Gnose (‘irfân) et gnostique (‘âref)

Les premiers gnostiques ont pris en compte différents aspects lorsqu’ils ont voulu définir la gnose. Certains en ont donné une définition en prenant en considération diverses notions comme la crainte, l’unicité, l’extinction, l’amour, la sincérité… Ainsi, quand à une époque donnée, la question essentielle en matière de gnose était l’amour, ils ont alors défini la gnose en se basant sur cet aspect-là.

 

Au-delà des conditions temporelles et de la conjoncture à partir desquelles ils s’expriment, les locuteurs subissent une influence mesurée pour définir la gnose ; par exemple, face aux tyrans, ils blâment la tyrannie et l’oppression, face à la quête de dignité sociale et d’amour du pouvoir, ils blâment cette avidité et le faste qui l’accompagne, et face à celui qui amasse une fortune, ils s’appuient sur le blâme des biens de ce monde.

 

Dans certains cas également, les gnostiques parlent de la gnose en se référant à leur propre degré, à leur situation vis-à-vis de la connaissance et de la voie mystique. Ainsi, des valeurs comme la satisfaction, la résignation, le repentir, l’abstinence, etc. entrent dans la manière dont les gnostiques font connaître la gnose. Il en résulte que les définitions que donnent les gnostiques de la gnose sont variées et multiples. En outre, au cours des époques des premiers gnostiques, des expressions comme fanâ (extinction), ainsi que d'autres désignations qui n’avaient pas encore cours, n’étaient pas entrés dans l’usage. Par la suite, en fonction des différents degrés de la voie de la perfection qu’est la gnose, des définitions s’ordonnent en fonction des titres principaux correspondant aux degrés de l’enseignement gnostique. A titre d’exemple, on peut donner ici la définition de Dâwud ibn Mahmûd Qaysarî, un gnostique de renom, élève de Mollâ ‘Abd al-Razzâq Kâshânî. Il dit au sujet de l’unicité, de la prophétie et de la wilâya : « La gnose comprend le savoir qui touche à son Excellence la Vérité, glorifiée soit-elle, à l’égard de Ses Noms, de Ses qualités et de Ses attributs, le savoir touchant aux états originels et à la résurrection, les réalités du monde et la façon dont ces réalités ramènent à la vérité unique qui est cette Essence Une de Dieu le Très-Haut. Elle consiste en la connaissance de la voie mystique, le combat pour libérer l’âme de l’étroitesse de ses liens et de son attachement pour les détails. Elle consiste à la faire revenir à sa source et à la purifier de l’usage général que l’on fait de ce mot. » (Yathribî, ‘Irfân nazarî (La gnose spéculative), pp. 25 à 28). D’après cette définition, le pilier du savoir gnostique et de la connaissance est donc le savoir touchant à Dieu le Très-Haut, à l’égard de Ses Noms et de Ses Qualités. Si nous voulons faire la lexicologie du terme « gnose », ‘irfân provient de ‘urf, et signifie dans ce cas « connaître, reconnaître, savoir après avoir ignoré ». Par conséquent, l’origine du mot ‘irfân (gnose) est claire, à l’inverse de l’origine du mot « soufi » qui souffre de divergence d’opinions.

 

« Dans l’usage, la gnose désigne la connaissance de Dieu. » (Sa‛îdî, Gol Bâbâ (Dictionnaire des expressions gnostiques d’Ibn ‘Arabî), p. 528). Dans le dictionnaire, la gnose est présentée comme le : « nom du savoir s’appliquant aux savoirs divins, dont l’objet est la connaissance de Dieu, de Ses Noms et de Ses Qualités. En résumé, on nomme gnose la voie et la méthode que les Gens de Dieu ont choisies pour connaître Dieu. » (Dehkhodâ, Dictionnaire de la langue persane, Vol. 10, p. 13592).

 

« La connaissance de Dieu est possible par deux voies ; l’une consiste dans le fait de raisonner à propos de l’effet et de celui qui l’engendre, ce qui est propre aux théologiens et aux sages. L’autre se fait au moyen de l’épuration du caché, de l’exploration et de la présence, ce qui est propre aux prophètes (as), aux awliyâ’ et aux gnostiques. Les gnostiques ont pour croyance que, pour accéder à Dieu et à la vérité, il faut franchir les degrés jusqu’à ce que l’âme puisse par ce moyen récolter la connaissance dont elle a la capacité. La différence entre les gnostiques et les sages provient du fait que l’action des premiers se base sur l’intuition et la connaissance présentielle, et non sur le raisonnement intellectuel. En réalité, la gnose est une connaissance basée sur des états spirituels et indescriptibles. Au cours de ces états, se fait jour pour l’être humain la sensation d’une communication directe et sans intermédiaire avec Dieu le Très-Haut. Bien entendu, il s’agit d’états mystiques et spirituels qui ne peuvent être ni décrits ni définis, car le gnostique appréhende l’essence de Dieu, non pas par la preuve et le raisonnement, mais par le goût et la conscience. C’est pourquoi, lors de tels états, le gnostique jouit d’une conscience dont il ne peut faire la description. Aussi, celui qui désire trouver un tel état doit-il rechercher la gnose et devenir gnostique. » (Zarrîn Kûb, Arzesh-e mîrâth-e sûfiyeh (La valeur de l’héritage du soufisme), p. 10).

