La philosophie du remerciement à Dieu

Le remerciement est un terme récurrent dans le Coran. Le sens du remerciement est le fait pour une personne d’exprimer sa gratitude envers une autre personne ou un groupe d’autres personnes pour le bien ou le service qu’elles lui ont rendu. Cette gratitude s’exprime par la parole et l’acte, séparément ou les deux à la fois. La parole consiste à dire « merci » ou des tournures plus élaborées et plus éloquentes. L’acte consiste à rendre ou tenter de rendre un service en compensation ou en récompense. Merci peut se dire à toutes les occasions, par exemple au jeune homme qui vous cède sa place dans l’autobus ou à l’inconnu qui vous indique la bonne adresse ou la direction à suivre pour y arriver. C’est un mot de deux syllabes, mais dont l’usage est si précieux. Il est si répandu dans toutes les cultures, chez tous les peuples qu’il faut vraiment être de bien mauvaise éducation pour ne pas le dire délibérément. Il est un terme si éminemment humain que l’on répète et que l’on ne perd rien à le dire, qu’il grandit même celui qui le prononce. Disons toujours merci, même si nous ne savons pas pourquoi. Dieu saura lui trouver une destination, pour les milliers de cas où nous omettons de le dire, parce que nous n’avions pas vu qu’il y avait de quoi remercier.

Dire merci n’est pas le remerciement en soi, il en est la formule, l’expression verbale, un comportement indiquant que nous avons bien perçu le signal qui nous est envoyé. Nous réagissons humainement à la grande satisfaction du destinataire de notre merci, qui appréciera. Si vous ne le faites pas, on dira de vous : « Il n’a même pas dit merci ! » Ce qui confirme que dire merci est le minimum. D’ailleurs la réponse au merci ! est le plus souvent : de rien ! ou : je vous en prie ! ou encore : c’était la moindre des choses, ou je n’ai fait que mon devoir !

Il en va de même lorsque nous disons dans nos prières intimes : « Mon Dieu, je te demande pardon et je me repens à Toi » !, il ne s’agit que d’une formule, nécessaire certes, mais pas suffisante. Elle est nécessaire parce que si la demande est sincère (Dieu peut en juger), sa prononciation marque le début du repentir, mais pas le repentir lui-même. Dieu suspend le châtiment ou la sanction qu’aurait pu entraîner la faute pour laquelle vous demandez pardon. Mais il attendra que la sincérité de votre parole soit confirmée par les actes pour inscrire la personne définitivement parmi les repentants.

Ces paroles sont des gages, des chèques de garantie par lesquels les hommes obtiennent un préjugé favorable sur leur personne. Si le chèque est émis sur un compte non alimenté par la bonne foi, il vous sera renvoyé.

Le repentir est le regret d’avoir commis une erreur, une faute, un délit ou pire encore un crime, une abomination. On peut encore aggraver le cas, Dieu pardonne tout excepté de Lui associer un autre dieu illusoire.

Le remerciement possède donc une signification précise qui est celle de témoigner de sa reconnaissance, d’estimer à sa juste valeur le bien que l’on nous rend, – qui est toujours inestimable sous un rapport –, de reconnaître le droit d’autrui. C’est pourquoi l’appréciation de la bonne action s’exprime dans les deux sens de l’homme envers Dieu et de Dieu envers l’homme.

« Si vous prêtez à Dieu un beau prêt, Il vous le doublera ; Il vous pardonnera. — Dieu est Reconnaissant et Sage. » (Sourate Al-Taghâbun (La grande perte) ; 64 : 17)

L’attribut Reconnaissant dans ce verset traduit le mot arabe Shakûr, qui est une forme intensifiée de shâkir, la langue arabe ayant ce moyen subtil d’exprimer des degrés de signification dans les formes substantives. Il devrait par conséquent être traduit par très reconnaissant, ou même dans le cas de Dieu, infiniment reconnaissant.

