Quelques points de vue au sujet de la relation entre savoir et religion

La connaissance religieuse a toujours donné lieu à de l’adversité. Les diverses rivalités ont fait naître une problématique autour du rapport qui peut exister entre raison et révélation. La question du savoir et de la religion est différente de celle liée à la raison et à la révélation, mais elle lui est contingente. Concernant l’historique du débat, rappelons qu’après la Renaissance, avec l'apparition des Lumières et le développement du savoir nouveau, l'homme s’est détourné du savoir ancien. Durant le Moyen-âge, le savoir, la religion et la philosophie avaient un même destin, et ce point est particulièrement important. Par la suite, le savoir ancien a chuté et le savoir nouveau est né. Le savoir nouveau contenait en lui-même le germe de l’antagonisme vis-à-vis de la religion, c’est pourquoi il a fait naître cette problématique nommée « conflit entre le savoir et la religion ». Par la suite, cette question s’est progressivement muée en débat théologique dogmatique et s’est trouvée rangée avec les thèmes étudiés par les philosophes de la religion, sous l’appellation de « relation entre savoir et religion ». D’ailleurs, aujourd’hui, l’une des questions importantes de la philosophie de la religion est précisément celle-ci. La question de la relation entre savoir et religion est discutée sous des angles différents et variés. On la traite par exemple à partir de l’aspect s’attachant à la connaissance de la connaissance, lorsqu’il s’agit du rapport entre connaissance religieuse et connaissance empirique. Ou alors on analyse la philosophie du savoir, pour comparer la structure des lois scientifiques à celles des prédicats religieux. La recherche peut également s’articuler autour de l’analyse de la philosophie religieuse, et dans ce cas on compare entre elles la connaissance empirique et la connaissance religieuse. On peut également aborder sous le même angle la théologie, la théologie dogmatique, la sociologie et la psychologie. On observera alors que les historiens et les sociologues du savoir discutent des faveurs et des obstacles que la religion ou la disposition religieuse ont apprêtés au cours de l’histoire concernant la recherche et le développement du savoir. D’autre part, les théologiens et les philosophes de la religion débattent à propos de la compatibilité ou de l’incompatibilité du contenu religieux et des découvertes scientifiques.

 

Une question se pose depuis longtemps au sujet de la relation entre religion et savoir, et elle consiste à se demander s’il existe réellement une incompatibilité entre ces deux modes de connaissance. Leur différence ne résiderait-elle pas plutôt dans le fait que chacun suit sa propre voie, sans qu’il n’y ait conflit ou incompatibilité pour autant? Ne pourrait-on pas plutôt envisager qu’il existe entre eux une entente mutuelle, une sorte d’accord selon lequel non seulement ils ne sont pas indépendants l’un de l’autre, mais en vertu duquel, en plus, ils se complètent l’un l’autre ?

 

Il existe en gros quatre points de vue sur la relation entre savoir et religion :

 

A. Interpénétration du savoir et de la religion. Le savoir et la religion ont entre eux une relation commune et spéciale, inconditionnelle, et le savoir compte pour partie de la religion.

B. Antagonisme entre savoir et religion. Le savoir et la religion constituent deux réalités distinctes et deux sources indépendantes de connaissance. Ils sont cependant en conflit au sujet de certaines questions. Par exemple, la religion dit « a est b » là où le savoir dit « a n’est pas b ». Bien entendu, la plupart des gens n’usent que de mots sévères pour ces conflits et prétendent qu’ils ne concernent pas seulement quelques prédicats mais représentent en réalité une fracture profonde entre deux systèmes. Ce point de vue envisage le savoir et la religion, en général comme en particulier, comme deux voies séparées, et estime qu’ils sont en conflit quant aux points qu’ils ont en commun.

C. Contraste ou distinction entre savoir et religion. Dans ce cas-ci, ils sont non seulement autonomes, mais sont de surcroît absolument distincts et séparés. Ils n’ont aucun point d’achoppement concernant la position et le prédicat, ce qui permettrait de dire s’ils se trouvent en conflit ou pas au niveau du statut, de la relation, du sujet ou du prédicat ; ils sont en réalité en contradiction.

D. Harmonie et compatibilité du savoir et de la religion. Le savoir et la religion sont deux savoirs indépendants et séparés avec une compatibilité à l’égard de certains prédicats qu’ils ont en commun. Selon ce point de vue, le savoir et la religion s’accordent sur ce qu’ils partagent. Par exemple, le savoir et la religion se sont exprimés au sujet de l’être humain (motif de partage), tandis qu’ils ne s’accordent pas mutuellement sur les règles et sur les relations (motif de séparation).

