Destinée et méthodes de propagande religieuse d’Âsia (as), épouse de Pharaon

Âsia signifie « celle qui guérit ». Âsia (as) compte parmi les quatre femmes d’élite pour la religion islamique. Son nom dérive d’Amenia, la reine d’Egypte[1]. Selon le Coran et les hadiths islamiques, Âsia (as) est l’épouse du pharaon contemporain à Mûsâ (as). Les historiens la présentent comme une femme appartenant à la tribu des Banî Isrâ’îl[2] et comme l’épouse de Ramsès II (1304 – 1237 avant Jésus-Christ (as)), ce pharaon ayant vécu à la même époque que son Excellence Mûsâ[3] (as). Selon le Coran, Âsia (as) est présente lorsque l’on sort Mûsâ (as) du fleuve et persuade Pharaon de lui laisser la vie sauve. Selon la croyance des musulmans, Âsia (as) est l’une des premières personnes à avoir foi en la religion de l’unicité de Mûsâ (as). Les musulmans considèrent Âsia (as) comme une des quatre saintes femmes d’élite.

 

Âsia (as) fille de Mozâhim dans la mythologie coranique et islamique

 

Dans le Coran, seules deux femmes mythiques sont appelées par leur nom, il s’agit de Maryam (as) (la mère de ‘Isâ Masîh / Jésus-Christ[4] (as)) et de Maryam (as) (la sœur de Mûsâ (as) et de Hârûn (as)), ce qui témoigne du bas statut qu’occupe la femme dans la péninsule arabique. Dans les hadiths islamiques, le nom d’Âsia (as) est également cité en rapport avec Mûsâ (as). Ces trois personnes, ou ces deux personnes mythiques partagent l’apparentée symbolique au myrte (âs / آس). Ainsi, il semble que le nom d’Âsia (as) concorde avec celui d’Âsnâs qui compte pour être la femme mythique de Yûsuf de Kan‛ân[5], tandis que le nom du père d’Âsia (as) – Mozâhim (celui qui est dans la souffrance et la peine) – confirme cette interprétation. Si nous nous appuyons sur la tradition mythique de la Thora, les Hyksôs (les souverains étrangers) ou les rois bergers hébreux ont été emmenés en Égypte au titre d’esclaves. Cependant, et malgré la présence à leurs côtés en Égypte d’une multitude de sujets, les sources égyptiennes se taisent sur ce point, aussi cela n’est en rien confirmé. Quoi qu’il en soit, le prénom Âsia, ou Myrrha / Myra, est lié au myrte (Myrrha, le nom de la mère d’Adonis, le Dieu des Phéniciens), tandis que Maria, signifie « sainte » en araméen et serait apparemment la déesse de l’arbre sacré qu’est le myrte, il correspond à la ‘Azzi des Arabes (Hâjar, Nâ’ila, Imara) relatif à la déesse honorée et sacrée du règne végétal (Omm Ghaylân, Aqâqia). Cela dit, Maryam, en tant que sœur de Mûsâ (le Dieu des Mitanniens[6]) et de Hârûn (les Hûryân forment l’union des tribus Hyksôs), fille de ‘Imrân (à l’origine, les Âmûrî formaient une grande tribu sémitique faisant partie de l’union des tribus Hyksôs), tient son nom du peuple de Mârî qui, lors de la constitution de l’union des tribus Hyksôs (les rois bergers, les compagnons de Ras (ashâb al-ras / اصحاب الرس) dont parle le Coran), s’est emparé de l’Egypte, et ce jusqu’à l’époque du Pharaon Ahmosé. On considère que le nom des gens et de l’État de Mârî proviennent de celui d’une déesse nommée Mâra ou Mârya (« sainte ») dont la statue sans tête de l’époque antique, à laquelle on a donné le nom d’Ishtâr, a été retrouvée dans les ruines de la magnifique ville de Mârî.

