La rencontre de Mûsâ (as) et de Khidhr (as) selon les hadiths (1)

Parmi les récits intéressants de la vie de Mûsâ[1] (as) se trouve sa rencontre avec son Excellence Khidhr[2] (as).

 

Le discours de Mûsâ (as) et son péché véniel

 

Lorsque Pharaon et ses sujets sont noyés dans le Nil, les Banî Isrâ’îl[3], sous la conduite de son Excellence Mûsâ (as), sont victorieux après des années de lutte. Aussi, les rênes du pouvoir incombent à Mûsâ (as). S’adressant aux Banî Isrâ’îl, il prononce alors un discours en présence d’une immense assemblée (que l’on peut faire correspondre à la fête de la victoire). La réunion est particulièrement splendide. Un individu demande soudain à Mûsâ (as) : « Connais-tu quelqu’un qui soit plus savant que toi ? » Mûsâ (as) lui répond : « Non. » Dans un hadith rapporté par Ibn ‘Abbâs d’Abî ibn Ka‛b, nous lisons que l’Envoyé de Dieu (s) rapporte ceci : « Un jour, Mûsâ (as) prononce un discours parmi les Banî Isrâ’îl. Quelqu’un lui demande : ‘Qui est le plus savant à la surface de la terre ?’ Mûsâ (as) répond : ‘Je ne connais personne qui soit plus savant que moi.’ A ce moment, il est révélé à Mûsâ (as) : ‘Nous avons un serviteur, au confluent des deux océans, qui est plus savant que toi.’ Là, Mûsâ (as) demande à pouvoir rencontrer ce savant, et Dieu lui montre le moyen de parvenir à ce but. » Un hadith identique est rapporté de l’Imâm al-Sâdeq (as). En vérité, il s’agit d’un avertissement à Mûsâ (as) : en dépit de tout son savoir et de toute sa connaissance, il ne doit jamais se considérer comme le plus savant.

Et selon certains hadiths, suite à la révélation de la Thora et du dialogue direct entre Dieu et Mûsâ (as), Mûsâ (as) se dit : « Dieu n’a créé personne de plus savant que moi. » A ce moment, Dieu révèle à Jabra’îl (as) : « Rejoins Mûsâ (as) car il court à sa perte. » (C'est-à-dire : « Sous l’effet d’un état semblable à de l’égoïsme, il se trouve sur une pente qui l’éloigne de ses hautes dignités spirituelles, alors porte-lui assistance afin qu’il s’amende. » Jabra’îl (as) part rejoindre Mûsâ (as)…). Jabra’îl (as) descend auprès de Mûsâ (as) et lui délivre le message de Dieu. Dieu révèle à Mûsâ (as) : « Plus savant que toi, il est mon serviteur Khidhr (as), il se trouve actuellement dans le détroit où se rejoignent les deux mers, auprès d’un haut rocher. » Mûsâ (as) demande : « Comment puis-je parvenir auprès de lui ? » Dieu dit : « Prends un poisson et mets-le dans ton panier. Rends-toi en direction de ce détroit, et là où tu perdras le poisson se trouvera ce savant. » Mûsâ (as) comprend que ce commandement est dû à cette chimère qu’il nourrit dans son cœur. Sans attendre, il se met en route avec son compagnon, Yûsha‛ ibn Nûn (as), et ils parviennent au confluent des deux mers. Là, ils rencontrent Khidhr (as) occupé à adorer Dieu, Honoré et Glorieux. Badawî, dans son célèbre Tafsîr[4], rapporte l’événement de cette façon : « Mûsâ (as) dit à Dieu : ‘Lequel de Tes serviteurs aimes-Tu le plus ?’ Il est alors révélé : ‘Celui qui fait Ma mention et ne M’oublie pas.’ Mûsâ (as) dit : ‘Lequel de Tes serviteurs est supérieur aux autres du point de vue du jugement ?’ Dieu dit : ‘Celui qui juge de droit et qui ne suit pas les désirs de son âme.’ Mûsâ (as) dit : ‘Lequel de Tes serviteurs est le plus savant ?’ Il dit : ‘Celui qui ajoute le savoir des autres à son propre savoir.’ Il est probable qu’au sein de cette conversation, Il lui ait répondu qu’il sera guidé par lui[5], ou bien ramené par lui vers un état plus convenable. Mûsâ (as) demande : ‘Comment le trouver ?’ Il lui est révélé : ‘Mets un poisson dans ton panier, mets-toi en route et là où tu perdras le poisson, tu trouveras Khidhr (as).’ »

