La prédestination et les lois naturelles

Dans les discours des maîtres de la religion - que leur sujet porte sur l’invocation ou sur autre chose que l’invocation –, il est question de la double sorte de prédestination et de déterminisme. Il est connu que les entités immatérielles, de complexion spirituelle, sont régies par une prédestination nécessaire, à la différence des êtres naturels dotés de corps. Il faut tout de même préciser que dans le règne naturel aussi, il existe une prédestination nécessaire, immuable ; en d’autres termes, des processus naturels irréversibles et non sujets à révision. Tout objet ou tout être existant dans la nature doit emprunter la voie de l’extinction et de l’anéantissement, à moins de se transformer en un autre être non matériel. Cela aussi est une loi nécessaire de la prédestination. Les êtres du monde naturel parviennent à une étape où il leur devient impossible de changer de parcours : ils doivent soit accepter d’être rendus au néant, soit poursuivre leur parcours, c’est à dire aller à la rencontre de leur destin nécessaire, celui écrit par le Qalam[1].

 

Par exemple, un gamète mâle d’un homme s’unit à un ovule d’une femme pour former un œuf et déterminer une forme matérielle et un tempérament déterminé pour le futur de l’enfant. Les caractères héréditaires spécifiques de l’enfant apparaîtront plus tard et joueront un rôle  déterminant dans son avenir et sa destinée.

Il est évident que puisque les cellules reproductrices d’un homme et d’une femme se sont rencontrées, un être nouveau va voir le jour qui sera distinct de ses deux parents, et qui par conséquent aura un caractère et un corps distincts et connaîtra un autre avenir que celui de ses parents. Après la transition des deux cellules parentales à cette forme nouvelle qu’est l’enfant, il ne sera plus possible de revenir en arrière ou de se transformer en une autre forme physique ou en un autre tempérament.

Cela signifie que dans cette étape, la prédestination est devenue nécessaire, incontournable. Il existe de nombreuses qualités qui deviendront à leur tour inéluctables dans les étapes suivantes que traversera l’embryon dans la matrice. C’est pourquoi dans le vocabulaire religieux, la matrice est l'une des tablettes[2] sur lesquelles sont gravées les prédestinations et les prédéterminations.

 

Des systèmes immuables

 

Les lois et systèmes qui régissent l’univers ne sont pas eux non plus sujets à changements ou variations. Si tout changeait du tout au tout chaque jour, le soleil se levant un jour à l’est, et le lendemain au sud, aucune connaissance humaine ne serait possible. De même, si dans certains coins du monde, la pomme s’envolait au lieu de tomber sur le sol, Newton[3] se serait contenté de ramasser la sienne et de la manger, au lieu de réfléchir sur la raison pour laquelle la pomme tombe au lieu de s’envoler et de découvrir la loi universelle de la gravitation. Les êtres sublunaires sont sujets au changement et sont perfectibles ; ils suivent chacun des chemins différents qui les conduisent parfois au terme de leur complétion, de leur perfection, et parfois à une impasse. Ils vont  parfois vite et parfois lentement. Différents facteurs interviennent sur leurs parcours et leur font changer de destinée et de statut. Quant aux lois naturelles et aux systèmes qu’elles gouvernent, elles sont fixes et harmonieuses. A propos de ces systèmes immuables, le Coran dit qu’ils sont « une coutume d’Allah » (sunnat Allâh). Il dit : « Telle fut la règle de Dieu à l’égard des révolus de jadis. A la règle de Dieu, rien ne peut être substitué. » (sourate Al-Ahzâb (Les Coalisés) ; 33 : 62).

Il s’agit de lois que Dieu ne change jamais. Par exemple, Dieu a prescrit que le dernier mot, la victoire finale appartiendra toujours aux hommes pieux et justes, craignant Dieu : « Oui, Nous avons écrit dans le psaume, après le Rappel, que « la terre serait l’héritage des justes parmi Mes adorateurs ’’ » (sourate al-Anbiyâ, (Les Prophètes) ; 21 : 105)

Ce que confirme aussi le verset suivant:

« … La terre n’appartient qu’à Dieu. Il en fait hériter qui Il veut parmi Ses adorateurs. La suite revient à ceux qui se prémunissent. » (sourate Al-‘Arâf ; 7 : 128)

Mais il appartient aux hommes d’apporter les réformes qui leur sont nécessaires s’ils veulent bénéficier du soutien divin. Cela est aussi une loi que Dieu S’est prescrite :

« Dieu ne modifie pas l’état d’un peuple, tant que [les individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes… » (sourate Al-Ra‘d (Le tonnerre) ; 13 : 11)

C’est aussi en vertu d’une loi divine que les hommes n’ont que les dirigeants qu’ils méritent, qui correspondent à leurs désirs réels.

« ... Et ainsi donnons-Nous autorité à certains iniques sur d’autres [injustes], à raison de ce qu’ils s’acquièrent. » (sourate Al-An‘âm (Les bestiaux) ; 6 : 129)

De même, ce sont les excès de richesse, de luxe, qui amènent les hommes à se corrompre et à causer la ruine de leur société.

« Quand Nous voulons détruire une cité, Nous ordonnons à ses gens opulents [d'obéir à nos prescriptions], mais ils se livrent à la perversité ; la parole s’avère inéluctable, et Nous détruisons cette cité de fond en comble. » (sourate Al-Isrâ’ (Le voyage nocturne) ; 17 : 16).

C’est aussi une loi divine invariable que si les hommes s’engagent dans la foi en Dieu et agissent conformément aux ordres divins, ils auront la terre en partage et en hériteront en toute légitimité.

 « ... Dieu a promis à ceux d’entre vous qui croient, effectuent les œuvres salutaires, qu’Il ferait d’eux Ses lieu-tenants sur la terre, comme Il a fait de leurs devanciers ; qu’Il consolidera pour eux la religion que pour eux Il agrée… » (sourate Al-Nûr (La Lumière) ; 24 : 55)

Que l’injustice amène toujours la ruine des peuples et leur anéantissement est également une loi inscrite par Dieu dans l’ordre des choses :

 « Les cités que Nous avons détruites quand elles eurent commis l’iniquité, Nous avions assigné [tel moment] à leur destruction… » (sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 59)

Cela a d’ailleurs été confirmé par le Prophète (s) dans ce hadith célèbre :

« La royauté subsiste malgré l’impiété mais disparaît avec l’iniquité[4]»



[1] (en arabe : قلم) (en latin : Calamus), nom du roseau taillé en pointe qui a servi d’instrument d’écriture pour tous les peuples depuis l’antiquité. Plume, crayon ou stylo dans le sens moderne. Il a été employé comme instrument de gravure sur les tablettes d’argile ou pour écrire avec l’encre. Al-Qalam (Le Calame) est le titre de la sourate 68 du Coran.

[2] Dans la cosmologie musulmane, Dieu a créé le Calame (Qalam), assimilé à l’Intellect, et lui a ordonné de consigner sur la Table ou tablette (lawh, pluriel alwâh) ce qui fut, est et sera. Dieu Seul peut modifier le contenu de ce qui est inscrit sur la Table. Le Coran est préservé dans une Table spéciale (lawh-e mahfûz), la Table Gardée.

[3] Isaac Newton, célèbre physicien et mathématicien anglais, mort en 1727.

[4] Tradition très connue. (en arabe : الملک یبقی مع الکفر ولا یبقی مع الظلم) Voir par exemple : Bihâr al-Anwâr, de ‘Allâmeh Majlesî, volume 72, p. 331.

 

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