L’islam, quintessence des enseignements de tous les prophètes

L’appel au monothéisme lancé par l’islam n’est pas nouveau. Ce fut le même appel lancé par tous les prophètes de Dieu. Et ce n’est pas seulement le principe de l’Unité de Dieu, mais tous les principes qui en découlent qui ont été prêchés par les prophètes depuis Nûh (Noé) et tous ceux qui sont venus après lui.

Nous lisons dans le Coran : « Pour vous Il a édicté[1] en fait de religion ce qu’à Noé Il recommanda, et Notre révélation à toi, et ce que Nous avons recommandé à Abraham, à Moïse, à Jésus : "Accomplir la religion ; n’en point faire matière à division"… » (sourate Al-Shûrâ (La Consultation) ; 42 : 13)

L’expression « en fait de religion » indique que la coordination et la synergie des religions révélées ne s’observe pas seulement au sujet de l’unité divine et des fondements de la foi. Dans l’ensemble, la religion divine est la même quand on la considère du point de vue de son dogme et de ses racines - bien que la perfection de la société humaine requière que les lois et décrets d’application soient orientés de façon à les rendre compatibles avec le développement humain de façon à aboutir à long terme, au Prophète (s) qui va sceller la religion révélée.

Pour cette même raison, on trouve dans d’autres versets coraniques beaucoup d’indices attestant qu’à l’origine, les fondements généraux des croyances et des lois divines, ainsi que ceux des prescriptions et devoirs étaient homogènes dans toutes les religions.

Par exemple, en évoquant les vies et les œuvres des prophètes, les versets coraniques nous apprennent que leur premier enseignement, commun à tous, était : « O mon peuple, adorez Dieu ! », (sourate Al-A‘râf ; 7 : 59, 65, 73, 85), ou (sourate Hûd ; 11 : versets 50, 61, 84) où sont évoqués respectivement les prophètes Noé, Hûd, Sâlih, Shu‘ayb[2]. Ailleurs, nous lisons : « Aussi bien avons-Nous mandé à chaque nation un envoyé : ‘’ Adorez Dieu, éloignez vous de l’idole ’’. » (sourate Al-Nahl (Les Abeilles) ; 16 : 36)

Dans la prédication des prophètes, il est aussi question de l’avertissement de la résurrection (sourate Al-An’âm (les Troupeaux) ; 6 : 130 , sourate al-A‘râf ; 7 : 59, sourate Al-Shu’arâ (Les Poètes) ; 26 : 135 , sourate Tâhâ ; 20 : 15 , sourate Maryam (Marie) ; 19 : 31).

Moïse, Jésus et Shu’ayb ont prêché la prière (Tâhâ ; 20 : 14, Maryam ; 19 : 31, Hûd ; 11 : 87). Abraham a appelé les hommes à accomplir le pèlerinage (sourate Al-Hajj (Le Pèlerinage) ; 22 : 27). Quant au jeûne (al-siyâm), il a existé chez tous les peuples anciens (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 183). C’est pourquoi, dans la suite du verset, apparaît un commandement universel adressé à tous les prophètes : « Accomplir la religion ; n’en point faire matière à division ... » (sourate Al-Shûrâ (La consultation) ; 42 :13).

Cette recommandation est importante pour deux choses : premièrement, élever ou donner une assise solide à la religion de Dieu et la maintenir dans tous les domaines : ne pas se contenter de la dire, mais aussi la soutenir et en assurer la perpétuité. Deuxièmement, éviter un écueil immense, à savoir la tentation de la division et de l’hypocrisie dans la religion. Le verset se poursuit ainsi : « Pour énorme que paraisse aux associateurs (mushrikîn)[3] ce à quoi tu les convies … » (42 : 13). Cela signifie que l’appel au monothéisme lancé par le Prophète est difficile à recevoir de la part des polythéistes. A cause de l’ignorance et de leur fanatisme séculaire, ils sont si imprégnés de paganisme et d’idolâtrie et cela a si profondément marqué leur existence, que l’appel au monothéisme leur inspire la terreur. En outre, les chefs du paganisme ont de gros intérêts à défendre, alors que le monothéisme risque d’aiguiser les ambitions des classes sociales démunies qui seraient tentées de mettre un terme aux tendances égoïstes des chefs tyranniques et des hommes injustes.

