L’initiation d’Adam aux noms de la part de Dieu (3)

L’enseignement immédiat des réalités à l’homme parfait

 

Dans les récits de la vie d’Adam (as), nous avons étudié la relation entre l’homme et les anges. La connaissance des Noms divins dont ont bénéficié les anges à travers l'initiation reçue de l’homme parfait et les sciences que les hommes ont reçues par l’intermédiaire des anges constituent un élément considérable de l’analyse de cette relation entre les deux espèces douées de raison. Après que Dieu, exalté soit-Il, eut informé les anges de Son intention de créer l’homme, les anges lui répondirent : « Ils dirent : “Vas-Tu y désigner un qui y mettra le désordre et répandra le sang, quand nous sommes là à Te sanctifier et à Te glorifier ? ” - Il dit : “En vérité, Je sais ce que vous ne savez pas ! ”. » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 30).

Les anges ont voulu dire en substance : « Ton lieutenant doit faire partie de ceux qui proclament Ta transcendance et Ta sainteté, et nous sommes plus dignes de cette fonction ». En réponse au propos des anges qui consiste en fait en une pure interrogation et non en un déni ou en une contestation, Dieu exalté soit-Il, leur a répondu en substance : dans cette œuvre, réside un secret que vous ne savez pas, et que Moi Je connais. Ce que Dieu connaît et que les anges ne connaissent pas, c’est l’indice suivant dans le verset : « Le Mystère des cieux et de la terre ».

« Puis quand celui-ci les eut informés de ces noms, Allah dit : “Ne vous ai-Je pas dit que Je connais les mystères des cieux et de la terre… ? » (Idem, 2 : 33)

Il veut dire : Je connais quelque chose qui est absent, occulté aux cieux et à la terre. Parce que si un être se trouvait dans le ciel ou sur terre, il ferait partie du monde de la manifestation et du monde sensible. La science des secrets ne se trouve pas dans la terre, de telle sorte qu’on puisse déceler les secrets par des fouilles et excavations, ni dans le ciel, de telle sorte que leur connaissance et leur acquisition nécessiteraient des moyens de l’exploration spatiale. Il s’agit de secrets de l’invisible qui ne peuvent être révélés que par Dieu qui est le Connaissant du mystère et de la manifestation. Les anges sont dans les cieux spirituels ; ils sont les récepteurs de la révélation céleste :

« … Et pour chaque ciel, Il en inscrivit l’ordonnance … » (sourate Fussilat (Les versets détaillés) ; 41 : 12).

Les cieux visibles sont sous l’égide des cieux spirituels, là où les anges reçoivent et captent la révélation. Le ciel spirituel est l’ésotérique de ce ciel apparent, et il est le ciel d’où procède ce que Dieu nous attribue (rezq).

« Dans le ciel résident votre attribution et la promesse qui vous est faite. » (sourate Al-Dhâriyât (Qui éparpillent) ; 51 : 22).

Les cieux apparents font eux-mêmes parties de ces attributions, et le ciel où se trouvent nos attributions est l’ésotérique de ces cieux. La connaissance des anges embrasse les cieux apparents, alors que la science de l’homme parfait qui est le lieutenant de Dieu s’étend au mystère des cieux et de la terre. Être le lieutenant de Dieu ou être l’homme parfait est indépendant et extérieur aux cieux et à la terre, en dépit de leur étendue considérable et de leur capacité spirituelle.

En réponse aux anges, Dieu, exalté soit-Il, a dit : « Je sais ce que vous ne savez pas. » C’est ainsi qu’Il les informe que l’homme parfait sera Son lieutenant et qu'eux, les anges, ne seront pas à la hauteur de la fonction de lieutenant de Dieu. En cela nous comprenons qu’il y a un secret que les anges ne connaissent pas. Afin d’éclaircir la nature de ce secret, Dieu enseigna à Adam de nombreuses connaissances et des réalités. Puis Il invita les anges à dénommer ces réalités et connaissances s’ils en avaient conscience et si leur savoir les embrassait vraiment. En réponse, les anges ont reconnu leur ignorance, comme le rapporte le Coran : « Il apprit à Adam tous les noms, qu’ensuite Il énonça aux anges, leur disant : ‘’ Informez-Moi de ces noms, pour autant que vous soyez véridiques ’’. Ils dirent : ‘’A Ta Transcendance ne plaise. Nous n’en savons que ce que Tu nous en as appris. Il n’est que Toi de Connaissant, de Sage.’’ » (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 31 et 32).

