Signification et principes de l’art

L’art, dans le dictionnaire[1], a la signification de « technique, métier, savoir, connaissance, et ce en association avec l’élégance et la minutie, à un degré tendant vers la perfection, et une certaine érudition dans sa compréhension et sa présentation. L’artiste, mieux que les autres, en montre l’ingéniosité, la finesse, le danger et l’importance, le mérite, la suffisance et la perfection. » L’art est également invoqué au sujet d’autres notions comme l’amour ou la vérité : Hâfez, dans deux vers, emploie l’art en relation avec ces deux notions.

 

Au sujet de la signification idiomatique de l’art, les nombreuses divergences sont frappantes et montrent que l’art, du fait de sa profondeur, de son étendue et de sa subtilité, est insaisissable. Tolstoï, l’auteur du célèbre ouvrage Qu’est-ce que l’art ?, écrit : « En vérité, qu’est-ce que l’art qui, depuis aussi loin que Platon et Aristote, a suscité tant de débats à son propos ? L’art émane-t-il du for intérieur de l’être humain ? S’agit-il d’une manne céleste qui depuis l’autre côté des nuages pénètre l’esprit et l’âme ? Ou non, est-ce un mélange de tout cela, et/ou selon la croyance de Freud, la cristallisation des désirs refoulés de l’être humain ? » Il poursuit : « L’art est un moyen de fixer et de saisir les sensations humaines dans une forme donnée et également, de les transférer hors des univers mentaux. De même, il met ces sensations à la portée des autres. »

 

Au cours de la belle définition qu’il donne de l’art, Mahmûd Bistânî expose le rôle influent qu’il joue dans la transmission des messages importants. Il écrit : « Dans l’expérience qu’en fait l’être humain, l’art est un moyen particulier d’exposer les réalités de la vie, c'est-à-dire que si la langue spéculative et ordinaire que nous utilisons quotidiennement possède cette spécificité de rendre directement compte des vérités, la langue de l’art a pour spécificité de la faire de manière indirecte. La différence entre ses deux langues provient du fait que la première s’appuie sur une transmission des vérités sous une forme réaliste, tandis que la seconde, la langue de l’art, est fondée sur le principe de l’imagination. Par exemple, si nous voulons exprimer l’importance de l’aumône donnée dans la voie de Dieu, nous disons que pour obtenir la satisfaction divine, chacun donne de ses biens en aumône, et ainsi en recevra une récompense de plusieurs fois la valeur de ce qu’il aura donné : il s’agit ici d’une parole réaliste, ordinaire ou spéculative. »

 

Cependant, lorsque nous exprimons cette même idée par le noble verset : « Ceux qui dépensent leurs biens dans le chemin de Dieu sont semblables à un grain qui produit sept épis ; et chaque épi contient cent grains » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 261)[2], il s’agit d’une formulation « artistique ». La différence avec la formulation précédente provient de la mise en œuvre ou de l’ajout d’une nouvelle connexion illustrée ici entre l’aumône et les épis. Considérant les définitions qui viennent d’être données, l’artiste est celui qui « exhibe ses pensées et ses sentiments, soit au moyen de la plume, du pinceau ou du burin, soit au moyen d’instruments sonores, ou à travers la poésie, la prose, la peinture, la sculpture ou la musique, et ainsi, place les autres dans le flot de ses pensées et de ses sentiments. »

De l’ensemble de ces définitions à propos de l’art, nous pouvons déduire que l’art compte parmi les principes composés via l’existence desquels l’être humain peut mettre la main sur les conquêtes subtiles des sensations, ce qui ne saurait être réalisé autrement. Ces principes reposent sur l’imagination, l’inspiration, la faculté créatrice et la beauté. Parmi ces principes, les trois premiers jouent un rôle dans la genèse et l’émergence de l’œuvre d’art, tandis que le troisième participe à l’estimation de sa qualité.

 

L’imagination

 

Les anciens sages divisaient les forces intérieures en quatre : la raison, la colère, la sensualité et l’imagination. Ils considéraient que la force imaginative comporte trois éléments : wâhima / واهمه, khiyâl / خيال, et mutakhayyala / متخيله.[3] La notion de wâhima perçoit les significations de l’information, celle de khiyâl perçoit les formes et celle de mutakhayyala établit un composé à partir des deux précédentes. A l’heure actuelle également, alors que les recherches humaines reposent davantage sur l’expérimentation au lieu de s’appuyer sur l’usage pur et simple de l’intelligence, l’existence d’une telle force au creux de l’être humain, génératrice d’œuvres artistiques notamment, est reconnue bien que considérée comme un ensemble d’activités physiologiques compliquées du cerveau. L’exemple le plus manifeste de cette faculté est l’art de la poésie, qui dans la logique se tient aux côtés de la dialectique et du discours. On la définit comme émanant de la faculté imaginative du poète. Il s’agit de l’image que le poète donne de différents phénomènes, utilisant pour cela les formes de l’analogie que sont l’allégorie, l’emprunt, la convocation, l’ambigüité, etc. L’inclination naturelle et le débordement développent l’imagination, et pour cette raison, ils confèrent à la poésie sa subtilité, sa fraîcheur et sa beauté. C’est pour cela que l’on ne connaît pas l’œuvre versifiée seulement, parmi les exemples de poésie, car il est dit qu’une telle œuvre provient des facultés de la sagesse.

