L’initiation d’Adam aux noms de la part de Dieu (2)

La signification des Noms divins dans les sciences divines

 

Les noms ne sont pas des termes ni des notions, étant donné que la relation des termes avec les notions est une relation subjective et conventionnelle. Or la station de proximité divine (ladunn) auprès de Dieu n’est pas le lieu adéquat pour employer des termes et notions acquises ou pour fixer par convention un nom pour désigner une signification.

Dans ce niveau de la Présence divine, les Noms sont des réalités, et c’est pourquoi nous disons que les noms divins sont d’institution divine[1], fixés par Dieu (« suspensifs », tawqîfî). Dire que les noms divins sont suspensifs au sens de la gnose et de la philosophie revient à dire qu’il s’agit de réalités concrètes ; et pour la théologie et la jurisprudence, les noms sont des termes et des notions.

Les noms que Dieu - exalté soit-Il - a enseigné à l’homme parfait sont des réalités et des connaissances universelles et non des mots et des notions comme en témoigne le verset déjà mentionné : « Il apprit à Adam tous les noms puis les énonça aux anges » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 31).

L’emploi du pronom masculin pluriel « eux » (hum) indique qu’il s’agit de réalités concrètes et non de notions mentales. Et comme chez les maîtres de la connaissance, le nom est une essence déterminée de façon particulière et que la détermination est appelée elle-même une qualité ou caractéristique,  la question a été posée de savoir si le nom est le dénommé lui-même. Autrement, personne ne se demanderait si le nom conventionnel (prononcé) est le dénommé ou non, ou si la notion d’une chose est la réalité même de la chose. Ce que nous venons de dire, à savoir que le nom est d’un côté le dénommé lui-même, et d’un autre côté, il est autre que le dénommé, s’explique par le fait que le propos ne porte pas sur le mot ni la notion.

Le débat sur le caractère suspensif (limité du sens) des noms divins est d’une part un débat théologique et juridique qui s’est posé d’abord dans la théologie, puis qui s’est exporté au droit. Il consiste à se demander s’il est permis ou non que nous appliquions à Dieu un nom qui ne figure pas dans le Coran ni la tradition. De ce débat, il en est ressorti premièrement que le nom ne doit présenter aucune sorte d’imperfection ; et deuxièmement, on a institué une différence entre la dénomination et la qualité (al-ism wa -l- sifa).

Quant au débat philosophique et gnostique sur les Noms divins, il consiste à soutenir que le nom dans ce contexte n’est pas un mot ou une notion, mais une réalité externe, signification en vertu de laquelle les noms divins sont indéniablement limités dans leurs sens (tawqîfî). Parce que tout être possède un degré limite particulier de signification qu’il ne peut outrepasser en vertu du système des « causes et des effets » qui se pose en philosophie ou du système de la « manifestation et du lieu de manifestation » (zâhir o mazhar) qui est celui des gnostiques.

Ce principe s’applique à tous les êtres et si un être est la manifestation totale de (tous) les noms, il devient le Nom Suprême qui n’est plus un nom limité, (tawqîfî), c'est-à-dire qu’il ne possède plus une limite, un lieu particulier où s’arrêterait et cesserait sa signification. Il est la manifestation de Dieu, il est le lieutenant (khalifa) de Dieu, et en conséquence, il peut avoir une présence en tout lieu. La signification de l’inculcation des noms possède aussi ce sens que Dieu a appris à Adam, le père de l’humanité, toutes les réalités, et cette initiation ésotérique (ta‘lîm) s’effectue par la voie présentielle (hozûrî) et non par la voie de l’acquisition ou celle de la notion et de la description, qui procèdent par la représentation, la confirmation, ou par l’emploi du syllogisme, de l’induction et de la métaphore.

Dans ce cas, l’initiation consiste à s’opérer par les « témoins[2] » (ash-hâd), c'est-à-dire à présenter, rendre présents, les sens de façon qu’ils puissent être contemplés (shuhûd). Puisque Dieu a enseigné à l’homme parfait toutes les réalités, l’homme parfait devient donc le Nom Suprême (Esm-e a‘zam), et si les noms divins sont limités dans leur signification (tawqîfî), le Nom Suprême ne l’est pas, c'est-à-dire qu’il n’a pas une limite ou une capacité particulière. Et l’homme parfait qui en est le lieu de manifestation ne sera pas « confiné » ; au contraire, son domaine de présence s’étend à tous les autres noms. Mais un être qui n’est pas la manifestation du Nom Suprême, non seulement n’embrasse pas tous les Noms, mais il n’aura pas en outre la qualité pour assumer la fonction de lieutenant de Dieu sur terre.

Au moment où Dieu allait énoncer les noms aux anges et qu’Il leur a demandé : « Informez-Moi de ces noms … » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 31), les anges ont reconnu leur incapacité et ont répondu : « A Ta transcendance ne plaise (Subhânaka !) » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 32), pour affirmer d’abord la transcendance divine, puis ont poursuivi : « Nous n’avons pas de science [autre que ce que Tu nous as appris]… » (idem).

