Le concept de Dieu dans le bouddhisme

La plupart des religions abrahamiques considèrent être dans l’obligation de répondre à trois questions essentielles inhérentes à l’être humain. C’est pourquoi, en réponse à la question « d’où venons-nous ? », elles répondent par la création de l’être et de ses qualités. Pour répondre à la question « que devons-nous faire ? », elles l’expliquent par la prophétie et la médiation que réalise le Prophète (s) entre le Créateur et les êtres humains, apportant une loi de la part du Créateur, pour la félicité des êtres humains. Et pour répondre à la question « où allons-nous ? », elles évoquent la vie future. De là, il est dit que les religions abrahamiques ont l’unicité, la prophétie et la vie future pour tronc commun, même si elles affichent des différences pour expliciter ces notions. Hormis ces trois religions, il en existe d’autres qui ne s’estiment pas être dans l’obligation de répondre à ces trois questions et qui de fait, ne leur donnent pas de réponse, ou dont les réponses à certaines de ces questions, du fait des aléas de l’histoire, ne nous sont pas parvenues. Parmi celles-ci se trouve la religion bouddhiste, qui comporte une structure différente de celle des religions abrahamiques et emploie une méthode particulière afin de répondre aux questions précitées.

 

Qualités et attributs de Dieu dans le bouddhisme

 

Comme on peut le voir dans les sources bouddhistes existantes, Bouddha emprunte deux voies pour répondre aux questions « qui a créé le monde ? » et « quelles sont les qualités et les attributs du Créateur du monde ? » 

 

La voie du silence

 

Dans certaines sources, il est rapporté que lorsque l’on interroge Bouddha à propos de Dieu, pour toute réponse il dit : « Je n’ai pas donné d’explication au sujet de l’ancienneté du monde et de sa prééternité, de même, je n’ai pas fait de commentaires à propos des limitations et de la finitude de l’existence, je n’ai rien dit au sujet de l’unicité de l’âme et du corps, ni à propos de la permanence de l’âme après l’acquisition du degré de la perfection, Arhat… Pourquoi n’ai-je pas discouru sur ces sujets et n’ai-je pas donné d’explication ? Parce que la discussion au sujet de ces points ne revêt pas d’intérêt, et ces questions n’établissent pas le fondement de la religion. C’est pourquoi nous évitons de discuter à propos de ces choses. » Au regard de Bouddha, il ne se trouve pas de satisfaction à connaître Dieu et le monde, mais uniquement dans le fait de vivre pour le bien, loin de l’adoration de soi-même… Pour cette raison, certains pensent que « son concept subjectif de la religion est purement moral. Quel que soit le sujet, son attention est portée sur le comportement, la conduite et non sur des rites religieux, l’adoration de la vie future ou la connaissance de Dieu… » En observant cette ligne de conduite de Bouddha, nous ne pouvons le considérer comme mécréant vis-à-vis de Dieu, du Créateur de l’existence ni le compter parmi ceux qui connaissent Dieu et s’emploient à donner des preuves à propos du Créateur de l’existence ; nous ne pouvons pas le compter parmi les adorateurs de Dieu sans pour autant pouvoir affirmer le contraire.

 

La voie de la dénégation

 

D’autres témoins historiques nous indiquent que Bouddha ne se contente pas d’observer le silence à propos du Créateur de l’existence et de ses qualités, au contraire, il nie l’existence de Dieu, du Créateur. Il croit que ce monde est ancien et éternel, sans commencement, et qu’il n’a absolument pas besoin de Créateur qui ne soit limité en rien, ni ne rend nécessaire l’Existant, ce qui ferait que nous devrions nous mettre à sa quête. Lorsqu’il atteint l’état de bouddha, Bouddha entreprend de diffuser sa pensée. Là, des moines l’interrogent : « Tu dis que lorsque Brahma a créé le monde, il n’a pas divisé les gens selon différentes castes. » Il leur répond : « Je ne crois absolument pas que Brahma ait créé quoi que ce soit, et que le monde soit sa création. » Ils lui demandent : « Alors qui a créé le monde ? » Bouddha leur répond : « A mon avis le monde est éternel et n’a ni commencement ni achèvement. »

 

