L’impact de la connaissance de Dieu sur l'homme (2)

Remerciement et grâce

 

De par sa nature, l’homme éprouve un sentiment spécial envers son tuteur légal, car c’est à lui qu’il revient d’être remercié et loué.

Mais quand l’homme porte son attention sur le fait que tout ce dont il bénéficie en fait de faveur, depuis l’existence jusqu’aux autres bénédictions innombrables dont il jouit, provient entièrement de Dieu, Lui-même son Tuteur légal véritable, cette prise de conscience fera évidemment fructifier le sentiment inné en l’homme comme elle fera éclore le sens de gratitude et de louange à l’égard de Dieu. Cette conscience croîtra et se raffermira de plus en plus au fur et à mesure que cette connaissance s’enracinera.

 

Adoration et service divin

 

Parmi les autres effets de l’attention portée aux bienfaits de Dieu, il y a le désir d’augmenter les actes d’adoration de Dieu et ce, afin de répondre, d’une certaine façon, à son penchant naturel de remercier toujours davantage le Bienfaiteur. Ceux qui adorent Dieu pour ce motif sont à bien des degrés au-dessus de ceux qui, par espoir du Paradis ou par peur de l’Enfer, vouent une adoration au Seigneur. Sous un point de vue, on peut classer par ordre de degré de vertu et de qualité, les adorateurs de Dieu en quelques catégories, qui sont :

 

Premièrement : Ceux et celles qui, au fond d’eux-mêmes, ont appréhendé le sens de la beauté et de la majesté divine et qui pour cela, éprouvent un sentiment d’humilité et de crainte respectueuse indescriptible devant le Seigneur.

 

Deuxièmement : Ceux et celles qui ont allumé dans leurs cœurs le soleil de l’amour pour la joie de leur Bien-aimé et qui ont brisé leur égo pour poser la tête à Son seuil, en signe de soumission et de fidélité.

 

Troisièmement : Ceux et celles qui ont bien reconnu les bienfaits divins dont ils bénéficient, qui ont exprimé franchement leur gratitude et leur reconnaissance et qui pour cela rendent un culte éternel à Dieu.

 

Quatrièmement : Ceux et celles qui, pour parvenir au Paradis et ses délices ou éviter l’enfer et ses tourments, adorent Dieu et sans ce motif n’auraient jamais prêté aucune attention à Dieu. Dans les ouvrages de référence des traditions, nous trouvons de nombreuses allusions, dans les paroles des Imâms Impeccables (as) aux questions précédentes. Citons-en :

« Des gens ont adoré Dieu par désir : cela est l’adoration des marchands. Et des gens ont adoré Dieu par peur : cela est l’adoration des esclaves. Et des gens ont adoré Dieu par gratitude : cela est l’adoration des Libérés. »

« Les adorateurs dévots sont de trois sortes : des gens adorant Dieu, exalté soit-Il, par peur : c’est l’adoration des esclaves. Et des gens adorant Dieu, Béni et Elevé soit-Il, par recherche de récompense : cela est l’adoration des Justes (abrâr). Enfin des gens adorant Dieu exalté soit-Il, par amour pour Lui : cela est l’adoration des Libérés (ahrâr) et c’est la meilleure adoration. »

« J’ai en horreur d’adorer Dieu sans aucun autre but que Sa récompense comme un esclave cupide, qui travaille quand il convoite quelque chose et qui autrement ne travaille pas. Et j’ai aussi en horreur de ne L’adorer que par peur de Son châtiment et je serais alors semblable à un esclave retors qui travaille quand il a peur et qui cesse le travail quand rien ni personne ne lui fait peur. - On lui demanda : pour quelle raison alors effectues-tu les œuvres religieuses ? - Il répondit : Parce qu’Il en est digne de par les soutiens qu’Il m’apporte et Ses bénédictions. »

Dieu est capable de retirer aux hommes toutes les bénédictions qu’Il leur a prodiguées dans ce monde et en plus de les priver de tous Ses bienfaits dans l’Au-delà. L’attention sur ce point particulier peut susciter beaucoup de frayeur en l’homme. D’un autre côté, Dieu est capable d’augmenter Ses bienfaits dans ce monde et dans l’Au-delà de combler l’homme de Ses bienfaits innombrables et éternels qui seraient bien au-dessus de toutes ses espérances. L’attention portée sur ce point particulier fait apparaître une espérance indescriptible dans l’homme. La crainte d’une privation possible dans l’avenir et l’espérance en un destin meilleur possèdent une racine dans la nature humaine et sont deux facteurs puissants pour préparer l’homme à l’effort et à la réforme de soi. C’est pourquoi le Noble Coran, tenant compte de leur rôle édificateur, met l’accent sur eux en plusieurs occasions.

