Le témoignage des savants sunnites au sujet de la science, des connaissances en matière juridique et de l’excellence de la personnalité religieuse de l’Imâm Ja’far al-Sâdiq (as)

Le cas de Mâlik ibn Anas[1] 

 

Mâlik ibn Anas vivait à Médine, première capitale politique de l’islam. C’était quelqu’un qui avait relativement une belle âme. Il témoigne ainsi : « Je me rendais souvent auprès de Ja’far ibn Muhammad (as)[2] et je le trouvais toujours souriant. Cela veut dire qu’il avait le visage avenant, jamais renfrogné, ayant toujours le sourire aux lèvres.

Parmi les signes de sa bonne éducation, il y avait le fait que lorsque nous faisions mention du nom de l’Envoyé de Dieu (s), il manifestait un tel enthousiasme que cela se reflétait sur son visage qui changeait de couleur. Pendant un temps, j’allais souvent lui rendre visite. »

Puis Mâlik rapporte au sujet de la dévotion de l’Imâm Ja’far al-Sâdiq (as) dont il remarqua la piété profonde, qu’il était toujours en prière, le cœur constamment concentré sur Dieu. C’est Mâlik Ibn Anas qui rapporte l’anecdote bien connue : « Lors d’un voyage, en compagnie de l’Imâm (as), nous avons eu l’honneur de nous rendre en pèlerinage à La Mecque. Nous avions quitté Médine et nous arrivions à la Mosquée de l’Arbre[3]. Sans descendre de nos montures, nous avons revêtu les vêtements de la sacralité et nous nous apprêtions à prononcer la formule de talbiyya (réponse) qui consiste à dire : « Labbayk[4] » et qui inaugure l’entrée des pèlerins en état de sacralisation (ihrâm). J’ai porté mon regard vers l’Imâm (as) et je voyais qu’il s’efforçait de prononcer la formule, pendant que son visage se colorait et il tremblait tant que je crus qu’il allait choir de sa monture. Il éprouvait un tel sentiment de crainte devant Dieu que sa langue n’arrivait pas à prononcer la formule. Je m’approchais de lui, l’accostais et je lui dis : « O Fils de l’Envoyé de Dieu, commencez la récitation de la formule, elle est indispensable ! Il faut la prononcer ». Il me répondit : « Que dire ? À qui dois-je dire : "Labbayk" [me voici devant Toi, répondant à Ton appel] ?! Si en réponse on me dit "Lâ Labbayk"[5] [tu n'es pas le bienvenu], que ferais-je alors ? ». C’est une tradition qui a été rapportée par le Shaykh 'Abbâs Qomî[6] et d’autres, dans leurs ouvrages. Le narrateur de cette tradition est, comme nous venons de le dire, Mâlik Ibn Anas qui fut un imâm du sunnisme. Ce même Mâlik a dit : « Aucun œil n’a vu, aucune oreille n’a entendu, aucune pensée n’a traversé le cœur d’un homme qui soit meilleur que Ja’far ibn Muhammad al-Sâdiq (as) ».

 

Le cas de Mohammad al-Shahrestânî[7]

 

Mohammad al-Shahrestânî, mort en 1153, est l’auteur du célèbre ouvrage intitulé Kitâb al-Milal wal-Nihal (Le livre des religions et des sectes) dans lequel il expose les doctrines religieuses et philosophiques de chacune des écoles et sectes qu’a connu l’islam depuis les débuts jusqu’à son époque, ainsi que des idées des autres religions et sectes. Il fait aussi partie des philosophes et théologiens éminents de l’islam du cinquième siècle de l’Hégire. Son savoir immense est reconnu par tous.

Il y évoque la personnalité de l’Imâm Sâdeq (as) en ces termes : « Il avait un savoir immense et une maîtrise parfaite de la sagesse (philosophie), pratiquait une ascèse envers le monde ici-bas et une retenue parfaite à l’égard des plaisirs de ce monde. Il s’établit à Médine et répandit parmi son entourage fidèle les mystères des sciences. Puis il entra en Irak pour quelque temps. » Puis Shahrestânî fait allusion à l’absence de préoccupation vis-à-vis de la politique chez l’Imâm (as), en disant : « Il ne disputa à personne le califat ». Le fait que l’Imâm se soit tenu à l’écart de la politique est interprété ainsi par Shahrestânî : « L’Imâm était si profondément plongé dans l’océan de la connaissance et des sciences, qu’il n’eut pas le temps de porter un intérêt pour ces questions. » Il ne s’agit pas ici d’admettre les explications de Shahrestânî, mais on peut comprendre qu’il insiste sur l’importance que l’Imâm accordait à l’acquisition du savoir. Il ajoute également : « Celui qui se noie dans l’océan de la connaissance ne connaît pas les rivages » et « celui qui s’est élevé jusqu’au sommet de la Réalité, n’a aucune crainte de chuter. »