En fin de compte, après un siècle et demi, soit au milieu du seizième siècle avant Jésus-Christ, le chef copte de la grande Égypte conduit les Hyksôs hors du pays par Ahmosé, avec à leur tête leur dernier chef, soit Kâmûsâ (l’esprit qui est le compagnon du Dieu Mîtha, Mûsâ (as), Kalîm al-Lâh[7]) et le pourchasse, lui et les sujets des Hyksôs, jusqu’en Palestine (Felestîn / فلسطين). Au sujet du nom Ishtâr (« eau en abondance »), elle est connue pour être la déesse adorée des Indiens, des Iraniens et des Grecs, dans l’ordre sous les noms de Sarasvatî (« eau en abondance » = afghân / افغان), Ardavi-Sura Anâhita (« la déesse pure des eaux montantes »), et Aphrodite (« sortie de l’écume »). Par conséquent, Âsia (as) fille de Mozâhim, la protectrice de Mûsâ (as), est également à l’origine cette même Mârî, la déesse des gens de Mârî. Ces gens ont eu une vie glorieuse dans la ville de Mârî, sur la rive de l’Euphrate du côté de la Syrie, jusqu’à leur défaite face à Hammurabi. Cependant, les noms sémitiques de leurs chefs n’étaient pas hébreux non plus. En réalité, les Hébreux (le peuple juif) se sont totalement attribué l’histoire de la plupart des Hyksôs ayant émigré en direction de la Palestine, or, vu avec les critères actuels, cela ressemble fortement à un vol littéraire de l’histoire.

 

Le nom d’Âsia (as) dans le noble Coran

 

Dans le noble Coran, il est deux fois question de cette Dame, sans que son nom soit cité. La première fois concerne le récit du moment où Mûsâ (as) est tiré des eaux du Nil, dans la sourate Al-Qasas (Le récit ; 28 : 9). Nous pouvons lire : « La femme de Pharaon dit : ‘Joie de nos yeux ! Ne le tuez pas ! Peut-être nous sera-t-il utile ou le prendrons-nous pour fils.’ Ils ne pressentaient rien. » La seconde fois, il s’agit du moment où Mûsâ (as) demande à Dieu de la sauver de Pharaon et de son peuple cruel, et de lui octroyer le paradis : « Dieu a proposé en exemple aux croyants la femme de Pharaon, quand elle dit : ‘Mon Seigneur ! Construis-moi, auprès de Toi, une maison dans le Paradis. Sauve-moi de Pharaon et de son œuvre ! Sauve-moi du peuple injuste.’ » (sourate Al-Tahrîm (L'interdiction) ; 66 : 11). La plupart des exégètes, commentant ces versets, affirment que la Dame en question est bien Âsia (as).

Quoi qu’il en soit, il est avéré que le nom de la femme de Pharaon est Âsia (as) et que le nom du père de celle-ci est Mozâhim. Il est dit que lorsqu’Âsia (as) voit le miracle de Mûsâ (as) face aux magiciens, le fond de son cœur brille de la lumière de la foi. Dès cet instant, elle a foi en Mûsâ (as) et dès lors dissimule sa foi en permanence. Mais la foi en Dieu et l’amour pour Lui ne sont pas de nature à demeurer continuellement cachés. Lorsque Pharaon est informé de sa foi, il lui en fait maintes fois l’interdiction, insistant pour qu’elle se dessaisisse de la religion de Mûsâ (as) et abandonne le Dieu de ce dernier. Cependant, cette femme douée de fermeté ne se plie jamais à la demande de Pharaon. En fin de compte, Pharaon ordonne que ses mains et ses pieds soient entravés par des clous, qu’elle soit laissée à la merci du soleil brûlant et que l’on jette de grosses pierres sur sa poitrine. Aux tous derniers instants de sa vie, voici l’invocation qu’elle fait : « Ô Seigneur ! Edifie pour moi une demeure dans le paradis, à proximité de Toi. Délivre-moi de Pharaon et de ses actes, sauve-moi de ce peuple cruel ! » Aussi, Dieu exauce l’invocation de cette femme croyante, sincère et dévouée, la plaçant auprès des meilleures des femmes du monde, telle Maryam (as). On voit dans ces versets qu’elle est placée au même niveau qu’elle.