Mais malgré cela, il ne faut pas oublier que de la même façon que c’est Dieu qui choisit Ses prophètes, de même il Lui appartient de guider qui Il veut parmi les peuples. Il peut guider qui Il veut. Celui qui se tourne vers Lui sera guidé. Le verset disant : « Combien est insupportable, aux associateurs, (mushrikîn) ce à quoi tu les appelles ! », se poursuit donc ainsi : « Allah élit, et rapproche de Lui qui Il veut et guide vers Lui pour [suivre] cela, ceux qu’Il veut ; Il dirige vers cela ceux qui viennent à résipiscence (anâba). » (42 :13)

A ce sujet, il y a plusieurs points sur lesquels nous attirons l’attention :

1. Le mot sharî’a, qui vient de la racine shara‘a, sur le modèle de fa‘ala, signifie étymologiquement une route bien éclaircie ; un chemin qui conduit à la rivière est aussi appelé sharî’a. Puis ce mot a été employé au sujet des religions célestes, car une route éclaircie est une route heureuse, sans danger pour celui qui la suit. Et un chemin qui débouche sur une rivière conduit à l’eau qui symbolise la vie, la foi, la piété, l’équité et la conciliation. Et comme l’eau est le moyen de la purification et qu’elle est source de vie, ce terme de sharî’a a trouvé naturellement sa place pour servir à désigner la religion de Dieu qui effectue spirituellement ces missions de purification du corps, de l’esprit et de l’âme humaine.

2. Dans le verset que nous venons de voir, il n’est fait mention que de cinq noms de prophètes et envoyés de Dieu (Noé, Abraham, Moïse, Jésus et le Prophète de l’islam, que les salutations divines soient sur eux tous), parce que seuls ces prophètes ont apporté des changements nouveaux dans la religion. Ces prophètes sont qualifiés d’Hommes de décision ou de résolution (ûl ol- ‘azm). En fait les prophètes ayant apporté des Lois nouvelles sont exclusivement ces cinq personnes.

3. Le verset a rappelé Noé en premier, car la première législation divine contenant toutes sortes de lois régissant le culte et les relations sociales fut justement la sienne. Les prophètes antérieurs à lui avaient des missions moins lourdes, moins chargées. C’est la raison pour laquelle le Coran n’évoque pas les Ecritures révélées avant Noé.

4. Il est remarquable que dans la mention des cinq hommes de décision, après la mention de Noé, il est question du Prophète de l’islam (qui n’est pas nommé, mais à qui s’adresse le message), l’accent est mis sur la place de Mohammad (s) parmi les autres prophètes, puis vient la mention d’Abraham, de Moïse et de Jésus, que les salutations divines soient sur eux tous. Cet ordre s’explique par le fait que Noé fut à l’origine, puis le Prophète de l’islam est mentionné en raison de son rôle immense de Sceau de la prophétie, les trois autres sont mentionnés par ordre chronologique de succession. On commence par parler de celui qui a inauguré le cycle, et de celui qui le clôt, puis des prophètes intermédiaires.

5. Il faut aussi remarquer que la Parole Divine emploie « Nous t’avons révélé » (wa awhaynâ ilayka) quand le Coran s’adresse au Prophète de l’islam, alors qu’à l’adresse des autres prophètes, il emploie l’expression « Nous avons recommandé » (wa awsaynâ). Cette différence peut vouloir indiquer un surcroît d’importance accordé à la nouvelle et dernière née des formes de religion vis à vis des formes religieuses antérieures.

