Quelques altérations religieuses ayant trait à l’événement de Karbalâ

La première falsification considère que cet événement est exceptionnel et résulte d’une instruction confidentielle et spéciale. L’Imâm al-Hosayn (as) se serait sacrifié pour les péchés de la communauté ! Il aurait été tué afin que les péchés de la communauté soient pardonnés ! Cette pensée transforme complètement ce qu’est l’Imâm al-Hosayn (as), elle le change en barricade protégeant les pécheurs et fait de son soulèvement une expiation des mauvaises actions des autres : l’Imâm al-Hosayn (as) aurait été tué afin de sauver les pécheurs du châtiment divin ! Ainsi, il répondrait aux péchés de ceux qui se révoltent contre l’ordre divin (dans ce cas, l’Imâm al-Hosayn (as) serait un martyr à trois niveaux : le martyr de son corps, celui de son nom, et celui de son dessein).

(Monsieur Borûjerdî a dit à quelqu’un : « Pourquoi n’accomplis-tu pas la prière, le jeûne, et pourquoi bois-tu du vin ? » Celui-ci répondit : « Moi ? Ne m’as-tu pas vu me frapper trois fois la poitrine, la nuit de vendredi, au sein de ceux qui commémorent Karbalâ ? » Monsieur Borûjerdî a fait tout ce qu’il a pu pour que les chefs de bande de Qom empêchent certaines choses, or ils n’ont pas accepté, ils ont dit : « Nous sommes tes disciples toute l’année, sauf un jour. »).

(Ils disent :) « Ce qui nous sépare des chrétiens, c’est que nous disons qu’un prétexte est nécessaire ; versez une larme de la taille d’une aile de mouche et cela suffit à répondre aux mensonges, aux trahisons, aux beuveries, aux emplois de l’usure, aux injustices et aux meurtres ! »

Ainsi, l’école de l’Imâm al-Hosayn (as), au lieu d’être l’école chargée de vivifier les lois religieuses, au lieu d’être l’école de « J’atteste que tu as accompli la prière, que tu as donné la zakât, que tu as ordonné le bien et interdit le mal » - comme l’Imâm al-Hosayn (as) l’a dit lui-même : « Je tiens à ordonner le bien et à interdire le mal » - est devenue l’école qui fabrique des Ibn Ziyâd et des Yazîd.

 

C’est dans ce cadre que l’on s’est mis à fabriquer des légendes. En voici une : un homme tendait des embuscades, tuait les gens et les laissait nus. Il apprit que tel soir, la caravane des pèlerins de l’Imâm al-Hosayn (as) allait passer à tel endroit. Il se mit en embuscade, et alors qu’il attendait, il s’endormit. La caravane arriva, passa devant lui, et il ne s’en rendit même pas compte. En passant, la caravane souleva de la poussière  qui retomba sur ses vêtements et sur son corps.

Là, il vit en rêve que le Jour de la résurrection était arrivé et qu’on le tirait petit à petit en direction de l’Enfer, à cause du sang qu’il avait versé injustement, des biens qu’il avait volés, et de la sécurité dont il avait privé les gens - car en islam, ceux-là sont appelés rebelles : « Telle sera la rétribution de ceux qui font la guerre contre Dieu et contre son Prophète, et de ceux qui exercent la violence sur la terre… Tel sera leur sort : la honte en ce monde et le terrible châtiment dans la vie future » (Sourate Al-Mâ’ida (La table servie) ; 5 : 33. Voir aussi l’exégèse du verset et le débat juridique à propos de ses implications…). Cependant, alors qu’il arrivait aux abords de l’Enfer, l’Enfer refusa de l’accepter parce qu’il était celui qui, durant son sommeil, avait reçu sur lui la poussière des pèlerins de l’Imâm al-Hosayn (as) ! Ces interprétations erronées sont bien évidemment à rejeter dans leur totalité.

 

Si tu veux être sauvé, rend visite à Hosayn (as), afin que Dieu te rende visite avec joie.

Car le feu brûlant n’atteint pas ceux qui ont été touchés par la poussière des pas des pèlerins de Hosayn (as).

