Les deux paradis et leurs grâces dans la sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux)

La beauté des femmes du paradis

 

Dieu le Très-Haut expose dans la sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) la beauté des habitants du paradis, ainsi que leurs grâces. Et dans la sourate Al-Sâfât (Les rangés) (37 : 48 et 49), Il dit au sujet des femmes du paradis : « Celles qui ont de grands yeux et dont les regards sont chastes se tiendront auprès d’eux, semblables au blanc caché de l’œuf. »[1]

 

Dans la sourate Al-Naba’ (La nouvelle) (78 : 33), nous avons : « Des adolescentes d’une égale jeunesse. » Kawâ‛ib / كواعب est le pluriel de Kâ‛iba / كاعبة, et Kâ‛iba désigne la jeune fille dont les seins ne sont pas encore formés, qui n’est pas encore tout à fait développée, et n’en est qu’au début de sa croissance. Atrâb / أتراب est le pluriel de tirb / ترب qui comporte exactement la même signification. Cela nous apprend que les houris du paradis ont toutes le même âge et qu’elles sont toutes semblables aux jeunes filles encore impubères, et qu’au paradis, les croyantes ayant quitté ce monde sont toutes jeunes, belles, du même âge, de belle apparence et de bon caractère.

 

La description du paradis et de ses grâces apparaît plus qu’ailleurs dans deux sourates. L’une est la sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux), qui est la seule sourate, après « Grâce au nom de Dieu, le Très-Miséricordieux, le Tout-Miséricordieux », à débuter par un des attributs de Dieu, Honoré et Glorieux. Selon le hadith qui apparaît dans le Majma‛ al-Bayân et rapporté de son Excellence Mûsâ ibn Ja‛far (as), qui le rapporte de ses pères (as), qui le rapportent quant à eux de l’Envoyé de Dieu (s), cette sourate est la jeune mariée du Coran.

 

La description des deux paradis des purs

 

Dieu le Très-Haut décrit ainsi la récompense du degré de la crainte du Seigneur : « Il y aura deux Jardins destinés à celui qui redoutait le lieu où se dressera son Seigneur. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 46). Ce qu’incarne la crainte du Seuil divin est l’adoration offerte à Dieu même, elle n’a pas pour dessein l’obtention du paradis et ne se nourrit pas de la peur de l’enfer. Par conséquent, ce verset se rapporte aux proches et aux purs dont l’adoration n’est destinée qu’à l’essence de Dieu, à laquelle rien ne se trouve associé. Les deux paradis consistent apparemment en un paradis qui est offert à titre de rétribution des actions, et un paradis où « Ils trouveront là tout ce qu’ils voudront et il y aura encore davantage auprès de nous. » (sourate Qâf ; 50 : 35), paradis octroyé par Dieu en cas d’excès de récompenses pour les actions.

 

« Deux Jardins pleins de floraison. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 48) ; ces deux paradis possèdent des espèces de fruits et/ou des feuilles et des branches, car dhawâta / ذواتا est le duel de dhât / ذات, bien que le nûn[2] final soit muet. Tandis qu’afnânîn / أفنان est le pluriel de fann / فنّ, dans le sens d’espèce et/ou celui de fanan / فنن qui signifie « branche ». « Où coulent deux sources. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 50).

 

« Où il y aura toutes les espèces de fruits. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 52). Un fruit qui se trouvait dans ce monde et que les habitants du paradis connaissaient précédemment, et un fruit propre au paradis, qu’ils n’avaient pas encore vu et vers lequel ils tendent maintenant la main.

