La rencontre de Mûsâ (as) et de Khidhr (as) selon les hadiths (2)

La recommandation de Khidhr (as) et l’écrit sur la tablette du trésor

 

Au moment où Khidhr (as) se sépare de Mûsâ (as), Mûsâ (as) lui dit : « Ordonne-moi, exhorte-moi. » Khidhr (as) lui dit alors plusieurs choses, notamment ceci : « Il se trouve trois choses que tu dois éviter et dont tu dois te tenir éloigné : 1. L’opiniâtreté 2. Le fait de marcher sans but et sans intention 3. Le fait de rire sans être étonné. Tiens le compte de tes erreurs et évite de rechercher celles des autres. » Shaykh Sadûq rapporte de l’Imâm al-Sâdeq (as) : « Lorsque Mûsâ (as) s’apprête à se séparer de Khidhr (as), il se tourne vers son Excellence et lui dit : ‘Donne-moi un conseil.’ Parmi les conseils que Khidhr (as) donne à Mûsâ (as) se trouve le fait d’éviter l’opiniâtreté, d’agir sans avoir d’objectif, de rire sans raison, ainsi que de prendre en compte ses propres erreurs et d’éviter de parler de celles des autres. » Dans un autre hadith que Shaykh Sadûq rapporte de l’Imâm al-Sajjâd (as), il est dit : « La dernière recommandation que Khidhr (as) fait à Mûsâ (as) est celle-ci : ‘Ne blâme personne pour son péché et sache que les choses que Dieu préfère sont au nombre de trois : la modération du riche, la clémence du fort et la modération envers les serviteurs de Dieu. Il ne se trouve personne en ce monde qui fasse preuve de modération sans que Dieu, Honoré et Glorieux, ne fasse avec lui preuve de modération au Jour du Jugement dernier. La base de la sagesse est la crainte de Dieu, Béni et Exalté.’ »

On rapporte de l’Imâm al-Rezâ (as) que le trésor caché sous le mur est une tablette en or sur laquelle est écrit : « Grâce au Nom de Dieu, le Très-Miséricordieux, le Tout-Miséricordieux, et Mohammad (s) est l’Envoyé de Dieu. Je suis étonné de voir que celui qui a la certitude de la mort puisse se réjouir comme un homme ivre. Comment fait-il ? Je me demande comment celui qui a la certitude du Jugement dernier et de la destinée divine peut être triste ? Je me demande comment celui qui observe ce monde et ses changements affectant ses habitants puisse lui faire confiance ? Il convient que celui qui est négligent à l’égard de Dieu n’accuse pas Dieu le Très-Haut sur Son jugement, et ne Le cite pas concernant la lenteur et le retard de l’arrivée de sa subsistance quotidienne. »

 

Divergences apparues dans les hadiths à propos de l’histoire de Mûsâ (as) et de Khidhr (as)

 

‘Allâmeh Tabâtabâ’î écrit dans le Tafsîr al-Mîzân : « Dans le Tafsîr Al-Burhân, Ibn Bâbûwey[1] rapporte lui-même de Ja‛far ibn Mohammad ibn ‘Imâra, qui le rapporte de son père, qui le rapporte de Ja‛far ibn Mohammad[2] (as), qui a dit au cours d’un hadith : 'Lorsque Dieu a parlé à Mûsâ (as), Il lui a révélé la Thora, et sur les Tables Il l’a exhorté et lui a fait le récit détaillé de toute chose, Il a placé un prodige dans sa main, Il a placé un prodige dans sa canne et a fait s’écouler de sa main des prodiges, lors de la tempête, avec la sauterelle, la grenouille, le gros lézard, le sang, la séparation en deux de la mer, la noyade de Pharaon et de son armée. Doté d’une nature humaine, il s’est dit : ‘Je ne pense pas que Dieu ait créé quelqu’un de plus savant que moi.’ Dès que cette chimère est apparue dans son cœur, Dieu, Honoré et Glorieux, a révélé à Jabra’îl (as) : ‘Rejoins Mon serviteur avant qu’il ne soit perdu (sous l’effet du ‘ujb[3] / عجب) et dis-lui qu’au confluent des deux mers se trouve un ermite ; il doit partir à sa recherche et apprendre auprès de lui.’ 