Etonnant, n’est-ce pas, que Dieu nous dise merci ? Il nous informe qu’Il est reconnaissant de ce que fait Son serviteur. Nous en verrons bientôt le sens véritable. Pour que le serviteur de Dieu soit reconnaissant, il devra estimer à leur juste valeur les bienfaits qu’il a reçus de Dieu, c'est-à-dire savoir exactement pour chacun des bienfaits dans quel but il l’a reçu, au service de quelle cause il devra l’affecter. Nous avons une définition du remerciement qui est celle-ci : « Le remerciement consiste dans l’utilisation d’une chose aux fins pour lesquelles elle a été créée par Dieu. ». Si vous offrez à votre enfant un autre jouet que celui qu’il voulait, il le jette et le brise, au lieu de vous remercier en vous montrant sa joie.

Dieu m’a donné des yeux, je dois regarder avec, je dois m’en servir pour la cause de Dieu et pas seulement dire : merci mon Dieu de m’avoir donné des yeux. Il m’a donné des pieds, je dois me déplacer avec pour la bonne cause, etc.

L’intelligence, la pensée, l’affection, les sentiments, les enfants, les biens, la santé et tout autre bienfait dont nous bénéficions, si nous ne les dévions pas de leur destination naturelle et si nous ne les employons pas à d’autres fins, nous aurons agi en êtres reconnaissants envers Dieu. Par exemple, Dieu n’a pas créé en vain la langue. Avec cet organe, nous pouvons travestir la vérité, mentir, médire, nuire aux gens, injurier, propager les secrets des gens, les calomnier, etc. Mais sérieusement, peut-on penser que c’est à ces fins que la générosité divine nous a pourvus d’une langue ?

Ne serait-il pas plutôt afin que nous fassions connaître aux autres nos intentions ? Se faire connaître aux autres, leur enseigner, les conseiller, orienter, remercier par la langue. Il est donc nécessaire de « dépenser », d’utiliser les bienfaits aux fins pour lesquelles ils ont été accordés. Dieu dit dans le Coran :

« …Il vous a conféré l’ouïe, la vue, le foie, escomptant de vous gratitude…» (sourate Al-Nahl (Les Abeilles) ; 16 : 78)

Il est possible que l’on comprenne ici le segment escomptant de vous gratitude dans le sens de : espérant que vous remercierez. Il y a un point important sur lequel nous attirons l’attention. Le verbe arabe shakara que l’on traduit par remercier, montrer sa gratitude, signifie étymologiquement apprécier, reconnaître la valeur de quelqu’un ou de quelque chose. C’est la raison pour laquelle Dieu possède l’attribut de Shakûr, Celui qui reconnaît, qui apprécie (donner du prix à quelque chose ou à quelqu’un) beaucoup les paroles et les actes des hommes et des femmes. Dieu n’a de merci à dire à personne. Il est absurde de penser qu’Il doive nous remercier ; et quand Il le fait, c’est dans un sens figuré comme lorsqu’Il demande que les hommes lui fassent un prêt, comme dans le verset précédent : il s’agit de prêter à Dieu (aux créatures de Dieu, par obéissance à Dieu) des bonnes actions pour lesquelles nous serons infiniment récompensés.

L’homme qui dit merci à Dieu ou à ses congénères veut leur dire en réalité : j’apprécie votre geste à sa juste valeur, je ne le minimise pas. Je rends grâce à Dieu pour cela.

Dieu se revêt des qualités et sentiments humains pour Se faire connaître à nous ; Il est reconnaissant, Il agrée nos actes, et selon la tradition, Il rit, Il s’assoit, etc., mais ces expressions doivent toujours être comprises dans des sens figurés.

Il existe beaucoup de traditions (hadith), qui prêtent à Dieu des formes et des sentiments humains. Ces anthropomorphismes ont toujours été interprétés par les théologiens comme des sens métaphoriques. Comme c’est le cas pour les anthropomorphismes des versets coraniques qui parlent de la face de Dieu, de la main de Dieu, des yeux de Dieu, etc.

