La Seigneurie de Dieu d’après les versets coraniques

Le mot arabe Rabb a pour sens premier celui de maître, de détenteur de l’autorité ou propriétaire d’un bien. Il a aussi un rapport avec le fait de faire croître spirituellement (éduquer) et physiquement (nourrir), qui se disent en arabe tarbiyya. Employé absolument, il désigne Dieu. Parce que Le Seigneur, par excellence, c’est Dieu. Mais ajoutons aussi que même pour désigner Dieu, le terme Rabb n’est jamais employé seul dans le Coran, mais toujours suivi d’un complément de nom[1]. Rabb al-Ka’ba (le Seigneur de la Kaaba), Rabbu-ka (ton Seigneur = en arabe, Seigneur de toi), Rabbi- hi (son Seigneur), Rabba-nâ (notre Seigneur), Rabbu-kum (votre Seigneur), Rabba hâdhâ al-Bayt (le Seigneur de ce temple de la Kaaba), etc.

Quand on l’emploie pour autre que Dieu, il en va de même. Le père de famille sera appelé rabb al-‘â’ila (maître de la famille), parce qu’il a la charge de pourvoir aux moyens de subsistance de sa famille, le commandant d’un navire, que l’on appelle rabb al-safîna, le propriétaire de la nef, c'est-à-dire celui qui décide de ce à quoi elle servira, de sa cargaison et de sa destination.

En persan, on retrouve cette forme de construction de noms avec le mot seigneur, khodâ, placé en suffixe. Le capitaine d’un navire (nâv) s’appelle aussi nâkhodâ ou nâ(v)khodâ, le mot khodâ équivalent de rabb comme pour le maire que l’on appelle : kadkhodâ[2], (littéralement bourgmestre) etc.

Nous pouvons donc dire que le nom rabb est un nom partagé entre Dieu et les créatures. D’ailleurs, même en français, on n’a pas hésité à appeler les grands maîtres, les propriétaires des grands domaines fonciers du Moyen âge, des seigneurs[3]. De même en persan, le terme khodâvandegâr signifiant seigneur et maître, est l'un des titres que l’on a employé au cours de l'histoire pour désigner un grand nombre de rois, comme les sultans ottomans par exemple. Ce terme a aussi été employé pour Jalâl al-Dîn Rûmî et pour tant d'autres maîtres spirituels car dans la littérature hagiographique, on a pensé à raison que les vrais souverains du monde étaient les maîtres spirituels.

Le Coran dit :

« Le Maître des cieux et de la terre et de leur entre-deux, le Tout Puissant, le Tout pardon. » (sourate Sâd ; verset 38 : 66)

Ce verset exprime l’étendue de Sa Seigneurie sur l’ensemble des êtres de l’univers ; Dieu y affirme être le Maître de tout cet univers, Celui qui le régit et qui le pourvoit en existence et assure sa subsistance. En conséquence, Il est le Seul Qui soit digne d’être adoré, et non pas les idoles qui ne possèdent pas même un brin de puissance par elles-mêmes.

Le Coran : « Tel est Dieu, votre Seigneur, créateur de toute chose. Il n’est de dieu que Lui. Comment se fait-il que vous vous détourniez [du chemin droit] ? » (sourate Al-Ghâfir (Le Pardonneur) ; 40 : 62)

 

Être le Créateur de tout ce qui est une autre preuve de ce qu’Il est unique dans la seigneurie (robûbiyat), parce que Celui qui a créé les choses en est le Maître et le Pourvoyeur en subsistance (Celui qui les maintient dans l’Être). Parce que nous savons que l’acte créateur ne consiste pas pour Dieu à créer une bonne fois pour toutes, puis à Se retirer (pour se reposer selon certains !), comme s’Il mettait en marche la machine de l’existence et Se désintéressait du monde.

Non, à chaque instant, le flux créateur, l’effusion créatrice qui émane de Lui se déverse sur le monde de l’être. Nous sommes sans cesses recréés par Lui et cette créativité est indissociable de la Seigneurie divine.

Il est donc évident que seul est Digne d’adoration et de la Fonction de la Divinité celui qui est décrit comme « Créateur de toute chose » et que donc c’est sur la base de cette phrase que repose « Tel est Dieu, votre Seigneur, … » et la résultante en est : « Il n’est de dieu que Lui »[4].

