Aperçu biographique sur Jalâl ad-Dîn Muhammad Balkhî Rûmî

Jalâl ad-Dîn Muhammad ibn Muhammad ibn Muhammad Balkhî est plus connu sous le nom abrégé de Jalâl ad-Dîn Rûmî. Le nom Balkhî indique qu’il est né à Balkh, ville se trouvant dans l’Afghanistan actuel, et Rûmî, qu’il a passé l’essentiel de sa vie en Anatolie, dans la ville de Konya, en Turquie actuelle. Ses surnoms sont nombreux : Khodâvandegâr (Seigneur), Mowlânâ ou Mowlavî (notre maître). Il ressort de certains de ses poèmes qu’il avait adopté le nom de plume de Khâmûsh (le taciturne). Mais en Occident, c’est le surnom de Rûmî qui le désigne spécialement.

Il est issu d’une famille respectable de Balkh et on dit que sa généalogie remonte au premier calife Abû Bakr. Son père serait aussi, selon certaines sources, né d’une mère princesse, petite-fille du Sultân Muhammad Khwârazmshâh. Le grand éditeur de l’œuvre de Rûmî, Badî’-oz-Zamân Foruzânfar a apporté des éléments suffisants pour rejeter cette dernière hypothèse.

 

Les débuts dans la vie :

Jalâl ad-Dîn Muhammad Balkhî est né le 6 Rabî’ul-awal de l’année 604 de l’Hégire (7 octobre 1207), à Balkh. Son père, Mowlânâ Muhammad ibn Hossein Khatîbî, fut surnommé Bahâ ad-Dîn Walad. On lui donnait aussi le titre de Sultân al-‘Ulamâ, "le sultan des ulémas". Bahâ ad-Dîn Walad était un grand soufi et un grand gnostique et sa chaîne initiatique remonte à Ahmad Ghazâlî. Il avait depuis longtemps gravi les échelons de la Voie du soufisme et était loin d’entretenir les meilleures relations avec le débat, la polémique et la dialectique. Il ne voyait la Connaissance Vraie que dans l’initiation spirituelle, loin des échanges d’idées entre théologiens. Les représentants de la théologie classique (kalâm) finirent par voir en lui un adversaire à abattre. Parmi eux, il y avait Fakhr ad-Dîn al-Râzî, philosophe, théologien, érudit musulman (543-606 de l’Hégire, 1150-1210) célèbre commentateur du Coran, se trouvant être alors le maître du Sultân Muhammad Khwârazmshâh. C’était surtout lui qui incita le roi à éloigner Bahâ ad-Dîn Walad de la Cour. On ne sait pas exactement en quelle année le « Sultan des ulémas » a quitté Balkh. Mais il ne s’y attarda pas. Rûmî avait treize ans quand avec son père, il a plié bagages pour quitter définitivement Balkh et ses habitants. Son père jura qu’il ne remettrait plus les pieds dans sa ville natale tant que Muhammad Khwârazmshâh serait sur le trône. Puis, il voyagea de ville en ville, de région en région, et au cours de son long trajet, il rencontra le Maître mystique Attâr (1145-1221), auteur du Mantiq al-Tayr (La conférence des oiseaux) de Neyshâbûr. Puis un jour, un messager du sultan Seldjoukide, ’Alâ-ed-Dîn Keyqobâd, vint lui annoncer qu’il serait le bienvenu à Konya, en Anatolie. Dès son arrivée à Konya, nouvellement promue capitale, Bahâ al-Dîn Walad attira l’attention du peuple aussi bien que de l’élite...

Vers l’an 628 de l’Hégire, le sultan des ulémas parvint au terme de ses jours et fut enterré à Konya. Rûmî entrait alors dans sa vingt-cinquième année. Les disciples de son défunt père le prièrent de prendre sa succession dans l’enseignement qu’il dispensait et dans la prédication.