 

Si la poussière soulevée par les pèlerins de l’Imâm al-Hosayn (as) retombe sur un voleur et que cela le sauve, quel doit être le degré des pèlerins eux-mêmes ! Il est certainement plus haut que celui d’Ibrâhîm[1] (as), l’Ami de Dieu !

Un poème dit :

Je suis la poussière de la patte du chien de celui

Qui est la poussière de la patte de ton chien.

 

Selon un poème d’Esfahânî, on amène un homme au Jour de la résurrection, et les anges, sévères, le présentent à la justice divine et attestent à propos de ses péchés, or l’ange en charge ne fait pas vraiment attention à eux. Ils disent : « Il a ouvert les ventres… » On trouve cela dans le Dîwân Mokarram, p. 133 :

Si cet homme a fait don d’une larme *** Laisse-le, il a pleuré

S’il a péché, manifestement ou secrètement *** Laisse-le, il a pleuré

Si ce serviteur rebelle n’a pas prié *** et a évité de jeûner sans raison

Mais s’est lamenté dans un tekkieh[2] *** Laisse-le, il a pleuré

S’il a tranché les seins des femmes *** S’il les a éventrées

S’il a émasculé des milliers d’hommes *** Laisse-le, il a pleuré

S’il a, aux enfants en âge de téter, *** déchiré leur ventre

Puis s’en est remis aux pleurs *** Laisse-le, il a pleuré

S’il ne mange que le bien des orphelins *** Si son péché est immense

S’il a commis des fautes dans la ville comme au village *** Laisse-le, il a pleuré

Si a dérobé le droit d’autrui *** S’il ignore Dieu

S’il a fait du monde la rançon de lui-même *** Laisse-le, il a pleuré

S’il se frappe lui-même d’un sabre le sommet de la tête *** se noyant dans son propre sang

S’il a, par cette tyrannie, laissé son corps sans force *** Laisse-le, il a pleuré

 

Le facteur de l’altération est fait de plusieurs éléments : les intentions des ennemis quant à ces événements consistent à s’efforcer de les renverser, de les falsifier. Le Docteur Shari‛atî a exprimé dans son discours de l’Aïd al-Ghadîr le fait que la propension qui existe en l’être humain de concevoir des légendes et à fabriquer des héros imaginaires constitue la source de l’attention qu’il porte aux fables destinées à générer la bienfaisance. Nous avons vu que c’est ce même sentiment qui prête à ‘Alî (as) cet exploit : quarante jours durant, Jabra’îl (as) ne parvient pas à s’envoler à cause des dommages que lui a infligé l’épée de ‘Alî (as). Les coups qu’il porte sont si précis et tranchants que l’ange ne s’en rend même pas compte, et il dit alors à ‘Alî (as) : « Ô ‘Alî ! Toutes ces choses que l’on raconte à ton propos, cette force et cet art qui sont les tiens, est-ce seulement cela ? » ‘Alî (as) lui répond : « Bouge un peu pour voir ! » Lorsque l’ange tente de faire un mouvement, une moitié de lui tombe d’un côté, et l’autre moitié de l’autre !

 

A propos de l’événement de ‘Âshûrâ en particulier, un facteur précis vient en sus s’immiscer : il s’agit de la philosophie particulière provenant de la recommandation émise par les Imâms de la religion (as) pour que cet événement soit un malheur qui serve de rappel, et que les gens le prennent comme tel. La philosophie repose sur : se remémorer, pleurer, se lamenter, vivifier ce souvenir, et la philosophie de cette vivification a pour but de garder vivant, et ce pour toujours, l’objectif général de ce soulèvement. Il s’agit de faire apparaître chaque année, sous cette forme, l’Imâm al-Hosayn (as) parmi les gens, afin que les gens entendent de sa propre voix : « Ne voyez-vous pas que le droit n’est pas mis en œuvre et que ce qui est faux n’est pas prohibé ? » Afin que les gens entendent toujours : « Je ne vois pas la mort autrement que le bonheur, et la vie avec les tyrans autrement que l’humiliation. » Afin qu’ils entendent cet appel épique et voient cette réalité historique qui a été écrite dans le sang.