Le lieutenant de Dieu (khalîfat Allah) est une personne qui possède la science de tous les Noms et réalités de l’univers. Quand les anges reconnurent leur ignorance, Dieu dit : « Adam ! Informe les anges des noms et réalités de l’univers ! » Remarquons qu’Il dit : « Informe les anges » et non pas : « Initie-les ». Quand les anges firent la connaissance relative de ces réalités - dans la limite voulue par Dieu -, ils dirent : Seigneur, Tu es Indemne de toute imperfection, et Tu connais quelque chose que nous ne connaissons pas. Ils ont encore proclamé la transcendance de Dieu et Sa sainteté, mais cette fois pas pour s’en prévaloir, comme la première fois quand ils apprirent que Dieu allait instituer un lieutenant sur terre, mais pour reconnaître l’imperfection de leur savoir.

 

L’homme parfait connaît directement les réalités, alors que les anges ne les connaissent que par la médiation de l’homme parfait. Et comme l’ordre de l’univers repose sur la loi de la causalité, selon l’interprétation des philosophes, ou sur le système de la manifestation complète et parfaite, du point de vue des gnostiques, l’homme parfait y joue un rôle plus efficace dans ce système que le rôle des anges. Sa participation à la manifestation est plus grande, et c’est par l’intermédiaire de l’homme parfait que les anges se manifestent. Dieu a initié l’homme parfait Adam à toutes les sciences et réalités afin d’attirer l’attention des anges sur cette vérité. L’initiation d’Adam à tous les signes et emblèmes divins était une initiation directe de Dieu[1] (ladonnî). Or cette sorte de science ne comporte aucune médiation entre l’élève et le Maître. Si un savoir provient de derrière un voile ou par le moyen d’un messager, ce ne sera pas un savoir sans médiation ou ladonnî. Toutes les connaissances de l’homme parfait sont de cet ordre, ladonnî, et sont reçues sans intermédiaire. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’homme parfait est le lieutenant de Dieu, en ce qu’il reçoit directement de Dieu ses devoirs, ses responsabilités et ses connaissances.

 

La connaissance des réserves de l’Invisible par Adam

 

Ce qui est mentionné au verset 31 de la sourate Al-Baqara (La vache) : « Il apprit à Adam tous les noms (de toutes choses), puis Il les présenta aux Anges », consiste justement dans ces réserves (khazâ’in) de l’invisible qui ont été enseignées à Adam, c'est-à-dire à l’Homme Parfait. Ainsi, tout ce qui se trouve manifesté dans le monde a ses racines dans ces réserves et « auprès de Dieu », et l’homme parfait qui procède « d’auprès de Dieu » a parfaitement conscience de ces racines. Il se peut que ce qui se trouve dans la nature s’en aille, s’éteigne et disparaisse, mais la science de l’homme parfait et les réserves ne se vident jamais et sont préservées.

L’Emir des Croyants[2], l’Imâm 'Alî (as) a dit : « J’en jure par Dieu, si je voulais informer un homme parmi vous du lieu d’où il est issu et de celui où il entrera et de tout ce qui le concerne (sa destinée), je suis capable de le faire. Mais je crains que par moi, vous vous montriez ingrats envers l’Envoyé de Dieu (s). Certes, Je confierai ce savoir uniquement à mes amis intimes à qui je peux faire confiance en cela. »

Il ressort de ce discours et d’autres paroles de l’Emir des croyants que l’homme parfait sait le contenu des réserves de toutes choses. La connaissance des réserves de l’Invisible qui fut accordée à Adam (as) a été héritée par d’autres hommes parfaits. Car cette station n’est pas le lieu de la multiplicité, en ce sens que le degré de l’homme parfait ne revient qu’à une personne réelle. Et quiconque parvient à cette station reçoit automatiquement la connaissance. Dans la sourate bénie Al-An‘âm (Les bestiaux), nous lisons :

« Il tient les clefs du mystère ; Il est seul à les connaître ; Il sait ce qui habite la terre ferme et la mer. Pas de feuille qui tombe sans qu’Il ne le sache ; ni de grains dans les ténèbres du sol, ni rien de sec ni d’humide qui ne s’inscrive au Livre explicite. » (6 : 59).

Toutes les choses de ce monde proviennent des réserves qui sont dans le monde invisible et les clefs de ces réserves, ou encore les réserves elles-mêmes sont auprès de Dieu, et personne ne les connaît, à moins que ce soit un être à qui Dieu en accorde la connaissance.