 

Hameh kardand rû be farzandash

Ketô-yî dar jamâl mânandash

Shâh-e mâ zînsepa stô khâhî bûd

Az tô khâhîm jomleh mâyeh o sûd

 

Ils se tournèrent tous vers son fils pour lui dire :

C’est toi qui es son semblable en beauté

Notre roi désormais sera toi

C’est de toi que nous attendons capital et profit

 

Seyyed Borhân al-Dîn Mohaqqeq Termedhî était un disciple sincère et dévoué du père de Mowlânâ. A Balkh, il fut le premier à orienter le jeune Rûmî dans la voie spirituelle. Il fut pris d’un puissant désir d’aller rejoindre son maître à Konya et se mit vite en chemin. Il prit le même trajet que son maître des années auparavant. Arrivé dans la capitale seldjoukide, il demanda à voir Bahâ al-Dîn Walad. Il apprit alors que ce dernier avait quitté ce monde depuis déjà un an.

Il se dirigea alors vers le jeune Jalâl ad-Dîn. Il lui dit : « Je porte, au fond de moi, des connaissances que j’ai reçues de ton père. Apprends-les de moi afin que tu deviennes un fils vraiment digne de son père. »

Sur ordre du Seyyed, Rûmî commença à pratiquer des exercices spirituels. Il demeura 9 ans son compagnon, puis le Seyyed quitta ce monde.

 

Bûd dar khedmatesh be ham nohsâl

Tâke shod mesl-e û be qâl o be hâl

 

Il fut à son service neuf ans durant

Jusqu’à lui ressembler en pensée et en acte

 

 

Le lever du Soleil

Au seuil de ses quarante ans, Rûmî était devenu un homme accompli, un gnostique et un savant renommé de son temps. Ses disciples aussi bien que le commun des gens bénéficiaient de sa présence rayonnante. Jusqu’à ce qu’un qalandar, mystique errant, un inconnu habillé de haillons nommé Shams ed-Dîn Muhammad ibn Malekdâd Tabrîzî entra à Konya, le samedi 26 Jamâdi II, de l’an 642 de l’Hégire. Il rencontra fortuitement Rûmî. Lorsque Rûmî leva son regard sur lui, il fut envahi par la beauté lumineuse de Shams et il sentit son âme fondre, ressentant une attraction immense. C’est ce jour-là que commença sa période de félicité et de passion. Cette période va occuper les trente dernières années de Rûmî. Rûmî nous a laissé une production intellectuelle que l’on classe parmi les œuvres les plus sublimes de la pensée humaine. Après sa rencontre avec Shams, cet homme qui se prosternait sur son tapis de prière avec ferveur, ce mufti renommé fut transformé en errant des rues et des quartiers, au point où lui-même décrit son état en ces termes :

Zâhed bûdam tarâneh gûyam kardî

Sar halqe-ye bazm o bâdeh jûyam kardî

Sajjâde neshîn bâva qâribûdam

Bâziche-ye kudekân kûyam kardî

 

 

J’étais un ascète, tu as fait de moi un chanteur,

L’étoile du banquet et le buveur en chef

J’étais assis sur mon tapis de prière, respecté de tous

Tu as fait de moi une balle, un jouet pour les enfants

 

 

La jonction de Shams avec Rûmî

Un jour, Rûmî s’en alla heureux et insouciant en direction de sa maison, traversant le bazar de la ville de Konya. Soudain, un passant inconnu sortit de la foule et se planta devant lui. Dès les premières secondes, son regard pénétrant désempara le grand juriste de la ville. La présence et l’autorité de cet homme si humble d’apparence désarma impertinemment le professeur très vénéré de la ville. L’inconnu lui posa audacieusement une question : «O toi qui disposes du monde ! Qui est supérieur à tes yeux, Muhammad (s) ou Bâyazid Bastâmi? »