Ce même Shahrestânî qui tient ses paroles au sujet de l’Imâm Sâdeq (as) est un adversaire du chiisme. Il fait une critique éreintante du chiisme dans son livre Al-Milal wa al-Nihal (Les religions et les sectes), mais il fait montre d’un grand respect pour l’Imâm Sâdeq (as), et cela est fréquent. De nos jours, nombreux sont les penseurs à travers le monde qui sont des adversaires féroces du chiisme et qui en même temps vouent une admiration sans borne à l’Imâm Sâdeq (as), ou tout au moins expriment leur admiration pour lui. C’est comme si dans leur esprit, ils opéraient une distinction entre la personnalité de l’Imâm et le chiisme dont la fondation lui est attribuée, puisque le chiisme est appelé aussi école ja'farite, en référence au prénom de l’Imâm. Ou bien parce que selon Shahrestânî, les chiites ne suivent pas toutes les interprétations correctes de sa doctrine.

Quoiqu’il en soit, cette vénération pour lui est très fréquente au sein des hommes de savoir.

 

Le cas d’Al-Jâhiz[8]

Al-Jâhiz était un lettré au sens parfait du mot, un lettré par excellence, de la fin du IIème siècle et du début du IIIème siècle de l’Hégire.

Mais ce n’était pas qu’un lettré : c’était aussi un fin connaisseur de la société dans laquelle il vivait, ainsi qu'un historien avisé. Il est l’auteur d’un Livre des Animaux (Kitâb al-Hayawân), véritable traité de zoologie, suscitant l’intérêt des zoologistes du monde qui ont constaté que dans son livre, Jâhiz a apporté des informations sans précédent à propos de certains animaux, compte tenu du fait qu’à l’époque de Jâhiz, les connaissances des Grecs n’avaient pas encore été traduites en arabe et mises à la disposition des savants musulmans. Cela témoigne ainsi du génie de Jâhiz qui fut le pionnier dans beaucoup de domaines. Jâhiz était également un sunnite fervent. Ses discussions avec certains chiites lui ont fait valoir d’être taxé de Nâsebî[9], c’est-à-dire d’être un extrémiste de l’anti-chiisme. Nous ne nous risquerons pas personnellement à le qualifier de Nâsebî en nous fondant sur ses écrits, même s’il évoque certains points dans ses entretiens.

Il vécut à la même époque que l’Imâm Ja’far al-Sâdiq (as) et fut au moins contemporain des dernières années de l’Imâm, alors qu’il était encore jeune lui-même.

Il s’exprime ainsi à propos de l’Imâm Sâdeq (as) : « Ja’far ibn Muhammad dont la science et la jurisprudence emplirent le monde… ». Il ajoute : « On dit que Abû Hanîfa[10] faisait partie de ses disciples, ainsi que Sofiyân al-Thawrî[11]. »

 

Le cas d’Ahmad Amîn[12] d’Egypte

 

L’égyptien Ahmad Amîn fut un de nos contemporains. Ses ouvrages apologétiques, Fajr al-islam (L’aube de l’islam), Dhuhâ al-islam (La clarté de l’islam), Dhohr al-islam (Le zénith de l’islam) et Yawm al-islam (L’islam de nos jours) qui firent partie des ouvrages les plus importants du siècle dernier, ont eux aussi colporté la maladie du ressentiment à l’égard du chiisme. On peut même avancer sans risque d’être détrompé que l’auteur n’a disposé d’aucune source fiable et n’a sûrement pas lu un seul ouvrage chiite. Il se montre très véhément à l’égard du chiisme, mais en même temps, il fait preuve d'une vénération à l’égard du sixième Imâm, Ja’far al-Sâdiq (as). Si l'on se base sur une étude de l'ensemble de son œuvre, nous pouvons affirmer que le respect qu’il y exprime pour l’Imâm dépasse celui qu’il témoigne pour les Imâms sunnites. Au sujet de la sagesse de l’Imâm Jaafar Sâdeq (as), il rapporte des jugements extraordinaires que les auteurs chiites n’ont jamais reproduits.

