Les limites de la liberté en islam

Si l’on veut définir la notion de liberté, sa place dans le système politique et juridique et ses limites, il faut commencer par éclaircir son sens et sa philosophie. Il existe des points de vue différents à ce sujet. Certains considèrent que la valeur de la justice sociale est incontestable et ne nécessite pas que l'on argumente à son sujet, ils croient que l’être humain doit être libre au sein de la société parce qu’il a été créé libre dès sa Genèse, que la liberté originelle est une réalité, un fait de l’existence, une grâce divine qu’apprécie l’être humain. Or, le fait que cette liberté soit désirée ne permet pas de conclure que toute liberté est souhaitable. Bien que l’être humain soit à l’origine libre de désirer toute chose et d’agir en conséquence, toutes les choses que l’être humain désire ne sont pas nécessairement désirables et dignes d’attention. Par conséquent, ce qui est important est d’éclaircir la philosophie s’appliquant à la jouissance de cette liberté originelle et de définir de quelle manière juger de la qualité des formes de jouissances de cette liberté. En occident, on considère généralement que les désirs de l’être humain définissent en eux-mêmes la racine, la source de la liberté. Arblaster écrit : « Du point de vue de l’humanisme, le désir de l’être humain est la valeur essentielle et de plus, il est considéré comme le critère même de la valeur ; or, les valeurs religieuses qui sont définies dans les Cieux abolissent, à la limite, le désir de l’être humain. Les humanistes croient que l’homme est venu sur une terre libre et doit demeurer libre de toute entrave en dehors de celles qu’il définit pour lui-même. »

 

De ce fait, les valeurs divines et les obligations ne sont pas acceptées ; ce sont les coutumes qui doivent être acceptées et il n’est pas possible de les changer. Certains humanistes comme Max Herman, qui est l’un des défenseurs de la pensée individualiste, croient de manière extrême qu’il ne faut pas placer les gens dans un système fonctionnant avec des lois sociales comparables à des lois scientifiques, qu’il ne faut pas organiser la société et, qu’à terme, la liberté deviendra un instrument permettant de garantir les désirs individuels, tandis que la loi ne peut pas le faire et ne doit pas s’occuper de concevoir des programmes. Dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, dans la plupart des cas, il a été dit de manière implicite qu’en principe, l’établissement de la loi et la nomination du juge représentent le droit des êtres humains et qu’aucune autre source n’a la compétence permettant de se mêler de ces deux importants processus. Cette méthode découle de la théorie du droit naturel qui est exposée dans la philosophie du droit et d’après laquelle la liberté est enracinée dans la nature du monde et de l’être humain et est en cela honorable.

 

En fin de compte, on peut dire que dans les écoles occidentales et selon ce qui est imprimé dans la Déclaration universelle, la valeur des droits de l’être humain est innée et la liberté est désirable en elle-même ; alors qu’en Islam, la liberté ne comporte pas de valeur innée, sa valeur résidant dans son but, son intention. Si la liberté a pour dessein la félicité de l’être humain et entraine l’élévation de la culture, de l’enseignement et de l’éducation, elle constitue une chose parfaitement honorable et, dans le cas contraire, elle serait sans valeur et se trouverait même à l’opposé de la valeur. Par conséquent, on peut dire qu’en Occident et dans la pensée libérale, là où la liberté compte pour la valeur fondamentale, naturelle et première, toute chose doit s’ordonner autour de cet axe, rien d’autre que la liberté ne peut ni ne doit définir la limite de la liberté et il semble en vérité que la limite de la liberté soit la liberté elle-même ; ce qui veut dire que chacun est libre tant qu’il n’usurpe pas la liberté des autres.

 