 

Il s’agit là de points de vue qui ont leurs partisans, mais il est possible de prendre en compte une autre supposition, contraire à celles-ci, et de considérer que l’orbite du savoir est plus grande que celle de la religion. Cela dit, cette théorie ne compte pas de partisans.

 

Interpénétration du savoir et de la religion

 

Selon l’avis d'Etienne Gilson, cette théorie avait cours dans le christianisme du Moyen-âge. En réalité, les chrétiens de cette époque considéraient cette philosophie grecque en fonction du profit qu’ils en tiraient ; ils avaient reconnu la métaphysique de Platon et d’Aristote et la considérait comme un organe de la connaissance religieuse. Par conséquent, on peut déduire qu’ils accordaient au savoir un vaste domaine comprenant la connaissance de la nature, la connaissance de l’univers, le système astronomique de Ptolémée et la plupart des débats philosophiques aristotéliciens, platoniciens et néoplatoniciens. Tout cela faisait partie de la religion et si quelqu’un s’y opposait, il était considéré comme renégat ou apostat.

 

Antagonisme entre savoir et religion

 

Une question se pose depuis longtemps : la relation entre savoir et religion est-elle basée sur l’antagonisme ou sur le parallélisme ? Depuis le moment où les découvertes impressionnantes et croissantes des savants des temps modernes s’inscrivent ouvertement en faux avec les croyances de l’Eglise, les partisans du matérialisme scientifique, en particulier ceux qui s’en tiennent aux théories de Newton et à l’explication mécanique du monde, considèrent, aux côtés des positivistes logiques, que l’ensemble de la religion n’est qu’un fatras de légendes creuses et inutiles et n’accordent de prix qu’à la seule science. De là, certains théologiens et savants religieux ont désigné des voies permettant de supprimer cet antagonisme. Dans le cas d’un antagonisme entre le savoir et la religion, ils ont rappelé qu’il n’y a donc rien qui empêche que l’on croie en la séparation de leur domaine respectif et en la différence entre leur langage propre. Certains ont donc établi que ces deux notions comportaient des devoirs séparés et d’autres ont même avancé que l’antagonisme entre le savoir et la religion apparaissant lors de débats communs, comme par exemple celui sur la création, ne portait que sur l’aspect apparent, arguant que la langue de la religion comporte un aspect symbolique qui peut être interprété, à l’inverse de la langue du savoir. Au sujet de la première fracture entre savoir et religion, Ian Barbour dit : « A l’époque de la découverte du savoir nouveau, la première fracture essentielle entre le savoir et la religion a résulté des réussites impressionnantes des méthodes scientifiques. En fin de compte, ces réussites impressionnantes amènent à penser que seules la science et la méthode scientifique expérimentale représentent l’unique voie digne de confiance permettant d’accéder à la réalité. La plupart des gens ne comptent que la science expérimentale comme une affaire objective, raisonnable et fondée sur de solides preuves tirées de l’expérience, pensant par ailleurs que la religion est une affaire sentimentale, personnelle, limitée et fondée sur des traditions et des fondements opposés les uns aux autres. »

 

La plupart des gens croient qu’il existe un antagonisme entre savoir et religion, c’est pourquoi on s’est efforcé d’énoncer une voie permettant de sortir de cet antagonisme. Des personnes comme Galilée, Einstein, Newton et d’autres ont cité des exemples de cet antagonisme, rappelant pour exemple que la religion parle de sept cieux tandis que le savoir nous informe à propos d’un ciel unique. La religion considère que l’être humain a été créé de terre par Dieu, alors que le savoir sait qu’il est un prolongement amélioré du règne animal. Concernant la revendication de l’antagonisme entre le savoir et la religion, le débat est important et mérite d’être analysé à deux titres. L’un, concernant l’antagonisme qui est invoqué, consiste à savoir si l’on est en mesure de lui dessiner une base scientifique et logique permettant de l’établir solidement ? Autrement dit, si l’on peut prouver cette prétention par l’expérience scientifique et la découvrir par l’un des cinq sens, ou si la preuve d’une telle assertion se trouve elle-même sans motif, auquel cas elle doit être recherchée parmi les prédicats inspirés, bien que les sciences acquises considèrent qu’elles en soient dénuées ? Dans le cas où, comme cela a été dit au sujet de la nature des sciences expérimentales lors des précédents sujets, la nature de ces sciences serait en réalité contraire à ce que prétendent ceux qui les défendent, non seulement elles ne seraient ni sensorielles ni expérimentales mais de plus, « la totalité des fondements du positivisme serait non reconnu par la science, car ces fondements auraient soit été pensés comme manifestes et n’ayant aucun besoin d’être prouvés par la raison, ou bien auraient été acceptés d’avance au titre d’hypothèses non démontrées, ou même alors, il aurait fallu établir pour eux des preuves philosophiques. » (‘Alî Zamânî Amîr ‘Abbâs, Keyhân-e Andîsheh (Le monde de la pensée), n° 82, p. 164.).

