Historique de la pierre noire (hajar al-aswad / حجر الاسود) et sujets connexes (3) L’installation de la pierre noire de la main du noble Prophète (s) et les leçons que l’on peut en tirer

L’installation de la pierre noire de la main du noble Prophète (s)

 

La pierre noire compte parmi les souvenirs éternels liés aux prophètes divins (as). Cette pierre, en plus d’être sacrée et digne d’estime pour tous les musulmans, faisait également l’objet du respect des Arabes de la période préislamique. Il existe des hadiths valides du noble Prophète (s) et des Imâms impeccables (as) à propos de la noblesse et de la prééminence de la pierre noire. La circumambulation, qui représente un des rites du pèlerinage, débute et s’achève face à la pierre noire[1]. Sur la base de traditions historiques, depuis le jour où son Excellence Ibrâhîm (as) a installé la pierre noire dans l’angle sud-est de la Ka‛ba conformément au commandement de Dieu, des événements sont survenus suite auxquels la pierre en a été ôtée. L’un de ces événements s’est produit quelques années avant la mission de son Excellence Mohammad (s), lorsque les murs de la Ka‛ba étaient endommagés par des inondations. Les tribus qurayshites avaient alors pris la décision de la réparer et de la reconstruire. Les travaux furent partagés de sorte que tous puissent prendre part à la fierté de reconstruire une partie de la Ka‛ba. Ce qui fut accompli avec succès. Vint le tour de la remise en place de la pierre noire. Une querelle violente éclata lorsqu’il fut question de savoir laquelle des tribus aurait l’honneur d’accomplir cette charge. Aucune tribu n’était prête à permettre qu’une autre tribu hérite de cette fierté. Le conflit parvint au point ou la tribu des Banî ‘Abd al-Dâr apportèrent une bassine pleine de sang et conclurent avec les Banî ‘Adî un accord selon lequel ils résisteraient jusqu’à la mort et ne permettraient pas qu’une personne n’appartenant pas à leur grande tribu puisse bénéficier de cet honneur. Durant quatre ou cinq jours, les tribus s’attelèrent aux préparatifs pour la bataille. Abû Omîd, qui était alors le doyen des Qurayshites, proposa, pour éviter un massacre, que toutes les tribus se soumettent au jugement du premier qui entrera dans la mosquée. La providence voulut que ce premier soit Mohammad (s). C’est pourquoi tous furent satisfaits, parce qu’ils connaissaient le Prophète (s) pour sa probité absolue quant à la garde des dépôts, et pour la bonne santé de son âme. Après avoir impliqué son Excellence (s) dans la question qui avait provoqué leur désaccord, les chefs des tribus lui demandèrent d’énoncer son jugement. Le noble Prophète (s) leur demanda alors d’apporter une pièce de tissu. Il y déposa la pierre noire. Puis, il demanda aux chefs des tribus de se saisir chacun d’un pan de ce tissu. Lorsqu’ils l’eurent saisi et soulevé, son Excellence (s) prit lui-même la pierre noire et la plaça dans son logement. Par cette sage mesure, le Prophète (s) parvint à prévenir une crise proche de provoquer une guerre terrible, ainsi que des rancunes.

 

Les leçons que l’on peut tirer de l’histoire de l’installation de la pierre noire

 

Le comportement des grands hommes et des faiseurs d’êtres humains est constamment porteur de messages et de leçons susceptibles d’aider les plus jeunes à trouver un sens à leur vie. C’est pourquoi, dans cette partie, nous allons nous consacrer aux leçons qui peuvent être tirées du sage jugement de son Excellence le noble Envoyé (s) concernant l’installation de la pierre noire.

 

1. Se charger de responsabilités

 

Se charger de responsabilités constitue une des nécessités de la vie en société. L’être humain a des responsabilités envers lui-même, envers ses coreligionnaires, envers ses semblables, et même envers la nature, et Dieu lui demandera des comptes à ce propos. Chacun, relativement à sa capacité intellectuelle et à l’amplitude de son être, ressent qu’il a des responsabilités vis-à-vis des autres. Aussi, le noble Prophète (s), eu égard à sa capacité étendue et à la hauteur de son esprit, ressent davantage ce sentiment de responsabilité envers les gens et la société. Voici ce que dit le noble Coran au sujet des questions auxquelles l’être humain devra répondre à propos de ses responsabilités : « L’homme pense-t-il qu’on le laissera libre ? » (Sourate Al-Qiyâmat (La Résurrection) ; 75 : 36). En vérité, s’il en était ainsi, qu’elle différence y aurait-il entre l’être humain et les animaux ? Et de quelle spécificité, de quelle distinction pourrait-il s’enorgueillir ?