Examen des versets concernant la crainte :

  • La peur et l’appréhension peuvent causer une transformation profonde en l’homme, de telle sorte que l’homme devienne la meilleure créature de Dieu, et que Dieu soit satisfait de Lui et lui de Dieu. Dieu dit dans le Coran :

« Tandis que ceux qui croient, effectuent les œuvres salutaires, ceux-là sont le meilleur de la créature. Leur salaire réside en leur Seigneur : jardins d’Eden, de sous lesquels des ruisseaux coulent : ils y seront éternellement, à jamais. Dieu les aura en Son contentement, comme ils L’auront en le leur. Voilà qui ne concerne que les craignants du Seigneur.» (Sourate Al-Bayyina (La preuve) ; 98 : versets 7 et 8)

 

  • Ceux qui craignent leur Seigneur en public et en privé recevront de Lui un pardon et une récompense immenses. Dieu dit :

« Tandis que ceux qui craignent leur Seigneur dans le mystère auront indulgence et salaire généreux… » (Sourate Al-Mulk, (Le royaume) ; 67 : 12).

 

  • La présence de la peur et même de l’effroi est une des conditions de l’adhésion à l’appel des prophètes (as), ainsi que de la guidance divine et de l’efficacité des avertissements célestes. Dieu alterne les avertissements et les bonnes annonces, de sorte que seuls ceux qui ont la crainte de Dieu au cœur, qui redoutent pieusement la Résurrection et le Jugement dernier, sous la protection des lumières du Livre Céleste, distinguent la Vérité de l’erreur et s’ornent de la piété en tirant profit des conseils et des exhortations. Dieu dit à ce sujet :

« Oui, Nous avons conféré à Moïse et à Aaron le Critère, une Lumière, un Rappel à l’intention de ceux qui se prémunissent, qui craignent leur Seigneur dans le mystère, et qu’émeut l’Heure dernière. » (Sourate Al-Anbiyâ, (Les prophètes) ; 21 : versets 48 et 49). On peut aussi utilement se référer, pour en savoir plus, aux sourates : Yâ Sîn : 36 au verset 11, Tâhâ : 20 aux versets 1 à 3, Al-Nâzi‘ât (Les anges qui arrachent les âmes) : 79 au verset 45, Fâtir (Le Créateur) : 35 au verset 18, et enfin la Sourate Al-A’lâ’ (Le Très-Haut) : 87 aux versets 9 à 11.

 

  • La crainte est aussi un facteur de diligence dans l’action et du travail dans l’urgence pour faire du bien. Dieu dit : « Tandis que ceux qu’émeut la crainte de leur Seigneur, qui croient aux signes de leur Seigneur, qui n’associent nul autre à leur Seigneur, qui donnent ce qu’ils peuvent donner sans que leur cœur dépouille la crainte du retour à leur Seigneur. C’est de leur part hâter les biens (véritables) et y arriver avant tous les autres. » (Sourate Al-Mu’minûn (Les croyants) ; 23 : versets 57 à 61).

 

  • Il ne faut éprouver de la peur que devant Dieu et pour Dieu et de rien d’autre. Dieu dit : « Craindre les hommes, alors que Dieu a tellement plus de droit à ta crainte… » (Sourate Al-Ahzâb (Les coalisés) ; 33 : 37)

On peut aussi consulter les versets des sourates suivantes : Al-Mâ’ida (la table servie), 4 : versets 3 et 24, Sourate Al-Ahzâb (Les coalisés) ; 33 : 39 , Sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 150 , et Sourate Al-Tawba (Le repentir) ; 9 : 13.

