Le désir de mourir au regard de l’islam et du Coran

Pour certaines personnes, la mort est désirable, tandis que pour d’autres, c’est absolument le contraire. Bien que pour certains la mort soit désirable, pour d’autres ce désir semble illogique, car l’islam est une école qui d’une part croit à la permanence de l’esprit et déclare que l’être humain ne s’éteint pas avec la mort, et qui d’autre part n’annonce pas, comme l’école manichéenne, que c’est un être parfait avant même de venir en ce monde, qu’il a été amené ici et a vécu ici, et qu’il n’a rien d’autre à faire que de briser sa cellule. Malheureusement, dans les vers de nos poètes[1], bien des expressions analogues ont trouvé place sans pour autant avoir ce dessein. Les thèmes de la cellule brisée, de la prison cassée et de l’évasion du puits apparaissent régulièrement dans ces vers, mais leurs auteurs ne sont pas assujettis à l’école manichéenne.

 

Cette école qu’est l’islam est fondée sur la croyance que l’esprit est éternel, mais elle ne professe pas que l’esprit de l’être humain est une créature parfaite que l’on a mise en prison, une créature libre que l’on a jetée dans un puits, ou un oiseau libre que l’on a mis en cage. Au contraire, l’esprit de l’être humain dans ce monde est partiel, en ce sens qu’il est doté d’un potentiel perfectible. Ainsi, le rapport entre l’être humain et ce monde est celui du paysan et de la terre cultivable, celui de l’enfant et de l’école, et non celui du prisonnier et de la prison. Cet être faible voit son existence débuter au point nul. Il doit se développer en ce monde et devenir parfait.

Ce monde est pour l’être humain comme une école pour l’élève, et comme une terre cultivable pour le paysan. C’est dans cette école qu’il doit accomplir son devoir et réaliser ses responsabilités. C’est dans cette école qu’il doit devenir parfait, jusqu’au jour où il en sortira ce but une fois atteint. Le devoir de ce paysan est de se donner de la peine dans la plaine, cependant il sait que c’est cette plantation et sa récolte qui assureront sa vie tout au long de l’année. S’il veut avoir une vie convenable, que ce soit au moment du travail agricole ou quand il se repose dans sa maison, il doit bien accomplir son travail. Nous pouvons dire qu’il en va de même de l’être humain en ce monde comme du commerçant au marché. Pour le commerçant, le marché est son lieu de travail, le lieu où il obtient le profit désiré et recherché.

 

La plupart des expressions que nous avons évoquées proviennent de l’Imâm ‘Alî (as). L’Imâm (as) a dit : « Ce monde est le lieu de descente de la révélation ; il est l’atelier des Amis de Dieu. » (Nahj al-Balâgha, hikmat / sagesse n° 131). Le noble Prophète (s) a également dit : « Ce monde est la terre cultivable de l’autre monde. » (Kanz al-Haqâ'iq, Bâb al-Dâl).

 

Selon cette école, la mort est-elle désirable ou indésirable ? Ni l’un, ni l’autre. Pour celui qui n’a rien accompli dans cette école, ou cette université, le fait de partir ne représente rien d’autre qu’une régression et l’obtention d’une mauvaise note. Non seulement cela est ni désiré ni recherché, mais c’est là le ferment de la défaite et du blâme. Il en est de même pour l’état du paysan qui n’a pas travaillé.

 

Pour celui qui a traversé ce monde dans l’oisiveté et qui s’est livré à la débauche, à l’impiété et aux mauvaises actions, la mort ne peut en aucun cas évoquer quelque chose de désirable. Non seulement il n’a pas œuvré pour une seule bonne action au sens coranique du terme, mais son œuvre entière est mauvaise. Naturellement, de tels individus doivent continuellement craindre la mort, et seront comme Galien. Bien qu’ils soient différents de lui du point de vue de la théorie et de l’école, ils seront comme lui en pratique. C'est-à-dire que pour de tels individus, il est évident que dans tous les cas, la vie est préférable à la mort, même si elle doit se passer dans le ventre d’un mulet, avec la tête dépassant de sous sa queue. Voilà ce que dit le Coran à ce propos : « Mais ils ne la souhaitaient jamais (la mort), à cause des œuvres que leurs mains ont accomplies. Dieu connait les injustes. » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 95)[2].

