La philosophie de l’Imâmat chez Mollâ Sadrâ (4)

Explication philosophique des qualités des Imâms (as)

 

  • Identité de la station de l’Imâmat et des qualités de l’Imâm :

Comme nous l’avons dit précédemment, l’Imâm (a) occupe, dans l’axe de la remontée (qows-e su'ûd), la station la plus élevée et les qualités de l’Imâmat procèdent de ce degré supérieur de l’être.

Etant donné que les perfections de l’être ont une existence extérieure et réelle, l’élection ou l’intronisation de la part des gens ne jouent aucun rôle dans leur réalisation. L’Imâm Rezâ (as) a souligné ce point dans la tradition numéro 518, et c’est dans ce même hadith qu’il a décrit l’Imâmat comme étant bien plus élevé pour que l’Imâm soit élu ou désigné par les suffrages des hommes ordinaires. Le seul devoir des hommes est de connaître les awliyâ, c'est-à-dire ceux que Dieu a désignés pour être leurs chefs.

 

Rûmî dit :

 

Dide -yi khâham ke bâshad Shah-shenâs

Tâ shenâsad Shâh râ, dar har lebâs


Je veux un regard qui discerne le Roi

Pour reconnaître le Roi dans toutes Ses apparences

 

Quelques remarques :

  • C’est Dieu qui désigne l’Imâm et le fait connaître, et non pas les hommes. Sur le parcours de la remontée de la procession de l’être, les stations supérieures peuvent connaître les stations inférieures, mais ces dernières n’ont pas la capacité inverse.

 

Comme le dit Rûmî :

 

Dar nayâbad hâl-e pokhteh hich khâm

 

Jamais le cru ne comprendra ce qu’est le cuit

 

L’inférieur ne connaît pas le supérieur ; non pas au sens de la connaissance purement mentale (conceptuelle) mais de la connaissance vraie, celle dont les gnostiques et même les philosophes ont dit qu’elle entraîne l’unification du connaissant et du connu, où le connaissant devient ce qu’il connaît.

Par conséquent, les êtres des stations inférieures peuvent savoir qu’il existe des stations supérieures, mais ils ne peuvent pas connaître pleinement les détenteurs de ces stations. C’est pourquoi ils sont incapables de savoir quel homme est le meilleur, le plus digne d’occuper la fonction d’Imâm, et encore moins de voter pour ou contre lui. Il s’agit de stations et de fonctions définies par Dieu Lui-même, comme de choisir quel homme devrait être envoyé à tel ou tel peuple.

Si les hommes passent outre ce principe, ils seront induits en erreur ou risqueront d’élire quelqu’un qui serait dépourvu de toute qualité – cela alors que la position de l’Imâm ne peut convenir qu’à l’être méritant, c'est-à-dire à celui qui a atteint le degré de compétence et de perfection lui permettant de mener à bien sa mission.

N’oublions jamais que nous sommes dans le contexte de la révélation et que nous ne parlons pas d’un sujet laïc pouvant être traité indifféremment, selon le bon gré des électeurs. L’Imâm (as) a une fonction à l’égard de la prophétie. Il est le gardien du sens de la révélation. Il ne modifie pas la révélation, mais il en est l’interprète autorisé que Dieu a désigné aux hommes comme référent.

Personne ne peut accéder à cette station même par un effort spirituel, encore moins par une ruse politique. Il ne s’agit pas seulement d’une station spirituelle, ce qu’elle est à l’évidence aussi, mais d’une fonction religieuse que Dieu a instaurée comme complément à la Révélation pour préserver celle-ci.

Le croyant comprend que si Dieu a annoncé la fin du cycle de la prophétie avec le Prophète de l’islam, ce n’est pas pour abandonner les hommes à eux-mêmes, mais pour leur donner la bonne nouvelle de l’avènement de l’Imâmat, qui n’est pas une prophétie mais encore une fois une fonction religieuse de l’herméneutique, c'est-à-dire chargée de maintenir vivant le sens du Coran. Il ne s’agit pas seulement de protéger un livre matériel contre la corruption par les excès des hommes, mais surtout de protéger son sens en le gardant vivant.