 

  • Seul peut tirer les leçons des évènements du passé celui qui a goûté et expérimenté la crainte de son Seigneur. Dieu dit à propos de Pharaon :

« Aussi Dieu le saisit-Il d’une peine exemplaire dans la vie dernière comme dans la première, en quoi réside une leçon pour ceux qui craignent Dieu. » (Sourate Al-Nâzi’ât (Les anges qui arrachent les âmes) ; 79 : versets 25 et 26). Il a été dit que dans le Coran, différents termes servant à désigner cet état particulier des croyants face au Seigneur ont été employés. Bien que chacun possède son acception spécifique qu’il conviendrait d’étudier à leur tour, ils possèdent tous en commun de véhiculer la notion de peur, de crainte. C’est parce que le Coran utilise les ressources de la langue arabe pour désigner des nuances de la peur selon les contextes où elle survient. Voici certains de ces termes signalés en italique, suivis de l’indication des lieux de leurs occurrences : khashyat et rahbat : Sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 40 , Sourate Al-Nahl (Les abeilles) ; 16 :51 , Sourate Al-A‘râf (Les limbes) ; 7 : 154 , et Al-Anbiyâ’ (Les prophètes) ; 21 : 90 , ishfâq (Sourate Al-Anbiyâ (Les prophètes) ; 21 : versets 28 et 49 , Al-Mu’minûn (Les croyants) ; 23 : 57 , et Al-Shûrâ (La consultation) ; 42 : 18 , et wajal (Sourate Al-Anfâl (Le butin) ; 8 : 2 , Al-Hajj (Le pèlerinage) ; 22 : 35 , et Al-Mu’minûn (Les croyants) ; 23 : 60.)

 

L’Espérance

 

Lorsque nous nous imaginons que, dans un avenir proche, une bénédiction sera notre lot, nous sommes pénétrés par un sentiment de douceur que l’on appelle espoir ou espérance. Dans plusieurs versets coraniques, il est fait mention de cet espoir :

  • Espérance en Dieu (Sourates Al-Ahzâb (Les coalisés) ; 33 : 21 , Al-Mumtahina, (L'éprouvée) ; 60 : 6)
  • Espérer rencontrer Dieu (Sourates Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 110 , et Al-‘Ankabût (L’araignée) ; 29 : 5) 
  • Espérer le jour du Jugement dernier (Sourates Al-‘Ankabût ; 29 : 36, et Al-Ahzâb (Les coalisés) ; 33 : 21)
  • Espérance dans la bonté du Seigneur (Sourates Al-Zumar (Les groupes) ; 39 : 9, Al-Baqara (La cache) ; 2 : 218)
  • Espérer le (jour) des Comptes (Sourate Al-Naba’ (L’annonce) ; 78 : 27).

 

De l’étude des versets coraniques, il ressort que :

- Le signe évident de l’espoir en Dieu et au jour de la Résurrection consiste à agir en bien et à ne pas associer des divinités à Dieu. Dieu dit :

« Dis : Je ne suis qu’un humain comme vous, mais à qui la révélation vient que votre dieu est Dieu l’Unique. Qui espère rencontrer son Seigneur, qu’il effectue l’œuvre salutaire, et n’associe personne à son Seigneur dans l’adoration. » (Sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 110). Ceux qui n’ont pas d’espoir dans la rencontre de Dieu se sont attachés au monde, en sont satisfaits et heureux et sont dans l’indifférence envers Dieu et Ses signes. Ils effectuent des œuvres laides et détestables, se révoltent et se montrent récalcitrants, cherchent des prétextes et font des demandes déplacées. Dieu dit à leur propos :

« Quant à ceux qui n’appréhendent pas Notre rencontre, se satisfont de la vie d’ici-bas, y trouvent leur quiétude, restent indifférents, eux, à Nos signes, de ceux-là le Feu sera le refuge, par cela même qu’ils se seront acquis. » (Sourate Yûnus (Jonas) ; 10 : versets 7 et 8).

- La cause de l’absence d’espérance en la rencontre de Dieu est l’absence d’attention à Dieu et à Ses signes (Sourate Yûnus ; 10 : versets 7 et 8), et comme l’inattention provient de la connaissance imparfaite, acquérir une connaissance vraie est une condition nécessaire et préalable pour recouvrer l’espoir.