 

« Ils seront accoudés sur des tapis aux revers de brocart et les fruits des deux Jardins seront à leur portée. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 54). Furush / فرش est le pluriel de firâsh / فراش, qui se dit d’une chose que l’on couvre de tapis et sur laquelle on s’assied, ou se tient. Batâ’in / بطائن est le pluriel de bitâna / بطانة, qui désigne le sous-vêtement au sens propre, s’opposant à zihâra / ظهارة, qui lui désigne le vêtement apparent qui recouvre le vêtement proprement dit. Et istabraq / إستبرق se dit de la soie épaisse. Janâ / جنا correspond à mivat mujtanâ / ميوة مجتنى : les fruits qu’il faut cueillir. Et dânîn / دان est à l’origine dâniyyun / دانيٌ (le nom d’agent de danâ yadnow : rapproché), et veut dire près, proche. Il en résulte cette signification : ils se tiennent sur des tapis dont l’intérieur[3] est fait de soie épaisse et dont l’extérieur[4] est fait d’une soie de meilleure qualité et de plus grande valeur. Et les fruits qu’ils peuvent cueillir et manger sont proches, il suffit de tendre le bras pour les atteindre car ils sont tous accessibles. On retrouve la même description dans le vingt-troisième verset de la sourate Al-Hâqqa (Celle qui montre la vérité) (69 : 23) : « et dont les fruits sont à portée de la main. », parce que qutûf / قطوف est le pluriel de qitf / قطف, qui se dit des fruits qui viennent d’être cueillis. On retrouve cela également dans le quatorzième verset de la sourate Al-Insân (L'homme) (76 : 14) : « Ses ombrages seront à proximité et ses fruits inclinés très bas, pour être cueillis. »

 

« Là, ils rencontreront celles dont les regards sont chastes et que ni homme ni djinn n’a jamais touchées avant eux. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 56). Tarf / طرف signifie paupière. Et qâsirâtu-t-tarf / قاصرات الطرف est le surnom donné aux femmes dont le regard est baissé et qui ne regardent pas autrui. Tamth / طمث correspond au mariage associé au saignement. Et jânn / جانّ correspond à djinn / جنّ. Il en résulte le sens suivant : ces femmes et ces houris sont étendues sur ces tapis – et/ou se trouvent dans ces paradis – et ne désirent jamais quelqu’un d’autre que celui qui forme son couple, aussi, leur désir n’est plein que pour leur époux. Elles sont vierges, et personne ne s’est uni à elles, que ce soit parmi les hommes ou parmi les djinns, personne ne les a déflorées au moyen du mariage.

 

« Elles seront semblables au rubis et au corail. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 58). « La récompense du bien est-elle autre chose que le bien ? » (Sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 60). Ici, nous comprenons que les croyants et les croyantes qui en ce monde ont fait preuve de foi et de soumission envers Dieu et l’Envoyé de Dieu, qui ont parcouru la voie de la sincérité et de la piété au point de devenir des rapprochés, des vertueux, Dieu leur fait don de bienfaits relativement à leurs bienfaits, et leur octroie ces grâces précieuses.

 

Les deux paradis des gens de la droite

 

« Il y aura deux autres Jardins en deçà de ces deux-là. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 62). Bien que ces deux paradis soient comme les deux paradis précédents, ils sont néanmoins de moindre valeur par leur rang et leur prix, et ils sont inférieurs au regard de leur dignité et de la faveur qu’ils représentent. Car les deux paradis précédents appartiennent aux sincères qui ressentent de la crainte face au Seuil de leur Seigneur et adorent Dieu pour Lui-même, ils comptent naturellement parmi les intimes, les rapprochés. Alors que ces deux autres paradis appartiennent à ceux qui se trouvent à un rang inférieur, et que l’on nomme « les gens de la droite ». Ils sont ceux qui adorent Dieu par peur de l’enfer et désir du paradis. Par conséquent, pour ces deux paradis également, l’un comporte une récompense équivalente tandis que l’autre, du fait qu’ « Ils trouveront là tout ce qu’ils voudront et il y aura encore davantage auprès de nous. » (sourate Qâf ; 50 : 35), est moindre et inférieur du point de vue de son rang.