 

Mûsâ (as) à la recherche du maître

 

Mûsâ (as) aime le savoir. Il dit : « Je n’abandonnerai pas ma quête tant que je ne serai pas parvenu au confluent des deux mers, même si je dois cheminer durant une très longue période. » (Voir Coran, sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 60). Mûsâ (as) se choisit un ami, un compagnon de voyage. Il s’agit de cet homme vaillant et courageux, doué de foi, comptant parmi les Banî Isrâ’îl, il se nomme Yûsha‛ ibn Nûn (as). Mûsâ (as) met un poisson dans son panier, fait quelques provisions et se met en route vers le confluent des deux mers, en compagnie de Yûsha‛ (as). Lorsqu’ils y parviennent, ils se reposent un peu auprès d’un rocher. Là, Mûsâ (as) et Yûsha‛ (as) oublient le poisson qu’ils ont avec eux. Plus tard, il apparaît que le poisson, atteint miraculeusement par des gouttes d’eau, tombe à l’eau dans ce détroit, et disparaît. (Voir Coran, sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 61) Mûsâ (as) et son compagnon poursuivent leur route. La longueur du chemin et du voyage les fatigue et leur donne faim. Là, Mûsâ (as) se souvient qu’ils ont apporté de la nourriture avec eux. Il dit à Yûsha‛ (as) : « Apporte notre nourriture car ce voyage nous a fortement fatigués. » Yûsha‛ (as) dit : « Te souviens-tu lorsque nous nous sommes abrités auprès de ce rocher ? J’ai oublié de te dire alors ce qui est arrivé au poisson, et c’est Shaytân[6] qui m’a fait l’oublier. Le poisson a d’une manière étrange repris son chemin dans la mer, et a disparu. » Comme il a été dit à Mûsâ (as) que cet événement représente un signe en rapport avec la quête du savant, Mûsâ (as) réalise ce qui se passe et dit : « C’est là ce que nous cherchions. Retournons-y. » Ils retournent alors à cet endroit et se mettent à chercher le savant. Lorsqu’ils parviennent au détroit, ils y trouvent son Excellence Khidhr (as) (Voir Coran, sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 62-65). Dans un hadith du Prophète (s), il est rapporté que lorsque Mûsâ (as) rencontre Khidhr (as) auprès de la mer, un oiseau apparaît devant eux, et prend une goutte de l’eau de la mer dans son bec. Khidhr (as) demande à Mûsâ (as) : « Sais-tu ce que dit cet oiseau ? » Mûsâ (as) dit : « Que dit-il ? » Khidhr (as) répond : « Il dit : ‘J’en jure par le Seigneur des cieux et de la terre, votre savoir à tous deux, face au savoir de Dieu, ne représente rien de plus que la valeur de cette goutte d’eau que j’ai prise dans mon bec de cette vaste mer.’ » (Bihâr al-Anwâr, Vol. 13, p. 302). Dans un autre hadith nous pouvons lire : « Cet oiseau, plus petit qu’un moineau, de l’espèce des hirondelles, dit : ‘Votre savoir, à l’égard du savoir de Mohammad (s), équivaut à la valeur de l’eau que j’ai prise dans mon bec par rapport à la mer.’ » Quoi qu’il en soit, après lui avoir demandé comment il se portait, Mûsâ (as) demande à Khidhr (as) : « Puis-je te suivre afin que tu m’enseignes ce qui t’a été enseigné, pour gagner en maturité et comprendre ce qui convient ? »

