Son Excellence Ibrâhîm (as) et Makka (2)

4 – Le dessein de l’édification de la Ka‛ba et de sa reconstruction

 

Ibrâhîm (as) demande à Dieu de lui montrer où se trouve la Ka‛ba. Sur l’ordre de Dieu Jabra’îl (as) descend sur terre et dessine au sol le contour de la Ka‛ba antérieure. Là, Ibrâhîm (as) est disposé à reconstruire la Ka‛ba à cet endroit. Ismâ‛îl (as) apporte alors des pierres depuis le désert, et Ibrâhîm (as) monte les murs de la Ka‛ba, qui culminent à la hauteur de neuf zar‛[1]. Ensuite, Ibrâhîm (as), recouvre la Ka‛ba d’un toit fait de bois. Quant à la pierre noire[2], apportée du paradis à l’époque de son Excellence Âdam (as) et placée auprès de la montagne d’Abû Qubays, Ibrâhîm (as), guidé par Dieu, la trouve et avec l’aide d’Ismâ‛îl (as), l’apporte et la fixe à l’endroit où elle se trouve toujours aujourd’hui. Ibrâhîm (as) pratique deux ouvertures dans la Ka‛ba, l’une du côté de l’Occident et l’autre du côté de l’Orient. Ibrâhîm (as) parvient également à finaliser cette étape avec l’aide de son fils Ismâ‛îl (as). Il parfait ensuite cette grande œuvre par des invocations riches de contenu. Cette étape représente les prémisses puis l’édification extérieure de la Ka‛ba. Mais quelle est l’importance de tout cela ? Quel est le dessein, le sens de la construction de cet édifice qui nécessite tous ces efforts, toute cette peine ? En réalité, le dessein de la construction de la Ka‛ba consiste à ce que par elle, les êtres humains soient sauvés de l’idolâtrie et des superstitions, il consiste à attirer les êtres humains au monothéisme, à l’adoration du Dieu unique. La Ka‛ba est destinée à être le centre névralgique du monothéisme, afin que les gens y trouvent éducation et instruction et qu’ils se tournent vers Dieu l’Immense dans toutes les dimensions de la vie. Ce dessein est défini par les invocations d’Ibrâhîm (as) citées précédemment, en particulier la cinquième : « Envoie-leur un prophète pris parmi eux : il leur récitera tes Versets ; il leur enseignera le Livre et la Sagesse ; il les purifiera… » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 129), qui fait expressément référence au Prophète de l’islam (s).

 

5 – La mission d’Ibrâhîm (as) et d’Ismâ‛îl (as)

 

Dieu dit : « Nous avons fait de la Maison un lieu où l’on revient souvent et un asile pour les hommes. Prenez donc la station d’Abraham comme lieu de prière. Nous avons confié une mission à Abraham et Ismaël. ‘Purifiez ma Maison pour ceux qui accomplissent les circuits ; pour ceux qui s’y retirent pieusement, pour ceux qui s’inclinent et se prosternent.’ » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 125). Ce verset énonce la légalisation du pèlerinage, ainsi que le caractère de sûreté et de lieu de convergence de la Ka‛ba, et ce par l’emploi du mot mathâbat / مثابة. Dans la deuxième phrase du verset, le mot ‘ahd / [3]عهد exprime un ordre. L’objet de la purification peut être uniquement spirituel, mais il peut également être matériel, cependant, le contexte et le style indiquent qu’il s’agit ici seulement d’une purification spirituelle, en ce sens qu’Ibrâhîm (as) doit indiquer aux gens la voie de l’adoration débarrassée de l’associationnisme. Cela dit, le mot tat-hîr / تطهير recèle deux probabilités :

 

A : La première probabilité, c’est de purifier et de rendre accessible la Maison de Dieu aux gens accomplissant la circumambulation, offrant la prière ou désirant y pratiquer la retraite spirituelle.

B : La seconde, c’est de nettoyer la Maison de la saleté et des souillures causées par la négligence des gens, ou des actes inconvenants et des souillures provoquant la corruption, à savoir l’associationnisme et ses représentations idolâtriques. Ainsi, la purification de la Maison de Dieu concerne en particulier les pollutions spirituelles, et Ibrâhîm (as) se voit confier la mission d’enseigner aux gens la forme adorative exempte d’associationnisme, comme il lui a été confiée pour lui-même auparavant.