 

Le ciel ne put assumer la charge du dépôt, et le sort tomba sur moi, le malheureux[2]

 

Lors d’un discours éloquent et pertinent adressé à Mâlik Ashtar, l’Imâm ‘Alî (as) dit à propos de l’acceptation des responsabilités de l’être humain envers ses coreligionnaires et ses semblables : « Les gens sont de deux sortes : soit ils sont tes frères en religion, soit ils sont comme toi dans leur constitution. » Dans la culture islamique, l’indifférence à la souffrance des autres et ne pas faire cas des autres ont été sévèrement blâmés. Le noble Prophète (s), qui est le modèle des musulmans, les a sans cesse appelés à assumer leurs responsabilités et à les mettre en œuvre les uns pour les autres. A tel point que prêter attention aux musulmans est considéré comme la spécificité et le signe des musulmans, comme l’illustre très bien cette parole de son Excellence (s) : « Celui qui ne commence pas sa journée par se soucier de ce qui concerne les musulmans n’est pas un musulman. » Nous avons dans le récit de l’installation de la pierre noire un exemple du sens des responsabilités qu’avait son  Excellence (s). En effet, il accepte immédiatement la responsabilité de trancher un différend entre des tribus prêtes à se combattre. Son Excellence (s) aurait pu préférer s’abstenir vu la probabilité que les différentes parties n’acceptent pas son jugement ; or, son sens des responsabilités fit qu’il put résoudre un grave problème et prévenir des ennuis encore plus graves, comme une guerre ou un bain de sang.

 

2. Participation et coopération

 

Les êtres humains, dans le cadre de la vie en société, ont besoin de coopérer les uns avec les autres et de s’assister. Le progrès collectif et l’avancement de la société proviennent de l’aide que s’accordent et que reçoivent les êtres entre eux. Dans une société dénuée de ce principe, la pauvreté et l’arriération feront promptement leur apparition. Le noble Coran appelle les musulmans à coopérer et à s’assister mutuellement, il dit ceci : « Encouragez-vous mutuellement à la piété et à la crainte révérencielle de Dieu. Ne vous encouragez pas mutuellement au crime et à la haine. Craignez Dieu ! Dieu est terrible en son châtiment. » (sourate Al-Mâ’ida (La table servie) ; 5 : fin du deuxième verset). Il est évident que la coopération et l’assistance auxquelles l’islam encourage concernent seulement les actes licites et permis, et non ceux qui sont illicites et interdits. De même, le fait de coopérer revêt des significations et des aspects aussi nombreux que variés. Nous trouvons par exemple : l’encouragement au bien et l’interdiction du mal, le fait de consacrer des biens à Dieu pour le profit commun, de donner l’aumône, d’accomplir des choses qui sont positives pour tout le monde, etc. Dans la Sunna du noble Prophète (s), la coopération avec les siens fait l’objet de beaucoup d’attention. Son Excellence (s) encourageait les musulmans à s’entraider, tandis que lui-même œuvrait pour la propagation de cette culture. L’épisode de l’installation de la pierre noire représente un des exemples de l’aide que son Excellence Mohammad (s) apportait aux autres.

 

3. Résoudre les difficultés et réconcilier les gens

 

La vie en ce bas monde, pour les raisons diverses que sont les différences des désirs et les divergences d’intérêts, est le lieu de la contention et du désaccord entre les êtres humains. Les divergences et les conflits qui trouvent leur origine dans les désirs de l’âme et les appétits innombrables de ce bas monde sont honnis par le noble Coran qui leur fait correspondre différents types de châtiments. Selon le Coran, se scinder en groupes, se séparer et diverger entraînent de nombreux tourments que certaines personnes goûtent à cause d’autres personnes. Quand des conditions conflictuelles et des inimitiés surviennent parmi les gens d’une époque, l’optimisme, la confiance en autrui, le sentiment d’accointance laissent la place au pessimisme, au soupçon et à la hantise. Le noble Prophète (s) a constamment encouragé les musulmans à amender leurs relations. Amender ses relations est propice à l’apaisement entre deux partis. Au regard de son Excellence (s), cet acte revêt tant d’importance qu’il est permis de recourir au mensonge afin de réconcilier deux opposants, bien que le mensonge compte parmi les plus grands péchés. Le noble Prophète (s) a dit : « Instaurez la réconciliation entre les gens, même par le mensonge. » De même, son Excellence (s) considère que le fait de réconcilier symbolise la meilleure des bienfaisances et des aumônes : « La meilleure des aumônes consiste à réconcilier deux personnes. »