Pour unifier ces deux voies, nous pouvons conclure que Bouddha, en tant que fondateur du bouddhisme, n’a jamais voulu se prononcer au sujet du Créateur du monde, du Créateur de l’existence. Il ne prête pas attention à la façon dont le monde est venu à exister, ni ne fait de la création et du Créateur un sujet de délibérations. Il se contente d’établir les quatre vérités qui selon lui constituent la base de la religion, et dont la souffrance qui caractérise la vie sur terre constitue le pilier principal. Il désire délivrer l’être humain de cette souffrance et  pour cela lui indique huit voies à suivre. Par ailleurs, il ne dit rien à propos du Créateur du monde. Par conséquent, nous devons nécessairement préciser que le bouddhisme ne présente pas d’être en tant que dieu créateur du monde et, dans le cadre de ses préceptes, il n’enseigne l’adoration d’aucun être, bien que dans la réalité il en aille tout autrement. Dans la pratique, certaines branches du bouddhisme adorent des êtres humains qui selon leurs croyances ont reçu en eux l’âme de Bouddha, ce qui en fait les bouddhas de leur époque. D’autres, dans leurs sanctuaires, sanctifient les cendres de Bouddha, l’arbre de l’éveil – en mémoire de l’arbre sous lequel Bouddha était assis lorsqu’il a atteint l’état d’éveil -, ainsi que la statue de Bouddha, et en réalité ils les adorent.

 

La notion de Dieu dans le bouddhisme

 

On ne trouve dans les textes bouddhistes – ceux du moins qui ont fait l’objet d’une analyse – aucune indication à propos d’une connaissance du Créateur du monde et/ou de son adoration. De même, Bouddha ne prétend pas à la prophétie. C’est pourquoi, selon les partisans de la religion de Bouddha, « il est un guide indiquant la voie de la connaissance et de la félicité. Il n’a pas évoqué l’être supérieur, éternel et sans commencement, celui qui est le Créateur des cieux et de la terre, qui tient entre ses mains la destinée des êtres humains, qui est le juge de leurs désirs et qui exauce leurs demandes. » Au regard de Bouddha, les dieux qui sont adorés en Inde s’évanouissent d’eux-mêmes et sont des êtres inconstants. Ils ne produisent pas le plus petit effet sur l’état des êtres humains et c’est pourquoi il n’évoque même pas l’adoration. Pour les savants bouddhistes, le dieu brahmanique est un dieu fier et orgueilleux, en particulier lorsqu’il parle de lui-même. Il dit par exemple : « Je suis Brahma, je suis le dieu glorieux et immense, le souverain des dieux, je n’ai pas été engendré, je ne suis pas créé, c’est moi qui ai créé le monde, je suis le gouverneur du monde. » Et les bouddhistes disent explicitement : « Le monde est éternel et personne ne l’a créé. » De la même manière, il n’existe pas de croyance dans l’existence du paradis, de enfer ni du jour de la résurrection dans la religion de Bouddha.

 

Le caractère humaniste des enseignements bouddhiques

 

Ce qui est important dans les enseignements bouddhiques, c’est la voie pratique. Tout ce qui est autre s’oppose selon Bouddha à la simple sagesse. L’ensemble des pensées de Bouddha se manifestent dans l’adoration lui est attribuée : « De quoi ai-je parlé ? J’ai parlé au sujet de l’infortune et du besoin, j’ai discuté à propos de la fin de l’adversité, et j’ai expliqué ce qu’est la foi qui mettra fin à la pauvreté, à l’infortune et au malheur de l’être humain, or pourquoi ai-je suscité ces discussions ? Parce qu’elles ont pour unique avantage de se trouver en rapport avec la base de la croyance et de pouvoir guider l’être humain vers l’émancipation vis-à-vis des souffrances ainsi que vers la connaissance de la sagesse totale et forte. » Bouddha dit que la voie de l’accession au but, la voie du salut de chacun de ceux qui la parcourent, consiste justement à s’appuyer sur son âme et à avoir confiance en sa propre force innée, et que l’on obtient le salut au moyen de la purification intérieure. En vérité, dans sa religion, c’est l’homme qui est l’objet de l’attention, c’est pourquoi nous pouvons avancer que la religion de Bouddha est axée sur l’être humain, et non sur Dieu. Il faut cependant remarquer que dans la religion de Bouddha, comme dans les traditions qui en dépendent, il n’est jamais question de nier catégoriquement l’existence d’un créateur, c'est-à-dire de Dieu. Certains pensent que ce n’est pas parce que Bouddha ne parle pas de Dieu qu’il ne croit pas qu’il est l’origine de l’existence et/ou qu’il se détourne de lui, mais que cela est dû au fait qu’il place tous ses efforts à simplement préparer les gens à l’ascétisme, à la renonciation à la vie terrestre, et à exécrer cette demeure de l’orgueil et de la tromperie.