Ceux qui nient totalement l’Imâmat s’imaginent que le prophète et les Imâms sont apparemment des humains comme tous les autres et ils ne voient pas de raison de croire en l’existence d’une réalité supérieure spécifique. Par conséquent, l’Imâm doit être désigné nommément par le Prophète lui-même, ou par l’Imâm précédent pour éviter toute contestation ou erreur.

 

2. La fonction d’Imâm est attribuée par Dieu et ne s’obtient pas par le mérite, aussi reconnu qu’il puisse être.

L’homme est un « monde total » (kawn-e jâme’) ; c'est-à-dire que tous les degrés de l’être lui sont potentiellement accessibles. Certains de ces degrés lui sont accordés sans qu’il les ait volontairement cherchés, comme lors de la traversée des étapes végétales et animales.

Mais l’accès aux autres étapes supérieures est tributaire de l’exercice, de l’effort, de la préparation et de l’édification volontaire. Car sans effort et sans peine, la « deuxième naissance » et le transfert des étapes du monde matériel aux stations du monde des esprits séparés qui en sont les corollaires, est impossible. Cela est donc impossible excepté pour les « aimés » (mahbûb) et les « ravis » (majzûb) de Dieu dont le cheminement initiatique ne se base pas sur l’ascèse et l’effort, mais résulte de la bienveillance de Dieu et de Sa saisie (jadhba).

Or, les prophètes et les saints font partie des bien-aimés de Dieu. L’Imâm Rezâ (as) a mis l’accent sur ce point. Et c’est en raison de cette « élection » ou de cette préférence divine dont ils jouissent que les hommes ignorants les ont jalousés.

 

3. Sur la base de cette interprétation, l’explicitation de la fonction d’Imâm, ainsi que celle de la prophétie, il ressort que cette fonction n’est pas conditionnée par l’âge des personnes – il est arrivé au cours de l'histoire que des hommes vieillissants aient invoqué par mépris, le critère de l'âge pour écarter du pouvoir des jeunes plus qualifiés qu’eux pour la gestion des affaires – car l’éveil de l’Imâm et son éducation se font par un secours divin, une bienveillance et une saisie divines, et non par la voie de l’éducation ordinaire et de l’âge. L’Imâm Rezâ (as) a également commenté ce point.

 

Nous pouvons d’ores et déjà confirmer la vérité de cet enseignement selon lequel « ne jamais contrevenir au Bien » en toute chose a un effet miraculeux.

L’hygiène de vie des Imâms, leur observance stricte des règles concernant la nourriture et leur moralité excellente qui n’est pas altérée même par les péchés mineurs, sont une indication de ce qui est à l’origine de la puissance de leur énergie spirituelle (hemmat).

Ils sont loin de l’erreur, ce sont donc des esprits qui ne connaissent pas l'inquiétude, la peur ou la fatigue qui use les organes physiques. Leur corps conserve plus longtemps sa vigueur et sa fraîcheur, comme l’enseignent d’ailleurs les médecines traditionnelles qui rattachent la santé du corps à celle de l’esprit.

Les hommes ordinaires qui se plient à ces règles sous la direction d’un maître parviennent aussi à des stations où ils sont les témoins du miracle de l’esprit en raison de son influence remarquable sur le corps et ne doutent par conséquent plus qu’il puisse y avoir des êtres humains infaillibles.

Il existe plusieurs traditions qui mettent en évidence l’idée que la capacité de l’esprit, du cœur et du corps des Imâms (as) est différente des mêmes organes chez les gens ordinaires. De même leur conception dans le sein de leur mère n’est pas tout à fait ordinaire.

(à suivre)

Il s’agit de l’Imâm 'Alî Ibn Mûsa surnommé al-Ridhâ, avec la lettre arabe Dâd que beaucoup d’orientaux, pas seulement iraniens, prononcent Rezâ. Nous avons conservé cette graphie pour la même raison. Le sanctuaire de l’Imâm Rezâ, le huitième Imâm des chiites, dans le Khorâssân iranien est l'un des hauts lieux de pèlerinage du monde.

Al-Usûl min al-Kâfî, précédent, traditions numéros 1181 à 1183.

(Idem, voir hadith 518).

Idem, traditions numéros 518 et 521.

(Idem, 991)

(Idem, 105 à 108)

(Idem, 996 – 1004)

 

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