Le sacrifice d’Ismâ‛îl (as) dans l’histoire d’Ibrâhîm (as) (2)

Penchons-nous à présent sur l’origine de cette grandeur : tient-elle au dévouement du fils d’Ibrâhîm (as) ? Ou au fait qu’Ibrâhîm (as) s’offre à Dieu, à la voie de Dieu ? Ou est-ce parce que ce sacrifice lui a été commandé par Dieu ? Les exégètes discutent beaucoup cette question, cependant, rien ne s’oppose à ce que tous ces aspects, ensemble comme pris un par un, concourent à la gloire de cette immolation. Quant à la façon dont ce bélier est donné à Ibrâhîm (as), la plupart avancent que c’est Jabra’îl qui l’apporte, tandis que certains prétendent qu’il a dévalé seul la pente de la montagne bordant la plaine de Minâ. Quoi qu’il en soit, cela a été ordonné par Dieu et correspond à Sa volonté. Non seulement ce fait loue la réussite d’Ibrâhîm (as) à ce grand examen, mais il en vivifie pour toujours le souvenir, car le Coran dit dans le verset suivant : « Nous avons perpétué son souvenir dans la postérité. » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 108). Il devient un exemple pour tous et un modèle pour tous les amants, ceux qui ont sacrifié leur cœur à l’Aimé. Ce qu’il a fait est institué en tant que tradition de la cérémonie du pèlerinage, pour les siècles à venir, jusqu’à la fin des temps. Ibrâhîm (as) est le père des grands prophètes (as), le père de la communauté musulmane et du Prophète de l’islam (s). « Paix sur Abraham ! » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 109). « C’est ainsi que nous récompensons ceux qui font le bien. Il était au nombre de Nos serviteurs croyants. » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 110 et 111). Une récompense à la hauteur de ce monde, une récompense qui perdurera tant que durera le temps, une récompense illuminée par le salâm et la louange de Dieu l’Immense !

 

Le récit du sacrifice d’Ismâ‛îl dans les hadiths

 

Il a été rapporté de Sulaymân ibn Yazîd, qui le tient de ‘Alî ibn Mûsâ[1] (as) : « Mon père, qui le tenait de son père, qui le tenait de son Excellence Al-Bâqer, qui le tenait de son père, qui le tenait de ses pères (as), m’a énoncé ce hadith : ‘Celui que l’on sacrifie, c’est Ismâ‛îl (as).’ » On retrouve quelque chose d’analogue dans le Majma‛ al-Bayân, avec la même teneur, rapporté de son Excellence Al-Bâqer (as) et de son Excellence Al-Sâdeq (as). Il existe quantité d’autres hadiths rapportés par les Imâms de la Demeure prophétique (as) à ce sujet. Or, dans une partie d’entre eux, on trouve que c’est Is-hâq (as) qui doit être sacrifié, mais comme ces hadiths ne s’accordent pas aux versets du Coran, ils sont rejetés. Dans le livre Al-Faqîh, il est rapporté que l’on a interrogé l’Imâm al-Sâdeq (as) à propos de l’identité du sacrifié. Quelqu’un a demandé : « Qui était-ce ? » L’Imâm a répondu : « Il s’agissait d’Ismâ‛îl (as), parce que Dieu le Très-Haut, dans Son Livre saint, rapporte le récit de la naissance d’Is-hâq (as) après celui du sacrifice : ‘Nous lui avons annoncé une bonne nouvelle : la naissance d’Isaac, un prophète parmi les justes.’ (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 112). » L’ordre est explicite. Dans le Majma‛ al-Bayân, il est rapporté d’Ibn Is’hâq : « A chaque fois qu’Ibrâhîm (as) veut rendre visite à Ismâ‛îl (as) et à sa mère Hâjar (as), on lui amène Burâq[2]. A l’aube, il enfourche Burâq en Syrie et parvient à Makka avant midi. L’après-midi, il se remet en route et se retrouve le soir auprès de sa famille. Ces allers et retours s’enchaînent jusqu’à ce qu’Ismâ‛îl (as) soit grand. Lorsque son père se voit sacrifier Ismâ‛îl (as) en songe, il lui dit : ‘Prends une corde et un poignard, nous allons ensemble dans la vallée pour y ramasser du bois.’ Ensuite, lorsqu’ils arrivent dans cette vallée déserte que l’on nomme vallée de Thabîr, Ibrâhîm (as) l’informe du commandement qu’il a reçu de Dieu le Très-Haut à son propos. Ismâ‛îl (as) dit : ‘Cher père, attache-moi les bras et les jambes à l’aide de cette corde pour m’empêcher de bouger, et plie ma tunique pour éviter que le sang ne jaillisse dessus et que ma mère le voit, affûte le poignard et tranche ma gorge prestement, afin que je sois vite tranquille, parce que la mort est difficile.’ Ibrâhîm (as) dit : ‘Mon fils, en vérité, ta soumission au commandement de Dieu m’aide grandement.’ » Ibn Is-hâq, poursuivant ainsi son récit, nous apprend qu’Ibrâhîm (as) se courbe et le poignard en main, s’apprête à trancher la gorge de son fils quand Jabra’îl retient son poignard et libère Ismâ‛îl (as) qu’il maintenait de l’autre main. Il met à sa place un bélier qu’il a emmené de la vallée de Thabîr, tandis que du côté gauche de la mosquée de Khayf[3], une voix s’exclame : « Ibrâhîm (as) ! Tu as confirmé le songe que tu as fait et accompli le commandement de Dieu. »

Dans le Majma‛ al-Bayân, le Tafsîr d’Al-‘Ayyâshî rapporte également, qui le rapporte lui-même de Yazîd ibn Mu‛âwiya al-‘Ajalî, ce dialogue : « J’ai demandé à l’Imâm al-Sâdeq (as) : ‘Combien d’années se sont écoulées entre ces deux nouvelles annoncées à Ibrahîm (as) : la nouvelle de la naissance prochaine d’Ismâ‛îl (as) et celle de la naissance à venir d’Is-hâq (as) ?’[4] Il a répondu : ‘Cinq ans ce sont écoulés entre ces deux nouvelles. Le saint verset (« Nous lui avons alors annoncé une bonne nouvelle : la naissance d’un garçon, doux de caractère. » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 101)) se rapporte à la première nouvelle annonçant à Ibrâhîm (as) sa paternité prochaine, aussi, le garçon doux de caractère, c’est Ismâ‛îl (as).’ »



[1] Le huitième Imâm des shiites duodécimains, l’Imâm al-Rezâ (as).

[2] Le cheval ailé qui emmena le Prophète (s) de La Mecque à Jérusalem en une nuit.

[3] L’auteur fait ici référence à la mosquée de Khayf, sise à Minâ, pour situer l’action. Bien entendu, cette mosquée n’existait pas à l’époque d’Ibrâhîm (as)…

[4] La question est importante, parce que pour les juifs et les chrétiens, c’est Is-hâq (as) dont le sacrifice a été édicté par Dieu, or cela change un certain nombre de choses, car si Is-hâq (as) est un prophète important pour les trois grandes religions monothéistes, ayant notamment donné la lignée de Ya‛qûb / Jacob (as), les douze tribus, Mûsâ / Moïse (as), Dawûd / David (as), jusqu’à ‘Isâ / Jésus (as), en passant par sa mère, Ismâ‛îl (as) est pour sa part revendiqué pour être à l’origine du peuple arabe, et c’est lui qui ouvre la lignée qui mène à Mohammad (as), à ‘Alî (as) et à Fâtima (as)…