Mowlânâ Rûmî, aux yeux de qui le plus haut grade de la sainteté était de loin inférieur au plus bas degré de la prophétie, répondit d’une voix ferme et courroucée : « Muhammad (s) est le chef de l’assemblée des prophètes. Que vient faire Bâyazid là-dedans ? ». Mais le derviche à l’apparence de marchand ne se satisfit pas de cette réponse et éleva le ton : « Pourquoi alors le premier a prononcé « Exalté sois-Tu ! Nous ne T’avons pas connu », alors que le second a dit : « Exalté sois-je ! Immense est mon rang ! ». Rûmî prit un moment pour réfléchir et dit : « Bâyazid avait une contenance si étroite qu’une seule gorgée suffisait à le rendre ivre. Muhammad avait la capacité d’absorber un océan sans perdre un seul verre de sa raison ni de sa lucidité. » Rûmî, en disant cela, porta son regard sur l’inconnu. L’échange de regards entre les deux hommes transforma la méconnaissance qu’avait l’un de l’autre en une reconnaissance mutuelle. Le regard de Shams vers Rûmî disait : « Je suis venu de loin à ta recherche, mais comment avec ta charge d’illusions et de savoir exotérique qui remplissent ta tête…, comment pourrais-tu aller à la rencontre de Dieu ? Et le regard de Mowlânâ Rûmî lui répondait ainsi : « Ne m’abandonne pas, ô derviche ! Débarrasse-moi de la charge qui pèse sur mes épaules ! »

C’est vers l’année 642 de l’Hégire que Shams établit sa jonction avec Rûmî. L’effet qu’il eut sur Rûmî fut de libérer en ce dernier un sentiment de joie immense et d’amour éperdu qui le détourna définitivement de sa charge d’enseignement, de prédicateur, pour s’adonner à la poésie, au chant, au tambourin (daf) et au samâ’, pratique musicale répandue chez les soufis. Et depuis ce temps-là, son talent inné dans l’art poétique s'exprima avec une effusion intarissable, alimentant en thèmes renouvelés chacune des séances de chants mystiques, entouré de ses disciples. Ce qu’a dit Shams à Rûmî, ce qu’il lui a enseigné, tous les récits légendaires à ce sujet, tout ce qui a fait que la vie de Rûmî ait été bouleversée de fond en comble, tout cela reste un mystère. Comme disait Hâfez (727 / 792 de l’Hégire 1310 / 1337) :

 

Keka snagshud o nagshâyad be hekmat in mo’amârâ

 

Personne n’a résolu ni ne résoudra cette énigme par la raison !

 

 

Il est par contre clairement établi et prouvé que Shams était un homme savant et lettré, bien informé du monde de son temps. Certains se sont imaginé à tort qu’il était un homme dépourvu de tout savoir et de tout art. Les Maqâlât, ses conversations avec Mowlânâ qui sont un recueil de ses jugements et sagesses, prouvent s’il en était besoin, qu’il fut d’une intelligence supérieure, un Esprit d’une rare perspicacité et d’une culture inégalée même en son temps où la gloire des universités musulmanes était encore intouchée. Il avait des connaissances profondes et expertes en littérature, en langues arabe et persane, en exégèse coranique et en mystique.

 

L’occultation temporaire de Shams

Petit à petit, le feu de la jalousie qui rongeait les cœurs des faux-disciples, ceux qui n’avaient pas encore suffisamment mûri dans la Voie spirituelle, projeta ses langues venimeuses et finit par se montrer au grand jour. Ils voyaient que Mowlânâ Rûmî était devenu le disciple d’un homme inconnu, habillé de haillons et qu’il ne leur prêtait plus aucune attention. Ils commencèrent donc à semer la zizanie. Et ils médisaient de Shams, derrière son dos ou face à face, comme de leur ennemi. Ils allèrent jusqu'à souhaiter sa mort. Shams, qui ne pouvait plus supporter les vexations et les menaces verbales répétées des habitants de la ville de Konya et des disciples bornés, fanatiques, aveugles et enflammés par la haine, ne vit pas d’autre solution que celle de partir, de décamper. Ce qu’il fit le jeudi 21 Shawwâl de l’année 643, en prenant la route de Damas.