6. A la fin du verset, au sujet de la modalité du choix des prophètes, le Coran emploie le verbe « qui Il veut » (man yashâ’), qui est une allusion sibylline indiquant qu’il choisit librement les envoyés et prophètes indépendamment de nos critères objectifs. Mais au sujet des nations (auxquelles sont envoyés les prophètes), il emploie l’expression « man yunîb » (c’est-à-dire ceux qui font résipiscence, qui se repentent de leurs pêchés et redeviennent obéissants à Dieu), et cela afin que le critère de la guidance divine et ses conditions soient claires pour tous, et que chacun trouve la voie d’accès à l’océan de Sa Miséricorde.

Une célèbre tradition sacrée (hadith -e qodsî) nous apprend que Dieu dit : « Celui qui se rapproche de Moi d’un pouce, Je me rapproche de lui d’une coudée…, celui qui vient à Moi en marchant, J'irai à lui avec empressement. »

Comme l’un des deux piliers de la prédication des prophètes est l’absence de la division dans la religion, il est certain qu’ils ont tous mis un accent particulier sur ce point. Se pose alors forcément cette question : « D’où viennent alors ces divergences si nombreuses entre les religions ? ».

Le verset qui suit celui dont nous venons de parler apporte une réponse. Les hommes n’ont suivi la voie de la division qu’après avoir reçu l’argument parfait, de la part de Dieu et des prophètes. Ils ont reçu la connaissance nécessaire suffisante pour admettre le message divin qui leur fut transmis par les prophètes. Mais nombreux furent ceux qui sont vite retournés à leur état antérieur, entraînés par leur attachement aux biens de ce monde, aux illusions qu’ils créent comme la puissance, la tyrannie, ainsi que les défauts qui les accompagnent, comme l’injustice et la jalousie.

« De fait, ils ne se sont divisés qu’après que leur fut advenue la connaissance, et par mutuelle impudence … » (sourate Al-Shûrâ (La consultation) ; 42 : 14)

Ainsi les vices se sont dressés pour empêcher que la vérité unisse les cœurs des hommes, la vérité apportée par les prophètes. Les hommes se sont ligués par intérêt temporel pour dominer la religion, lui donner une orientation qui leur soit favorable, chacun essayant d’asseoir encore plus son pouvoir, entraînant la religion vers des formes complètement éloignées de la forme originelle, imposant par la force leur conception aux croyants et transgressant la Loi des prophètes. Mais tout cela ne s’est produit qu’après que les hommes aient été témoins de la preuve apportée par les prophètes. Ainsi, ce n’est pas l’ignorance ni l’inconscience des hommes qui sont à l’origine des divergences religieuses, mais plutôt l’impudence, l’injustice, la déviation par rapport à la vérité et la suprématie des points de vue particuliers, comme les savants religieux à la foi chancelante qui aspirent au pouvoir temporel et comme les masses populaires fanatiques nourries par le ressentiment. Ces vices se sont donné la main pour asseoir ces divergences définitivement et leur donner une allure de légitimité.

Ce verset apporte donc un démenti formel à ceux qui soutiennent que c’est la religion qui a causé les divergences parmi les hommes et entraîné tant de morts violentes tout au long de l’histoire. Car on ne peut honnêtement nier que la religion a bien au contraire été toujours un facteur d’unité des hommes, comme on peut le constater dans le cas des Arabes qui ont été unifiés par l’islam et ont renoncé à leurs querelles millénaires pour constituer une nation solidaire.

Mais ce sont ensuite les politiques qui ont suscité les divisions parmi les hommes, en accentuant les divergences et aiguisant les haines meurtrières, à quoi s’ajoutent les préférences personnelles des uns et des autres qui sont imputées injustement à la religion révélée, tout cela à cause de l’impudence. Ce mot qui traduit le mot arabe (baghy)[4] signifie « une volonté d’outrepasser les limites, de sortir du juste milieu et d’incliner pour un excès dans un sens ou dans l’autre » que cette volonté soit mise à exécution ou non. Parfois elle porte sur la qualité et parfois sur la quantité. Et pour cette raison, le terme désigne aussi le sens d’injustice, de tyrannie. Parfois, il peut désigner toute sorte de demande, de souhait, même quand il s’agit de demande convenable et bonne. C’est pourquoi Râghib al-Isfahânî[5], dans ses Mufradât[6], a traité du verbe baghâ et de son substantif baghy en deux parties. Une partie pour les sens positifs, louables (mamdûh) et une partie où les sens négatifs, blâmables (madhmûm) sont mentionnés. Le premier consiste dans le dépassement de la justice au point d’arriver au pardon, ou encore dépasser l’agir par devoir pour atteindre l’action par amour. Alors que le second consiste à outrepasser les limites du droit pour tendre vers l’injustice.