Jabra’îl (as) descend auprès de Mûsâ (as) et lui délivre le message de Dieu. Mûsâ (as) comprend que cet ordre provient de cette chimère qu’il nourrit en son cœur. Il se met sans tarder en chemin, accompagné par Yûsha‛ ibn Nûn (as), et ils atteignent ensemble le confluent des deux mers. Là, ils rencontrent Khidhr (as) qui est occupé à adorer Dieu le Glorifié. Le noble Coran dit à ce sujet : ‘Ils trouvèrent un de nos serviteurs à qui nous avions accordé une miséricorde venue de nous et à qui nous avions conféré une Science émanant de nous.’ (sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 65). »

‘Ayyâshî rapporte ce récit dans son Tafsîr, par deux voies. Qommî également le rapporte par deux voies ; l’une provenant d’une chaîne de transmission et l’autre non. Al-Durr al-Manthûr le rapporte par différentes voies provenant de gens comme Bukhârî, Muslim, Nisâ’î, Tirmidhî et d’autres, qui le rapportent d’Ibn ‘Abbas et d’Ibn Abî Ka‛b, qui le rapportent de l’Envoyé de Dieu (s). Tous les hadiths rapportés sur ce sujet concordent ; nous-mêmes avons cité le hadith de Mohammad ibn ‘Imâra. Ils concordent même sur le fait que le poisson qu’ils avaient avec eux s’est animé sur le rocher, a repris son chemin dans la mer et a disparu.[4] Cependant, ils divergent concernant quantité de détails qui viennent s’ajouter au récit présent dans le Coran. L’un des sujets concernés apparaît dans un hadith transmis par Ibn Bâbûwey et par Shaykh Qommî qui prétend que le confluent des deux mers (majma‛ al-bahrayn / مجمع البحرين) se situe en Syrie[5], en Palestine. L’indice donné dans le hadith est que le mur que ces deux personnages ont redressé se trouve à Nâsara / Nazareth, une ville de la région. Cependant, d’autres hadiths situent le confluent des deux mers en Azerbaïdjan. Nous retrouvons  cette interprétation dans le Durr al-Manthûr, qui précise : « Ces deux mers sont le Kura et l’Aras[6] qui se jettent dans la mer, et la ville mentionnée dans le récit est Bâjarwân, dont les habitants avaient la réputation d’être particulièrement avares et vils. » Abî rapporte que cette ville est une cité d’Ifrîqiyya[7], tandis que Qarazî rapporte qu’il s’agit de Tanger. On sait de Qatâda, que le confluent des deux mers est le lieu où se rejoignent la mer Méditerranée et le golfe Persique[8]. Le poisson est également source de divergences. Certains hadiths relatent que le poisson est grillé. Dans la plupart des autres hadiths, il est dit que le poisson est salé. Dans un hadith de Qommî et les hadiths de Muslim, Bukhârî, Nisâ’î, Tirmidhî et d’autres, on peut lire que le poisson recouvre la vie auprès de la dalle de pierre dont s’écoule la source de la vie. Il est même indiqué dans des hadiths de Muslim et d’autres, que l’eau en question[9] provient de la source de la vie : tout individu qui en boit vivra éternellement et aucun mort, aucun cadavre ne s’en approche sans recouvrer la vie. C’est pour cette raison que, lorsque Mûsâ (as) et son ami se sont assis auprès de cette source, le poisson revient à la vie…