Le Coran dit :

« Il n’est de dieu que Lui, pour faire vivre et mourir, votre Seigneur, Celui de vos pères premiers. - Mais quoi ! Dans le doute ils se jouent. » (sourate Al-Dukhân (La fumée) ; 44 : 8).

En arrière plan de la seigneurie de Dieu se trouve Sa Fonction de Divinité absolue, d’être-Dieu, d’être Allâh (ulûhiya). Cette Fonction revient à l’Essence divine d’être l’objet de l’adoration et aussi à cause du fait que nul autre ne peut prétendre à cette Fonction, c’est-à-dire en raison du fait qu’Il est le Seigneur absolu, et pour la même raison Il est l’Adoré absolu. Pour la même raison qu’il n’existe pas un autre seigneur que Lui et qu’aucun ordonnancement (tadbîr) ne peut avoir lieu sans que ce soit par Lui, il s’ensuit qu’il n’y a pas d’autre être digne d’adoration que Lui. Parce que tout être que les hommes adorent en le croyant digne d’adoration, c’est parce qu’ils le croient aussi détenteur du pouvoir d’ordonnancement. Ils s’imaginent que les rênes des affaires sont entre les mains de cet être adoré, en toute indépendance. Mais quand ils réalisent que le seul Ordonnateur et donc le seul Digne d’adoration est absolument Dieu, ils verront qu’ « il n’y a de dieu que Dieu »[5]. Le Seigneur absolu est Dieu ; le Digne d’adoration est forcément Dieu.

Il est également fait mention de deux autres dignités, deux autres qualités, du Seigneur : Il possède le pouvoir de faire vivre et celui de faire mourir. Personne d’autre que Lui ne fait vivre et ne donne la vie. C’est Lui qui fait mourir et c’est Lui qui donne la vie, Lui, « votre Seigneur, Celui de vos pères premiers. »

Tout se trouve en Son pouvoir, tout tient dans Sa Main. C’est encore Lui qui vous a fait croître dans la matrice de votre mère. C’est Lui qui vous a fait passer de l’étape de l’enfance à celle de l’adolescence et de la jeunesse, puis de celle-ci à la vieillesse. Il n’est pas seulement votre Seigneur, Il est aussi le Seigneur de vos pères et de vos ancêtres.

C’est par Son pouvoir, Sa Main Puissante et Généreuse qu’Il vous a éduqués. Puis Il dit : en dépit de toutes ces réalités claires et incontestables, les hommes demeurent comme coincés dans le doute, « dans le doute ils se jouent. » Le verset associe le doute avec le jeu.

Cette mise en apposition du doute avec le jeu n’est pas fortuite. Dieu a pris l’engagement que si l’homme recherche la vérité, la réalité, Il lui montrera le chemin et le guidera vers cette réalité. Il s’agit ici d’une garantie ferme :

« Tandis que ceux qui en Nous firent effort, Nous les guiderons certes sur Nos chemins. - Assurément que Dieu est avec les bienfaisants. » (sourate Al-‘Ankabût (L’araignée) ; 29 : 69)

C’est comme si Dieu nous disait : La dignité de Notre seigneurie, la dignité de Notre capacité infinie de guidance des hommes, requièrent et imposent que Nous leur indiquions les chemins et les voies qui les mèneront à Nous. Car « Assurément que Dieu est avec les bienfaisants (al-muhsinûn). »

Ainsi, le fond de la question est le talab (la demande), le fait que l’homme veuille sincèrement Dieu, et qu’il s’engage de façon dévouée dans sa quête de la vérité, qu’il soit sérieux et résolu dans sa quête. Mais si l’homme veut prendre tout à la légère, comme un jeu ou une plaisanterie, ce serait cette situation de jeu et de doute dont parle le verset coranique. Un doute doublé par le jeu ne sera jamais levé. Dieu n’a pas créé l’homme pour qu’il passe son temps à se moquer de tout, et à prendre tout à la légère. Bien au contraire, Il l’a créé pour qu’il apprenne à considérer les choses avec gravité et sérieux. Car il y va de sa destinée future.

Les personnes qui sont réellement dans le doute au sujet des questions religieuses prennent en dérision tout sujet qu’on leur expose. C’est pourquoi, elles sont condamnées à demeurer dans cet état jusqu’à la fin de leur vie, comme frappées par une maladie chronique.