 

La définition que Bertrand Russel donne de la gnose est également de ce type : « Lorsque nos sensations à l’égard de nos croyances s’intensifient et gagnent en profondeur, on parle alors de gnose. » (Estes, ‘Irfân va falsafeh (Gnose et philosophie), pp. 1 à 3). De manière générale, nous pouvons avancer que la gnose possède deux significations, l’une est commune et l’autre particulière :

1- Signification commune : « Expérience des points subtils et des mystères des choses, par opposition au savoir superficiel et ne touchant que l’écorce. »

2- Signification particulière : « Découverte des réalités d’une chose au moyen de l’exploration et de la présence. » (Dehkhodâ, Dictionnaire de la langue persane, Vol. 10, p. 13592).

Gnostique : considérant la définition de la gnose, le gnostique est celui qui connaît Dieu par Ses Noms et Ses Qualités, et qui accède aux vérités et aux mystères des choses par la voie de l’exploration et de la présence.

Dans le dictionnaire, gnostique signifie savant, connaissant et informés des points subtils et des mystères. Dans l’usage, il s’agit de celui que Dieu fait accéder au degré de la présence de Son essence, de Ses Noms et de Ses Qualités. Ce degré ne se réalise pas pour lui au moyen du savoir et de la connaissance, mais au moyen de l’état mystique et de la contemplation spirituelle. (Kâshânî, Misbâh al-Hidâya, p. 506).

Au sujet de la signification usuelle du terme « gnostique », là aussi des interprétations et des définitions différentes et variées nous sont données. En voici quelques-unes :

« Le gnostique est celui qui obtient l’abolition et l’extinction de son existence illusoire. » (Sajjâdî, Farhang-e estelâhât va ta‛bîrât-e ‘erfânî (Dictionnaire des termes et expressions gnostiques), p. 566).

« Le gnostique est celui qui a parcouru les étapes de la purification et de la sanctification de l’âme et a découvert les secrets de la vérité. » (Idem).

« Le gnostique est celui qui accomplit l’adoration de Dieu car il considère qu’Il le mérite, et non en raison de l’espoir en une récompense ou de la crainte vis-à-vis de la vie future. A l’opposé, les ‘Gens de la transaction’ adorent Dieu en vue d’en obtenir la récompense dans la vie future. » (Ma‛sûm ‘Alî Shâh, Al-Tarâ’iq al-Haqâyiq (Les voies des vérités), p. 334).

« Le gnostique est un voyant auquel Dieu l’Immense fait voir Son essence, Ses Qualités, Ses Noms et Ses actions. Sa connaissance est visuelle, comme il a été dit : ‘Le gnostique parle de ce qu’il voit, le sage parle de ce qu’il entend.’ » (Estelâhât-e Kâshânî (Les expressions de Kâshânî), p. 106).

« On a demandé à Bâyazîd Bâstâmî ce qu’était le signe du gnostique. Il a répondu : ‘Il est celui qui ne faiblit pas dans la mention de Dieu, ne fait pas preuve de négligence vis-à-vis de Dieu et ne s’attache à personne d’autre que Lui.’ » (Tabaqât al-sûfiya Salamî (Les degrés du soufisme de Salamî), p. 64).

Selon Abû Turâb Nukhshabî, « Le gnostique est celui que rien ne trouble. » (Sajjâdî, Farhang-e estelâhât va ta‛bîrât-e ‘erfânî (Dictionnaire des termes et expressions gnostiques), p. 566).

Shabestarî considère que le gnostique est « celui qui a atteint à l’abolition et à l’extinction de son être ». Ailleurs, avec la même teneur, il considère que « le vrai gnostique est un homme parfait qui a atteint l’abolition et l’extinction de son être ». (Golshân-e Râz (La roseraie du mystère), pp. 59, 64 et 340).