Un autre hadith nous dit : « L’ami de Mûsâ (as) a fait ses ablutions dans cette eau et une goutte a atteint le poisson et lui a rendu la vie. » Un autre hadith rapporte que Yusha‛ (as) boit de cette eau alors qu’il n’a pas le droit d’en boire. Khidhr (as) le voit avec Mûsâ (as), et pour le crime d’avoir bu de cette eau, il attache Yusha‛ (as) dans un bateau, qu’il laisse à la dérive. Celui-ci voguera dans la houle marine jusqu’au Jour du Jugement dernier. Dans un autre hadith, il est dit que Khidhr (as) boit de cette eau qui jaillit de la source de la vie, auprès du rocher – ce fait n’est pas mentionné dans les autres hadiths. Parmi les divergences concernant ce récit, les quatre recueils de hadiths que sont les Sahîh[10] de Muslim, Bukhârî, Nisâ’î et Tirmidhî, ainsi que d’autres recueils, nous apprennent que le poisson tombe à la mer et y reprend son chemin, puis Dieu le Très-Haut fait passer de l’eau sur le poisson et celui-ci se trouve emprisonné dans une parcelle d’eau ayant pris la forme d’une bulle fermée[11]… D’autres hadiths rapportent qu’après être rentré de son voyage avec Khidhr (as), Mûsâ (as) voit le sillage du poisson et se met à le suivre. Là où le poisson se rend, Mûsâ (as) se rend également, sur l’eau, jusqu’à ce qu’ils atteignent l’une des îles du golfe Persique. Dans un hadith rapporté d’Ibn ‘Abbâs par Bûkhârî, nous lisons que Mûsâ (as) revenu auprès de la dalle de pierre, voit le poisson. Le poisson tente de fuir. Il s’agite dans l’eau en tous sens et se jette à la mer. Ensuite, Mûsâ (as) le suit. Il frappe l’eau de sa canne et l’eau s’écarte afin qu’il puisse l’attraper. Dès lors, où que le poisson se rende dans la mer, le lieu s’assèche et se transforme en dalle de pierre. Certains hadiths ne comportent pas ce passage. Une autre divergence porte sur le lieu de la rencontre avec Khidhr (as). Dans la plupart des hadiths, on lit que Mûsâ (as) voit Khidhr (as) auprès de la dalle de pierre. Dans d’autres, il est dit qu’il poursuit le poisson pour l’attraper, qu’il parvient ainsi à l’une des îles de la mer et que c’est là qu’il rencontre Khidhr. D’autres encore précisent que lorsqu’il l’aperçoit, il est assis sur l’eau, ou s’y appuie. Une autre divergence concerne le fait de savoir si l’ami de Mûsâ (as) est avec lui et avec Khidhr (as) ou s’ils l’ont laissé vaquer à ses occupations.

 

D’autres divergences portent sur la qualification du trou pratiqué dans le bateau, la façon dont est tué le garçon, la manière dont le mur est redressé et comment le trésor est caché en dessous. Cependant, la plupart des hadiths relatent que le trésor en question est une tablette en or sur laquelle sont gravées plusieurs exhortations. Quant au père juste, nous trouvons dans la plupart des hadiths qu’il s’agit du père de ces deux enfants, tandis que d’autres prétendent que c’est un aïeul séparé par dix générations, et dans d’autres encore par sept générations. Des hadiths disent même que soixante-dix générations séparent ces enfants de ce père juste. D’autres encore disent qu’ils sont séparés par sept cents ans. Il existe encore d’autres divergences de ce genre concernant ce récit.

Dans le Tafsîr Qommî, il est rapporté par Mohammad ibn Bilâl, qui le rapporte lui-même de Yûnis, que dans une lettre adressée à l’Imâm al-Rezâ (as), on lui demande qui est le plus savant entre Mûsâ (as) et ce savant qu’il est allé rendre visite ? On lui demande également s’il est licite qu’à côté d’un prophète comme Mûsâ (as), qui était lui-même l’Argument de Dieu [sur la terre], se trouve un autre Argument à la même époque ? Son Excellence Al-Rezâ (as) répond : « Mûsâ (as) se rend auprès de ce savant et le rencontre sur l’une des îles de la mer, alors qu’il était ou assis, ou appuyé [sur / contre quelque chose]. Mûsâ (as) le salue, mais il ne comprend pas le sens du salut, car il n’est pas ordinaire, en tout point de la terre, de saluer. Khidhr (as) demande :

‘Qui es-tu ?’

Mûsâ (as) répond : ‘Je suis Mûsâ ibn ‘Imrân.’

‘Es-tu le Mûsâ ibn ‘Imrân auquel Dieu s’est adressé ?’

‘Oui.’

‘Que désires-tu ?’

‘Je suis venu afin que tu m’enseignes cette voie droite qui t’a été enseignée.’

‘Je suis le mandataire d’ordres que tu ne peux supporter, de même que tu es tenu par un ordre que je ne peux supporter…’ » 

Ce dialogue est rapporté dans d’autres hadiths, tant par la voie shiite que sunnite. Dans le Durr al-Manthûr, Hâkim rapporte d’Abî – considérant ce hadith comme sûr – que l’Envoyé de Dieu (s) a dit : « Lorsque Mûsâ (as) voit Khidhr (as), un oiseau arrive et trempe son bec dans l’eau. Khidhr (as) dit à Mûsâ (as) : ‘Comprends-tu ce que cet oiseau veut dire en faisant cela ?’