Ces anthropomorphismes s’expliquent en fait par la langue. Dieu Parle : c’est déjà un anthropomorphisme. Or la langue humaine connaît la métaphore et les autres figures de style, comme elle connaît les niveaux d’expression. Pour communiquer entre eux, les hommes ont recours à l’allusion, à l’exemple, au symbole. Or Dieu s’est adressé à nous dans une langue humaine. Il a donc eu recours aux ressources de cette langue pour nous adresser un message qui nous soit compréhensible. On voit mal comment nous L’aurions compris s’Il avait parlé dans une langue non-humaine. Nous sommes ainsi amplement justifiés quand nous disons qu’il faut entendre ces expressions anthropomorphiques, comme des métaphores. Même quand Il envoie des anges[1] sur terre, Il leur donne une forme humaine. Le semblable seul peut communiquer avec le semblable.

Le Coran dit à ce propos :

« Même si Nous avions fait sur toi descendre un Ecrit sur une feuille à toucher de leurs mains, les dénégateurs diraient : ‘’Ce n’est là que sorcellerie flagrante’’. « Ah !, disent-ils encore, si sur lui on avait fait descendre un ange ! » Or si Nous avions fait descendre un ange, le décret eût été accompli : ils ne seraient pas en sursis. Et si nous avions fait [de Notre Envoyé] un ange, assurément Nous lui aurions donné forme humaine, sur quoi Nous les aurions livrés à la même équivoque qu’ils ont commise. » (sourate Al-An‘âm (Les Bestiaux) ; 6 : versets 7 à 9)

C’est ainsi que Dieu nous facilite les choses, alors que ce que demandent les dénégateurs ne crée que plus d’équivoque.

Dieu s’adresse à nous comme le ferait un être humain. Il veut nous éviter la peur qu’aurait causée un discours trop mystérieux, inintelligible. Il est Proche (proximité essentielle, pas proximité spatiale) de nous ; combien Il aimerait que nous pensions à Lui comme d’un Être bienveillant, ayant le souci de Ses créatures…

Il nous enseigne en Se mettant à notre portée. Il sait pourtant que nous savons bien qu’Il est hors de tout besoin, qu’Il est indépendant du monde, qu’Il ne dépend de rien, mais Il se donne ce rôle afin de nous faire comprendre que le bien que nous faisons à nos congénères et à Ses créatures Lui parvient comme un bien que nous Lui faisons. Il amplifie démesurément l’importance de notre action, de par un effet de Sa bonté infinie.

Donnez de votre argent aux pauvres et de votre temps aux malades et Je vous compterai comme si vous Me le donniez à Moi. Ils vous remercieront et Je compterai leur « merci » comme s’il venait de Moi. Voyez combien nous sommes gagnants au change !

C’est pour nous dire : prêtez à vos semblables, car en leur prêtant c’est à Moi que vous prêtez et quand ils vous remercient, c’est Moi qui vous remercie.

Ce que Dieu fait pour nos actes positifs, c’est de les enregistrer, de n’en rien perdre, même dans l’acte simple d’éviter de marcher sur une fourmi et de traiter la nature, les animaux et les plantes avec bonté et douceur, par respect pour Ses créatures. C’est cette attitude de bonté universelle que Dieu apprécie en l’homme et récompense d’ailleurs. Quand nous avons compris cela, nous pouvons continuer de Le remercier, dans les deux sens propre et étymologique du verbe shakara remercier. Quand on remercie, c’est qu’on apprécie.

« - Dieu ne laisse pas perdre la rétribution des bienfaisants. » (sourate Al-Tawba (Le repentir) ; 9 : 120)

Dire que Dieu apprécie les œuvres, leur donne un prix revient à dire qu’Il ne confond pas les œuvres des bons avec les œuvres des méchants et qu’Il ne les met pas sur un même pied d’égalité.