Dans la phrase : « Mon Seigneur ! Construis-moi, auprès de Toi, une maison dans le Paradis », Dieu le Glorifié résume ce qu’est l’ensemble des souhaits qu’un serviteur méritant exprime au cours de la voie le conduisant à la servitude, parce que lorsque la foi d’un individu parvient à sa complétion, l’apparent et le caché s’accordent, son cœur et sa langue sont à l’unisson. Un tel individu ne dit que ce qu’il fait et ne fait que ce qu’il dit, il ne conçoit pas en son cœur de désir, ni n’exprime par sa bouche de demandes qui soient autres que ce qu’il recherche en actes. Comme Dieu le Très-Haut se sert de l’état de cette Dame comme d’un exemple, et désigne son degré spécial de servitude, Il rapporte l’invocation qu’elle fait oralement, ce qui prouve en soi que son invocation est tel le vêtement de sa servitude et que, tout au long de sa vie, c’était là le vœu qu’elle faisait : elle demandait que Dieu le Très-Haut lui édifie une demeure au paradis, et qu’Il la sauve de Pharaon, de ses actes, et de l’ensemble des tyrans. Ainsi, l’épouse de Pharaon demande la proximité de la miséricorde de son Seigneur, elle souhaite être auprès de Dieu et donne la préférence à la proximité de Dieu sur la proximité[8] de Pharaon, et ce malgré le fait que la proximité de Pharaon conduise à l’ensemble des plaisirs, car à sa cour, tout ce que le cœur désire se réalise, et même ce que l’être humain ne peut concevoir y est accessible. De ce fait, il est évident que si l’épouse de Pharaon a renoncé aux plaisirs de la vie, cela n’est pas dû au fait qu’elle ne soit pas en mesure de les atteindre, au contraire, alors même que tous ces plaisirs sont à sa disposition, elle y renonce pourtant, et ce afin de s’attacher aux générosités qui se trouvent auprès de Dieu et à se rapprocher de Lui. Elle persiste dans sa foi jusqu’à la mort. Ce pas vers Dieu que l’épouse de Pharaon franchit sur la voie de la servitude est un pas qui peut représenter un modèle pour l’ensemble de ceux qui cheminent sur cette voie. C’est pour cette raison que Dieu le Glorifié résume son vœu et son action déployée au cours de sa vie en une supplique brève, une supplique qui n’a pas d’autre signification que couper les liens de la totalité des préoccupations terrestres, et de tout ce qu’un être humain fait lorsqu’il est ignorant quant à Dieu. Elle a pris refuge en Dieu et n’a aucun autre souhait que d’être auprès de Lui, que de disposer d’une demeure auprès du Seuil de Sa générosité. Il dit : « L’épouse de Pharaon » et fait ainsi d’elle un exemple pour les croyants. Selon ce qui apparaît dans les hadiths, le nom de cette Dame est Âsia (as). « Mon Seigneur ! Construis-moi, auprès de Toi, une maison dans le Paradis. » Dans cette invocation, elle demande une demeure qui soit à la fois auprès de Dieu et à la fois au paradis, et ce parce que le paradis constitue la demeure du voisinage divin, à proximité du Seigneur des mondes, comme Dieu le Très-Haut le dit Lui-même : « Ne crois surtout pas que ceux qui sont tués dans le chemin de Dieu sont morts. Ils sont vivants ! Ils seront pourvus de biens auprès de leur Seigneur. » (sourate Âl-e ‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 169). En sus, être dans la proximité de Dieu le Très-Haut constitue une générosité spirituelle, tandis que l’établissement au paradis constitue une générosité formelle, aussi il est donc naturel que le serviteur de Dieu veuille les deux. « Et sauve-moi du peuple injuste. » Elle désigne ici par peuple injuste le peuple de Pharaon, et en réalité, cette invocation exprime une autre aversion qui est elle à l’égard des sujets de Pharaon : elle demande à Dieu le Très-Haut de la sauver de la communauté tyrannique, de même que dans la phrase précédente elle demande à être sauvée de sa famille en particulier.

