La philosophie de l’Imâmat chez Mollâ Sadrâ (6)

Explication et élucidation philosophique des qualités des Imâms (as)

 

D. L’Imâm est impeccable et possède le plus haut degré de la vertu et de la foi :

 

Les Imâms bénéficient largement de leur degré d’être extrêmement intense, et en particulier, ils sont préservés de l’erreur et du péché. Car l’erreur et le péché sont causés par l’ignorance et l’imperfection, or l’Imâm est tenu à l’écart de toute confusion et de tout péché. Comment un homme qui n’est pas un ignorant et ne souffre d’aucun défaut et d’aucune faiblesse, pourrait-il tomber dans l’erreur et le doute ? D’autre part, le facteur le plus important de l’aberration chez l’homme réside dans la passion, la colère, la luxure ; or nous avons vu que les degrés supérieurs ne sont pas sous l’emprise des degrés inférieurs et échappent totalement à leur influence. Il s’ensuit que l’Imâm qui est au sommet de la pyramide de l’être ne sera jamais tenté d’accorder le moindre intérêt à la renommée, aux biens, aux richesses et aux ornements de ce monde. C’est exactement pour cette raison que le Noble Prophète de l’islam (s) ne prêtait aucune attention au monde. Parce que ces hommes saints sont à la recherche d’un Bien-aimé que ni la terre ni le ciel ne peuvent contenir. En comparaison avec la Présence divine, ce monde-ci et le monde de l’Au-delà n’ont même pas la valeur d’un grain d’orge.

De ce qui précède, nous tirons les conclusions suivantes :

  • L’Imâm est préservé de l’erreur et du péché.
  • La direction préservée des errements et de la déviation est un privilège exclusif de l’Imâm. En présence d’un Imâm, suivre un autre homme non préservé de l’erreur et lui obéir est contraire non seulement à la Loi mais aussi au bon sens. C’est la raison pour laquelle l’Imâm Rezâ (as) a affirmé que les Imâms étaient les étoiles et les signes de la bonne guidance, conformément au verset coranique : « Et des repères, tels qu’ils se guident au moyen des étoiles », (Sourate Al-Nahl (Les abeilles) ; 16 : 16). Le Prophète (s) a dit : « Mes compagnons sont comme des étoiles », quelqu’un lui posa la question : « Qui sont tes compagnons ô Envoyé de Dieu ? » Il répondit : Ce sont les Douze Imâms après moi, lequel d’entre eux que vous suivrez, vous serez guidés… ». Seuls les Imâms sont la source de vérité, les autres prétendants non qualifiés pour cette fonction sont source de vanité. Les Gens du Rappel (ahl al-Zikr) sont les plus aptes à répondre aux questions de ceux qui ne savent pas. Les khalifes divins sont la porte de la connaissance de Dieu.
  • L’obéissance au guide impeccable est obligatoire du point de vue de la raison et de la Loi, comme l’ont confirmé l’Imâm Mûsâ ibn Ja'far et l’Imâm Rezâ (as), et la nécessité de se soumettre à l’évidence.
  • Avec la possibilité qu’il existe un guide infaillible, la raison et la Loi divine commandent de chercher à le connaître, en tant que devoir religieux.
  • A défaut de connaître l’Imâm et de se soumettre à lui, les actions de l’homme seront sans valeur et ne seront pas agréées, suite au vice que constitue la négligence d’un principe de base.
  • La fermeté et la droiture dans l’alliance aux Imâms (velâyat) est un devoir et une nécessité. Jamais les hommes ne pourront se dispenser de l’Imâm.

 

E. L’Imâm en tant que source de charismes et de miracles :

 

Dans notre exposé au sujet des qualités des Imâms, l’acquisition de l’efficience divine, à savoir la manifestation de la puissance de faire venir à l’être des essences anéanties, la puissance de néantisation des essences existantes, ainsi que la libre gouvernance (tasarrof) du monde de l’être et de la matière de l’univers, ne concerne pas les degrés inférieurs de l’être comme les choses inertes, les végétaux et les animaux, mais est réservée aux êtres qui sont au-dessus de la matière, à savoir les êtres séparés, immatériels. L’homme aussi, en tant que « résumé de l’univers », quand il parvient, dans son ascension, au degré de l'immatérialité (tajarrod), est en réalité parvenu à la station créatrice du « Sois ! » (Kon). Il acquiert la capacité et la condition requise pour pouvoir agir au nom de Dieu.