 

Le cas de Mîr 'Alî Hendî[13]

 

Mîr 'Alî Hendî fait aussi partie de nos contemporains sunnites. Il s’exprime ainsi à propos de l’époque de l’Imâm Ja’far al-Sâdiq (as) : « Il est incontestable que la diffusion de la science, en ce temps-là, a contribué à libérer le savoir des chaînes qui le retenaient. » Il poursuit : « Les débats philosophiques se généralisèrent dans les grandes villes du monde musulman. N’oublions pas de signaler que celui qui a dirigé ce mouvement fut le descendant de l’Imâm 'Alî (as), appelé l’Imâm al-Sâdiq (as). C’est un homme qui a élargi les horizons de la pensée, qui était doté d’un sens perspicace et qui s’intéressait vivement aux sciences de son temps. » Puis il ajoute : « On le considère comme le pionnier et le fondateur véritable des écoles philosophiques célèbres dans l’islam. Les futurs fondateurs des écoles de droit sunnite (fuqahâ) n’étaient pas les seuls élèves assidus de ses leçons. Il y avait aussi beaucoup d’étudiants qui venaient se former dans les sciences rationnelles, comme la philosophie et les disciplines apparentées et qui étaient originaires de toutes les régions du monde musulman d’alors. »

 

Le cas d’Ahmed Zakî Sâlih[14]

 

Dans son livre Al-Imâm al-Sâdiq, Monsieur Muzaffar, rapporte dans la revue Al-Majalla al-misriya[15] (La Revue Egyptienne) les propos d’Ahmad Zakî Sâlih, qui est un auteur contemporain, que « l’activité intellectuelle chiite fut la plus puissante en comparaison avec les autres sectes de l’islam. »

Nous pourrions ajouter que c’est encore le cas aujourd’hui. Ceci est une question qui mérite d’être considérée. Les Iraniens s’attribuent cette activité, alors que l’activité des chiites non-iraniens en ce temps là était beaucoup plus intense, et même en nombre, les chiites iraniens n’étaient pas les plus nombreux. Mais il n’est pas lieu ici de discuter à propos de ce point. Cet égyptien poursuit ainsi : « Il est clairement établi pour tous ceux qui ont étudié la théologie musulmane (‘ilm al-kalâm) que les sectes chiites étaient les plus actives des sectes musulmanes. Elles furent les premières sectes à fonder leurs écoles religieuses sur des bases philosophiques, au point d’attribuer l’instauration de la philosophie islamique à l’Imâm 'Alî ibn Tâleb (as)[16]. »



[1] Mâlik Ibn Anas (711-795) est le fondateur de l’une des quatre écoles juridiques de l’islam sunnite. Sa doctrine s’est surtout répandue en Afrique du Nord et en Afrique noire. Il est aussi l’auteur d’un recueil de traditions prophétiques appelé Al-Muwatta’.

[2] Abû ‘Abdillâh Ja’far ibn Muhammad al-Sâdiq (en persan : Ja’far-e Sâdeq جعفر صادق) (en arabe et en persan Sâdeq veut dire : le véridique,) est le sixième Imâm des chiites ismaéliens et des chiites duodécimains. Il est connu pour celui qui a définitivement assis le chiisme, au point que l'école duodécimaine est parfois appelée école Ja'afarite (al-mazhab al-ja’farî). L’Imâm Ja'far Sâdeq était considéré comme le professeur de tous les savoirs islamiques et le maître de la jurisprudence.

[3] Appelée aussi Mosquée du Mîqât, c'est-à-dire la limite où l’état de sacralisation est de rigueur quand on veut se rendre au pèlerinage. Appelée Mosquée de l’Arbre, parce qu’elle a été construite non loin d’un arbre sous lequel s’asseyait le Prophète (s).

[4] Formule rituelle commençant par « Labbayka Allahummâ labbayk ! » qui signifie « Je Te réponds mon Dieu, je te réponds (je viens à Ton appel) » ou encore "Me voici". Cette formule est récitée chaque année par les millions de pèlerins qui se pressent autour de la Kaaba et des autres étapes du pèlerinage, Hajj.