Il se camoufla derrière le voile de l’occultation. Mowlânâ Rûmî, désemparé par l’absence de son ami, connut à son tour le supplice du feu de la séparation, de l’angoisse et de l’inquiétude. Les disciples constatèrent que le départ de Shams ne réglait pas la situation, que Rûmî ne leur prêtait pas davantage d’attention. Ils l’implorèrent de rester leur maître et demandèrent pardon.

 

Pîsh-e shaykh âmadand lâbeh konân

Ke bebakhshâ makon degar hejrân

Towbe-ye mâ be konze lotf qabûl

Garche kardîm jorm-hâ ze fozûl

 

Ils se rendirent auprès du shaykh en l’implorant:

Pardon ! Cesse de nous fuir !

Accepte notre repentir, de grâce

Même si notre impertinence fut excessive !

 

Mowlânâ Rûmî envoya son fils Sultan Walad, accompagné d’un groupe de disciples, à Damas afin de ramener Shams à Konya. Ils se mirent en route et après avoir surmonté beaucoup d’obstacles, parvinrent à retrouver la trace de Shams et à lui transmettre avec respect le message de Rûmî. Shams les informa de sa décision de retourner à Konya. En remerciement de cette grâce, Sultan Walad l’accompagna à pied pour un trajet d’un mois. Leur arrivée à Konya mit fin au calvaire de Rûmî.

 

Disparition définitive de Shams

Les choses restèrent ainsi pendant quelque temps, jusqu’à ce que de nouveau le feu de la jalousie se ravive et que les repentis d’hier reviennent sur leur promesse et reprennent leurs hostilités envers Shams au grand jour. Le comportement et les agissements de ces disciples jaloux affectèrent beaucoup Shams au point qu’il s’en ouvrit à Sultan Walad :

Khâham în bâr ânchenân raftan

Ke nadânad kasî kojâyam man

Hameh gardand dar talab âjez

Nadahad kas neshân ze man hargaz

Chun bemânam derâz gûyand în

Ke verâ doshmanî bekosht yaqîn

 

 

Je partirai cette fois de telle sorte que

Personne ne sache où me trouver

Ils demeureront tous impuissants dans leur quête

Personne ne donnera de moi le moindre indice

Comme je m’absenterai longtemps, l’on dira

Qu’un ennemi l’a tué, pour sûr !

 

 

Il répéta ces vers à plusieurs occasions et finalement, il disparut, sans prévenir, de Konya sans laisser nulle trace de lui. C’est ainsi que nous n’avons pas de date de décès le concernant et personne n’en a jamais rien su.

 

La folie d’amour de Rûmî

En absence de Shams, Rûmî, désemparé, ne contrôla plus ses émotions. Il consacrait ses nuits et ses jours à danser et à chanter les vers que lui inspirait la séparation. Sa situation, son état d’agitation déplorable et de folie d’amour fut connu de toute la ville.

Rûz o shab dar samâ’ raqsân shod

Bar zamîn ham chô charkh gardân shod

 

Jour et nuit il était à danser au rythme des chants

Sur la terre, il tournait comme une roue

 

 

Sa folie d’amour le mena au point de ne plus supporter la vie à Konya. Il prit à son tour la route de la Syrie et de Damas. Il chercha longtemps et partout, mais ne trouva pas Shams. Il se résigna à retourner à Konya. Dans ce cheminement spirituel, dans ce voyage du cœur, il ne retrouva pas Shams dans sa forme corporelle, mais il rencontra en lui-même la réalité de Shams. Il comprit qu’il avait en lui-même, présent et concrètement, ce qu’il était allé chercher ailleurs.

Ce voyage spirituel fit réaliser à Jalâl ad-Dîn Muhammad tout l’objet de son désir. A son retour à Konya, il reprit la danse et le samâ’ et ses adeptes, jeunes et vieux, intimes ou communs devinrent comme des atomes dans les rayons de son soleil éclatant et tournoyèrent autour de lui.

