Un cœur sain, capital pour l’Au-delà, lieu de manifestation de la lumière de l’unité divine

Dans la sourate 26 intitulée Al-Shu’arâ (Les Poètes), dans les versets 88 et 89, le Coran dit au sujet de l’importance d’avoir un cœur pur et de son effet au Jour de la résurrection : « Au Jour où ni biens ni fils à rien ne serviront, mais seulement de venir à Dieu d’un cœur intègre. » Qu’est-ce qu’un cœur sain (qalbun salîm) ou "cœur intègre", comme le traduit Jacques Berque ? En quoi consiste cette santé du cœur ? Dans le fait qu’il ne contienne rien d’autre que Dieu, qu’il ne soit pas la demeure d’autre que Dieu. Le moindre être autre que Dieu qui s’y installerait serait une maladie.

Dans la grande compilation de tradition chiite, intitulée Al-Kâfî[1] (Le Livre suffisant), il est rapporté que ‘Alî ibn Ibrâhîm, selon une chaîne de transmetteurs, rapporte avoir entendu de Sofyân ibn ‘Uyaynah[2] qu’il aurait dit : « J’ai interrogé l’Imâm al-Sâdiq[3] (as) au sujet de la signification du verset : « …mais seulement de venir à Dieu d’un cœur intègre. » L’Imâm me répondit : « Le cœur sain est celui avec lequel il rencontre son Seigneur, sans qu’il s’y trouve nul autre que Lui. Tout cœur dans lequel il y a de l’associationnisme ou du doute est un cœur qui a chuté en dessous du niveau de la bonne santé. Les hommes ont été appelés à pratiquer l’ascèse à l’égard du monde afin de libérer leurs cœurs de toute attache mondaine et de les préparer pour l’Au-delà et la rencontre avec Dieu. »[4] Un cœur vidé de ce qui est autre que Dieu est prêt pour voir le lever de la lumière de l’unité divine, et devenir le lieu de l’illumination des lumières divines et des épiphanies transcendantes.



[1] Il s’agit d’Abû Ja’far Muhammad ibn Ya’qûb Ibn Ishâq al-Kulayni (864-941), le célèbre traditionniste du chiisme duodécimain. Il doit sa réputation à son livre Al-Osûl min al-Kâfî, première source de hadiths du Prophète de l’islam (s) et des Imâms de sa noble Famille (as).

[2] (En arabe : ابو محمد سفيان بن عيينة بن ميمون الهلالي الكوفي‎) Abu Muhammad Sufyân ibn ‘Uyaynah ibn Maymun al-Hilâli al-Kufi (725-815), éminent traditionniste et jurisconsulte de Mekka. Enseigna à La Mecque. Al-Shafi’i a dit : « S’il n’y avait Malik et Sufyân, la science aurait disparu du Hijâz. » Auteur de nombreux ouvrages.

[3] (En persan : Ja’far -e Sâde جعفر صادق ) (en arabe et en persan, sâdeq veut dire "le véridique"). Fondateur de la première école de l'Islam appelée école Ja'farite (al-mazhab al-ja’farî), Abû ‘Abdillâh Ja’far ibn Muhammad al-Sâdiq est né à Médine en 702 et mort en 765. L’Imâm Ja'far est le 6ème Imâm du chiisme ismaélien aussi bien que duodécimain, descendant de l’Imâm 'Alî et de Fâtima (as) la fille de l’Envoyé de Dieu (s). Son rôle durant la période formative du droit musulman fut considérable. Il fut le maître de plusieurs juristes sunnites de renom.

[4] Usûl al-Kâfi, volume 2, chapitre de la Pureté, p. 16.