Le professeur martyr Motaharî dit à ce sujet : « L’Européen accorde à la liberté une valeur immense, la considérant même comme digne d’être adorée, alors que si nous considérons la véritable valeur de la liberté vis-à-vis des autres facteurs de félicité, la liberté permet de dépasser certains obstacles se trouvant sur la voie de la félicité. Or, la valeur de facteurs positifs comme la culture, l’enseignement et l’éducation est plus importante. La liberté n’est pas l’idéal de l’être humain, c’est une condition. Nos idées à propos de la racine du respect de la liberté proviendraient de cet héritage inné de l’être humain alors que cet héritage inné fonde la nécessité du respect qu’exige le principe final de la création, c'est-à-dire la vérité et l’origine de la vérité ; c’est l’ordre final de l’existence. Selon nous, la philosophie européenne est incapable de s’exprimer sur la philosophie et l’origine de la liberté, comme elle l’est concernant la cause de la nécessité du respect de la liberté ; elle se trouve incapable d’expliquer correctement ce en quoi l’héritage inné de l’être humain doit faire l’objet du respect de tous et d’en tirer une conclusion. La vérité est que la liberté innée et la liberté sociale comportent chacune une philosophie et une sagesse particulières. L’être humain a été créé libre à l’origine afin d’atteindre la perfection qu’il recherche, or, là où il se trouve libre de son action, et dès lors qu’il jouit de la liberté dans la voie menant à sa perfection ou à sa ruine, il se retrouve par conséquent dépourvu du droit d’user de cette liberté pour faire chuter la société, toute société ayant parmi ses buts celui de définir les limites de la liberté de l’être humain. »

 

Les limites de la liberté

 

A) La justice

 

On a dit à propos de la définition de la justice : « La justice consiste en ce que toute chose soit mise à sa place et que l’on donne son droit à tout détenteur d’un droit. » Tenir la liberté en haute estime fonctionne de la même façon que la justice, l’octroi de la liberté à tous ceux qui jouissent de son principe inné en va de même. Bien que la liberté constitue l’un des droits les plus importants, la justice contient et garantit l’ensemble des droits. Avec la justice, tous les droits – dont la liberté -, celui à la promesse tenue, et toutes les vérités – dont la place de la liberté –, seront obtenus. Si la liberté est déniée, la justice mourra d’asphyxie : « Craignez une épreuve qui n’atteindra pas spécialement ceux d’entre vous qui sont injustes. » (Al-Anfâl (Le butin) ; 8 : 25). 

 

Si le sanctuaire de la justice est brisé, celui de la liberté fera également l’objet d’empiètement car la liberté compte pour part et partie de la justice. Si une action est de nature à limiter la justice (qui est pleine et entière), il ne s’agit pas là de liberté car jamais la part ou la partie ne se trouve en opposition au plein, à l’entier, au tout. Celui qui se sent oppressé alors qu’il se trouve dans le cadre d’une justice étendue est un oppresseur, celui qui se trouve en conflit avec la justice sera sans nul doute le premier à se trouver privé de vérité et de droit sur l’autel de la liberté. « Celui ressent le manque de justice là où la justice est étendue en ressentira davantage le manque sous le joug d’un tyran. » (Bihâr al-Anwâr, Vol. 41, p. 116). Quoi qu’il en soit, la justice est parfois considérée comme étant la limite de la liberté.

 

Dans ce cas, il faut dire que la justice, prise dans son sens général, est belle et a beaucoup de partisans. Mais ce beau sens comporte beaucoup d’ambigüités et ces nombreuses ambigüités causent en sus de nombreux abus. Bien que ce point de vue semble être à première vue juste et parfait, il ne donne pas une définition de la justice et n’importe quel gouvernant se trouvant être un tyran et un oppresseur, y compris Mussolini et Hitler, voient leur rapport aux autres dans le cadre d’une juste souveraineté ; c’est pourquoi il apparaît que ce critère général n’est pas en mesure de régler le problème et qu’il faut connaître les significations de la justice. En Islam également, la justice définit la limite de la liberté, à la différence que les critères permettant de définir la justice ont été déterminés de manière logique. Dieu dit dans la sourate An-Nisâ’ (Les femmes) ; 4 : 135 : « Pratiquez avec constance la justice. » , et dans la sourate An-Nahl (Les abeilles) ; 16 : 76 : « Est-il (cet homme) l’égal de celui qui ordonne l’équité et qui suit une voie droite ? » D’un côté, la raison pure, et de l’autre ainsi que dans les cas incertains, la raison humaine. La Loi divine et la Révélation en sont les critères. Par exemple, l’oppression est interdite par la raison, or, la Révélation définit des cas d’oppression contre Dieu tandis que la connaissance de ce qu’est l’oppression envers les gens comporte des cas où elle ne nécessite pas de jurisprudence et d’autres où elle en nécessite une.

