Le penchant de l’être humain pour l’art

Comme le montre l’ancienneté de l’art, l’être humain a continuellement aimé l’art et les représentations artistiques, et que ce soit en créant des œuvres artistiques ou simplement en y étant ouvert, il a donné réponse à son goût et à son attrait. Cet attrait demeure inchangé et aujourd’hui, l’art et ses différentes représentations, dans les cadres traditionnels ou modernes comme le cinéma, garde une présence active au sein de tous les aspects de la vie.

La beauté et l’art s’accorde à l’innéité (fitrat / فطرة) de l’être humain. L’innéité ou nature humaine, représente ce fond de l’âme vers lequel incline son tempérament. La fitrat / فطرة désigne ce qui dans l’esprit et dans l’âme de l’être humain a placé le désir et un attrait pour les choses spirituelles, un attrait qui est également dirigé vers ce qui est bien et ce qui est beau. Le noble Coran s’appuie sur le principe de la fitrat / فطرة et dit : « Acquitte-toi des obligations de la religion en vrai croyant et selon la nature que Dieu a donnée aux hommes, en les créant. » (sourate Al-Rûm (Les romains) ; 30 : 30). La plupart des exégètes ont également utilisé le verset dit de dharr / ذرّ (sourate Al-A‛râf ; 7 : 172) afin d’en déduire l’existence de l’innéité de l’être humain, bien qu’ils aient des divergences quant au moment où ses tractions s’emparent de lui. Certains considèrent que cela se passe avant la création de l’âme de l’être humain, ou de son corps, tandis que d’autres pensent que c’est au moment où l’ovule se referme sur la semence, ou lors de la genèse de l’esprit, ou au moment de la maturité corporelle.

 

Parmi les spécificités des choses de la fitrat / فطرة se trouvent son caractère permanent, elle n’est pas limitée dans le temps, elle n’a besoin ni d’enseignement ni d’apprentissage, etc. Nous savons bien que toutes ces spécificités sont exactes dans le cas du goût pour la beauté, car la mise en œuvre du goût et de l’attrait pour la beauté ne s’appuie sur rien d’autre, et ce pour personne. De même, on ne peut leur associer une époque, car tout au long de l’histoire, ce goût et cet attrait ont existé. Par ailleurs, nous savons également qu’ils ne nécessitent aucun apprentissage. Bien qu’il existe probablement une quantité d’exemples concernant l’innéité et le désir du for intérieur de l’être humain, il est cependant possible d’en citer les quatre axes principaux : le désir de Dieu, la quête de la connaissance, le goût pour ce qui est bien et le goût pour ce qui est beau.

 

Par conséquent, le goût pour ce qui est beau compte parmi les axes principaux du tempérament naturel de l’être humain, et par là, on peut bien sûr produire des dizaines d’exemples. Nous savons que d’une part, lors de l’exposé sur les principes de l’art, il a été dit que la beauté en constitue un principe inséparable, dans le sens où toute œuvre dénuée de beauté ne sera jamais considérée comme une œuvre artistique, et comme le goût pour la beauté est inné d’autre part, celui pour l’art et pour les œuvres artistiques le sera nécessairement, parce que l’œuvre artistique est inséparable du principe de beauté. Le caractère inné de notre agrément de l’art conduit à un principe incontestable qui est que l’on ne peut en aucun cas prétendre que les religions célestes et leurs messages se soient opposés à l’art, sachant que l’appel des prophètes (as) se situe fondamentalement dans la droite ligne des lois naturelles. C’est ainsi que son Excellence l’Emir des croyants (as) a déclaré au sujet des buts poursuivis par le Prophète (s) : « … afin qu’il déterre pour eux (les gens) les trésors enfouis de la sagesse et s’acquitte de l’engagement qu’est l’innéité divine... » (Nahj al-balâgha, khutba (discours) n° 1, La quête matinale du vertueux).