- De l’ensemble des versets relatifs à l’espoir, il ressort que l’espoir est à l’origine de tous les efforts utiles et fructueux de l’homme, et il est la source de l’amendement des affaires de la création dans la société ainsi que la cause qui fait mériter aux hommes le bonheur éternel. Tout comme il est aussi vrai que le désespoir, la détresse à l’égard de Dieu et au Jour de la Résurrection sont la racine de toutes les corruptions sur terre, des actions viles et des malheurs. Dans certains versets, l’espoir (rajâ’) est pris dans son sens strict d’attente que se réalise ou que survienne quelque chose, que ce soit au bénéfice de l’homme ou à son détriment. Et dans toutes les occurrences de « l’espérance au jour de la résurrection », le mot semble prendre une signification de l’attente absolue. Au sujet des versets faisant mention de l’attente de la rencontre avec le Seigneur, deux possibilités se présentent : l’une est que l’intention en soit que la rencontre avec Dieu est un degré de la proximité divine qui ne s’obtient et n’est à la portée que des saints et saintes (awliyâ’) et l’autre, que l’intention en soit le face à face absolu de la rencontre avec Dieu qui se produira pour tout le monde et chacun individuellement. Dans ce dernier cas, le sens de « l’espoir de la rencontre avec Dieu » serait l’attente absolue de cet évènement qui se fonde sur la foi dans la résurrection finale et surtout l’idée que l’on s’en soucie.

 

Quelques remarques :

  • Si l’homme croyant est persuadé au fond de lui-même que le bien et le mal le concernant dépendent uniquement de la volonté de Dieu, il devrait dans ce cas ne craindre que Dieu et ne s’attacher qu’à Lui, et par conséquent, son espoir et sa crainte seront tous les deux suspendus à Lui.
  • La crainte de Dieu et l’espoir en Lui servent à celui qui désire la perfection comme deux qualités indispensables. Ne pas les avoir constitue une lacune dans les vertus humaines. La crainte et l’espoir sont en réalité deux ailes dont on se sert pour voler vers les sommets de la perfection, sans lesquelles l’homme n’arriverait nulle part.
  • La crainte et l’espérance doivent être équilibrées. Cette remarque peut se déduire des versets où les deux termes apparaissent côte à côte. Dieu dit :

« Celui qui a le souci de la vie dernière, aspire à la miséricorde de son Seigneur… » (Sourate Al-Zumar (Les groupes) ; 39 : 9), et Il dit aussi : « Ceux qui détachent leurs flancs de leur couche pour invoquer leur Seigneur dans la crainte et l’appétence, sur Notre attribution font dépense. » (Sourate Al-Sajda, (La prosternation) ; 32 : 16).

Dans les recueils de traditions, l’Imâm Impeccable (as) a dit : « Le serviteur de Dieu croyant n’est pas autre que celui qui possède dans son cœur deux lumières : l’une est la lumière de la crainte et l’autre la lumière de l’espoir, et s’il souhaitait évaluer chacune d’elle séparément, aucune ne l’emporterait sur l’autre. »

  • Ce qui s’oppose à la peur est d’une part, le sentiment de sécurité devant le châtiment de Dieu et d’autre part, l’impertinence (de se livrer à tous les péchés sans crainte de Dieu). Et ce qui s’oppose diamétralement à l’espoir est la déception, le désespoir de la bonté divine qui font partie tous les deux des péchés capitaux. La crainte et l’espérance sont deux choses existantes et aucune d’elles ne se trouve aux antipodes de l’autre, ni son contraire. En dépit de cela, elles interagissent l’une sur l’autre. Si la peur dépasse la limite raisonnable et nécessaire, elle affaiblira l’espoir dans le cœur de l’homme et inversement. C’est la raison pour laquelle l’Imâm Ja'far al-Sâdiq (as) a dit : « Espère en Dieu dans la proportion qui ne te rende pas impertinent au point de ne plus Lui obéir, et sois dans la crainte de Dieu dans la proportion qui ne te fasse pas désespérer de sa miséricorde. »

 

L’humilité (khushû‘)

 

Le sens de l’humilité est approximativement concomitant du sens de la peur et de la crainte et signifie quelque chose comme orgueil brisé. En français, l’humilité est de la même famille que le mot humus qui désigne le terreau. Etre humble a donc le sens imagé très oriental de réaliser que nous ne sommes que de la poussière, que nous retournerons à la terre, qui que nous soyons. Le cœur devient flexible et ne se laisse plus dominer par l’orgueil, comparé à la dureté du cœur de pierre et l’absence de réaction émotive du cœur. Le Noble Coran incite et encourage les croyants à l’humilité et à la modestie devant les Paroles divines, les signes divins, les Livres célestes révélés, la Vérité et la Réalité. Il attend d’eux qu’ils aient des comportements en totale adéquation avec ses enseignements divins. Il blâme les hommes aux cœurs endurcis qui ont reçu la Torah mais qui ne l’ont pas appliquée dans leur vie, leurs cœurs devenant encore plus durs, s’adonnant à la prévarication et à la scélératesse. « N’est-il pas l’heure pour les croyants que leur cœur s’humilie au Rappel de Dieu et à cette part du Vrai qui est descendue, et qu’ils n’imitent pas ceux qui précédemment reçurent l’Ecrit ? Le délai leur parut long, leurs cœurs s’endurcirent, et beaucoup d'entre eux sont pervers. » (Sourate Al-Hadîd (Le fer) ; 57 : 16).