Les anges disent ainsi qu’ils n’ont pas de science par eux-mêmes et que ce qu’ils savent, ils le doivent à Dieu et qu’ils ignorent ce que Dieu ne leur a pas appris. La signification de ces réponses angéliques consiste en réalité dans le fait que puisque les noms divins ont des significations limitées et déterminées et que les degrés des émanations sont aussi déterminés et mesurés, les anges ne peuvent que dire : telle est notre limite, ce qui est au-dessus de cette limite ne nous est pas accessible.

La différence qui existe entre les noms (des objets) de l’univers est la même différence qui existe entre « existentiation » (îjâd) et existence (wujûd). Du côté de l’existentiation et de l’émanation, il y a le Nom Allah, et du côté de l’existence et en aval de l’émanation, il y a les noms de la terre, des cieux, de l’homme, de l’ange.

Sinon, il s’agit de deux réalités indissociables et c’est mentalement que nous distinguons des noms des cieux et de la terre d’une part et des noms divins d’autre part. Il n’y a que les noms de Dieu qui se manifestent et les réalités de l’univers ne sont que des formes d’apparition de ces mêmes Noms divins. Excepté les Noms gardés secrets[3] qui ne se manifestent pas et qui ne sont pas sortis de l’Invisible pour venir dans le monde des possibles. Les Noms « gardés » ne sont connus que de l’Essence sacrosainte de Dieu, nul autre ne les connaît.

 

La limite de la science des Noms

 

Les noms donnent des significations générales parce qu’ils sont :

1) au pluriel, et 2) parce qu’ils sont précédés par les deux lettres de l’article al-, qui indique le sens de généralité ; 3) ce sens général est corroboré par l’adjectif indéfini « tous » (tous les noms). Par conséquent, nous déduisons que le dénominatif de chacun de tous ces noms est un être vivant et doué de raison qui se trouve derrière le voile de l’invisible. En d’autres termes, ce qui est visé par ces noms est complètement invisible et occulté dans les cieux et sur terre. Cette généralité des noms, le fait que les dénommés par ces noms soient des êtres vivants et intelligents et qu’ils soient invisibles dans les cieux et sur terre, est évoquée dans le noble verset : 

« Il n’est rien [littéralement : aucune chose] dont Nous ne possédions les réserves, et Nous n’en faisons rien descendre que selon une mesure déterminée. » (sourate Al-Hijr, (nom de lieu) ; 15 : 21). En vertu de ce verset, tout ce qui peut s’appeler « chose » se trouve dans les réserves et les sources abondantes, illimitées et jamais épuisées, qui sont auprès de Dieu. La limitation et la mesure n’existent que pour la création et la « descente » du monde supérieur au monde ici-bas. L’énumération de ces réserves ne relève pas des nombres qui impliquent une limitation, mais des degrés et stations qui ont été déterminés pour eux par Dieu. Ceux des noms que Dieu a énoncés aux anges sont des êtres sublimes et introuvables qui sont auprès de Dieu, et tout ce qui existe dans ce monde a été « existencié » par Dieu et par la bénédiction de ces Noms, comme le fruit de leur lumière. Bien qu’ils soient en nombre, leur énumération ne relève pas des chiffres et la différence existant entre eux n’est pas comme la différence existant entre des individus humains, mais uniquement au point de vue des degrés et des stations. Les noms qui « descendent » de leur part sont aussi en fonction de et selon cette modalité et se distinguent par les degrés et les stations.



[1] Le terme arabe tawqîf signifie l’acte d’arrêter quelqu’un ou quelque chose ou de redresser une chose, de la mettre debout. Il s’agit ici de dire que les sens des noms utilisés par les hommes pour désigner des choses possèdent une limite, au-delà de laquelle le sens « s’arrête » et se suspend. C’est pourquoi nous traduisons par suspensif. Les théologiens musulmans soutiennent qu’il ne convient pas d’invoquer Dieu par d’autres Noms que ceux qu’Il nous a fait connaître dans le Coran. Les hommes n’ont pas le droit de créer des noms divins de leur propre chef. Il existe des positions médianes à ce sujet.

[2] Ash’hâd (pluriel de shâhed) témoins. Allusion aux versets coraniques 11 : 18 et 40 : 51 . En 40 : 51, il est question du « Jour où se lèvent les témoins ». Cette forme de pluriel du mot shâhed n’apparaît que dans ces deux versets dans le Coran. Il existe deux autres formes de pluriel pour ce nom : shâhidûn, et shuhûd.

[3] Référence à une célèbre tradition rapportant une prière dans laquelle le Prophète (s) s’adresse à Dieu, en évoquant les classes ou catégories de Noms divins : « Je Te prie… par les Noms qui T’appartiennent avec lesquels Tu T’es nommé, ou que Tu as révélés dans Ton Livre ou que Tu as enseignés à l’une de Tes créatures, ou bien que Tu as gardés secrets dans Ta science de l’invisible ... » Hadith attesté par les sources chiites aussi bien que sunnites. Voir Al-Usûl min al-Kâfî, volume 2, p. 561.

 

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