Le rôle de l’art dans la préservation des œuvres et des monuments islamiques

Le professeur allemand Ernst Kühnel, qui a enseigné les arts islamiques à l’université de Berlin[1] durant les années 1935-1964, écrit dans la préface de son livre L’Art de l’islam : « La participation aux croyances religieuses comporte ici un effet plus puissant que ce que l’on peut observer dans le monde chrétien, s’agissant des activités culturelles des différentes nations. La participation à la religion fait qu’un pont est jeté par-dessus les différences provenant de la race et des traditions ancestrales. Du haut de ce pont, ce sont non seulement les liens spirituels, mais également les mœurs et les coutumes des différents pays qui, d’une manière étonnante, se trouvent guidés vers la clarté et la distinction. La chose qui, plus que toute autre au sein de ce cycle d’action et de réaction, tranche en faveur de la mise en œuvre de l’unité et répond à l’ensemble des questions quotidiennes, c’est le Coran. La publication du Coran en langue originale et la souveraineté absolue de la calligraphie arabe font naître un lien qui fait se rejoindre la totalité du monde musulman, et constitue un facteur important dans la création de chaque œuvre artistique, aussi, la distinction entre art religieux et art profane que connaît le monde occidental est ici totalement effacée.

Bien entendu, les lieux de culte, pour des raisons pratiques, comportent un plan architectural particulier, mais la décoration correspond bien aux règles qui sont également employées pour les constructions profanes. » (L’Art de l’islam, p. 6, traduction persane de l’ingénieur Hûshang Tâherî). Lorsque l’on analyse les représentations et les œuvres artistiques datées d’après l’avènement de l’islam, on réalise un point important qui est le rôle crucial et admirable que l’art a joué dans la préservation et la sauvegarde des rites musulmans.

 

La calligraphie et la continuité du texte du Coran

 

Comme l’histoire nous l’a rapporté, le noble Prophète (s), et ce dès le premier jour de la descente du Coran, avait une entière préoccupation quant à la mise par écrit du Coran. Un groupe de compagnons en avaient la charge, on les appelle les scribes de la révélation. Chaque fois qu’un verset était révélé, même si cela se passait durant la nuit, l'un des scribes était appelé et les versets lui étaient dictés. Cet effort et aussi cette grâce des musulmans consistant à sauvegarder le Coran, sont vus par eux comme des obligations découlant de la piété. Après avoir rassemblé le Coran et en avoir unifié la récitation à l’époque de ‘Uthmân, de nombreux efforts ont été entrepris afin que les copies renouvelées s’accompagnent d’une saisie éloquente de son vocabulaire et de ses autres caractéristiques.

Il est à noter que parmi les facteurs ayant suscité des divergences entre les musulmans en ce qui concerne la récitation du Coran, se trouve les insuffisances ayant trait à la copie. Par la suite, une fois le problème cerné et grâce au zèle de calligraphes expérimentés, le Coran est copié de manière exacte et intelligible. Le premier calligraphe qui s’attèle à la rédaction du Coran est Khâled ibn Abî al-Sayyâj. Cette tradition se poursuit au cours des siècles, car on considère qu’il est nécessaire de copier le Coran. Aujourd’hui, la quasi-totalité des Corans existants, au lieu d’avoir été mécaniquement copiés avec des caractères d’imprimerie, ont été rédigés à la main par des calligraphes. Par conséquent, la calligraphie du Coran, en plus de sa sauvegarde et de sa diffusion, empêchent la dispersion de sa récitation et accroît le goût des musulmans pour sa lecture.

 

L’art architectural et la sauvegarde des œuvres islamiques

 

Le lieu où l’on adore Dieu est si important que les tenants de toutes les religions ont des lieux consacrés à l’adoration (comme les églises des chrétiens, les synagogues des juifs, les temples des hindous, etc.). C’est pour cette raison que le Prophète (s), lors de son émigration de Makka[2], avant même d’arriver à Madîna[3], entreprend la construction de la mosquée de Qubâ. De même, après son entrée à Madîna, sa première entreprise importante consiste à construire une mosquée. C’est pourquoi nous pouvons constater que la première démarche culturelle des musulmans, après la conquête des villes, est la construction de la mosquée. A la faveur des bâtiments qui ont été édifiés sur les tombeaux des saints afin de les vénérer et de préserver leur souvenir, il est aisé de réaliser ce que sont les liens étroits qu’entretiennent la culture de la religion et ces monuments. Le Coran lui-même rappelle que l’on a édifié une mosquée[4] sur la tombe des Gens de la caverne[5] : « Ils dirent enfin : ‘Construisez un édifice au-dessus d’eux ; leur Seigneur les connaît parfaitement.’ Ceux dont l’avis prévalut, dirent : ‘Elevons un sanctuaire au-dessus d’eux.’ » (sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 21).

Les édifices construits dans les villes musulmanes qui ont joué le rôle d’héritage culturel islamique, sont tous redevables à l’art architectural (faïences, enduits travaillés, etc.). Un auteur écrit à ce sujet : « Les architectes de la période musulmane ornaient la mosquée selon des techniques différentes. Par exemple, à l’époque seldjoukide on employait la brique, à l’époque ilkhanide c’était l’enduit, tandis qu’aux époques timouride et safavide, les faïences étaient plus courantes. »



[1] Il fut également directeur du département islamique des Musées de Berlin. (Les notes sont du traducteur)

[2] La Mecque.

[3] Médine.

[4] La mosquée (Masjid / مسجد) est « le lieu où l’on se prosterne ». Il s’agit donc du lieu consacré à l’adoration (même si en islam, il n’est absolument pas nécessaire de se rendre dans un tel lieu pour adorer Dieu : cette démarche ne comporte aucun caractère obligatoire), le Coran peut donc appeler « mosquée » un lieu de prière préislamique…

[5] Il s’agit de sept personnages accompagnés d’un chien qui restèrent endormis durant trois siècles, et dont le Coran fait notamment le récit dans la sourate qui porte leur nom (Al-Kahf (La caverne) ; 18).

 

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