C’est pourquoi, toujours dans les mêmes versets 13 et 14 de la sourate 42, on lit la suite : « N’eût précédé une parole de ton Seigneur, en direction d’un terme fixé, qu’entre eux il eût été tranché … »

Oui, le monde d'ici-bas est une demeure de mise à l’épreuve, de tests et de perfectionnements et cela serait impossible sans une liberté d’action. Il s’agit d’un commandement essentiel par lequel Dieu régit l’univers depuis la création de l’homme et cela reste un ordre immuable. Car c’est la nature même de l’existence et de la vie. Par contre, c’est l'une des caractéristiques de l’Autre monde, que toutes les divergences y trouvent leur fin et que l’humanité y retrouve son homogénéité totale. Et c’est la raison pour laquelle on désigne la résurrection par l’expression de yawm al-fasl, c'est à dire le jour de la séparation, de la rupture.

Dans le dernier fragment du verset 14 de la sourate 42, on lit l’explication de ce pourquoi les peuples contemporains de ces prophètes qui ont hérité de la Révélation après eux sont amenés à douter gravement de son interprétation. Ils n’ont pas vécu au temps des prophètes et n’ont ouvert les yeux sur cette Révélation que bien après que l’ambiance de la société ait été troublée et polluée par les actes sataniques des hypocrites et des propagateurs de la division. Ils ne pouvaient appréhender la Vérité comme il se devait.

La fin du verset dit : « Or ceux promus après eux à l’héritage de l’Ecriture persistent quant à elle dans un doute ravageur ». Dans ce verset[7], le mot « rayb » (doute) est employé sous forme d’adverbe[8] « murib ». « Murib » se dit des gens qui sont pris de « rayb » or le « rayb » est une sorte de doute qui peut changer et se transformer en certitude. Les « murib » doutent mais d’un doute dont le voile peut se lever en fin de compte de devant leurs yeux. Le verset laisse donc voir qu’il se peut que la vérité apparaisse enfin. Cela nous laisse voir dans ce verset, une allusion à l’avènement inéluctable et incontestable du Prophète de l’islam (s) qui débarrassa définitivement des effets et traces du doute, les cœurs de ceux qui aspiraient sincèrement à la Vérité.



[1] « Il a édicté » traduit ici le verbe shara‘a, qui a donné la shar'ia, et qui signifie étymologiquement, accès à l’eau, à la source de vie, et par extension à la norme divine.

[2] Hûd, Sâlih et Shu’ayb étaient des prophètes arabes.

[3] ...Hamidullâh et Régis Blachère préfèrent le mot « Associateurs » pour définir le mot mushrikîn (aucun des deux mots n’existent dans le dictionnaire français)

[4] (en arabe : بغى)

[5] Hussein ibn Mohammad Râghib al-Isfahânî, ابوالقاسم حسین ابن محمّد الراغب الاصفهانی , mort en 1108-1109.

[6] Il s’agit du célèbre ouvrage dont le titre complet est Al-Mufradat fî gharîb al-Qorân, qui se propose d’expliquer certains termes coraniques et qui est encore très souvent consulté par les chercheurs.

[7] وَ إِنَّ الَّذِينَ أُورِثُوا الْكِتابَ مِنْ بَعْدِهِمْ لَفِي شَكٍّ مِنْهُ مُرِيبٍ

[8] (en arabe : مُرِيبٍ)

 

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