« Traiterons-Nous ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres comme ceux qui commettent du désordre sur terre ? ou traiterons-Nous les pieux comme les pervers ?
» (sourate Sâd (la lettre Sâd) ; 38 : 28)

Et encore :

« Ceux qui savent seraient-ils à l’égal de ceux qui point ne savent ? » (sourate Al-Zumar (Les groupes) ; 39 : 9)

Bien sûr que non ! Parce que Dieu ne confère pas la même valeur à l’effort, à la bonne intention, à la sincérité des hommes, d’une part et à leur mauvaise volonté, leur hypocrisie, d’autre part. « Celui qui agit avec une bonne intention et manque de la faire, n’est pas comme celui qui agit avec une mauvaise action et qui réussit à l’accomplir ».

Pourquoi Dieu a-t-Il créé les mains, les pieds, les oreilles, le cerveau, l’intelligence ?

Un serviteur reconnaissant est un serviteur qui apprécie le bienfait qu’il a reçu de Dieu. Comment l’apprécie-t-il ? En l’employant dans le but originel pour lequel il vous a été donné, ou créé pour vous.

« Dis : ‘’ Considérez ce qu’il y a dans les cieux et sur la terre’’. Mais ni signes ni alarme ne suffisent à un peuple d’incroyance... » (sourate Yûnus (Jonas) ; 10 : 101)

Le remerciement pour les yeux consiste à s’en servir pour contempler le monde, celui des oreilles consiste à entendre les vérités, celui du cœur consiste à méditer, penser, analyser, synthétiser, abstraire, généraliser, argumenter et autres opérations de l’esprit, comme prévoir.

Le sens du verset devient alors :

« Dieu vous a fait sortir du sein de votre mère, dénués de tout savoir ; Il vous a conféré l’ouïe, les yeux, les cœurs, afin que vous soyez reconnaissants… » (sourate Al-Nahl (Les Abeilles) ; 16 : 78)

Humain ! Considère ton parcours. C’est Dieu qui t’a mis sur ce chemin. Tes organes font partie du système dont Dieu t’a pourvu. Il s’agit de ce que la Volonté divine a décidé pour toi. Il s’agit des manifestations de Sa Volonté. Quand tu es venu en ce monde, tu ne savais rien. Il t’a donné des yeux, t’a pourvu d’oreilles, de cœur afin que tu apprécies la valeur de ces organes des sens qui sont les instruments avec lesquels tu fais ton apprentissage du monde, tes débuts dans la connaissance, que tu rendes grâce à ton Seigneur, en les mettant en œuvre pour en tirer le meilleur bénéfice, c'est-à-dire que par ces moyens tu acquières la connaissance supérieure, en particulier la connaissance première, celle de ton origine divine.

Les cinq sens externes et les sens internes dont tu es pourvu sont les premiers moyens de la connaissance. Dieu te les a donnés afin que par eux tu connaisses le monde. Les organes de la connaissance sont le meilleur bienfait divin pour nous permettre d’appréhender l’œuvre divine dans toute l’étendue de l’être, de comprendre les paroles des grands spirituels divins et de marcher sur leur trace, de réfléchir aussi dans la dimension terrestre de la vie, pour s’assurer le progrès matériel, le développement et la perfection, cette vie qui elle aussi est tributaire de ces mêmes facteurs.

C’est la raison pour laquelle le verset se termine par : « la’allakum tashkurûn », escomptant de vous une gratitude, une appréciation du bienfait de Dieu. Qu’Il vous a donné l’ouïe, la vue et l’intelligence pour que vous soyez savants, des hommes conscients et que vous voyiez que c’est cela votre privilège sur les animaux. Il est certain qu’aucun homme ne pourra estimer à sa juste valeur un tel bienfait. Il ne lui restera plus qu’à dire : Mon Dieu, Toi Seul peux estimer la valeur du bienfait que Tu m’as accordé. Je reconnais ma faiblesse à Te remercier comme il convient de Te remercier.



[1] L’ange Gabriel est apparu à Marie (as) sous la forme humaine, comme il apparut au Prophète (s) sous la forme humaine.

 

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