Mowlânâ voyait dans le samâ’ un moyen pour s’exercer à se libérer. Une chose qui aidait l’esprit à s’élever graduellement pour se libérer de tout ce qui le retenait dans le monde sensible et de la matière. Des années passèrent ainsi. Il ne put oublier la compagnie de Shams. Son souvenir revint le tourmenter. Il refit le voyage de Damas, fouilla encore une fois la ville de fond en comble, sans retrouver son ami bien-aimé et rentra à Konya.

 

Salâh ed-Dîn Zarkûb

Conformément à la croyance répandue chez les maîtres soufis, Rûmî croyait que le monde n’est jamais dépourvu d’une forme épiphanique de Dieu. Dieu est présent dans tous les signes et Il s’y manifeste. Il s’agit maintenant de voir de quel rivage lointain ce soleil qui illumine l’univers se lève-t-il et de quel être, il révèle l’existence ?

Un jour, Mowlânâ Rûmî, passant dans le quartier des orfèvres, perçut les rythmes des coups de marteau qu’assénaient les artisans sur les pièces d’or ; cela suffit à éveiller en lui un état d’extase et il se mit à danser en tournant. Le shaykh Salâh ed-Dîn, sorti par prémonition de sa boutique, s’agenouilla devant Rûmî. Puis il se joignit à la danse de Mowlânâ à partir de la prière du midi jusqu’à la prière suivante. C’est ainsi que Rûmî s’attacha fortement à la personnalité de Salâh ed-Dîn Zarkûb. Ce dernier put se montrer digne de cette amitié et cela contribua à occuper, au moins partiellement, le vide laissé dans la vie de Rûmî par la disparition de Shams Tabrîzî. Salâh ed-Dîn, habitant de Konya, exerçait le métier d’artisan orfèvre. Il était analphabète et n’avait aucune instruction spéciale.

Rûmî le désigna comme son lieutenant et il imposa obéissance à son autorité à tous, y compris à son fils Sultan Walad. Bien que ce dernier ait totale confiance en les ordres de son père, il continua pendant quelque temps à penser qu’il avait une supériorité due à son immense savoir dans les questions religieuses et la culture générale. Mais il ne lui fallut pas longtemps pour réaliser par son savoir intuitif, que les connaissances acquises par l’étude professorale et les connaissances obtenues par la lecture en général, ne sont pas les meilleurs moyens pour la résolution des questions spirituelles et les difficultés des disciples. Ayant bien médité cela, il reconnut qu’il avait été orgueilleux, s’est rendu à l’évidence et il se fit sincèrement le disciple de Zarkûb.

Peu après, Salâh ed-Dîn Zarkûb eut aussi à faire face aux jalousies des disciples, à l’instar de Shams. Mais Rûmî profita quand-même de sa compagnie familière pendant dix ans, jusqu'à ce que Zarkûb tomba malade ..... Il finit par rendre l’âme et fut enterré à Konya.

 

Husâm al-Dîn Chelebî

Husâm al-Dîn Chelebî, surnommé Akhî Tork, était un grand mystique et un disciple sincère et dévoué de Mowlânâ. Lui aussi resta pendant 10 ans en sa compagnie. C’est à sa demande que Rûmî composa la monumentale œuvre en rime qu’est le Mathnawî Ma’navî, en persan.

Juste avant de commencer la rédaction du deuxième cahier, l’épouse de Husâm al-Dîn mourut. A la même époque, Mowlânâ aussi perdit son fils benjamin appelé ‘Alâ ed-Dîn Muhammad, âgé de 36 ans. Trop ému par l’évènement, il ne put se rendre à l’enterrement. Il est vrai qu’il existait entre le père et son fils des divergences, mais cela n’a sûrement pas empêché la forte tristesse éprouvée par le père à la perte de son fils. A cause de ces deux évènements, la rédaction du Mathnawî, suspendue deux années durant, ne reprendra qu’en 662 de l’Hégire.

Husâm al-Dîn Chelebî jouissait d’un grand respect et d’un haut rang auprès de Rûmî, au point qu’il a été rapporté à ce sujet qu’un jour, tandis que Mowlânâ se rendait auprès de Chelebî souffrant, un chien fit son apparition au milieu du quartier. Quelqu’un voulu l’éloigner. Mowlânâ dit : il ne convint pas de chasser un chien qui vient chercher refuge dans la rue où habite Chelebî :

An sagî ra ke bovad darkuy-e û

Man beshîrân key daham yek mû-ye û ?