Le Coran dit :

« Sur quelque divergence que vous ayez à Son sujet, le jugement appartient à Dieu. - Tel est Dieu mon Seigneur, à Lui je m’en remets, à Lui je fais retour. » (sourate Al-Shûrâ (La consultation) ; 42 : 10).

Il y a ici aussi une allusion à la seigneurie absolue. Grosso modo, Dieu apparie la maîtrise et le bon ordonnancement des choses.

Or, nous avons vu que la seigneurie présente ces deux branches, ces deux dimensions : une dimension universelle (takwînî) qui gère le système de lois universelles régissant la création dans son ensemble, en tant que système, et une dimension légale (tashrî’î) qui révèle et rend explicites les statuts et les lois pour guider les hommes, et que Dieu a fait connaître aux hommes au moyen de ses émissaires que sont les prophètes (as). Et comme corollaires de cela, deux principes ont vu le jour et se sont posés : le fait de remettre sa confiance en Dieu (tavakkol) et la componction (inâba). Le premier consiste à remettre à Dieu ses affaires et son sort relevant du système cosmique et universel. Et le second consiste : « à faire retour à Dieu », par l’observance des règles légales de la sharî’a.

Le Coran poursuit :

« Dieu est doux envers Ses adorateurs. Il attribue à qui Il veut. - Il est le Fort, le Tout Puissant. Qui désire labourer [le champ] de la vie future, Nous lui amplifions son labour ; qui désire labourer [le champ] de la vie d’ici-bas, Nous lui en accordons une miette, mais il n'aura pas de part dans la vie future. » (sourate Al-Shûrâ (La concertation) ; 42 : 19 et 20)

Dans ces versets, il est fait mention de quatre qualités du Seigneur : la station de la douceur, celle de la prise en charge de la subsistance des hommes, celle de la force et de la toute-puissance - qualités qui sont les meilleures caractéristiques de la seigneurie, car le Seigneur (Maître et Ordonnanceur) doit nécessairement être possesseur de ces quatre qualités.



[1] Cette règle est respectée à leur insu par les musulmans. Ainsi, nous formons des noms comme ‘Abd Allah, ‘Abd al-Rahmân, 'Abd al-Rahîm, et la règle s’applique pour tous les autres noms divins acceptant la relation directe, alors que pour le nom al-Rabb, on ne dit pas ‘abd al-Rabb, mais on applique la règle coranique qui fait que la relation du Rabb est une relation personnelle. On dit alors ‘abdu Rabbi-hi, le serviteur de son Seigneur. Cela confirme que l’on n’est maître que de ce que l’on possède. Et lorsque l'on adresse une prière, on se sert de l’adjectif possessif : Mon Seigneur, rabbî ! Notre Seigneur, Rabbanâ ! etc. alors que l’on dira yâ Allâh, yâ Rahmân ! yâ Razzâq ! etc.

[2] Le mot persan Kad (کد) veut dire village, bourg.

[3] Dans la tradition musulmane, l'âme de toute personne subit un interrogatoire la première nuit qui suit sa mort. Deux anges s’appelant Nakîr et Monkir viennent poser deux questions essentielles au défunt, et grâce aux réponses à ces questions, les deux anges font le bilan de la vie du défunt. Ils lui demandent : man rabbuka ?, qui peut tout à la fois se traduire par "Qui est ton Seigneur", aussi bien que : "Qui a été ton guide dans la vie ?", "Qui t’a éduqué ?", "A qui as-tu obéi ?", "Qui as-tu eu pour modèle et pour t’éduquer ?" La bonne réponse pour un croyant est la suivante : Lui-Même, c'est-à-dire Celui qui s’est décrit comme l’Éducateur des univers, le maître des univers (Rabb al-âlamîn), exalté soit-Il, Celui qui a appris au monde entier comme Il a appris à Adam tous les Noms (‘allama Âdama al-asmâ). L’interrogatoire porte aussi sur le Livre auquel on croit, le prophète auquel il croit, le prophète que l'on a suivi.

[4] (En arabe : la ilâha illa Hou لااله الاهو )

[5] (En arabe : la ilâha illa Allah لااله الاالله )

 

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