pas Dieu entraîne la perte de la liberté, comme l’a dit l’épouse de ‘Imrân, la mère de Maryam : « Mon Seigneur ! Je te consacre ce qui est dans mon sein ; accepte-le de ma part. » (Âle ‘Imrân (La famille d'Imran) ; 3 : 35).

 

Les limites de la liberté

 

Les autres êtres humains ne peuvent pas limiter la liberté légale, mais du fait que l’être humain est une créature sociale, il est naturellement nécessaire que sa volonté intervienne dans le champ de la volonté des autres. Autrement dit, sa volonté au sein de la société est associée à la volonté des autres. C’est pourquoi il faut se soumettre à un code civil fixant des limites aux volontés et aux libertés des gens. Cette disposition naturelle ayant donné à l’individu la liberté de vouloir et d’agir, a attaché à l’être humain au sein de la société des limites à sa volonté et à son action, ainsi qu’une liberté légale. Dans la vision islamique, c’est pour cette raison que la Loi a été fondée sur l’unicité puis sur la morale et empiète sur les actes individuels et sociaux, selon les critères de la loi divine. C’est dans ce cadre que la liberté légale se trouve limitée.

 

Considérant ce point important, la liberté légale revêt au regard de l’islam le sens d’un être humain libre, libre de son action et jouissant de l’ensemble des droits que les lois religieuses lui ont octroyés. Par exemple, l’une de ces lois religieuses dit que l’être humain peut aller aussi loin qu’il le veut dans la recherche et l'apprentissage du savoir. La liberté d’expression et de publication, la liberté sociale, la liberté du savoir, la liberté de penser (dans les domaines spécialisés, culturels et politiques) vont trouver leur sens et se trouver absorbées dans le cadre de la catégorie citée.

Traduction Denise Masson.

Idem.

Idem.

Traduction Denise Masson.

 

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