 

6 – L’invitation au pèlerinage

 

Après la finalisation de l’édification de la Ka‛ba, et selon une tradition, après avoir accompli les cérémonies du pèlerinage et mis en œuvre le sacrifice d’Isma‛îl (as), Ibrâhîm (as) se voit ordonner par Dieu d’appeler les gens au pèlerinage : « Appelle les hommes au pèlerinage : ils viendront à toi, à pied ou sur toute monture élancée. Ils viendront par des chemins encaissés... » (sourate Al-Hajj (Le pèlerinage) ; 22 : 27). Suite à cet ordre, Ibrâhîm (as) se poste sur la montagne d’Abû Qubays, ou celle de Safâ, ou sur l’un des angles de la Ka‛ba, ou auprès de la pierre noire, ou à l’endroit de sa station, ou selon un hadith, sur la montagne de Thabîr, et appelle les gens. Le but de l’appel au pèlerinage peut être le fait d’appeler les gens à accomplir les cérémonies du pèlerinage, ou à prendre la Ka‛ba comme destination (pour y accomplir par exemple une ziyârat[4]). Quoi qu’il en soit, Dieu ordonne à Ibrâhîm (as) et à Ismâ‛îl (as) d’accomplir les rites du pèlerinage. Jabra’îl (as) descend auprès d’Ibrâhîm (as) et leur enseigne à tous deux les rites : la circumambulation, le sa‛y / سعي[5], l’arrêt à ‘Arafat et au Mash‛ar, les usages à Minâ, etc. Ils accomplissent les rites du pèlerinage dans cet ordre et tout en prêtant attention à son éminent contenu, ils en réalisent les profits matériels et spirituels. Selon ce que rapporte le célèbre exégète Ibn ‘Abbâs, il se rend au sommet de la montagne d’Abû Qubays, introduit son doigt dans son oreille et crie : « Ô gens de ce monde, exaucez l’appel de votre Seigneur à rendre visite à la Maison de Dieu. » Dieu fait que son appel parvient à tout le monde, jusqu’aux confins de la terre. Les membres de la famille d’Ibrâhîm (as), en leur for intérieur, répondent à cet appel en disant : « Me voici ! », manifestant ainsi leur disposition à accomplir ce grand dessein et à suivre le cycle constructif de « l’université du pèlerinage ». Dieu, dans le Coran, déclare à tous les hommes : « Qui donc éprouve de l’aversion pour la Religion d’Abraham, sinon celui qui est insensé ? Nous avons, en vérité, choisi Abraham en ce monde et, dans l’autre, il sera au nombre des justes. » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 130). Ainsi, les cérémonies du pèlerinage, qui pour le monde musulman comptent parmi les plus importantes des cérémonies religieuses mondiales, véhiculent pour toujours le souvenir d’Ibrâhîm (as), car l’épopée de la servitude d’Ibrâhîm (as) se trouve enseignée dans tous les rites du pèlerinage. De ce fait, accomplir les rites du pèlerinage sans se remémorer Ibrâhîm (as) n’a aucun sens. Celui qui veut que le nom et l’épopée de cet homme de Dieu subsistent éternellement, et qui entend parcourir la voie de l’honneur et de la grandeur humaine, chemine sur cette voie. En réalité, le pèlerinage symbolise le mouvement que la créature fait sur la voie de Dieu, suivant pour ce faire Ibrâhîm (as) pas à pas. L’adoration et la diplomatie tant individuelles que collectives y sont apprises ensemble. Si son contenu véritable est suivi et appliqué dans son expression véritable, la plus grande, la plus profonde épopée de l’adoration divine sera alors mise en œuvre. Dieu dit : « Appelle les hommes au pèlerinage. » (sourate Al-Hajj (Le pèlerinage) ; 22 : 27). Dans cette phrase, le mot adh-dhin / أذّن comporte l’idée d’une proclamation à voix haute, c’est pour cette raison que certain lui ont donné le sens de « voix vers » (appel). Dans le dictionnaire arabe/persan, le mot hajj / حجّ / pèlerinage rituel, désigne le but, l’objectif, or, dans l’usage, il est réservé aux actes accomplis auprès de la Maison de Dieu, qui sont codifiés pour la première fois par Ibrâhîm (as), et dont la codification est maintenue par le représentant de la loi du Sceau des prophètes, Mohammad al-Mostaphâ (s). La liaison entre l’usage et le sens lexicographique provient du fait que celui qui veut accomplir ces actes prend la Maison de Dieu pour objectif. Les fidèles disent qu’ils vont au Hajj, et lorsqu’ils en reviennent, on les appelle hâjjî, à savoir « ceux qui ont accomplis les actes propres à la Maison de Dieu ».

 

L’accomplissement des rites du pèlerinage

 

Ainsi, les rites mentionnés dans le Coran (« … Indique-nous les rites que nous devrons observer… » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 128)) sont bien les rites du pèlerinage, tandis que le sa‛y / سعي dont fait état le verset 102 de la sourate Al-Sâfât (Les rangés, sourate 37) correspond aux allers et retours accomplis entre Safâ et Marwa. Il n’est pas question d’autres éventualités, et ces deux versets relatent bien l’accomplissement de ces rites par Ibrâhîm (as) et Ismâ‛îl (as). Selon un hadith, Ibrâhîm (as) et Ismâ‛îl (as) auraient accompli leur premier pèlerinage avant même l’édification de la Ka‛ba, cependant, les autres hadiths rapportent que le premier pèlerinage d’Ibrâhîm (as) intervient après l’édification de la Ka‛ba. Selon ce que précisent les hadiths, Jabra’îl (as) accompagne Ibrâhîm (as) et Ismâ‛îl (as) durant les rites, car c’est ainsi qu’il les leur enseigne. Certains attribuent le premier pèlerinage à Ibrâhîm (as), mais dans de nombreuses sources, c’est Âdam (as) qui est présenté comme le tout premier pèlerin. Certains hadiths avancent même qu’avant le voyage d’Ibrâhîm (as) à Makka, la présence de la Maison de Dieu en ruine incite les Arabes de la région à accomplir le pèlerinage.