Cependant, cette commémoration se limite désormais à pleurer, sans même prêter attention au dessein de ces pleurs et de ces lamentations. Cela est même devenu un art spécial. Faire pleurer est devenu un art en soi parmi les orateurs et les animateurs des commémorations. Inévitablement, pour que les gens pleurent mieux et davantage, et soi-disant pour qu’ils obtiennent un surcroît de récompense, les assemblées commémoratives en sont venues à employer le mensonge, la falsification. Nos gens également sont à présent comme des buveurs de thé habitués au thé très fort qui ne veulent pas de thé léger, ils se sont habitués à des commémorations très intenses et très enjolivées, et cela fait qu’il est maintenant obligatoire, pour que les orateurs parviennent à faire pleurer les gens, qu’ils organisent des commémorations mensongères, ou si nous voulons exprimer cela de manière moins crue, des commémorations peu sérieuses.

 

Nous pouvons à ce titre évoquer deux histoires : on dit qu’en Azerbaïdjan (iranien), un savant était peiné par les commémorations infondées qui étaient organisées et s’opposait aux orateurs concernés. Il disait habituellement : « Quels est ce venin de serpent que vous diffusez ? » Or, personne ne prêtait attention à ses dires, jusqu’à ce que lui-même organise une commémoration dix jours durant, dans sa propre mosquée, dont il était lui-même le fondateur. Il convint avec l’orateur de ne pas teinter son discours, selon sa propre expression, de ce venin de serpent. L’orateur dit : « Maître ! Je n’ai rien à y opposer, mais sachez que les gens ne pleureront pas. » Le savant dit : « En quoi cela t’importe-t-il ? A mon assemblée, on n’emploie pas ce venin de serpent, c'est-à-dire ces textes mensongers. »

L’assemblée fut mise sur pieds. Le savant se tenait dans le mihrâb, lui-même situé à côté du minbar. L’orateur commença la commémoration, mais quoi qu’il fît, employant les textes permis, jamais il ne parvint à faire pleurer l’auditoire. Le savant lui-même porta sa main à son front et en resta interdit ! L’assemblée était particulièrement glaciale. Le savant a certainement dû se dire : maintenant les gens du peuple diront que la raison pour laquelle l’assemblée ne prend pas provient de mon manque de sincérité dans mon intention, et les disciples vont s’éparpiller. Il pencha discrètement la tête vers le minbar et dit à l’orateur : « Mélange à ton discours un peu de ce venin de serpent. »

 

La seconde histoire : dans une des villes du pays, j’ai entendu pour la première fois une commémoration détachée au sujet de l’histoire de cette femme qui à l’époque de Mutawakil se rendit en ziyârat à Abâ ‘Abdillâh[3] (as). On l’en empêcha, on lui coupa la main, jusqu’à ce qu’à la fin, à la suite d’une description détaillée que j’ai oubliée, on jeta cette femme dans la mer. Là, elle se mit à crier : « Ô Abâ ‘Abdillâh (as) ! Entends mon cri ! » Un cavalier apparut, s’approcha et dit à la femme : « Attrape mon étrier ! » La femme lui dit : « Pourquoi ne tends-tu pas le bras pour te saisir de moi ? » Il lui répondit : « Mais, je n’ai pas de bras. »

 

Ainsi, il apparait que les gens également jouent un rôle vis-à-vis de ces falsifications. La plupart des langages éloquents ne sont pas : « Ô terre de Karbalâ ! Porte-moi secours. Puisque ma mère n’est pas là, materne-moi. » Qu’est-ce que cela veut dire ? L’Imâm (as) n’a jamais prononcé de telles paroles qui ne conviennent pas à son rang, et qui ne conviennent au rang d’aucun homme. Supposons qu’un homme de cinquante-sept ans veuille se lamenter sur sa solitude, son exil : il n’appelle pas sa mère. Le fait d’appeler sa mère convient à un enfant qui a encore besoin de se réfugier dans son giron. C’est dans ces années-là que les enfants se réfugient habituellement auprès de leur mère.



[1] Abraham (as). Les notes sont du traducteur.

[2] Façon dont on nomme les lieux, à Esfahân notamment, où se réunissent les soufis pour, entre autres, pleurer sur l’Imâm al-Hosayn (as).

[3] « Le père de ‘Abdallâh », soit l’Imâm al-Hosayn (as).

 

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