 

Limite de la liberté dans le cadre des responsabilités de l’être humain

 

Le secret de la découverte de la juste limite de la liberté est le fait de prêter attention au principe de responsabilité que l’être humain a à sa charge vis-à-vis de son être et de ses facteurs d’existence. L’être humain est responsable vis-à-vis de tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, jouent un rôle dans son existence, c’est pourquoi il n’est pas absolument libre vis-à-vis d’eux, et c’est pourquoi ils peuvent lui ordonner, lui interdire ou lui demander obéissance et soumission. Ceux qui n’ont pas de telles prérogatives vis-à-vis de lui n’ont pas le droit de lui donner des ordres. Dieu Le Très-haut dispose, en face de l’être humain, de la divinité et de la qualité de propriétaire cosmogonique : l’être humain ne possède rien et tout ce qu’il a vient de Lui. En définitive, un être humain ne dispose d’aucun droit véritable et, de manière naturelle, tout ce qu’il possède comme objets de ce monde est conditionné à la permission de Dieu, tandis que Dieu a le droit d’ordonner à chacun et de déterminer ce qui lui revient. Si Dieu a donné la permission à certains et les a désignés afin qu’ils commandent aux gens, ils détiennent alors le droit de commander et de gouverner les humains. Il en résulte qu’en dehors des gens comme le père, la mère, l’éducateur et l’instructeur qui ont une influence sur l’existence de l’être humain et ont pour cette raison, dans un cadre plus ou moins limité, le droit de lui ordonner et de lui interdire, et des êtres comme les Amis de Dieu qui ont de Sa part le droit d’établir la Loi et de gouverner, personne n’a le droit de gouverner les autres ; par conséquent, la détermination des limites à l’intérieur desquelles l’être humain à le droit de posséder revient à Dieu seul, tandis que l’être humain est responsable auprès de Lui.

 

De ce fait, ceux qui prétendent que l’être humain a le droit de n’être assujetti à aucune législation et de n’être assujetti à aucun gouvernant hormis la législation et le gouvernant faisant l’objet de leur assentiment font erreur. La divinité légiférant, Dieu Le Très-haut, exige la détention du droit d’établir la Loi, en ce sens que l’on ne se soustrait pas à la soumission à la Loi qu’Il a établie et aux gouvernants qu’Il a désigné.

 

« Lorsque Dieu et Son Prophète ont pris une décision, il ne convient ni à un croyant, ni à une croyante de maintenir son choix sur cette affaire. Celui qui désobéit à Dieu et à Son Prophète s’égare totalement et manifestement. » (Al-Ahzâb (Les coalisés) ; 33 : 36. Bien entendu, du point de vue de l’Islam, l’intervention des lois civiles doit demeurer dans les limites du domaine commun et ne pas pénétrer le domaine de la vie privée, tandis que les lois morales et touchant aux devoirs légaux concernent autant la vie privée que la vie sociale. Le fait que l’être humain soit dans sa vie privé libre d’entraves juridiques ne veut pas dire qu’il soit délivré de toutes limitations en termes de lois, au contraire, il est dans ce cadre responsable juridiquement et sera interrogé dans l’autre monde. Celui qui se rebelle dans sa maison contre Dieu ne sera effectivement ni pourchassé ni châtié, mais il n’est pas à l’abri du châtiment dans l’autre monde.

 

Il est clair que plus le contrôle et la gouvernance de l’Etat s’étendent, plus l’espace de liberté des gens se rétrécit, jusqu’au point où l’individu perd sa capacité de choisir. L'Islam et la Déclaration universelle des droits de l’homme voient toutes deux cela d’un regard négatif et s’efforcent de réduire au minimum possible et idéal l’ingérence de l’Etat pour ainsi voir s’élargir le champ des libertés individuelles. Du point de vue islamique, le principe consiste en ce que les êtres humains soient libres de leur vie et que tout ce qu’ils font soit fondé sur leur libre-choix. Aussi, si les mesures prises volontairement ne suffisent pas et n’apportent pas la réalisation des desseins, l’Etat doit alors intervenir et contraindre les gens à accomplir leurs devoirs ; tout cela parce que le perfectionnement humain ne peut se réaliser sans liberté d’action et volonté propre. La sagesse divine nécessite le fait que les fils d’Adam demeurent dans les limites de la liberté afin d’emprunter selon leur choix propre la voie de la félicité ou du malheur. Ce qui limite la liberté individuelle, ce sont les intérêts matériels et spirituels de la société. L’individu est libre tant qu’il ne fait pas de tort à ce qui touche à la société. Ce principe doit être observé pour tout ce qui touche à la société (politique, économie, enseignement, éducation…). Les lois et les prescriptions doivent être mises en œuvre de telle manière que les libertés individuelles soient préservées autant que possible.