Khidhr (as) : « Jamais tu ne pourras patienter et supporter ma compagnie, et comment pourrais-tu être patient face à des secrets dont tu n’as pas la connaissance ? »

Mûsâ (as) : « Si Dieu le veut je serais patient, et en aucun cas je ne te désobéirai. »

Khidhr (as) : « Alors, si tu veux me suivre, ne m’interroge sur rien, je te donnerai des explications en temps voulu. » Mûsâ (as) renouvelle alors sa promesse de faire preuve de patience lorsqu’il se mettra en route avec le maître, et les voilà tous deux partis. (Voir Coran, sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 66-71).

 

Mûsâ (as) est le témoin de trois événements étranges

 

Mûsâ (as), Yûsha‛ (as) et Khidhr (as) se rendent sur le rivage marin et embarquent à bord d’un bateau plein de voyageurs. Malgré cela, les propriétaires les laissent monter à bord. Après que le bateau ait quelque peu navigué, Khidhr (as) se lève et fait une brèche dans un coin de l’embarcation. Ensuite, il rebouche cette brèche avec du tissu et de la glaise pour empêcher l’eau de pénétrer. A la vue de ce spectacle indigne, et qui plus est dangereux pour la vie des passagers, Mûsâ (as) s’emporte violemment et dit à Khidhr (as) : « As-tu percé le bateau pour noyer les passagers ? En vérité, quel acte détestable as-tu commis ! » Son Excellence Khidhr (as) lui répond : « Ne t’avais-je pas dit que tu ne serais pas capable de patienter et de supporter ma compagnie ? » Mûsâ (as) dit : « J’ai fait preuve d’oubli à cause de cela, ne me renvoie pas et ne me tient pas rigueur de cette objection. » Khidhr (as) passe donc sur cela, ils débarquent du bateau et reprennent leur route. En chemin, Khidhr (as) voit un enfant qui joue avec des petits enfants. Il se jette sur lui, l’attrape et le tue.

A la vue de ce spectacle effrayant, Mûsâ (as) ne résiste pas et dit à Khidhr (as) avec colère : « Tu tues un être innocent qui n’a pas même commis de meurtre ? En vérité tu as accompli un acte vil. » Mûsâ (as) est tellement révolté par ce qu’il vient de voir qu’il se rue sur Khidhr (as), se saisit de lui et le jette à terre en lui disant : « Pourquoi as-tu fait cela ? » Khidhr (as) lui répond : « Ne t’avais-je pas dit que tu ne serais pas capable de patienter et de supporter ma compagnie ? »

Mûsâ (as) dit : « Si après cela je t’interroge encore à propos de quelque chose, alors ne me garde plus en ta compagnie, tu seras dispensé de ma présence. »

Ils se remettent alors en route et, à la nuit tombée, ils atteignent une cité nommée Nâsara[7]. Ils demandent de la nourriture et de l’eau aux gens de la place, mais les habitants de Nâsara ne leur donnent rien à manger et ne les invitent pas à séjourner chez eux. Là, Khidhr (as), voyant un mur sur le point de s’écrouler, dit à Mûsâ (as) : « Avec la permission de Dieu, lève-toi et relevons ce mur. » Ce qu’il se met lui-même à faire.

Mûsâ (as) est fatigué, éreinté, il a faim. Et plus encore, il a le sentiment que sa haute dignité et celle de son maître ont été bafouées par le comportement indigne des habitants de cette cité, or voilà que Khidhr (as) se met à relever un mur de cette même cité ! Une nouvelle fois, il oublie complètement son engagement et se remet à protester, mais il le fait cependant d’une façon plus légère, plus modérée que précédemment. Il dit : « Tu aurais pu prendre un salaire pour cela ! » C’est là que Khidhr (as) finit par dire à Mûsâ (as) : « Voici venu pour moi le moment de me séparer de toi, mais je vais à présent t’expliquer les secrets à cause desquels tu n’as montré aucune patience. » (Voir Coran, sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 71-78).