Conformément aux versets cités et aux hadiths islamiques, en dépit du fait qu’elle vive à la cour de Pharaon, Âsia (as) a foi en un Dieu Unique, et lorsque Mûsâ (as) accède à la prophétie, elle a également foi en lui bien qu’elle dissimule sa croyance. Un événement survient et Pharaon découvre sa foi. Il lui demande d’abandonner son adoration du Dieu Unique, ce qu’Âsia (as) n’accepte pas. Pharaon ordonne alors qu’on la supplicie. Selon un hadith, au terme des sévices qui lui sont infligés, on lâche un rocher sur elle, mais son esprit quitte son corps avant que le rocher ne l’atteigne. Face à des femmes comme les épouses de Lût[9] (as) et de Nûh[10] (as) qui sont restées mécréantes bien qu’elles aient fréquenté des prophètes de Dieu (as), le noble Coran cite Âsia (as) en tant que modèle pour les femmes vertueuses et monothéistes, qui en dépit de vivre au sein d’un environnement souillé par la mécréance, n’abandonne pas sa foi en le Seigneur. Il est rapporté du Prophète de l’islam (as) qu’Âsia (as), à l’instar de Maryam (as), Khadija (as) et Fâtima (as), compte parmi les meilleures femmes du paradis. Selon un autre hadith du noble Prophète (s), durant l’époque préislamique, trois personnes n’ont jamais été mécréantes : il s’agit du croyant parmi les sujets de Pharaon, de ‘Alî ibn Abî Tâleb (as), et d’Âsia (as) l’épouse de Pharaon (Sadûq, 192 ; Tabarsî, 10/319).

 

Le martyr d’Âsia (as)

 

Âsia (as), l’épouse de Pharaon, compte parmi les nobles femmes des Banî Isrâ’îl. Elle adore le véritable Dieu tout en le dissimulant. Lorsque Pharaon assassine l’épouse de Hezqîl (le croyant parmi les sujets de Pharaon), Âsia (as) voit les anges divins emmener aux cieux l’esprit de cette femme, ce qui ne fait qu’augmenter sa foi et sa certitude. Lorsque Pharaon, en état d’ébriété, annonce la nouvelle du meurtre de Hezqîl, Âsia (as), très surprise, dit : « Malheur à toi ô Pharaon, comment as-tu pu faire montre d’une telle audace vis-à-vis du Seigneur ?! Qu’est-ce qui a pu t’amener à faire preuve d’une telle insolence à l’égard de Dieu le Très-Haut ? » Pharaon ne s’attend pas à entendre de tels propos de la part de son épouse. Il lui dit : « Ne me dis pas que tu es devenue aussi folle que Mûsâ (as) !? Il semble que toi aussi tu sois devenue aussi folle que ce barbier ?! »

Âsia (as) rétorque : « Je ne suis pas devenue folle, au contraire j’ai foi en Dieu le Très-Haut, mon Seigneur, ton Seigneur, le Seigneur des mondes. » Pharaon fait mander la mère d’Âsia (as) et lui dit : « Ta fille est devenue folle. J’ai juré que si elle ne délaisse pas le Dieu de Mûsâ (as), je la livrerai au feu ! » La mère d’Âsia (as) parle alors à sa fille en privé : « Ne te livre pas à la mort et réconcilie-toi avec ton époux… » Mais Âsia (as) n’écoute pas les paroles vaines de sa mère et dit : « Jamais je ne cesserai de croire en Dieu le Très-Haut. » Pharaon ordonne alors que l’on crucifie Âsia (as) par les mains et les pieds à l’aide de quatre clous fichés en terre. C’est pourquoi, dans le Coran, Pharaon est appelé Dhû al-Awtâd / ذو الاوتاد / celui qui a des épieux (sourate Al-Fajr (L'aube) ; 89 : 10). Là, il la laisse sous le rayonnement brûlant du soleil, tandis que l’on pose une très grosse pierre sur sa poitrine. Elle respire avec peine et se trouve ainsi livrée à un supplice particulièrement dur. Mûsâ (as) passe auprès d’elle. Par un signe avec ses doigts, elle lui demande de l’aide. Mûsâ (as) fait une invocation pour elle et par la bénédiction de son invocation, elle ne ressent plus la souffrance. Elle se tourne vers Dieu et dit : « Ô Seigneur ! Apprête pour moi une demeure au paradis. » A cet instant, Dieu emporte son esprit au paradis, où elle mange et boit de la nourriture et de la boisson paradisiaques. Dieu lui révèle : « Lève la tête. » Alors, elle lève la tête et voit sa demeure au paradis faite de perles. Cette vision la fait sourire de bonheur. Pharaon dit à ceux qui sont présents : « Regardez la folie de cette femme : sous la pression d’un tel supplice, la voilà qui sourit ! » C’est ainsi que cette Dame endurante et affable, qui a un grand droit sur Mûsâ (as) parce qu’elle l’a en de nombreuses occasions sauvé du préjudice de l’ennemi, connaît le martyre. (Bihâr al-Anwâr, Vol. 13, p. 164).