 

B) La loi

 

L’établissement de la loi et le fait de vivre selon la loi correspond à la nature primordiale de l’être humain et convient à la société humaine. Le bon état et la valeur de la société se mesurent à sa faculté à reconnaître la loi. Supprimer le principe de la loi de la vie humaine – même au nom de la liberté – équivaut à changer la société en jungle, tandis qu’une société sans loi est une jungle sans lanterne : «Ne soyez pas transgresseurs ; Dieu n’aime pas les transgresseurs. » (Al-Baqara (La vache) ; 2 : 190 et Al-Mâ’ida (La table servie) ; 5 : 87). Dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’autre limite apportée à la liberté est la loi ; or l’islam et la Déclaration diffèrent sur la définition de la loi valide. L’Islam considère que la loi valide doit dépendre des intérêts réels de l’être humain, tandis que la Déclaration présuppose une loi s’accordant aux désirs sensuels des êtres humains, faisant des désirs des gens la source légitime de la loi. Alors que « Un » connait la définition de la liberté et peut l’exprimer de façon juste, car ce « Un » a créé l’être humain. Celui qui a offert la liberté à l’être humain – ainsi que toutes les autres grâces – peut également définir la façon dont on doit l’utiliser. En vérité, le point de vue de l’Islam au sujet de la définition de la liberté fait qu’elle se trouve d’une part contenue dans la notion de justice car d’une part le décret du Dieu juste est la justice même, et d’autre part il embrasse cette première notion. En effet, en Islam, le respect des droits et des libertés juridiques des autres constitue également un décret divin et devra faire l’objet de toute l’attention des musulmans. Au-delà du fait qu’en islam l’être humain est originellement et légalement le serviteur du Très-haut et que le fait d’être libre vis-à-vis de Dieu n’a aucun sens, la Déclaration présuppose pour sa part que l’être humain est également libre vis-à-vis du Très-haut. En un mot, au regard de l’Islam, la limite de la liberté, sa ligne rouge, sont les décrets et les principes de l’Islam et  ces principes, ayant été conçus par le Seigneur des mondes selon des vérités et une justice absolus, sont la justice même.

 

C) La liberté de soi et celle des autres

 

La mesure des pieux est la suivante : la liberté de chacun est limitée par celle des autres et personne ne peut violer le sanctuaire de la liberté d’autrui, prétextant la liberté, car pour cette même raison que lui est libre, les autres le sont aussi. Voici ce qu’en dit Montesquieu : « La limite extrême de la liberté se trouve en ceci que la liberté n’atteigne pas sa limite extrême. » Le Coran dit : « L’homme pense-t-il qu’on le laissera libre ? » (Al-Qiyâmat (La résurrection) ; 75 : 36). La règle qui prône « pas de mal » dont le principe provient de la Sunna du Noble Envoyé et constitue la règle juridique islamique la plus appliquée est très largement employée dans la jurisprudence islamique. Cette règle a été tirée de la phrase du Prophète de l’Islam (s) qui dit : « Pas de mal, et pas de dommage en Islam. » (Wasâ’el al-shî‛a, Kitâb ehyâ’ al-mawt, p. 12). De même, la règle de « souveraineté » et ce qui en ressort confirment cette revendication. A partir de la règle « pas de mal » et de celle de souveraineté, on comprend le principe de nécessité de la liberté ainsi que ses limites. La règle « pas de mal » dit en réalité : « Causer un dommage à autrui et accepter un dommage de la part d’autrui sont interdits, le défaut d’utilisation de la liberté est un préjudice que l’on s’occasionne, tandis que la mauvaise utilisation de la liberté cause un préjudice à autrui. » D’autant plus que la règle de souveraineté dit également : « Tous ont la libre disposition de leurs biens, aussi, tous ont donc à fortiori la libre disposition de leur honneur et de leur vie. Ils sont donc libres. »

 

Cette règle exprime le fait que personne ne peut égratigner le domaine de la « souveraineté », soit la libre disposition que les autres ont d’eux-mêmes, aussi, la mauvaise utilisation de la liberté et de la liberté d’action est interdite, car atteindre aux biens, à l’honneur et à la vie des autres compte pour une violation des limites de leur liberté d’action et de disposition. De même, personne ne peut, en s’appuyant sur la liberté, se mettre à priver les autres de liberté ; l’être humain est originellement libre, il est obligé de l’être, et il est légalement (comme du point de vue de la religion) tenu de vivre libre. Celui qui se prive lui-même de sa part de liberté a tourné le dos à son humanité.