Selon un hadith, le Prophète (s) a dit : « Que Dieu soit miséricordieux pour mon frère Mûsâ (as), s’il avait pu le supporter, il aurait vu les plus étranges des choses. » Il a également dit : « S’il avait patienté, il aurait vu mille étrangetés. » On rapporte de l’Imâm al-Sâdeq (as) : « Si Mûsâ (as) avait patienté et supporté, ce savant (Khidhr (as) lui aurait montré soixante-dix événements étranges. » Il a également été rapporté : « On demanda à Mûsâ (as) : ‘Quel a été l’événement le plus difficile de ta vie’ Mûsâ (as) répondit : ‘Aucune des difficultés que j’ai connues (dont l’époque de Pharaon et celle du pouvoir assumé par les Banî Isrâ’îl, avec toutes les souffrances occasionnées) n’ont été aussi douloureuses que lorsque Khidhr (as) m’a annoncé qu’il allait se séparer de moi, me privant ainsi de ses savoirs.’ »

Mûsâ (as) ne répond rien, il comprend qu’il n’est pas en mesure d’accompagner Khidhr (as), ni de patienter face à ses actions étranges et de les supporter.

 

Les explications de Khidhr (as) au sujet de ces trois événements

 

Son Excellence Khidhr (as) révèle ainsi à Mûsâ (as) ce que sont les secrets des trois événements étranges dont il a été témoin : « Cependant, ce bateau appartenait à un groupe de nécessiteux qui s’en servaient pour travailler en mer. J’ai voulu l’endommager et ainsi le sauver de la convoitise du tyran, parce que juste derrière eux se trouve le roi injuste, qui confisque toutes les embarcations en bon état. Ainsi, le dégât je l’ai causé parce que je voulais que le bateau demeure entre les mains de ses propriétaires. En ce qui concerne le garçon, son père et sa mère sont des gens de foi, et je craignais qu’il ne les livre à la révolte et à la mécréance, c’est pourquoi j’ai souhaité que leur Seigneur leur fasse don à sa place d’un fils plus pur et plus aimant. En ce qui concerne le mur, il appartient à deux jeunes orphelins de cette cité. Un trésor leur revenant est caché sous ce mur. Leur père était un homme juste et ton Seigneur voulait qu’ils atteignent leur puberté pour déterrer le trésor. Cette miséricorde vient de ton Seigneur. J’ai redressé le mur pour que sa base demeure recouverte, que le trésor ne sorte pas de terre et qu’il ne tombe pas entre les mains d’étrangers, je n’ai pas accompli ces actions de mon propre chef. Voici les secrets des actes que tu n’as pas pu supporter. » (cf. Coran, sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 79-82) Mûsâ (as) est satisfait par les explications de son Excellence Khidhr (as).

(à suivre)



[1] Moïse (as). (Les notes sont du traducteur et les traductions des passages du Coran de Denise Masson).

[2] Il est également orthographié Khizr, ou Khezr (d’après la prononciation persane). C’est un personnage énigmatique. On ne sait dans quelle catégorie le placer. Il échappe à la classification de prophète, d’Imâm, de Wali ou même de Hanif. Certains le rapprochent de la figure du roi de Salem, de celle de Melchisédech… Lire à son sujet l’excellent article d’Amélie Neuve-Eglise paru dans la Revue de Téhéran n° 26 (janvier 2008) : http://www.teheran.ir/spip.php?article70.

[3] Les fils d’Isrâ’îl (Israël), autre nom de Ya‛qûb/Jacob (as), c'est-à-dire les Juifs.

[4] Commentaire du Coran.

[5] Khidhr (as).

[6] Satan.

[7] Nazareth. Au gré des hadiths, différentes hypothèses sont avancées quant au nom de cette cité, sans qu’il soit possible d’unifier les différentes possibilités.

 

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