 

« Deux Jardins ombragés. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 64). Mud-hâmmatun / مدهامّةٌ est le nom d’agent de la forme افعلال dont la racine est dahm / دهم. Et duhma / دهمة qualifie la couleur verte très sombre qui tire sur le noir, comme dans farasûn ad-hamu / فرس أدهم qui veut dire : incliner vers le noir. Ad-hamma / ادهمّ et ad-hâmma / ادهامّ correspondent à la forme افعلال et à la forme افعيلال et comportent tous deux la même signification, à savoir tirer sur le noir. Et cette couleur, pour les arbres, correspond à l’apogée, au stade ultime de la couleur de la feuille qui, au sommet de sa fraîcheur, a tendance à s’assombrir.[5]

 

« Dans lesquels jaillissent deux sources. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 66). Parce que nazakha / نضخ, yanzakhu / ينضخ, nazkhân / نضخا et nazakhânân / نضخانا signifient une grande intensification et de l’eau qui jaillit d’une source.

 

« Ces deux Jardins contiennent des arbres fruitiers[6], des palmiers, des grenadiers. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 68). Parce que nakhl / نخل désigne le dattier entier, et non la datte seule. Dans ce contexte, il est nécessaire que fâkiha / فاكهة et rummân / رمّان se rapportent également à l’arbre fruitier et au grenadier.

 

« Il y aura là des vierges bonnes et belles. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 70). Le pronom fîhinna / فيهنّ se rapporte à jinân / جنان qui est un pluriel, parce que deux paradis et deux paradis font quatre paradis, et comme généralement le mot khayr / خير a le sens d’usage tandis que le mot hosn / حسن est employé pour le visage et les vertus, khayrâtûn hisânûn / خيرات حسان désigne par conséquent les femmes de bonne moralité, de bon tempérament, de bon caractère et au beau visage. Par ailleurs, hisânûn / حسان est le pluriel de hasnâ’ / حسناء qui est ici au féminin.

 

« Des Houris qui vivent retirées sous leurs tentes. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 72). Khiyâm / خيام est le pluriel de khayma / خيمة qui désigne la tente, tandis que maqsûrâtûn / مقصورات a pour sens qu’elles sont protégées et à l’abri, elles ne se livrent donc pas généreusement à la population et ne se mettent pas à la disposition d’un autre que leur mari, aussi, elles ne se partagent en aucun cas avec ceux qui ne sont pas leur époux.

 

« Que ni homme ni djinn, n’a jamais touchées avant eux. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 74). « Elles seront accoudées sur des coussins verts et sur de beaux tapis. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 76). Rafraf / رفرف désigne le tissus vert que l’on utilise pour recouvrir les sièges, tandis que ‘abqarî / عبقري et ‘abâqirî / عباقري désignent une sorte de tapis précieux. Hisân / حسان est le pluriel de hasan / حسن, qui est au masculin, et par conséquent, hisân est autant le masculin pluriel que le féminin pluriel.

 

« Béni soit le Nom de ton Seigneur plein de majesté et de munificence. » (sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux) ; 55 : 78). Il faut savoir que dans la sourate Al-Rahmân (Le Tout-Miséricordieux), le verset « Quel est donc celui des bienfaits de votre Seigneur que, tous deux, vous nierez ? » est répété trente et une fois, et il s’insère notamment entre les versets à propos du paradis que nous venons de voir.

 



[1] La traduction des versets est de Denise Masson.

[2] Le « n », qui donnerait dhawâtân. (Les notes sont du traducteur)

[3] La trame ?

[4] Les nœuds ?

[5] Il est important de noter ici que la façon dont la langue arabe rend les nuances de couleurs diffère de ce à quoi nous sommes habitués dans la langue française, où l’on ne dit pas qu’une feuille, au sommet de sa fraîcheur, tire sur le noir. Dans la langue du Coran, une peau claire est rouge…

[6] Des fruits, selon Denise Masson.