 

Comment se peut-il que, selon ce que dit Frank Plumpton Ramsey, un philosophe et mathématicien du XXe siècle : « Nous pouvons mesurer la longueur de l’onde lumineuse qui émane de la surface d’une barre de fer rougeoyante et en définir précisément le rougeoiement. Mais lorsque nous sommes en rapport avec les propriétés des choses théoriques comme la « rotation » d’une molécule, nous ne pouvons qu’indirectement et obscurément donner un sens expérimental à ce terme…? Il est évident que le champ expérimental de la rotation d’une molécule n’est pas aussi simple et direct que celui du rougeoiement d’une barre de fer brûlante. Quelle est en réalité la situation de cette notion au regard de la connaissance ? Comment peut-on distinguer les termes spéculatifs, qu’il faut d’une certaine manière relier au monde des faits et analyser par l’expérience, aux termes métaphysiques que nous rencontrons le plus souvent dans la philosophie traditionnelle – des termes ne comportant aucune signification expérimentale ? Comment peut-on donner raison au savant qui évoque des notions spéculatives sans pour autant donner raison au philosophe évoquant des notions métaphysiques ? » (Moqaddemeh-i bar falsafah-ye elm (Introduction à la philosophie du savoir), pp. 368-369. Traduction de Yûsuf ‘Aqîqî. Deuxième édition. 1973).

 

Bien que Ramsey, au lieu de répondre à cette question et de résoudre ce problème, ait essayé de supprimer le fondement de la question pour en modifier l’aspect « il a proposé de laisser de côté l’ensemble du système des principes de la thématique spéculative en rapport avec une théorie pour la remplacer par une autre chose que l’on appellera, selon l’expression actuelle ‘la théorie de Ramsey’, résumée en une phrase. Dans la phrase de Ramsey, qui correspond donc aux principes thématiques de la théorie, les termes spéculatifs n’existent en aucun cas. Autrement dit, les questions étourdissantes vues précédemment peuvent être mises de côté en supprimant les termes qui posent problème et sans se donner plus de mal que cela. » (Idem, p. 369). Rudolf Carnap, l’auteur du livre Moqaddemeh-i bar falsafah-ye 'elm (Introduction à la philosophie du savoir), commentant et expliquant le discours de Ramsey ajoute : « Le point important est que nous pouvons maintenant prendre du recul vis-à-vis de l’ensemble des interrogations métaphysiques gênant les formulations des théories de base, et les simplifier. Avant, nous avions des termes théoriques du genre « électron ». Dans le discours de Ramsey à propos du monde extérieur, il n’y a pas de termes du type « électron ». Cela ne veut pas dire que les électrons disparaissent, ou si l’on veut être plus précis, que ce qui dépend du monde extérieur et se trouve décrit par l’intermédiaire du terme « électron », disparaît… Au contraire, il s’agit du fait qu’il n’est plus nécessaire que nous analysions la notion d’électron car le terme n’entre absolument pas dans le langage de Ramsey. » (Idem, p. 374). En résumé, selon ce que dit le Professeur ‘Allâmeh Mohammad Taqî Ja‛farî, « Si le cours des choses de notre époque était de telle sorte que l’analyse et la recherche à propos de la religion, du savoir et de leur relation devaient être exécutées avec une parfaite objectivité, sans la partialité résultant des difficultés inhérentes à l’égoïsme, à la quête du pouvoir, au culte de la célébrité et aux diverses forces en présence, un grand pas serait accompli au sujet de l’étude du véritable rapport existant entre la religion et le savoir et l’on y trouverait là une haute collaboration entre ces deux qui profiterait au bonheur de l’humanité. Cependant, malheureusement, nous voyons bien que la façon dont cela se passe est exactement contraire à cette sérénité, à cette sincérité et à cet amour de la vérité. » (Mohammad Taqî Ja‛farî, Falsafeh-ye dîn (Philosophie de la religion), p. 371.).