 

Ce chien qui se trouve dans sa rue

Jamais je n’en donnerai un seul poil fut-ce aux lions

 

 

On a rapporté aussi qu’un jour, on posa la question à Rûmî : « De ces trois lieutenants que tu as eus, quelle est ta préférence ? » Il répondit : Mowlânâ Shams ed-Dîn était comme le soleil, Salâh al-Dîn avait le degré de la lune, et Husâm al-Dînest, entre les deux, comme une étoile qui brille et qui guide. »

 

 

La mort de Mowlânâ :

Cela faisait longtemps que le corps amaigri et usé de Mowlânâ était prisonnier de la maladie. Finalement, ce soleil de la spiritualité mourut d’une fièvre virulente le dimanche 5 Jumâdâ II de l’an 672 de l’Hégire.

En ce jour de grande douleur, un froid mordant enveloppait la ville de Konya et les flocons de neige doux et soyeux dansaient dans l’air avant de toucher le sol. Le flot tumultueux des gens de tous âges, musulmans, chrétiens et juifs, tous partageaient ce deuil qui frappait leur ville. Aflâki qui rédigea plus tard une biographie laudative de Rûmî rapporte : « Nombreux furent parmi les anciens orgueilleux, les dénégateurs et les contempteurs de Rûmî qui, ce jour-là, ont jeté les symboles de leur foi pour embrasser celle de Rûmî... » Ce deuil et cette affliction durèrent quarante jours.

Ba’d-e chelrûz su-ye khâneh shodand

Hame mashghûl-e în fasâneh shodand

Rûz o shab bûd gofteshân hameîn

Ke shod ân ganj zîr-e khâk dafîn

 

Après quarante jours ils rentrèrent chez eux

L’esprit occupé par cet être légendaire

Ils en parlaient jour et nuit :

Le trésor est retourné sous terre

 

 

Telle fut la vie de notre grand Maître, de ce grand seigneur de la théologie, de la gnose et de la poésie, qui a enrichi considérablement le trésor de la littérature persane et de la pensée mystique. Cet être extraordinaire qui nous a appris que pour parvenir à l’Amour vrai et à se libérer, il nous faut apprendre l’anéantissement de l’égo afin de poursuivre la Voie de l’union et de la rencontre avec Dieu. Mowlânâ a su que cette Voie se trouvait au-delà des étapes des sens, de la raison et de la perception ordinaire humaine, et pour la suivre, il a passé sous les arcades incitatrices à l’orgueil du savoir des écoles, et de la chaire du sommet de laquelle le prédicateur demande aux gens ce que lui-même est incapable de réaliser. D'un bond prodigieux, il a franchi ces obstacles et s’est mis à gravir une à une, les marches de l’échelle lumineuse de la Voie et les traversa d’un seul souffle et sans répit pour parvenir à Dieu. Un seul souffle, un seul but pendant toute sa vie de 68 ans, mais une vie de 68 ans n’est même pas un souffle au regard de l’Histoire.

Ville du nord de l'Afghanistan située dans la province de Balkh, sur la rivière Balkh-Ab. En raison de son brillant passé et du rôle politique et intellectuel qu'elle a joué au fil des siècles, elle est inscrite sur la liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO.

La plus grande ville de Turquie (en superficie), préfecture de la province du même nom. Elle est surtout connue pour le mausolée de Mowlânâ Jalâl al-Dîn Rûmî, mystique persan soufi, fondateur de l'ordre des derviches tourneurs.

De la dynastie musulmane sunnite des khwârazmides (1077-1231) au pouvoir jusqu'à l’invasion mongole.