 

D) Le jugement certain de la raison

 

Le jugement certain de la raison prépose une autre définition de la liberté. L’intelligence de l’être humain, sa capacité, son aptitude, sa perfection, lui permettent de jouir de sa part de liberté, bien que ce soit la confiance et le respect envers la raison qui l’aient rendu capable et digne de vivre libre, et c’est également la raison, dans un espace de liberté, qui rend capable et fécond. Si l’on n’a pas accès au trésor des vérités, c’est la raison qui assurément représente le critère en matière de droits et de vérités. Si nous doutons de la qualité de la raison, qu’a donc l’être humain à sa disposition comme critère entre la liberté et la captivité ? L’Imâm ‘Alî (as) a dit : « La raison rectifie la ligne de conduite. » (Mîzân al-hikma, Vol. 6, p. 396, le rapportant d’Al-Ghurar al-hakam). Le Noble Envoyé (s) a dit pour sa part : « On peut comprendre et atteindre le bien pur avec la raison. » Même l’existence des autres limites est constatée et attestée par la raison. La nécessité d’accepter le décret de la raison concernant la « bonne liberté » induit que l’on s’en remette à la rectitude de son jugement contre l’indécence du « fait de chercher à tout légaliser » et celui de se tourner vers une présomption excessive.

 

E) Des valeurs comme la religion et la vérité

 

Des valeurs comme la religion et la loi, le droit et la justice, posent d’autres limites à la liberté. Bien entendu, il s’agit ici de la religion descendue de la part de Dieu, et non de celles que l’être humain a fabriquées, il s’agit également de loi équitable et raisonnable, de droit incontestable et établi, de justice démontrée et véritable ; non de ce qui est inventé à tout-va et qui, au titre des quatre catégories ci-dessus, édifie des mosquées de préjudices face au temple de la liberté, et usant de l’arme du respect envers elle, se rue sur le sanctuaire de la liberté. Supposons que la religion soit un ensemble de prédicats exacts issus des vérités cosmogoniques se trouvant à l’origine de la vie, ainsi qu’un système d’enseignements et de lois juridiques salutaires, que les superstitions chimériques et les extravagances atténuées n’aient rien à voir avec elle, que les religions - les religions retouchées et les espèces de religions de brigands -  n’aient aucune parenté et affinité avec « ce que Dieu a fait descendre », si nous doutons du fait que la religion soit une « borne », nous ferions mieux de douter qu’elle soit véridique, tandis que si nous croyons à sa rectitude, alors nous devrions nous remettre à sa guidance. L’excès d’indépendance et l’intention de s’éloigner de la religion concrétisent la liberté intérieure et extérieure de l’être humain, de même que le Coran a dit au sujet du devoir et de l’effet du Prophète de l’Islam (s) : « Il leur ordonne ce qui est convenable ; il leur interdit ce qui est blâmable ; il déclare licites, pour eux, les excellentes nourritures ; il déclare illicite, pour eux, ce qui est détestable. » (Al-A‛râf ; 7 : 157). En désavouant la liberté originelle et en niant la liberté légale, on appelle à une religion, à une religiosité vide de sens et, fondamentalement, le fait d’avoir une religiosité dénuée de liberté légale est un fourvoiement. Cependant, le libéralisme a fait de la liberté sa spécialité et il est évident que cela ne s’accorde pas à la religion. La liberté est précieuse car elle dessine le creuset dans lequel on se procure la vérité, elle édifie la base de sa découverte.