Salamî considère également que « le gnostique est celui qui a trouvé l’extinction dans la vérité et qui n’a pas encore atteint le degré où il se maintient constamment en Dieu. Il est celui qui s’est rendu du degré de l’enchaînement à celui de l’affranchissement. Il considère que Celui qui est connu est la vérité absolue en laquelle toute chose trouve son origine et sa résurrection. » (Salamî, Tabaqât al-Sûfiya (Les degrés du soufisme), p. 506).

 

Awhadî définit ainsi le gnostique : « Les gnostiques qui ont bu la coupe de la vérité connaissent les mystères et les recouvrent. Finalement, du point de vue d’Ibn ‘Arabî, le gnostique est celui auquel Dieu se manifeste et auquel Dieu fait apparaître des états qui font de lui le connaissant de Son état. Ibn ‘Arabî croit que la pauvreté (en Dieu) et l’union à Dieu le Très-Haut sont les meilleurs degrés et les meilleures stations que puisse franchir le gnostique. Son premier étonnement a lieu devant les grâces divines que sa gratitude et son remerciement ne sont pas en mesure de compenser. Son dernier étonnement concerne la place de l’unicité : le gnostique est ébahi et hébété face à l’immensité de la puissance de Dieu, face à Sa majesté et à Sa beauté, réalisant que sa perception et sa compréhension sont infimes et incapables de les saisir. A la toute fin de son parcours, le gnostique s’unit à Dieu, il devient le témoin oculaire de Dieu et de Ses actions, sans le moindre intermédiaire. » (Sa‛îdî, Gol Bâbâ (Dictionnaire des expressions gnostiques d’Ibn ‘Arabî), p. 508).

 

Les Gens de la voie mystique, s’appuyant sur les versets du noble Coran, considèrent que la part du gnostique au paradis sera composée de trois éléments : 1- Le concert (des derviches) : « Ceux qui croient et qui accomplissent des œuvres bonnes se réjouiront, alors, en un parterre fleuri. » (Al-Rûm ; 30 : 15). 2- Le vin (mystique) : « Leur Seigneur les abreuvera d’une boisson très pure. » (Al-Insân ; 76 : 21). 3- La vision : « Ce Jour-là, il y aura des visages brillants qui tourneront leurs regards vers leur Seigneur. » (Al-Qiyâma ; 75 : 22 et 23). Il est dit que le concert représente la part de l’ouïe et revient à ceux qui en réunissent les conditions nécessaires. Le vin (mystique) représente la part du goût et convient aux amoureux (mystiques), tandis que la vision concerne la part de la vue et revient aux amoureux. (Meybodî, Kashf al-Asrâr (La découverte des mystères), Vol. 1, p. 311). En prenant compte ce que nous venons de voir, nous pouvons conclure que les degrés et les étapes mystiques diffèrent selon les gnostiques et que chacun les définit en fonction de sa propre expérience. Par conséquent, il est naturel d’avoir affaire à une grande variété de définitions des termes « gnose » et « gnostique ».

La qualité d’Ami de Dieu propre aux Imâms (as) notamment.

La Divinité, Dieu.

De la langue persane…

Pluriel de walî, les Amis de Dieu (as).

Ici, les termes traduits peuvent causer un certain nombre de confusions, car la langue française ne propose pas un terme équivalent à chaque terme persan/arabe, en particulier dans le domaine religieux/mystique/métaphysique. Bien souvent, un même terme en français doit rendre compte de plusieurs termes persans, et gomme immanquablement une partie de leurs subtilités. Ici, lorsque l’on parle d’essence divine, il ne saurait être question de ce qui est incréé regardant la divinité. Cette Essence, avec un E majuscule, ne saurait être appréhendée par aucune connaissance, et lorsqu’elle est mentionnée, c’est en tant que frontière interdite s’ouvrant sur un domaine qui ne concerne pas les êtres humains, ni aucun autre être créé. L’essence divine avec laquelle le gnostique a la sensation d’une communication directe appartient au domaine de la création, c’est pourquoi il est précisé dans les premières définitions qui ont été donnée de la gnose dans cet article, que la connaissance de Dieu se fait par la connaissance de Ses Noms, de Ses Qualités et de Ses Attributs, qui constituent autant d’entités issues du processus de création, accessibles à l’âme de l’être humain, justement chargée d’en assumer le dépôt.

De la langue persane…

On parle de connaissance directe.

Expression coranique.

Attention au contresens que certains se délectent à répandre lorsque les mystiques musulmans parlent de boire du vin à l’aube, dès leur réveil… Le vin représente ici le viatique pour l’union mystique, à savoir la prière, ou pour les gnostiques, la vision directe.

‘Âshiqân.

Mohebbân.

 

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