[5] Littéralement "Pas de labbayk", que l'on pourrait traduire par "Tu n'es pas le bienvenu".

[6] Ecrivain, originaire de Qom, mort au siècle dernier. Né en 1294 de l’Hégire à Qom, 1877 (Iran), mort en 1359 de l’Hégire, 1940, à Najaf (Irak). Il doit sa célébrité au recueil de prières Mafâtih al-Jinân, Les clefs du Paradis, un des livres les plus largement lus parmi les chiites.

[7] Muhammad ibn ‘Abd al-Karîm al-Shahrestânî, (1086-1153). Penseur et hérésiographe iranien. Son livre Kitâb al-Milal wa al-Nihal, le livre des religions et des sectes, a été traduit en français par Gimaret, Monnot et Jolivet, professeurs à l’EPHE, chez Peeters, 1986 et 1993. Il est l’auteur d’ouvrages traitant de théologie, de philosophie et de commentaire du Coran.

[8] ’Abu ʿUthmân ʿAmrû ibn Bahr Mahbûn al-Kinânî al-Laythî al-Basrî, surnommé al-Jâhiz à cause de ses yeux protubérants. Né et mort à Basra, respectivement en 776 et 868-69. Célèbre polygraphe arabe. Doit sa notoriété à son ouvrage Kitâb al-Hayawân (Le Livre des animaux).

[9] Le terme nâsebi (en arabe : ناصبي), au pluriel nawâsib, désigne toute personne ou groupe de personnes qui voue une haine aux Ahl al-Bayt (les membres de la Maison Prophétique). Ils visent spécialement les Omeyyades, mais excluent les sunnites qui, depuis les temps premiers de l’islam, continuent d’honorer les descendants du Prophète (s).

[10] Al-Nuʿmân ibn Thâbit ibn Zûtâ ibn Marzubân (نعمان بن ثابت بن زوطا بن مرزبان), plus connu par le surnom d’Abû Ḥanîfah, né en 702 et mort en 767. Juriste musulman fondateur de l’école de droit appelée école hanafite. Son enseignement est encore suivi principalement en Asie, Turquie, Syrie et régions turcophones. Contemporain de l’Imâm sunnite Mâlik ibn Anas et du 6ème Imâm du Chiisme, Ja’far al-Sâdiq (as).

[11] Sufyân ath- Thawrî ibn Sa‘îd (سفيان بن سعيد الثوري ‎). Né en 716 et mort en 778. Comme Mâlik et Abû Hanifa, il fut aussi un juriste et le contemporain de l’Imâm al-Sâdiq (as). L’école de droit qu’il a fondée ne lui a pas longtemps survécu. Dans sa jeunesse, il aurait été chiite. Son œuvre de traditionniste est encore appréciée dans le monde sunnite.

[12] Ahmad Amîn, né en 1886 et mort en 1954. Son œuvre a été lue par les jeunes musulmans du XXème siècle.

[13] (en persan : میر احمد علی هندی) L'auteur de l'article ne disposait probablement pas de toutes les données concernant ce personnage.

Sur le réseau internet, nous trouvons des indications faisant état du chiisme assuré de ce Mîr Ahmad 'Alî Hindî, né à Madras, en Inde, de lointaine origine iranienne, comme en atteste son appellation même. Il est l'auteur d'une traduction du Coran en anglais, qui fut publiée en 1964, annotée par un ayatollah iranien, Mîrzâ Mahdi Puyâ Yazdî (en persan : میرزا مهدی پویای یزدی)

[14] Il s’agirait de Ahmed Zakî Pâshâ (en arabe : أحمد زكي باشا ‎), traducteur et philologiste égyptien sunnite (1867 / 1934) né en Égypte d’une mère kurde et d’un père marocain.

[15] Il s’agirait de Al-Waqa'i`al-Masriya, revue égyptienne du Caire dont Ahmed Zaki fut l’éditeur et le traducteur.

[16] Cousin et gendre du Prophète de l'islam (s), Alî ibn abi Tâleb fut le premier converti à la religion prêchée par Mohammad (s) et le premier Imâm du chiisme (quatrième calife du sunnisme).

 

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