 

Dans l'un de ses poèmes, Mawlavî[3] dit en substance ceci : « Toi qui a peur de la mort, en réalité c’est de toi que tu as peur, car la mort revêt la couleur de chacun, la mort est pour chacun comme un miroir dans lequel il contemple son propre visage au moment où il va mourir. Si ton visage est laid et sale, lorsque tu le vois, tu ne peux qu’avoir peur de toi-même. » Il dit ensuite : « Celui qui est comme toi est comme cet individu laid et sale traversant le désert, et qui ne s’était jamais vu de toute sa vie dans un miroir. Un miroir gisait là, face contre terre. Lorsqu’il prit le miroir et le regarda du côté réfléchissant, il s’empressa de le casser, se disant : ‘Quelle drôle de chose j’ai trouvé là !’ Il n’a pas même pensé qu’il s’agissait de lui, et qu’il n’y avait à cet endroit rien d’autre que lui. »

Il compare également cela à un oiseau qui se trouve dans une cage, tandis que des chats guettent alentours. Lorsque cet oiseau voit que les chats ont les yeux rivés sur lui et attendent que la cage s’ouvre afin de le capturer, en aucun cas il forme le vœu de sortir de la cage, car il sait que cette cage n’en demeure pas moins la meilleure des vies en ce qui le concerne, et qu’elle est de loin préférable à cet espace ouvert où les chats sont à l’affût pour le tuer.

 

Pour celui qui dans sa conception du monde, voit ce monde comme une terre à cultiver, et pour celui qui dans sa conception, voit ce monde comme une école, sachant qu’il y a bien travaillé, le transfert vers l’autre monde est recherché, de la même manière que l’étudiant parti à l’étranger pour étudier, lorsqu’il a bien travaillé et obtenu son diplôme, souhaite rentrer dans sa patrie, parce qu’il a accompli ses responsabilités à un niveau élevé. Il en va de même pour l’homme important parti à l’étranger pour y accomplir des transactions, ayant réalisé un profit, il espère maintenant rentrer là où est sa vie. Celui pour lequel le transfert de ce monde vers l’autre monde est désirable peut déclamer ces vers de Hâfez :

 

Quel bon jour que celui où je quitterai cette demeure ruinée *** J’ai cherché la paix de l’âme et je m’en vais dans les Jardins

 

Feu Hajj Shaykh ‘Abdolkarîm était une source d’imitation[4] de son époque. Bien que je[5] n’aie pu le rencontrer de son vivant, je me suis rendu à Qom dix mois après sa mort, et je savais parfaitement combien il avait été un véritable savant pieux, un homme de vérité. Le soir où il a quitté ce monde, à vingt-trois heures trente, alors qu’il ne présentait aucun signe extérieur d’agonie, il récita ce poème :

 

Quel bon jour que celui où je quitterai cette demeure ruinée *** J’ai cherché la paix de l’âme et je m’en vais dans les Jardins

 

Vraiment, il en est ainsi, si un individu vit en ne lançant au-devant de lui que du bien et de la bénédiction, ce monde est une vraie prison pour lui car il fait ce qu’il doit faire, et comme on le dit aujourd’hui, il assume ses responsabilités. Le noble Coran ne dit pas que l’être humain doit désirer la mort car la mort ne constitue pas un désir pour tout le monde. Le Coran dit que le pécheur, le corrompu, le vil, a le droit d’avoir peur, et que pour ceux qui comptent parmi les Amis de Dieu, la mort prend une forme désirable.



[1] Les poètes iraniens. (Les notes sont du traducteur)

[2] La traduction des versets est de Denise Masson.

[3] Jalâl al-Dîn Rûmî.

[4] Marja‛-e taqlid.

[5] Il s'agit ici de Mortezâ Motahharî, auteur de ce texte.

 

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