 

Ainsi, l’un des penchants présents en l’être humain est l’attrait pour la beauté… Ce penchant qu’a l’homme pour la beauté, qu’il s’exprime dans le goût de la beauté ou dans sa création que l’on nomme « art », existe de manière absolue. Ce penchant se retrouve en tout être humain, et il ne se trouve personne qui soit libre ou dénué de cette sensation. De même, lorsque l’être humain s’habille, il s’efforce, dans la mesure du possible, de se mettre à son avantage du point de vue de l’esthétique. Il embellit la pièce dans laquelle il vit. Voyez cette salle[1]. Quel est la fonction première pour laquelle cette salle a été édifiée ? Des assemblées de professeurs, ou d’amis du savoir s’y réunissent afin d’y rapporter leurs travaux, afin de prononcer des discours, lors d’assemblées publiques. Maintenant, la façon dont sont posés ces rideaux ne fait pas partie de la question. Est-ce que le fait que ces rideaux soient arrangés comme ceci, ou comme cela, modifie la façon dont le son se propage dans la salle ? Non, mais il y a là quelque chose qui est naturellement recherché par l’être humain, et la beauté a pour lui une importance fondamentale. De même, l’être humain construit des bâtiments, avant tout pour se protéger de la chaleur, du froid, du vol, etc., cependant il mêle toujours à ces considérations la notion de beauté, c'est-à-dire qu’il veut toujours que l’apparence des bâtiments, du mobilier, jusqu’au tapis de sa chambre, soit belle.

 

Cette beauté se trouve en l’être humain. L’être humain aime les beautés de la nature. S’il est un lieu où il peut voir une eau calme et limpide, un étang, un lac, cela le réjouit, il prend plaisir à contempler les magnifiques panoramas naturels, le spectacle du ciel, de l’horizon, des montagnes, ce qui veut dire qu’il trouve que toutes ces choses sont belles. Il en va de même pour la question de l’art lorsqu’il créé lui-même une forme de beauté, ce que l’on appelle depuis l’antiquité « les beaux-arts », comme la calligraphie qui est un art très ancien.

La très belle calligraphie dispose d’une valeur extraordinaire auprès de l’être humain, c’est pourquoi il la conserve. Si un être humain contemple dix fois un Coran rédigé au moyen d’une très belle calligraphie, il voudra encore la contempler une onzième fois, et même, s’il la regarde cent fois, il voudra la regarder une cent-unième fois. Nous avons l’exemple de la belle calligraphie de l’épigraphe de Baysunqar[2], située sur le portique ouvrant sur l’enceinte intérieure[3] du sanctuaire de l’Imâm al-Rezâ (as). Il a lui-même écrit au bas de cette épigraphe : « Epigraphe de Baysunghur, fils de Shâh Rûkh, fils d’Amîr Tîmûr Gûrkân ».

 

Goharshâd était l’épouse de Shâh Rûkh, et Baysunghur était son fils. Il n’existe pas de calligraphie de style thulth / ثلث pareille à celle de Baysunghur. Personne n’avait employé une telle calligraphie avant lui, et personne après lui n’a réussi à écrire de cette manière. Malgré le fait qu’il existe à Esfahân ou à Qom, sur la tombe de Shâh ‘Abbâs, de magnifiques exemples de la très belle calligraphie de ‘Alî Rezâ ‘Abbasî, qui vivait à l’époque de Shâh ‘Abbâs, jamais il ne put cependant arriver à la cheville de Baysunghur. Pour le Coran même, l’une des causes de son caractère miraculeux tient à sa beauté, à travers la pureté et l’élégance de son langage, son éloquence. Et l’un des plus grands facteurs de la mondialisation du Coran, c’est sa beauté, à savoir son extraordinaire éloquence. Le motif en est que le penchant pour la beauté et ses représentations fait partie des penchants de l’être humain.



[1] Ce texte est tiré d’un discours prononcé dans une grande salle… (Les notes sont du traducteur)

[2] Cette transcription persane (بايسنقر) quoique erronée, est courante. Il s’agit en réalité de Baysunghur (بايسنغر), le fils de la princesse Goharshâd, fondatrice d’une mosquée et d’une madrasa, au sein du sanctuaire de l’Imâm al-Rezâ (as), à Mashhad.

[3] Le saint des saints, pourrait-on dire.

 

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