L’exégèse du mot sirât / صراط selon Mollâ Sadrâ

Sirât / صراط signifie voie, chemin, et par extension une épée longue et effilée. Sirât haqq / صراط حق signifie la voie de la vérité et sirât al-mustaqîm / صراط المستقيم signifie la voie droite. Dans le hadith, il est dit que sirât consiste en la voie de la connaissance de Dieu. Il est dit que la voie (sirât) comporte deux parties, l’une dans ce monde, et l’autre dans l’autre monde. La voie de ce monde, c’est l’Imâm (as) auquel on est censé obéir et la voie de l’autre monde, c’est un pont qui enjambe l’enfer. Celui qui suit l’Imâm (as) et lui obéit dans ce monde parviendra à franchir ce pont. Sadrâ dit que de la même manière que ce sont les disciples qui appellent sirât l’autre voie du monothéisme, la voie droite est la forme de guidance dont l’être humain se fait une seconde nature, par l’effet de la voie et de la méthode droite et en suivant les commandements qui s’adressent à lui ainsi qu’à son âme. Et c’est cela qu’ils nomment la voie droite. Il s’agit de la voie qui conduit le disciple à Dieu, la voie qu’ont parcourue tous les prophètes (as), les Amis de Dieu (as) et les sages, selon l’ordre des meilleurs. Elle est issue de la religion de l’affirmation de l’unité divine, qui purifie l’âme par les actes et les rites légaux, qui nettoie l’âme des souillures et des impuretés de la concupiscence et de la colère. Dans le Shawâhed al-Robûbiya, Mollâ Sadrâ nous fait part d’une exégèse détaillée de la notion de sirât :

 

« Au sujet de l’exposé sur le sirât, conséquemment à l’ensemble de ce que nous t’avons dit, il apparaît qu’il est question de mouvement et de changement pour toute créature parmi les créatures, qu’il est question d’essence et d’adoration, et que cela est lié à sa nature primordiale (il est également question du devoir que l’on entreprend au titre de soumission et d’adoration envers le Seigneur). Concernant l’être humain, en plus de ce mouvement naturel essentiel, il existe un autre mouvement, nommé mouvement volontaire, par l’intermédiaire duquel il aspire à une chose pour laquelle il s’efforce, et dont il pense qu’elle est pour lui bienfaisante, porteuse de perfection, plus élevée. Cette réalité (c'est-à-dire le mouvement et l’effort naturel en direction de buts et de termes nécessaires à l’ordre du monde), au regard de celui pour lequel les voiles tendus entre lui et la réalité ont été levés, est parfaitement claire et révélée, en particulier lorsqu’il s’agit de l’être humain, en raison de l’étendue du cercle de son existence et de la hauteur de l’arc de sa remontée[1]. Car pour chaque individu parmi les êtres humains, du commencement de l’apparition à la fin de la vie, il est question de transfert naturel et de mouvement naturel essentiel que l’on nomme mouvement d’intensification (chaque degré, chaque stade significatif comporte un nom et un signe particuliers).

 

Ainsi, le premier stade et le premier signe de son existence, constaté à propos de son corps et de sa forme, est une force, une capacité (on nomme cela la matière apte à recevoir une forme humaine). Ensuite, vient une forme que l’on nomme forme naturelle, qui (résultant du mouvement, du changement et du transfert) se répand sur elle, et dont la propriété et/ou la fonction est de conserver la forme et de préserver le tempérament, en vue d’accepter la combinaison et l’organisation des membres et des organes. Puis, vient une autre forme que l’on nomme la forme minérale, qui se répand sur la matière de son corps selon les lois naturelles et son fond essentiel et substantiel, afin qu’il accède au stade où il sera alors complet et qu’il atteigne celui de la croissance. Là, c’est le tour de la forme animale, par l’intermédiaire de laquelle il met sa volonté en mouvement et perçoit les choses sensibles. Il s’agit là du dernier stade, du dernier degré des formes tangibles et apparentes de son être. Le premier des degrés de ses formes intelligibles est une force que les sages nomment la raison passive. Ensuite, concernant les degrés et les stades de l’intellection, les formes se succèdent par transfert et élévation, jusqu’au moment où le monde intelligible et la raison active se rejoignent et s’attachent à une haute plénitude, si cet individu bénéficie de la réussite divine. Mais s’il franchit les degrés et les étapes infiltrés de croyances corrompues et d’idées vaines, il se trouvera en fin de compte associé au monde des ténèbres de l’ignorance et de la corruption, avec les démons et les insectes, guidé par le tempérament impur de Shaytân[2] et abandonné par ses pairs.