Comme l’accès aux vérités ne comporte pas d’autre voie que celle consistant à monter l’escalier de la liberté, il en est à jamais ainsi, on saisit le joyau de la vérité en recherchant la liberté à l’horizon de l’ombre lumineuse – qui résulte de l’interpénétration de la vérité et de ce qui est vain. Or, il se peut que la découverte de chaque vérité renvoie au halo lumineux d’une autre vérité. Le germe d’une vérité nouvelle pousse à quitter le corps d’une vérité ancienne. Aussi, on ne peut attendre qu’au sein d’un environnement où le flambeau des vérités anciennes s’éteint par le fouet de l’égarement d’un vent de folie traversant les désirs du ventre et des sens, et l’instant d’après, l’horizon s’enfonçant davantage dans l’obscurité, que de nouveau, la cime des vérités postérieures en surgisse. Dans le feu brûlant de la quête de la vérité, dans le désert où la vérité est cachée, la tulipe de la vérité qui se fait attendre ne poussera pas, n’est-ce pas ainsi que la vérité nait de la vérité, pas de ce qui est vain ? La liberté est là pour réaliser la vérité et non pour la nier, la liberté sert à révéler ce qui est vain, et non à le propager. Quel sage va juger admissible la négation de la vérité effective – quelle qu’en soit la raison – dans l’espoir d’acquérir la vérité en puissance ? Et si on la nie au nom de la « liberté de droit » qu’obtiendra-t-on d’estimable à la place ? « Qu’y a-t-il en dehors de la Vérité, sinon l’erreur ? » (Yûnus (Jonas) ; 10 : 32). La liberté n’est pas l’ennemie du droit, au contraire, la liberté pense le droit et le droit amène la liberté alors que ce qui est vain amène la liberté et pense l’esclavage. La liberté fait à la fois partie des droits fondamentaux et des vérités fondamentales. Or il ne faut pas, par le sabre d’un droit, moissonner les sommets des autres vérités, ni par la faux d’une vérité, ravir les turbans des autres vérités. Chaque vérité fonde les bases des autres vérités, elle ne les détruit pas, sinon il faut douter de son bien-fondé car la vérité ne s’annule pas elle-même. Si la liberté est liberté, elle est vérité, elle est conforme à la vérité et si elle ne s’y conforme pas, elle est vaine, il ne s’agit pas de liberté.

 

F) La paix

 

Il est évident que dans le cas où la paix n’est pas présente, toute chose, y compris la liberté, se trouvera en péril et, à fortiori, si la liberté des individus ou d’un peuple est violée, la paix sera en sus menacée. Effectivement, dans ce cas, la guerre survient et viole tant les droits que les frontières nationales. Dans de nombreux versets, le Noble Coran incite l’humanité et les croyants à la paix, renouvelle son étonnement vis-à-vis de ceux qui allument les feux de la guerre et émet cette critique : « Il en est un parmi les hommes dont la parole concernant la vie de ce monde te plaît. Il prend Dieu à témoin du contenu de son cœur ; mais c’est un querelleur acharné. » (Al-Baqara (La vache) ; 2 : 204). Il dit à la suite de ce verset : « Dès qu’il te tourne le dos, il s’efforce de corrompre ce qui est sur la terre ; il détruit les récoltes et le bétail. Dieu n’aime pas la corruption. » (Al-Baqara ; 2 : 205). Il dit également : « Ô vous qui croyez ! Entrez tous dans la paix ; ne suivez pas les traces du Démon : il est votre ennemi déclaré. » (Al-Baqara ; 2 : 208).

 

Le Coran souligne également : « Satan veut susciter parmi vous l’hostilité et la haine au moyen du vin et du jeu de hasard. » (Al-Mâ’ida (La table servie) ; 5 : 91).

 

Conclusion

 

La raison et la religion, la justice et le droit, la loi et la paix sont liés les uns aux autres et sont parents, ils ne sont pas indépendants et ont tous conclu un pacte solide avec la liberté : le décret de la raison et celui de la loi divine sont attachés l’un à l’autre, ils constituent également tous deux la source de la découverte de la vérité, la source de la loi et de la justice, s’agissant de la raison, de la loi divine et de la loi des hommes. La paix installe le creuset de la liberté, tandis que la liberté est redevable à la raison, redevable à la justice, incarne l’emblème du droit, l’emblème de la vérité et se trouve à l’abri de la loi, elle est le but de la religion et, de même, la liberté garantit la paix. « Nous assignons cette Demeure dernière à ceux qui, sur la terre, ne veulent être ni altiers, ni corrupteurs. » (Al-Qasas (Le récit) ; 28 : 83).

Traduction Denise Masson.

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