 

Le but principal du bouddhisme est d’accéder au nirvana

 

Le nirvana est un point digne d’attention dans la religion bouddhique, car le but principal de cette religion est d’accéder à cet état. Certains présentent l’état de nirvana comme la liberté absolue. Il est dit que l’être humain l’atteint lorsqu’il est parvenu à se libérer de l’activité suscitée par l’instinct animal et à se détourner des plaisirs. Selon l’expression soufie, il s’agit de l’extinction (fanâ / فنا). Bien entendu, dans l’optique bouddhiste, cet état ne comporte pas le sens d’une accession du dévot au degré de la lumière divine. Certains disent que le nirvana, qui incarne le but ultime des bouddhistes, correspond au rang éternel, stable, non-soumis au changement, incorruptible, ne connaissant pas le déclin, immobile, dénué de mouvement, libéré de la limitation temporelle. Il s’agit d’immortalité, d’absence au monde. Il n’y a pas de voie pour y parvenir. En outre, le nirvana comporte d’autres caractéristiques. Celles-ci se déploient en puissance, bénédiction, joie, sécurité, refuge du réel, lieu de sûreté. Le nirvana est la vérité du réel, la réalité ultime, il est la source du bien, le but ultime et unique, la seule perfection possible et accessible. La religion bouddhique est la manifestation du nirvana et c’est cet aspect qui comporte une couleur hautement spirituelle.

Ce que les bouddhistes expriment au sujet du nirvana, la description qu’ils en donnent est pratiquement identique à la description que font les religions monothéistes du Créateur du monde. Il est donc plausible que la religion de Bouddha croit en Dieu mais ne prête pas attention à lui comme les autres religions. Cette doctrine présente davantage de similitudes avec une philosophie qu’avec une religion, cependant, les partisans de Bouddha en ont progressivement fait une religion, l’élevant lui-même au rang d’objet d’adoré, alors même qu’il désapprouvait le rite et l’adoration des dieux. Ils ont conçu des idoles, ont élevé des statues de Bouddha sur les voies publiques et ont rassemblé ses paroles après sa mort.

 

Conclusion

 

De l’ensemble de ce que nous venons de voir, nous pouvons conclure que Dieu n’occupe pas de place particulière dans la religion de Bouddha et que les savants bouddhistes ont choisi la posture agnostique vis-à-vis du Créateur du monde. Selon leurs propres dires, ils s’occupent de sauver l’être humain du malheur et de l’adversité. Ils veulent réduire les afflictions des êtres humains en empruntant les voies que Bouddha a découvertes par l’ascétisme. La meilleure proposition qui ait été faite au sujet du bouddhisme est peut-être celle qui nous vient du martyr Motaharî : « Le bouddhisme est une philosophie et non une religion. »

Il est à noter que les bouddhistes qui prennent la parole en France notamment, commencent généralement la présentation de leur spiritualité en disant qu’il ne s’agit précisément pas d’une religion mais d’une philosophie, et cela est très probablement dû à cette différence qui vient d’être mentionnée.

Bouddha signifie en sanscrit « éveillé, illuminé ». Lorsque Siddhārta Gautama, le fondateur du bouddhisme atteint l’éveil, il devient le Bouddha, l’éveillé. Le titre de bouddha est cependant obtenu au cours de l’histoire par de nombreuses personnes. Il existe le même rapport entre les prophètes (as) et le Prophète (s). Le prophète est avant tout celui qui a atteint le degré de la prophétie, et le Prophète Mohammad (s) est également devenu prophète un jour. Aussi, pour les différencier, on attribue une majuscule à ce dernier.

 

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