 

A travers ce qui vient d’être énoncé, s’éclaire le deuxième dessein de notre sujet et son importance quant à la création de l’antagonisme entre le savoir et la religion, ainsi que le tapage que cela occasionne. Ici, il s’agit du fait qu’immédiatement avant que la querelle en question entre les partisans de la logique réclamant des preuves et ceux des savoirs liés à la réalisation ne devienne une querelle entre deux modes de connaissance, nous avons déjà affaire à un conflit politique avec pour motivation l’acquisition du pouvoir politique et social. Ainsi, nous pouvons constater que le raid massif, qui au 18e siècle est le fait des opérateurs de cette scène, dont font partie les compagnons et les auteurs de l’Encyclopédie française venus combattre la religion, s’efforce d’écorcher le visage de la religion au moyen de toutes sortes de calomnies, pour en définitive la conduire au dehors de la scène publique. Ernst Cassirer écrit dans son livre La philosophie des Lumières : « Les auteurs de l’Encyclopédie française déclarent la guerre à la religion et à ses assertions au sujet du vrai, de la vérité. Non seulement ils accusent la religion de se dresser en obstacle permanent à la voie du progrès intellectuel de l’être humain, mais ils croient que la religion est également incapable d’établir une morale juste, ainsi qu’un système social et politique équitable. » (Ernst Cassirer, Falsafeh-ye rowshangarî (La philosophie des lumières), p. 210. Traduction persane de Yadollah Movaffagh, Première édition. 1370 de l’Hégire solaire). C’est pourquoi on observe que l’ensemble des efforts entrepris au cours de l’époque qui suit la Renaissance consiste à assembler divers points épars et à en orienter l’écheveau de manière à pouvoir écarter la religion de la scène publique, et à se débarrasser de son rôle fondateur. « Avec Hobbes, le pouvoir de droit divin est désavoué, tandis qu’apparaissent les principes de base de la vision libérale à l’égard du système politique, à savoir la ‘théorie du contrat social’. Avec cette théorie, toute forme de dignité d’aspect religieux s’appliquant au pouvoir politique est niée, alors que le pouvoir et le domaine politique sont désormais pensés de manière séculière. » (Shahryâr Zarshenâs, Eshârâtî dar bâreye lîberâlism dar Îrân (Indications au sujet du libéralisme en Iran), pp. 40-41. Première édition. 1378 de l’Hégire solaire).

 

Séparation ou divergence entre savoir et religion

 

La prétention d’un antagonisme entre savoir et religion a eu pour conséquence qu’un certain nombre de penseurs et de savants ont entrepris de trouver une voie permettant de trouver une solution à la question et ont accompli des recherches dans ce but.

De ce fait, séparant les questions relatives à l’objet, à la méthode et au terme de chaque savoir et de chaque religion, ils les ont cantonné chacun dans des limites et des frontières, supposant que l’antagonisme vient à exister dans le cas où les savoirs et les religions concordent au niveau de leur objet, de leur méthode ou de leur fin, et que dans le cas où un objet discuté par une religion possède un domaine qui lui est propre et n’a de rapport qu’avec la religion elle-même, il n’y aurait désormais plus de place pour l’antagonisme. Ce point de vue est très courant dans le monde chrétien et rassemble beaucoup de partisans.

 

Les partisans de ce point de vue se divisent en quatre groupes :

 

a) Les partisans du nouveau point de vue de l’orthodoxie

 

Ces partisans ont pour croyance qu’il existe une contradiction entre le savoir et la religion, qu’ils n’ont aucun point d’achoppement ni domaine commun. Karl Barth, qui fait partie des théologiens protestants, croit que l’objet de la théologie est l’incarnation de Dieu dans le Christ et que celui du savoir est le monde naturel et ses phénomènes, et que ces deux choses sont bien distinctes.

 

b) L’existentialisme

 

L’existentialisme se divise lui-même en deux branches : la branche religieuse et la branche athée. Sa branche religieuse, professant la distinction entre connaissance scientifique et connaissance religieuse, considère que la connaissance scientifique est une connaissance impersonnelle et objective tandis que la connaissance religieuse est profondément personnelle et subjective. En établissant une telle frontière, le théologien juif Martin Buber insiste sur le fait que le terme de la connaissance religieuse se ramène à la relation mutuelle qu’entretiennent deux individus : Dieu et l’être humain doué de foi. C’est pourquoi on ne peut tout simplement pas concevoir la religion dans le cadre des thèmes de la science positive, loin de l’enthousiasme et des sentiments.