 

Âsia (as) fille de Mozâhim est l’une des femmes que le Coran cite en exemple

 

L’une des femmes que le Coran cite en exemple est Âsia (as) fille de Mozâhim qui, bien qu’éduquée à la cour des pharaons et bien qu’épouse du Pharaon de l’époque, se trouve libérée de l’orgueil et de la corruption qui l’entourent, se détourne d’un coup de l’ensemble de toutes les formes de dépendance de ce monde et non seulement devient le modèle des femmes, mais plus encore, le modèle pour tous les croyants. Le Coran la présente avec Maryam (as) en tant qu’exemples des gens de foi : « Dieu a proposé en exemple aux croyants la femme de Pharaon. » (sourate Al-Tahrîm (L'interdiction) ; 66 : 11). Il n’est pas de doute que le fait d’incarner un exemple pour tous les croyants constitue la plus haute louange que le Coran puisse déclarer à l’égard d’une femme. Dans les hadiths également, on peut lire sur Âsia (as) qu’elle compte parmi les rares exemples que sont les meilleures femmes du monde : « Dieu en a élu quatre parmi les femmes » : Maryam (as), Âsia (as), Khadîja (as) et Fâtima (as). Âsia (as), parmi les femmes citées, voit son histoire relatée dans le noble Coran. Elle est la première Dame d’Egypte, l’épouse de Pharaon, le souverain despotique et vaniteux de cette société antique. La tyrannie et l’injustice de Pharaon sont proverbiales au sein de l’histoire humaine, et n’ont pas besoin d’être détaillées. Pharaon, comme Nemrod, le souverain de Bâbel, prétend à sa propre divinité et est à la fois le gardien du temple des idoles de la nation et le propagateur de l’idolâtrie du peuple. Pharaon exploite le sous-développement et la servilité du peuple et son arrogance va jusqu’au point de s’autoproclamer Dieu des gens et de clamer de surcroît : « Je suis votre Seigneur, le Très-Haut ! » (sourate Al-Nâzi‛ât (Qui arrachent) ; 79 : 24). Cependant, son épouse Âsia (as) est une femme nimbée de noblesse, de mérite et de pureté. Bien qu’Âsia (as) soit la femme d’un homme si fier et si dangereux, dont la puissance et l’injustice empêchent ses sujets de bien dormir, elle n’a rien d’un saule et les vents ne la font pas trembler, ni n’ébranlent sa foi. Âsia (as). La reine du Nil, a trouvé tant de faveurs dans la proximité du Seuil divin que le Prophète de l’islam (s) dit d’elle : « Beaucoup parmi les hommes ont atteint le degré de la perfection, mais parmi les femmes, seules quatre ont atteint ce stade : Âsia (as) (la femme de Pharaon), Maryam (as) (la mère de son Excellence ‘Isâ (as)), Khadîja (as) et Fâtima (as). » Dans un autre hadith, l’Envoyé de Dieu (s) dit : « Le paradis est enthousiasmé par la visite de quatre femmes : Mâryam (as) fille de ‘Imrân, Âsia (as) fille de Mozâhim, Khadîja (as) fille de Khuwaylid, et Fâtima (as). » Il dit également : « Les meilleures des femmes du paradis sont au nombre de quatre : Âsia (as) fille de Mozâhim et épouse de Pharaon, Mâryam (as) fille de ‘Imrân, Khadîja (as) fille de Khuwaylid, et Fâtima (as) fille de Mohammad (s), et la meilleure d’entre elles est Fâtima (as). »

Dans les hadiths on peut lire qu’au jour de la résurrection, Âsia (as), Maryam (as) et Khadîja (as), devant Fâtima Zahrâ (as), marchent et emmènent Fâtima (as), telle une avant-garde, en direction du paradis. Le développement de la personnalité, l’attention envers les devoirs humains et la foi en Dieu font qu’une femme parvienne à passer sa vie dans la demeure de Pharaon, mais davantage, lui font habiter un palais au paradis et la mettent au rang des meilleures femmes du monde. Jamais Âsia (as) ne se trouve sous l’influence des actes inadmissibles et tyranniques de son époux. Elle souffre incommensurablement de la cruauté de son époux qui fait déchirer le ventre des femmes enceintes de la lignée de Ya‛qûb[11] (as), afin de détruire les fœtus mâles, de peur qu’ils ne grandissent et viennent à gêner sa tyrannie et son injustice, et jamais elle ne fait bonne figure à ce sujet face à son époux.