‘Que dit-il ?’

‘Il dit : Ton savoir et le savoir de Mûsâ (as), à l’égard du savoir de Dieu, sont pareils à cette petite quantité d’eau que j’ai avec mon bec prélevée dans la mer.’ »

Dans le Tafsîr ‘Ayyâshî, Hishâm ibn Sâlim rapporte d’Abû ‘Abdallâh[12] (as) : « Mûsâ (as) est plus savant que Khidhr (as). » Dans le même livre, Abû Hamza rapporte de l’Imâm al-Sâdeq (as) : « Yûsha‛ ibn Nûn (as) est le successeur de Mûsâ (as), et c’est de lui qu’il s’agit lorsque le mot fitya / فتي apparaît dans le Coran. » Toujours dans le même ouvrage, ‘Abdallâh ibn Maymûn al-Qaddâh rapporte de l’Imâm al-Sâdeq (as), qui le rapporte de son père (as) : « Un jour, Mûsâ (as) est assis parmi des personnalités des Banî Isrâ’îl, lorsqu’un homme lui demande : ‘Je ne vois personne qui soit plus savant que toi.’ Musâ (as) dit à son tour : ‘Moi non plus, je n’en connais pas.’ Dieu lui révèle alors : ‘Mon serviteur Khidhr (as) est plus savant que toi à propos de Moi.’ Mûsâ (as) demande alors qu’on lui indique le chemin (pour le trouver). L’histoire du poisson est un signe convenu entre Mûsâ (as) et Dieu, permettant de trouver Khidhr (as), et dont le récit est relaté dans le noble Coran. »



[1] Ibn Bâbûwey (on dit également Ibn Bâbûya) est le père de Shaykh Sâdûq. Son tombeau se trouve à Qom. On y trouve la reproduction, sur un mur, d’une lettre qu’il a reçue de l’Imâm Hasan al-‘Askarî (as), lui annonçant la naissance d’un fils illustre dans le domaine du savoir. (Les notes sont du traducteur et les traductions des passages du Coran de Denise Masson).

[2] L’Imâm Ja‛far al-Sâdeq (as).

[3] Amour-propre, vanité, orgueil.

[4] C’est bien naturel puisque c’est là la lettre du Coran…

[5] L’ancienne Syrie, qui comprend le territoire aujourd’hui occupé par la Syrie actuelle, le Liban, la Jordanie, la Palestine et Israël.

[6] Deux fleuves qui se jettent dans la mer Caspienne.

[7] Ancienne région, héritée d’une province romaine et qui correspond aujourd’hui à la Tunisie, au Constantinois algérien et à la Tripolitaine libyenne.

[8] Ce qui n’en dit pas beaucoup plus…

[9] Celle qui a rendu la vie au poisson.

[10] Les Sahîh sont des recueils de hadiths dits authentiques, sûrs. Les quatre Sahîh cités représentent pour les sunnites la base de la Sunna. D’autres recueils viennent ensuite, avec des hadiths faisant davantage l’objet de divergences, voire de doutes. Le corpus des hadiths shiites est beaucoup plus volumineux parce qu’il contient les paroles rapportées des quatorze Ma’sûmîn / Impeccables (as) et non celles du Prophète (s) seul. En réalité, la quasi-totalité des paroles des Ma’sûmîn (as) sont attribuées au Prophète Mohammad (s), et rapportées par Fâtima (as), ‘Ali (as) et leurs descendants. Les quatre Sahîh ne contiennent qu’une dizaine de hadiths rapportés par Fâtima (as), ‘Ali (as), Hasan (as) et Hosayn (as), mais ils en présentent des centaines rapportés par un compagnon de la dernière heure, ce qui est douteux pour les shiites. Quoi qu’il en soit, lorsque les shiites avancent quelque chose, ils se réfèrent souvent aux quatre Sahîh, pour s’assurer de ne pas être mis en doute…

[11] C’est étrange : ce hadith lui attribue le même sort que Yûsha‛ (as), après qu’il ait bu de l’eau à la source de la vie. Comme si les êtres à y avoir accès devaient ensuite rester isolés…

[12] L’Imâm al-Hosayn (as).

 

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