L’invisible échappe à la perception par l’intelligence et les cinq sens. Tout ce qui échappe au domaine des sens relève de l’invisible et ne peut être perçu par les personnes qui ne sont attachées qu’au monde phénoménal. Cet invisible est la réserve du monde du témoignage (shahâdat), les réserves du monde sensible se trouvent dans le monde invisible. Et toutes les réserves sont « auprès » de Dieu. Avant de parvenir au stade du monde du témoignage, les « choses » sont dans le monde invisible. Tous les savoirs, toutes les réalités sont « auprès » de Dieu. Ainsi, lorsqu’un homme atteint la perfection du savoir et se trouve « auprès » de Dieu, il obtient à son tour la science des réserves de l’invisible.

 

L’énonciation des noms aux anges

 

Dieu, exalté soit-Il, a appris par la science présentielle tous les noms à Adam, le père de l’humanité.

« Il apprit à Adam tous les noms, qu’ensuite Il énonça aux anges … »

Le mot « noms » (al-asmâ’, en arabe) apparaît ici sous la forme plurielle et il est en outre précédé de l’article al-qui indique un déterminant défini ; son sens de pluriel est corroboré par l’adjectif indéfini « tous » (koll) qui ne laisse pas de place à l’exception : Il lui apprit « tous » les noms. Cela veut donc bien dire que tous les signes, les symboles, les connaissances, les réalités ont été enseignés, sans intermédiaire, par Dieu à Adam (as). Ce qui fait qu’Adam est détenteur d’un savoir ladonnî, c'est-à-dire procédant directement de la Présence de Dieu. La particule « ensuite » (thumma, qui signifie aussi "puis") indique ici un ordre ontologique et non une postériorité temporelle. C'est-à-dire qu’Adam a d’abord reçu une initiation présentielle et il a pu comprendre ces réalités et connaissances et dans l’étape suivante, il a informé les anges de ces connaissances et réalités. Pour que le secret de la fonction de lieutenance de Dieu exercée par l’homme soit éclairci aux anges, Dieu met au défi les anges de lui dire ce que sont ces réalités.

« Informez-Moi des noms de ceux-là, si vous êtes véridiques ! ”» (sourate Al-Baqara (La vache) ; 2 : 31). Si vous répondez juste, vous êtes qualifiés pour la lieutenance de Dieu. Parce que la direction de la lieutenance de Dieu n’est pas aisée pour celui qui ne possède ni les réalités ni les connaissances que J’ai apprises à Adam. La lieutenance parfaite de Dieu ne peut être exercée que par celui qui, comme Dieu, « connaît toute chose », même si la science divine est essentielle, alors que la science des hommes est accidentelle. Quant à « il les énonça » (‘araza-hum) qui s’accompagne d’un pronom complément d’objet direct « les », il s’agit d’une relation conventionnelle. Il ne s’agit pas d’une relation subjective avec les réalités nommées. Adam a bien nommé et désigné les mêmes réalités et connaissances qui lui ont été enseignées par Dieu. Mais cela s’est fait de la même manière que nous désignons le soleil, la montagne, l’eau, les minéraux, les plantes, sans pour autant les connaître dans leur structure interne. Il arrive ainsi que l’on puisse voir faiblement un objet qui peut être connu plus intensément. Les anges ont donc connu un degré faible de ces noms et des réalités désignées par ces noms, et ils n’ont pas eu une connaissance achevée de ces réalités. Dieu leur a dit en substance : de la même façon que Moi, Je connais par Essence toute chose, Mon lieutenant doit connaître toutes les choses mais par accident (à savoir avec Sa Permission). Êtes-vous ainsi ? Ou bien n’avez-vous de connaissance que des choses qui affirment Ma Transcendance et pas la connaissance de tous les Noms ? Les anges répondirent : « A Ta Transcendance ne plaise. Nous n’en savons que ce que Tu nous en as appris. Il n’est que Toi de Connaissant, de Sage. »

 

(à suivre)



[1] Ladunn, mot arabe signifiant « auprès de », « de chez » d’après un verset coranique (voir 18 : 65) expliquant l’origine mystérieuse du savoir immense de Khezr. Se dit d’un savoir reçu comme un don direct de Dieu, et sans intermédiaire, procédant de la Présence divine. S’obtient par une présence spirituelle confiante, constante et assidue à Dieu. Il se distingue de l’enseignement professoral dispensé par un ou plusieurs maîtres, étalé dans le temps et sujet à l’erreur.

[2] Dans le chiisme confirmé également par des traditions sunnites, le titre d’Amir al-mu’minîn, Emir des Croyants a été donné exclusivement à l’Imâm 'Alî ibn abî Tâlib, successeur légitime du Prophète de l’islam (s).

 

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