On peut conclure de ce verset que l’acquisition de la qualité de l’humilité dépend dans une certaine mesure de la volonté des hommes. On peut donc faire naître en soi cette qualité en accomplissant certaines œuvres et en réunissant certaines autres conditions préalables. Pour plus de lecture à ce sujet, on pourra consulter aussi les contenus des versets coraniques évoquant cet état louable aux sourates suivantes : Al-Ahzâb (Les coalisés) ; 33 : 35 , Al-Baqara (La vache) ; 2 : 46 , Al-Zumar (Les groupes) ; 39 : versets 22 à 27, Maryam (Marie) ; 19 : 58 , Al-Isrâ (Le voyage nocturne) ; 17 : versets 107 à 109.

 

La contrition et le renoncement

 

La contrition ou remords (tazarro‘) et la reddition ou soumission après résistance (istikâna) sont des états qui surviennent suite à la peur et l’effroi. Tazarro’ signifie étymologiquement (se) sous-estimer et (se) mépriser à force de regret, et il se manifeste par les pleurs et les lamentations. Même si aujourd’hui encore il continue à être employé dans cette acception, il désigne aussi la cause à l’origine de cet état qui consiste dans le fait de se voir faible et insignifiant devant la puissance des évènements et des difficultés de la vie et qui amènent les hommes à supplier le secours divin. La privation, la maladie, les inondations, les tremblements de terre et autres calamités ramènent l’homme à sa vérité, à se voir en face, hors de son image d’orgueilleux et d’indifférent à Dieu, et cet état de remords remonte à la surface. C’est pour cette raison que selon le Coran, pour faire manifester cet état louable, Dieu a soumis aux épreuves les anciennes communautés par les difficultés. Mais beaucoup d’entre elles avaient le cœur trop endurci pour manifester la moindre émotion et ne pouvaient se réveiller de leur orgueil. Il dit dans le Coran :

« Oui, Nous avons envoyé (Notre message) à des communautés d’avant toi ; et c’est pourquoi Nous les saisîmes par le malheur et la calamité, dans l’attente de leur contrition. Ah ! si, quand les toucha Notre rigueur, elles avaient témoigné de contrition ! Mais leur cœur s’endurcit. Satan leur parait leurs actes... » (Sourate Al-An’âm, (Les bestiaux) ; 6 : versets 42 et 43).

Il s’agit là d’une pédagogie divine éminemment efficace fondée sur les mises à l’épreuve successives des peuples, des individus et des civilisations. Ces épreuves sont autant de chances à saisir par l’homme pour gravir les échelons de la perfection.

« Oui, l’homme fut créé impressionnable : pusillanime dès que le mal le touche, inabordable dès que le touche le bien ! » (Sourate Al-Ma‘ârij, (Les voies d'ascension) ; 70 : versets 19 à 21).

Dieu dit dans la Sourate Ibrahîm (Abraham) 14 au verset 34 : « Si vous dénombriez les bienfaits de Dieu, vous n’en feriez pas le compte... »

 

Bihâr al-Anwâr, volume 78, glose 69.

Bihâr al-Anwâr, volume 70, p. 255.

Bihâr al-Anwâr, volume 70, p. 210.

Le mot Critère traduit le mot Arabe furqân dont la racine contient le sens de séparation, de distinction. Al-Furqân (Le Critère) est le Coran envisagé sous sa révélation historique en partie aux prophètes antérieurs (Moïse et Jésus, par exemple) avant sa révélation entière et en bloc à l’Envoyé d’Allah et de prendre le nom de Qor’ân (transcrit en français Coran) qui vient d’une racine signifiant aussi rassembler un tout. Avec la révélation du Coran, plus aucun Livre ne descendra du Ciel.

On peut consulter dans la même sourate les versets 11 et 15, et dans la sourate al-Furqân (Le Critère) ; verset 25 : 21.