Analyse de la réaction des chrétiens et des shiites face au martyr de son Excellence ‘Isâ (as)

Il y a plusieurs années, un auteur a publié un ouvrage dans lequel il comparait l’Imâm al-Hosayn (as) à son Excellence Isâ[1] (as). Il était écrit que ce que font les chrétiens est préférable à ce que font les musulmans (shiites), car le jour du martyr de ‘Isâ Masîh[2] (as), ceux-ci organisent une fête et se réjouissent, tandis que ceux-là, le jour du martyr de Hosayn ibn ‘Alî (as), célèbrent une élégie sanglante et pleurent. Ce que font les premiers est préférable à ce que font les seconds, car ils considèrent que le martyr est pour ‘Isâ Masîh (as) une victoire et non une défaite, et c’est cela qui les rend heureux. Or les musulmans voient le martyr comme une défaite, et c’est pour cela qu’ils pleurent. Heureux soit le peuple qui considère le martyr comme une victoire qui se doit d’être fêtée, et malheureux soit celui qui le voit comme une défaite que l’on commémore dans le sang !

 

Pour répondre à cette idée : premièrement, le monde chrétien qui organise une fête pour ce martyr l’accomplit parce que la croyance populaire dit que ‘Isâ (as) a été tué pour effacer le poids des péchés de l'homme, et comme il s’imagine qu’il s’en trouve allégé, déchargé de ses péchés, il fait la fête, mais en réalité, cette fête de l’effacement de ses péchés est due à son imagination bercée par cette croyance populaire. Deuxièmement, c’est là une distinction erronée entre l’islam et le christianisme de prétendre que l’islam est une religion communautaire et que le christianisme est une religion qui n’a en tout et pour tout que le conseil moral. De plus, nous considérons parfois un événement d’un point de vue individuel, et parfois d’un point de vue communautaire.

Au regard de l’islam, le martyr de Hosayn ibn ‘Alî (as) est une victoire sur le plan individuel. Pour Hosayn ibn ‘Alî (as), ce martyr correspond-il à une défaite ou à une victoire ? Tout musulman dit qu’il s’agit d’une victoire et son Excellence (as) dit elle-même, au premier jour[3] : « La mort est certaine pour les fils d’Adam (as), elle est comme le collier suspendu au cou des jeunes filles. Ô combien je suis désireux de rencontrer mes aïeux, comme Ya‛qûb[4] (as) est désireux de rencontrer Yûsuf[5] (as). » (Bihâr al-Anwâr, Vol. 44, p. 366 ; Al-Luhûf, p. 25 ; Maqtal Al-Hosayn Al-Khârzamî, Vol. 2, p. 5 ; Kashf al-Ghumma, Vol. 2, p. 29). Au regard de l’homme comme à celui du martyr lui-même, le martyre est une victoire.

 

Il n’est pas nécessaire que les chrétiens le disent. Il y a mille trois cent cinquante ans, les Imâms de l’islam (as) l’ont dit. Lorsque le sabre frappe le sommet de son crâne, le fendant pratiquement jusqu’aux sourcils, ‘Alî ibn Abî Tâleb (as) parle ainsi : « Par Dieu, je jure que la mort soudaine et le coup soudain qui m’ont frappé ne suscitent pas la plus petite répugnance de ma part, je suis fier et je souhaitais qu’arrive un tel jour, je le jure par Dieu, je suis comme l’amant qui vient de rejoindre son aimée. » (Bihâr al-Anwâr, Vol. 42, p. 254 ; Nahj al-Balâgha faydh al-islâm, p. 875, parmi les paroles prononcée par son Excellence (as) au moment de faire ses adieux à la vie, à l’heure de son testament et de ses recommandations).

Et, selon le poète :

Sais-tu quel est le goût de la rencontre de l’aimée cachée ? *** Elle est comme le nuage qui dans le désert efface la soif

Lorsque je reçois ce coup, je suis comme ceux qui cherchent de l’eau dans l’obscurité, et soudain la trouvent !

C’est comme lorsque le sortilège m’a délivré de la tristesse *** Au cœur de l’obscurité vespérale, l’eau m’a rendu la vie

 

Ceci concerne le point de vue personnel et individuel. Cependant, l’islam comporte également un autre versant et n’évalue pas toujours les événements en fonction de l’aspect individuel, il les évalue aussi en fonction de l’aspect collectif.

L’événement de ‘Âshûrâ, du point de vue de la communauté et à l’égard de ceux qui l’ont perpétré, représente un déclin, c’est pourquoi il faut continuellement rappeler que ce genre de chose ne doit jamais se reproduire. Là, c’est tout un peuple qui dit : « Nous musulmans, avons-nous commis un tel acte ? »

Que la malédiction soit sur ceux qui ont commis un tel acte, et évitons à l’avenir d’en faire autant.

 

Pour finir, ce sujet permet d’entretenir les sentiments islamiques et humains, mais à condition que nous le comprenions bien. Aujourd’hui, l’heure n’est pas de se mettre la tête sous l’eau. Nous devons instaurer une réforme concernant nos propres dispositions religieuses. Il ne s’agit pas de réformer la religion, mais nos actes, car nos erreurs ne proviennent pas de la religion. Mohtasham Kâshânî[6] est-il l’un des piliers de la religion ? 



[1] Jésus (as). Les notes sont du traducteur.

[2] Littéralement « Jésus Christ », soit « Jésus l’initié ». Christos vient du grec et désigne l’initié (et non le crucifié !), le mot correspond bien à l’arabe Masîh qui désigne celui qui a reçu l’onction de l’initiation, le baptême du disciple. De là, aurait-on eu un glissement vers le baptême des nouveaux nés, innocents, pour les consacrer « enfants de Dieu », en résonnance à la « filiation divine » de Jésus (as), ce qui nous éloigne beaucoup de la réalité du franchissement effectif d’un degré spirituel, désormais réservé au clergé ? L’initiation spirituelle a perduré dans le christianisme, mais de manière archi-minoritaire et quasi-clandestine.

[3] De l’événement de Karbalâ.

[4] Jacob (as).

[5] Joseph (as).

[6] Le poète iranien.

 

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