 

7 – Le secret de la station d’Ibrâhîm située auprès de la Ka‛ba

 

Dieu dit : « On trouve des Signes évidents dans ce lieu où se tenait Abraham. Quiconque y pénètre est en sécurité. » (sourate Âle-‘Imrân (La famille de 'Imrân ; 3 : 97).

Il dit également : « Nous avons fait de la Maison un lieu où l’on revient souvent et un asile pour les hommes. Prenez donc la station d’Abraham comme lieu de prière. » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 125). Mais s’agissant de savoir ce qu’est cette station, et le lieu où elle se trouve, plusieurs probabilités ont été données :

 

A : La station d’Ibrâhîm (as) est une pierre dans laquelle se trouve gravée la trace des pieds de son Excellence (as). [Quant à savoir où se trouvait cette pierre sur laquelle son Excellence (as) a posé ses pieds bénis, ou la façon dont ses pieds l’ont marquée, il y a des divergences. Certains prétendent qu’il s’agit de la pierre que son Excellence (as) utilise lorsqu’il veut monter les murs de la Ka‛ba (jusqu’à la hauteur de neuf zar‛), et d’autres que cette pierre est celle que la femme d’Ismâ‛îl (as) met sous les pieds d’Ibrâhîm (as) lorsqu’il arrive à Makka, afin qu’il puisse se laver de la terre et de la poussière qui le recouvrent, et que ce serait à ce moment-là que ses pieds auraient marqué la pierre.] On dit que cette pierre a été enterrée à l’endroit que l’on nomme « station d’Ibrâhîm (as) » et qu’elle s’y trouve toujours aujourd’hui. La station d’Ibrâhîm (as) pour sa part, se situe à côté du matâf / مطاف [6], face à Al-multazam[7].

B : Il arrive souvent que l’expression « station d’Ibrâhîm (as) » fasse penser à l’emplacement de sa maison.

C : La troisième éventualité est que dans sa maison, Ibrâhîm (as) a un lieu dédié à l’adoration et que c’est là qu’il se tient debout pour louer Dieu.

 

Le secret de l’attribution d’un lieu à Ibrâhîm (as), auprès de la Ka‛ba

 

Certains imaginent que parce qu’Ibrâhîm (as) est le bâtisseur de la Ka‛ba, et compte parmi les grands prophètes de Dieu (as), Dieu, par respect pour son degré et afin qu’une rémunération lui soit donnée pour l’établissement du bâtiment, lui a disposé un lieu et a demandé aux pèlerins de Sa Maison d’y offrir la prière. La raison atteste de la véracité d’une telle éventualité, car Ibrâhîm (as) mérite un tel honneur. Cependant, le saint verset dit que parmi les signes divins de cette maison se trouve « la station d’Ibrâhîm (as) », ce qui nous indique que la station d’Ibrâhîm (as) représente un signe clair dont la descente équivaut à une preuve de l’existence de Dieu le Très-Haut, un signe qui évoque la dignité de Dieu. Ibrâhîm (as) est le héraut du monothéisme et n’a eu de cesse que d’appeler à cette voie. Par conséquent, quel meilleur signe, quel signe plus clair que la station d’Ibrâhîm (as) pour attirer les gens de ce monde vers Dieu et pour les amener à l’immensité de Sa dignité ? C’est pourquoi, auprès d’un grand signe, à savoir la Maison de Dieu, il est besoin d’un signe comme la station d’Ibrâhîm (as) qui constitue un modèle pour les êtres humains faits de terre. Sur la voie qui mène à Dieu, Ibrâhîm (as) est à la fois un signe de Dieu[8], celui qui appelle à Dieu et sa station est un signe de Dieu.



[1] Voir note n°9.

[2] Hajar al-aswad / حجر الاسود.

[3] Il est ici traduit par « confier une mission ».

[4] La ziyârat est une visite pieuse qui possède ses propres rites, elle est différente du pèlerinage (hajj / حج), même si on la traduit généralement par le même mot.

[5] Le sa‛y / سعي/ la quête, consiste à parcourir sept fois la distance qui sépare les deux hauteurs de Safa et de Marwa. C’est l’un des rites de base du pèlerinage.

[6] Espace prévu pour la circumambulation autour de la Ka‛ba, lors du pèlerinage.

[7] Al-Multazam / الملتزم / « lié par un engagement », désigne le pan de mur situé entre la porte de la Ka‛ba et la pierre noire.

[8] Un « ayatollâh » ! De ayat / signe et Allâh.

 

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