Comme l’Imâm se trouve dans la station la plus élevée de l’être, il est normal que la capacité créatrice partielle soit aussi de son attribution. Et comme sa science se trouve au niveau du miracle, sa puissance aussi se trouve au niveau du miracle. Et c’est cela la philosophie du miracle et des charismes, par la science et par les actes, dans le monde sensible et le monde suprasensible, de l’Imâm.

Il en découle :

1. En tant qu’un homme parfait, l’Imâm est investi de la fonction de représentant de Dieu sur terre, il est aussi l’épiphanie du Nom total Allah, qui rassemble tous les noms et qualités de beauté et de majesté de Dieu. Les hadiths et autres traditions évoquent cette réalité en disant que les Imâms ont le plus grand bénéfice du « Nom Suprême » (Ism a‘zam), ou que les Imâms portent les insignes et les armes des prophètes, symboles de la puissance et de la science divine.

2. La manifestation des divers miracles et charismes de la part de l’Imâm est parfaitement compatible et conforme à la raison et à la logique. Ainsi, sur ordre du septième Imâm, Mûsâ ibn Ja'far (as) un arbre s’est mis en mouvement. Une canne dans la main de l’Imâm Muhammad Taqî (as) a prononcé des paroles. De même, on a rapporté que l’Imâm Rezâ (as) avait accompli des miracles, comme celui de la main blanche (miracle de Moïse), la guérison de malades, ainsi que l’exercice de pouvoirs surnaturels sur la matière, des réponses à des questions réputées insolubles ou la révélation d’informations concernant l’invisible.

A ce propos et pour compléter les informations du lecteur, nous allons évoquer trois points en relation avec le sujet :

 

Premier point : le lien reliant la science à la puissance

 

Comme cela a été expliqué dans l’analyse philosophique des qualités des Imâms, la science et la puissance extraordinaires procèdent toutes les deux d’une seule source qui est justement la supériorité du degré de l’étant.

Mais ce qui est remarquable et ce sur quoi ont insisté les hadiths et les traditions, c’est le fait que la science possède une antériorité ontologique sur la puissance. Ce qui signifie que la science et la conscience sont la base de la puissance et de la capacité. Le Coran dit que « Dieu embrasse toute chose de par Sa science ». La science passe ainsi avant toute autre qualité excepté la bonté divine (Rahma) qui est aussi décrite comme embrassant toute chose sans exception. Dans le Coran, il est ordonné au Prophète (s) de prier ainsi : « Ô mon Seigneur, accrois mes connaissances ! ». Il ne demande pas un surcroît de puissance ou de richesse, mais de science, parce que la science est en réalité ce qui rapproche de l’être, selon le principe que l’on devient ce que l’on connaît. Dans les traditions de l’Imâm Mûsa ibn Ja'far (as), il est fait cas de ce que le Prophète de l’islam (s) était plus savant que les prophètes antérieurs à lui et que les Imâms étaient les héritiers de sciences qui leur ont conféré un pouvoir d’accomplir des actes dont les prophètes antérieurs ne disposaient pas. Il a ajouté : « Nous avons hérité d’un livre qui contient l’énoncé et l’explication claire de toute chose, et qui nous donne puissance sur toute chose, comme en fait allusion aussi le Coran Glorieux ». En effet, il est fait mention dans le Livre Saint, de « quelqu'un qui avait une connaissance du Livre » et qui par ce moyen a accompli le prodige de transférer en moins d’un clin d’œil le trône de la Reine de Saba, de son palais à celui de Salomon.