Aussi, la première chose dont l’âme a besoin, c’est de parfaire l’enracinement sensoriel et de restaurer ce moule, cette forme du corps, jusqu’à ce qu’en résulte l’attention de l’âme, le domicile et le lieu de ses forces et le siège de l’assemblage de son armée et de ses divisions. Lorsque cet enracinement sensoriel est complété, et lorsque ce pays corporel, ce siège, cette demeure du corps est restaurée à tout point de vue et prête à ce que l’on puisse s’y installer, à y élire domicile, lorsque ses forces et ses divisions (qui consistent en les forces corporelles) se sont renforcées, elle s’occupe alors d’acquérir le second enracinement, la seconde demeure. Là, elle se tourne vers un autre monde, qui est plus élevé et plus noble que le premier, plus proche de son Excellence la Divinité, et là se trouve la signification de la « voie de Dieu ». Il s’agit d’une voie sur laquelle la créature est naturellement dirigée (afin de pouvoir franchir cette voie, en vertu de son innéité), aussi, la persistance et la constance sur cette voie primordiale (et le franchissement de ses degrés pour que l’être humain atteigne le monde intelligible et la proximité de la Divinité) figurent justement cette voie voulue par Dieu le Très-Haut, et pour laquelle les prophètes (as) ont été envoyés vers les serviteurs, de même que le dit le noble Coran : « Tu diriges les hommes dans la voie droite : la voie de Dieu à qui appartient ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre. » (sourate Al-Shûrâ (La consultation); 42 : 52-53). Le fait de s’en détourner cause la chute et la sortie de l’innéité, ainsi que la descente dans un enfer à propos duquel il est dit : « Le Jour où nous dirons à la Géhenne : ‘Es-tu remplie ?’, elle dira : ‘Peut-on en ajouter encore ?’ » (sourate Qâf ; 50 : 30).

 

Cette voie (comme on peut le lire dans les hadiths) est plus fine qu’un cheveu et plus tranchante qu’une épée, car la perfection de l’être humain empruntant la voie de Dieu et de la vérité dépend du perfectionnement de deux forces spéculatives particulièrement précises et subtiles qui, parmi les préceptes et les connaissances divines, sont plus fines qu’un cheveu. Cependant, du point de vue de la force active, en vertu du choix du niveau intermédiaire entre les deux tendances, apparaît un contraste dans les actes de la force sensuelle, de la force issue de la colère et de la force intellectuelle en raison de l’acquisition de l’habitude de la justice qui incarne la perfection de la sagesse pratique, ce qui est plus tranchant qu’une épée.

 

Ainsi, pour la voie droite, il se trouve deux directions, ou autrement dit, deux côtés, dont l’un est plus fin qu’un cheveu, et l’autre plus tranchant qu’une épée. Le fait de se détourner de la première direction cause la ruine (la ruine résulte de l’égarement dans la vallée de l’ignorance et de l’erreur), comme le dit Dieu le Très-Haut dans ce saint verset : « Tu les appelles vers la voie droite ; mais ceux qui ne croient pas à la vie dernière sont aussi ceux qui se détournent de cette voie. » (sourate Al-Mu’minûn (Les croyants) ; 23 : 74). Face à cela, l’hésitation vis-à-vis de la seconde direction (et le fait de demeurer à l’une des étapes de la raison active) cause un retard, on reste en arrière par rapport au cheminement de la caravane sur la voie conduisant au sommet, comme on peut le lire dans les versets suivants et dont les propos sont rapportés du Prophète (s) : « … lorsque, carcan au cou, ils seront traînés avec des chaînes dans l’eau bouillante, et précipités ensuite dans le Feu. » (sourate Al-Ghâfir (Pardonneur) ; 40 : 71 et 72) ; « Ne vous appuyez pas sur les injustes, car le Feu vous atteindrait – vous n’avez pas de défenseur autre que Dieu – et vous ne seriez pas secourus. » (sourate Hûd ; 11 : 113) ; « Vous vous êtes appesantis sur la terre. Préférez-vous la vie de ce monde à la vie future ? » (sourate Al-Tawba (Le repentir) ; 9 : 38) ; « Tel est, en toute droiture, mon chemin ; suivez-le donc ! » (sourate Al-An‛âm (Les bestiaux) ; 6 : 153). La signification du dernier verset est en substance : « Ô mes partisans, franchissez le sirât de l’autre monde directement, sans désir ni écart. » Dans un hadith, il est rapporté du noble Prophète (s) : « Le croyant franchit le sirât à la vitesse de la lumière. »



[1] L’être humain, durant son séjour sur terre, est un être déchu qui, par ses actes, s’efforce d’amorcer sa remontée. Si l’arc de la descente représente l’éloignement vis-à-vis de Dieu subi par Adam et Hawwâ (as), conséquence de leur faute suivi de leur bannissement hors du paradis, l’arc de la remontée représente le parcours terrestre de l’être humain désireux de Dieu qui, mû par son amour, remonte l’arc de la chute à contresens, guidé par la lumière.

[2] Satan.

 

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