 

L’inspiration

 

L’inspiration est l’un des termes dont tout le monde est probablement capable de trouver la signification en consultant son for intérieur. A côté de cela, il est certainement impossible d’en donner une définition commune (perceptible mais indescriptible). L’une de ces définitions est une chose que Tolstoï a citée et sur la base de laquelle il est peut-être possible de considérer l’inspiration comme la « capacité de la pensée humaine à percevoir plus profondément et à mieux exposer. » Il croit que : « l’inspiration est inconnaissable, sauf au moyen de ce dévouement dont l’artiste fait preuve lorsqu’il dépense son temps et ignore la facilité et le bien-être lorsqu’il suit son inspiration. »

Kant a dit à propos de l’inspiration : « L’inspiration est la capacité de juger à propos d’une chose ou d’une réalité, d’un phénomène, au moyen de l’enchantement sans défaut qui est dénué de tout profit. » Le rôle de l’inspiration de l’être humain est si grand que la plupart des gens considèrent que la réussite dans le discours, l’interprétation et la recherche dépendent de l’inspiration simple. Par exemple, Al-Sukâkî présente le Coran du point de vue de la pureté et de l’élégance de son langage, comme une œuvre artistique surhumaine (un miracle). Ainsi, il déclare : « Le miracle du Coran est perceptible, mais il est indescriptible. » Il dit : « Le seule moyen de percevoir le miracle du Coran, c’est l’inspiration qui elle-même est obtenue à la lumière du savoir et de l’expression. »

 

La faculté créatrice

 

Parmi les prodiges uniques de l’âme humaine qui comptent parmi ses privilèges, se trouve sa faculté créatrice. Sans doute, cette capacité est un rayon de la faculté absolue de création de son Excellence le Créateur, qui aura été placée dans l’âme de l’être humain sous la forme d’un emprunt, pour le guider au passage de ces signes, vers les attributs du Créateur. La faculté créatrice est la capacité de créer une œuvre ou un projet, sans que ceux-ci n’aient d’antécédent[4] ou s’inspirent de l’œuvre ou du travail d’un autre. Ceci fait partie des principes dont jouit chaque art, et plus encore. La peinture, les arts graphiques, la miniature, etc., comptent parmi les phénomènes artistiques dans lesquels le principe de créativité est le plus visible. On explique parfois la faculté créatrice par le génie. Pour les distinguer : « On parle d’habileté dans la technique pour ceux qui dans chaque discipline accomplissent une tâche particulière. Dans ce cas, elle provient en réalité de la durée et de la répétition. Tandis que le génie met en œuvre des réalisations qui possèdent une originalité et se différencient des œuvres existantes. » Les œuvres résultant du génie sont toutes admirables, nouvelles, soudaines, étonnantes, porteuses, vivantes et extraordinaires.

 

La beauté

 

Le nombre de pages sur lesquelles, aux quatre coins du monde, on a tracé des caractères, atteint des millions, sans que cela ne fasse l’objet d’attention, hormis le fait que tout le monde s’enquiert de ce qu’ont voulu exprimer les auteurs avec tous ces caractères. Cependant, quelle est cette spécificité qui fait qu’une œuvre calligraphique éminente puisse influencer des centaines d’individus et captiver durant des heures un amateur d’art ? La quantité de toile qui est utilisée pour les tableaux est si négligeable qu’elle n’attire l’attention de personne, et pourtant, les œuvres merveilleuses couchées dessus qui suscitent l’admiration sont constamment achetées et vendues pour de fortes sommes d’argent, voire même conservées dans les musées avec le plus grand respect !

Certainement, le seul facteur prodiguant à ces œuvres tant de faveur et d’attention est la grande beauté de l’image qui y est peinte. Malgré cela, une définition précise et complète n’en a pas été donnée. Des notions comme le caractère agréable, la disposition et la splendeur, le profit qui en est retiré, etc. interviennent dans leur définition, or malgré l’existence de chacune, il arrive qu’il n’y ait pas de beauté, tandis que parfois, d’autres personnes les trouvent belles. Par conséquent, nous pouvons considérer que la beauté est relative.

 



[1] Le dictionnaire persan iranien. (Les notes sont du traducteur)

[2] La traduction des versets est de Denise Masson.

[3] Les trois termes se traduisent par imagination et n’induisent pas directement des distinctions dans la langue française.

[4] Même si bien entendu, toute création s'inspire de réalités auparavant observées dans la nature, perçues au travers les sens, etc. la créativité de l'imagination se limitant seulement à opérer une combinaison particulière de ces formes et perceptions. Il n'existe donc pas de création "ex nihilo" chez l'homme.

 

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