 

4. Générer une influence positive

 

Avant l’apparition de l’islam, Makka était un lieu pollué et corrompu du point de vue moral et social. Cependant, cet endroit n’avait pas encore bénéficié de l’influence du noble Prophète (s). Son Excellence (s) était encore jeune, mais il disposait pourtant d’une raison, d’un jugement et d’une volonté solides. La réputation de son Excellence (s) ayant trait à ses excellentes dispositions a conduit les gens à avoir une totale confiance en lui et à venir le consulter à propos de leurs difficultés. Un exemple de la grandeur de la personnalité du noble Prophète (s) est illustré par le récit de l’installation de la pierre noire. Ce qui a entraîné les opposants à se fier à son Excellence (s) est dû au fait qu’il jouissait de la qualité de « gardien des dépôts »[3]. L’élégance et la qualité d’homme de confiance du Prophète (s) lui ont permis de jouer un rôle positif et déterminant pour réconcilier les tribus qui s’opposaient, ce qui a eu pour effet de modifier leur environnement.

 

5. Importance du leadership

 

La dimension de leader du noble Prophète (s), au sein de la famille comme au sein de la société, est riche de bien des enseignements. La qualité de leadership de son Excellence (s) est étonnante, que ce soit en temps de guerre comme en temps de paix, lorsqu’il fait face à des problèmes et à des situations sociales, ou lorsqu’il éduque les forces en présence par la piété. L’un des points importants de son leadership est sa manière de prendre des décisions en période de crise. Lors de l’incident de la pierre noire, les conditions étaient devenues anormales, les problèmes imprévus ont surgi subitement. Dans de telles conditions, les critères, les règles et les lois coutumières ne servent à rien. C’est pourquoi le problème ne peut être résolu que par la faculté de création du leader. Le noble Prophète (s), employant une méthode innovante associée au contrôle de la crise survenue, s’est efforcé d’en tirer le meilleur. Son comportement et son action sont ceux d’un leader, et son habileté est riche de beaucoup d’enseignements pour les tribus qui se trouvent là.

 

6. Jugement et sagesse

 

Le nom du noble Prophète (s) et sa conduite sont intimement liés à la notion de justice. Les caractéristiques du Prophète (s) influence les gens à le choisir comme juge lors de l’événement de la pierre noire. Le savoir, la sagacité, l’habileté, la bonne moralité et la clairvoyance de son Excellence (s) font que tous les opposants sont en définitive satisfaits de son action si bien qu’aucune des parties en présence n’a l’impression d’avoir été lésée. L’autre point important que doit respecter le bon juge, le juge juste, est le fait d’éviter de regarder du côté des riches et de pratiquer une discrimination. Lors de son jugement sans égal, son Excellence (s) n’expose aucun groupe ni aucun individu à la discrimination. En vérité, si le Prophète (s) avait, lors de cet événement, jugé en fonction d’une tribu particulière, que ce serait-il passé ? L’autre tribu aurait-elle été satisfaite ? Il est évident que les divergences se seraient renforcées et que le nœud se serait davantage resserré. C’est pourquoi ce n’est qu’à la lumière du sage jugement du noble Prophète que les divergences ont pu s’apaiser.



[1] Une ligne présente sur le sol de la mosquée sacrée, dans l’axe de l’angle sud-est dans lequel est fichée la pierre noire, délimite le début et la fin de la circumambulation. (Les notes sont du traducteur et les traductions des passages du Coran de Denise Masson.)

[2] Poème persan dont l’orateur est certainement Adam (as)…

[3] On pouvait lui confier un bien ou un secret avec la plus grande confiance. Des caravaniers par exemple lui confiaient leur fortune lorsqu’ils devaient s’absenter pour une longue période…

 

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