La manifestation des actes et leur rétribution à la Résurrection

Parmi les grandes questions qui préoccupent les grands esprits de l’islam et sur laquelle ils reviennent souvent figure celle de la forme de la rétribution des bonnes actions au Jour de la résurrection. Cette question se pose entre autres sous la forme suivante : est-ce que la récompense que recevront les humains au Jour de la résurrection consistera en quelque chose de provenance extérieure, ou bien consistera-t-elle dans la corporisation ou la matérialisation dans l’Au-delà de leurs actes ici-bas, en tant que récompense et rétribution de leur effort et de leur mérite ?

Il ressort des sens des versets coraniques et des traditions transmises par les Imâms immaculés de la Famille du Prophète (as) que la rétribution des œuvres ne consiste pas en quelque chose d’externe, mais simplement de la matérialisation, de la manifestation physique des propres actes de chacun des êtres concernés, sous la plus belle des formes. Un grand penseur comme Mollâ Sadrâ Shîrâzî[1] qui vécut au XVIIème siècle a apporté la démonstration de cela, dans son célèbre ouvrage intitulé Al-Asfâr[2] (Les quatre voyages initiatiques), ainsi que dans les autres livres de sa composition.

Par conséquent, les hommes ne pourront pas faire de réclamation à Dieu ou essayer d’argumenter contre Lui, exalté soit-Il. Au contraire, l’argument de Dieu sera manifesté dans toute sa splendeur et dans toute sa force, comme il l’a toujours été dans ce monde. Le Paradis et l’Enfer ne seront que la matérialisation des œuvres accomplies ici-bas, qui se manifesteront dans la forme intensive et riche des plaisirs et des délices extrêmes pour les croyants, et dans les tourments extrêmes pour les réprouvés.

« Et ton Seigneur n’est pas injuste envers Ses serviteurs. » (sourate Fussilat (Les versets détaillés) ; 41 : 46).

Dans la mesure où l’homme verra que le combustible de son enfer sera composé de ses mauvaises actions, de ses mauvaises intentions, de ses mauvaises pensées et que le paradis ainsi que l’agrément divin qui est encore plus grand, ne sont que la matérialisation de ses pensées pures, de sa sincérité de son dévouement, de quoi pourra-t-il se targuer pour se plaindre à Dieu, et comment pourra-t-il prétendre Lui demander des comptes ? Il verra que la justice en intrinsèque à nos actes. Nous nous faisons justice nous-mêmes, en faisant le choix d’accomplir tel acte et de ne pas accomplir tel autre.

Dans l’invocation qu’il enseigna à son disciple Kumayl ibn Ziyâd al- Nakh’î[3], l’Emir des croyants, 'Alî ibn abî Tâlib[4] (as), s’adresse en ces termes à la Présence divine : « A Toi revient le droit de me demander des comptes en tout cela, et je n’ai aucun droit de réclamation en ce en quoi Ton décret s’est appliqué contre moi. »



[1] (en arabe :صدرالدین محمد ابن ابراهیم ابن یحیی الشیرازی  ) Sadr al-Dîn Muhammad ibn Ibrâhîm ibn Yahya al-Qawamî al- Shîrâzî connu sous le nom de Mollâ Sadrâ surnommé aussi Sadr al-Muta’alihîn, est un philosophe iranien de l’époque safavide, né à Shîrâz en 1571 et mort en 1640. Il connut ses premiers maîtres en philosophie à Ispahan. Il est surtout connu comme l’auteur du livre Les Quatre Voyages de l’Esprit (Kitâb al-asfâr al-arba’a).

[2] Al-Asfâr  signifie "les voyages". Le titre complet est Al-Hikmat al-muta’âliya fi al-asfâr al-arbâ’a. C’est un vaste ouvrage de Mollâ Sadrâ.

[3] (en arabe :كميل بن زياد النخعي ) Il est surtout connu parce que la tradition chiite a mis en son nom la belle invocation (do’â) que l’Emir des Croyants lui avait apprise. Le Do’â-ye Komayl est généralement lu en groupe, la veille du vendredi, pour édifier les fidèles. Cette prière est si aimée que les pèlerins chiites venus du monde entier à La Mecque la pratiquent même pendant la période du pèlerinage.

[4] 'Alî ibn abî Tâlib (as), cousin, gendre et héritier spirituel du Prophète Mohammad (s), grand guerrier et héros de l’islam, premier Imâm du chiisme et quatrième calife du sunnisme.