A notre point de vue, et en s’appuyant sur les principes de la philosophie islamique, ce point subtil peut être analysé et expliqué de la sorte : comme cela a été établi dans la discussion au sujet des qualités de Dieu, exalté soit-Il, la science divine est une science active et non réactive, dans ce sens qu’au contraire de notre science qui se fonde sur l’observation des choses du monde, la science divine n’est pas un reflet ou une représentation des choses du monde. Sa science est le principe et l’origine des phénomènes du monde. La science divine possède une antériorité logique et ontologique sur le monde. C’est par rapport à la science divine que le monde se configure : ce n’est pas le monde qui est à l’origine de la science divine. Il serait d’ailleurs absurde de poser l’inverse : cela impliquerait que la connaissance de Dieu s’accroîtrait à chaque information fournie par un nouvel évènement dans le monde. Et cela serait contraire à la perfection divine qui nécessite la connaissance avant la chose, durant la chose et après la chose. Dieu n’a rien à apprendre : Il connaît tout.

Le monde reflète la science divine. Sa transformation continue reflète la science infinie de Dieu. Dieu agit par bonté.

Par conséquent, compte tenu du degré d’être, l’Imâm est dans sa vie terrestre, l’être le plus proche de Dieu, comparé aux autres êtres qui lui sont contemporains. C’est pourquoi son existence et ses effets sont dotés d’une dimension divine, et c'est pourquoi aussi sa science « ressemble » à la science divine, c'est-à-dire qu’elle est active.

Cela en vertu d’une tradition divine selon laquelle : « Allah, a dit: « Celui qui montre de l'hostilité à l'un de Mes bien-aimés, Je lui déclarerai la guerre. Mon serviteur ne se rapproche pas de Moi par une chose que J'aime, comme Il le fait avec ce que Je lui ai prescrit. Et Mon serviteur se rapprochera de Moi par les actes surérogatoires, jusqu’à ce que Je l'aime ; et, lorsque Je l'aimerai, Je serais son ouïe avec laquelle il entendra, sa vue avec laquelle il verra, sa main avec laquelle il saisira et son pied avec lequel il marchera. »

L’imitation de Dieu, c'est-à-dire le fait de se conformer aux ordres de Dieu, nous rapproche de Lui, et nous fait obtenir des qualités divines, que l’on appelle takhalluq billâh, c'est-à-dire l’acquisition des caractères divins. A plus forte raison, chez l’Imâm dont l’être est le plus proche qui soit de l’être divin. La science de l’Imâm devient active, à l’image de celle de Dieu, et de même sa puissance et sa volonté. C’est cela le fondement de la correspondance étroite qui existe entre la puissance et la science du Livre, selon les traditions et les hadiths.

 

Deuxième point : la science et les pouvoirs miraculeux des Imâms ainsi que leur état de victime (des tourments, injustices, haines et jalousies) des hommes.

 

Il reste à se demander pourquoi les Imâms pourvus d’autant de science et de pouvoirs surhumains, connaissant même le moment exact où surviendra leur mort, pourquoi donc commettent-ils parfois des actes qui les conduisent à l’échec et parfois même à la mort ?

En réponse à cette question, il faut rappeler ce que nous avons dit, à savoir que la science de l’Imâm est la science la plus parfaite après celle de Dieu, et que la science de Dieu est le fondement du décret et du destin des hommes. Il s’ensuit que la science des Imâms est une science du décret divin et de la destinée, et toute leur vie est un mouvement en direction de ce décret et de ce destin et est conforme à eux. Cela afin que la responsabilité légale (des hommes envers les Imâms et des Imâms envers les hommes) soit accomplie, que les hommes soient éprouvés dans leur foi et exposés à la tentation. Autrement, l’Imâm pourrait renverser tout pouvoir injuste, de quelque nature qu’il soit, et l’anéantir.

 

Troisième point : Exception dans la science et la puissance de l’Imâm

 

Il arrive de rencontrer dans la littérature religieuse des hadiths ou des informations faisant état de cas où l’Imâm n’était pas au courant d’une chose ou l’ignorait, qu’il n’avait pas puissance sur une chose, qu’il dise lui-même qu’il ne savait pas ou ne pouvait pas, comme dans la tradition numéro 659. Ces cas trouvent leur explication sur la base des principes suivants :

  •  Le mouvement et le cours des évènements vont dans le sens de la réalisation du décret et de la prédestination.
  •  Il arrive aussi que les Imâms (as) veuillent se montrer sous leur jour d’êtres humains et de se conformer à l’existence ordinaire de tout le monde, comme l’explication que donne Qaysarî sur cette base, pour les cas où les prières du Noble Prophète (s) et des Imâms (as) n’ont pas été exaucées.
  • Respect de la règle de l’arcane (taqiyya) qui se fonde sur le respect des niveaux d’intelligence des interlocuteurs et de l’auditoire.