 

c) Le positivisme

 

Les positivistes croient que leurs thèses scientifiques essentielles et générales supportent l’expérimentation et comportent donc un caractère expérimental. Ils ont uniquement confiance en l’expérimentation comme source significative de la langue, car la langue de la religion s’occupe d’assertions non empiriques, elle est donc dépourvue de sens et on ne saurait en tenir compte. Seulement, là où la plupart des penseurs du 20e siècle ne se sont pas montrés disposés à renier la religion de manière absolue, à côté d’un positivisme en matière de science, ils ont accepté une forme de théologie, de nouvelle orthodoxie ou d’existentialisme.

 

d) Point de vue basé sur la philosophie de la langue traditionnelle

 

Contrairement aux positivistes qui considèrent que la seule fonction autorisée de la langue humaine est d’exposer les vérités expérimentales, ces sages s’extasient devant la variété d’actions que la langue met en œuvre. L’origine du point de vue de ces philosophes remonte à la dernière œuvre de Wittgenstein. La plupart de ceux qui analysent la langue traditionnelle aiment dire : « Le savoir et la religion consistent en deux jeux de langage distincts mais tout à fait allégoriques. Chacun d’eux possède ses thèmes et sa logique propre. » Selon l’avis de ce groupe, les fins du langage scientifique composent une forme de clairvoyance et de contrôle, alors qu’en théologie la langue est employée pour la prière et la recherche de la sérénité.

 

Mutualité et compatibilité du savoir et de la religion

 

Ceux qui suivent ce point de vue croient qu’il existe une bonne relation entre savoir et religion. C’est pourquoi ils cherchent à considérer les sujets théologiques comme des théories scientifiques et à contracter ces deux en une théorie plus globale. Pour cette raison, ils ont exposé l’idée que non seulement le savoir et la religion sont compatibles, mais ils se complètent mutuellement et enrichissent ainsi notre vision du monde de l’existence. Chacun exprime des spécificités du monde de l’existence qui, lorsqu’elles se trouvent réunies, mettent à la disposition de l’humanité un panorama plus complet. Il en va comme de la reconstitution du portrait-robot d’un homme poursuivit par les agents des renseignements : ceux qui ont vu l’événement mettent à la disposition des agents certains traits spécifiques qui peu à peu donnent une image plus précise de celui qui est recherché. Par conséquent, les tenants de cette théorie affirment qu’ : « il n’y a pas d’antagonisme entre savoir et religion. Il est plutôt question entre eux de coopération et en vérité, ils se complètent l’un l’autre. Et c’est pourquoi il est naturel de penser à la valeur de leur coopération. Car le savoir et la religion ont un domaine commun et parlent de la même chose. »

Le terme علم / ‘ilm peut être indifféremment traduit par « savoir » ou « science ». Le problème est que le mot « science » n’est pas vraiment employé dans le français actuel comme il peut l’être dans le persan actuel (qui pour le coup reste traditionnel) : en persan, tout savoir cognitif est une science, y compris dans les domaines de la religion, de la gnose, etc. Un tel usage y est général et courant. En français, bien que l’on parle par exemple de sciences humaines, de sciences sociales, on a généralement tendance à réserver le mot « science » au savoir empirique, à la science pure, et à attribuer d’autres termes pour ce qui relève notamment de la connaissance religieuse et/ou mystique. Bien que les savants œuvrant dans ces derniers domaines n’hésitent cependant pas à parler de sciences, il existe une sorte de frontière dans le langage entre la science empirique et les autres formes de connaissance. C’est pourquoi, dans cet article, on privilégiera le terme « savoir », qui a cette qualité de gommer la différence propre à l’usage du français, ce qui le rapproche de la définition du mot « science » en persan.

Cette question rejoint ce qui est expliqué dans la note précédente : le point de vue traditionnel qui vaut encore dans l’Iran religieux d’aujourd’hui rejoint celui qui prévalait durant le Moyen-âge occidental, lorsque la notion de science recouvrait toute forme de savoir et n’était pas limitée aux connaissances empiriques.

Frank Plumpton Ramsey est mort en 1930. Il faut donc replacer cette remarque dans son contexte, ce qui n’est pas gênant, du fait qu’elle vaut en tant qu’exemple.

 

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