En persanبدیع الزمان فروزانفر : (1904-1970, Téhéran); né : Ziyaâ 'Boshruye-i : érudit de la littérature persane et de la culture et expert sur Mowlanâ Jalâl ad-Dîn Balkhî Rûmî et ses œuvres. Son édition critique du Dîvân-e Shams est la meilleure disponible à ce jour, ceci est vrai pour l’édition critique de Mathnawî. La première édition critique de Fîhî ma fîhî a également été faite par lui; cette œuvre est maintenant bien connue en Occident grâce à la traduction sélective d’Arthur John Arberry.

En persan: احمد غزالی : grand mystique, écrivain et prédicateur éloquent (453-520 de l’Hégire ; 1061-1126). Il est le frère du célèbre penseur persan de l'islam médiéval, Abû Hâmed Ghazalî. Ahmad Ghazalî a formé d’éminents maîtres soufis. Dans son livre Resâlat al-Tayr, Ahmad Ghazalî emploie la métaphore d'un oiseau et son parcours. Ce travail prépare le domaine pour la Conférence des Oiseaux d'Attâr.

Farîd al-Dîn 'Attâr (en persan :فَری دالدّین عطّار نِیشابوری) : poète persan, théoricien du soufisme qui a laissé une influence éternelle sur la poésie persane et le soufisme. Il quitta un commerce lucratif pour se livrer au mysticisme et fut tué par les Mongols, qui avaient envahi son pays. Manteq al-Tayr ou La conférence des oiseaux est un poème de philosophie religieuse, éd. Albin Michel (1996, épuisé), rééd. Le Seuil, 2010. Le sujet de ce traité est le voyage collectif de trente oiseaux qui vont à la recherche du Sîmorgh, leur roi, dans la montagne Qâf. Ce voyage représente le chemin qui conduit chacun vers l’âme de son âme, vers la lumière pure de son être. 

Les Seldjoukides, sont les membres d'une tribu turque qui a émigré du Turkestan vers le Proche-Orient avant de régner sur les actuels Iran et Irak ainsi que sur l'Asie Mineure entre le milieu du XIe siècle et la fin du XIIIe siècle.

En persan, en arabe et en ourdou : قلندر  : ascète errant soufi derviche qui est ou n’est pas connecté à un Tariqa, soufi particulier.

L’un de ces soufis qui, totalement immergé dans la béatitude de l’attraction divine, a atteint le degré du véritable et ardent amour pour Allah. Il parla de l’Unicité divine (tawhîd) et de l’ « attraction divine » (jadhba), et ses contemporains lui portèrent des accusations parce qu’ils ne comprenaient pas ses affirmations relatives à la science de l’Unicité et de la Connaissance d’Allah. Il mourut en 324/848 ou en 352/875 selon d’autres sources. Il fut enterré à Bastâm.

Khâjeh Shams al-Dîn Mohammad Hâfez-e Shîrâzî (en persan :خواجه شمس‌الدین محمد حافظ شیرازی) est un poète et mystique persan né autour des années 1310-1337 à Shiraz (Iran) et mort à l’âge de 69 ans. Il serait le fils d'un certain Bahâ-od-Dîn. Hâfez est un mot arabe signifiant littéralement gardien, qui sert à désigner les personnes ayant gardé, c'est-à-dire appris par cœur l'intégralité du Coran. Il est surtout connu pour ses poèmes lyriques, les ghazals, qui évoquent des thèmes mystiques du soufisme en mettant en scène les plaisirs de la vie. Son mausolée est au milieu d'un jardin persan à Shîrâz et attire encore aujourd'hui de nombreuses personnes, pèlerins ou simples amoureux de poésie, venus lui rendre hommage.

Un disciple de Rûmî lui-même un guide spirituel. Mowlânâ lui dédia son chef-d'œuvre Mathnawî parce qu’il en avait compris l’immense secret.

Ahmad Shams al-Dîn Aflâkî  (mort en 761 de l’Hégire  (1353)) fut l’une des personnes déclamant le Mathnawî au Khânqâh de Qonya ainsi que l'auteur de Manâqib al-‘Arifin (Les Talents et aptitudes des maîtres spirituels) rédigé en persan.

 

 

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