(à suivre)

Idem, 518, et 716 à 719

Idem, 496 à 499

Wa ‘alâmât wa bi- al najmi hum yahtadûn...

Voir Ma’âni al-Akhbâr (Les sens des traditions), d’Ibn Bâbuyeh, surnommé Shaykh al-Sadûq, un des trois grands compilateurs de traditions chiites, p. 157.

Idem, 1038 à 1043

Idem, L’Imâm Reza (as) 545

Idem, 506 à 508. Voir aussi L’Imâm Reza (as), tradition numéro 1572

Idem, 481 et 483

1009 à 1016

Idem, 1017 à 1019 et 1181 à 1183.

Idem, 460 à 468 et 965 et 966.

Idem, 580 et 581.

Il s’agit ici de thèmes évoqués dans le Coran, comme par exemple le pouvoir que Dieu a donné à Sayyidînâ ‘Isa ibn Maryam (as) (Jésus, fils de la Sainte Marie), de ressusciter les morts « avec la permission de Dieu », ou à Sayyidînâ Ibrâhîm (as), (Abraham) de redonner vie aux quatre oiseaux, ou encore au ministre du Roi Soleymân (as), (Salomon) de faire venir miraculeusement le trône de la Reine Belqîs (Belkis), de la lointaine Saba à la cour de Salomon. Il est question de pouvoirs accordés par Dieu à Ses Amis qui sont des serviteurs humains parfaits. Dans la littérature du soufisme, il existe aussi beaucoup de cas similaires.

Voir par exemple Sourate Al-An’âm (Les bestiaux) ; 6, verset 80 et Sourate TâHâ ; 20, verset 98.

Sourate Al-Ghâfir (Le pardonneur) ; 40, verset 7 et Sourate Al-A’râf ; 7, verset 156

Sourate TâHâ : 20, verset 114.

voir le Coran, la Sourate Al-Naml (Les fourmis) ; 27, verset 40

Voir Kitâb al-Shifâ d’Ibn Sînâ, Ilâhiyât : section 7 ; Kitâb al-Najât , Ilâhiyât, discours numéro 2, section 18 ; Kitâb al-Ishârât w-al-Tanbîhât, septième chapitre, namat 7, section 13 et 14 et 22 ; Al-Asfâr de Mollâ Sadrâ, nouvelle édition, vol. 6, pp. 176 et suivantes, et vol. 7, p. 57.

Hadith transmis par Boukhârî. Tradition figurant dans Al-Usûl min al-Kâfî de Kulaynî, au vol. 2, page 353, tradition numéro 8. Une tradition similaire a été recueillie par Boukhârî, compilateur sunnite de traditions selon ses propres critères.

Idem, l’Imâm Sâdiq (as), 675

Il s’agit de Sharaf al-Dîn Dâwûd Qaysarî (ou Kayserî), mort en 1350, le plus célèbre commentateur du Fusûs al-Hikam d’Ibn 'Arabî.

La « taqiyya » ne consiste en rien d’autre que dans le respect de la règle prophétique selon laquelle il faut parler aux gens selon leur capacité de compréhension. Ne rien dire qui soit de nature à soulever les passions des ignorants ou des faibles. La tradition prophétique recommande en revanche de ne jamais cacher la vérité à ceux qui sont dignes de la connaître.

 

Photos aléatoire

Masjed Jâmeh' - Ispahan (12) : Masjed Jâmeh' - Ispahan (4) : Masjed Jâmeh' - Ispahan (18) : Masjed Jâmeh' - Ispahan (13) : Madresseh Tchahâr Bâgh - Ispahan (3) : Tiflân-e moslem - Irak (1) : Imâmzâdeh Esmâ'îl - Ispahan (5) : Madresseh Tchahâr Bâgh - Ispahan (25) : Masjed Hakim - Ispahan (1) :

Nous contacter

Accusantium doloremque laudantium, totam rem aperiam, eaque ipsa quae ab illo inventore veritatis et quasi architecto.
Nom
E-mail
Message *