 

Âsia (as) modèle de foi dans des conditions difficiles

 

La distinction la plus importante d’Âsia (as) est le fait que, tout en vivant dans un environnement saturé d’associationnisme et d’orgueil, elle se tourne vers la volonté divine et ne fait cas d’aucun attrait pour ce monde, et demeure toujours dans l’axe de la foi et la fermeté. Elle dit : « Mon Seigneur ! Construis-moi, auprès de Toi, une maison dans le Paradis. » (sourate Al-Tahrîm (L'interdiction) ; 66 : 11). Bien qu’elle ait à sa disposition le plus grand et le plus beau des palais, elle demande à Dieu une demeure au paradis car son âme est comblée par la foi, une foi qu’aucun palais pharaonique ne peut contenir. Elle a trouvé à se libérer de Pharaon et de la mentalité pharaonique. Ceci est le fruit de l’appel des prophètes (as), qui amène à changer ainsi l’être humain plongé dans ce monde et dans ses apparences, à le libérer de la vision étroite matérialiste, à ouvrir au-devant de lui un horizon élevé, lumineux et étendu. Sous l’effet de cet appel, il n’est plus capable de supporter un instant un environnement mécréant et trouve son salut dans la vallée de la lumière, à l’horizon de la foi : « Sauve-moi de Pharaon et de son œuvre ! Sauve-moi du peuple injuste. » (sourate Al-Tahrîm (L'interdiction) ; 66 : 11). Cette femme est l’épouse de Pharaon, pourtant le tourbillon de mécréance de ceux qui l’entourent ne l’a pas même ébranlée. Même dans le palais pharaonique, désavouant Pharaon et son peuple tyrannique, elle demande à Dieu de la sauver et de lui octroyer une demeure au paradis. Dans l’immense Etat pharaonique, il ne se trouve personne qui soit doué de la dignité et de la force de cette femme, ni qui parvienne à ce point à triompher de l’ensemble des soutiens terrestres de la mécréance.

 

Les méthodes de propagande religieuse d’Âsia (as)

 

Ce modèle coranique ne comporte pas de méthodes directes de propagande et ne peut être déchiffré qu’au travers de comportements, de manières d’agir et de réagir. Ce n’est qu’indirectement qu’il propage la foi, le dévouement et la quête de Dieu :

 

1. La volonté réelle de fuir la sphère de la mécréance et de la corruption

 

La première méthode que nous inspire la vie d’Âsia (as) provient du fait que n’ayant pas la possibilité de changer les croyances des pharaons et de leurs sujets, ni d’amender la corruption du système en place, elle n’est cependant pas inattentive à ses devoirs individuels, déclare ensemble sa croyance et sa foi, et demande à Dieu de la délivrer de cette atmosphère de mécréance et d’orgueil. Il faut considérer que même avant d’avoir foi en la prophétie de Mûsâ (as), elle lui donne refuge alors qu’il n’est encore qu’un enfant et maintes fois, elle met Pharaon en garde contre la décision de tuer cet enfant. Tout ceci témoigne de sa saine innéité et de la prédisposition de son esprit à rejoindre le rang des croyants et à parcourir par étapes, la voie de la guidance. Il est dit que dès qu’Âsia (as), l’épouse de Pharaon, a vu la canne de Mûsâ (as) avaler les illusions des magiciens, elle a eu foi en lui. Pharaon lui fera subir de nombreux supplices pour finalement la tuer de façon tragique.

 

2. Le désaveu de la tyrannie et du tyran

 

Âsia (as) prévient autant qu’elle peut la cruauté de tyrans comme Pharaon, en particulier pour préserver Mûsâ (as), mais lorsqu’elle désespère complètement de changer et d’amender leur croyance et leurs actes, elle déclare ouvertement son aversion pour Pharaon et pour ses mesures indignes, tyranniques et despotiques et se coupe complètement du rang de Pharaon et de ses sujets. « Sauve-moi de Pharaon et de son œuvre ! Sauve-moi du peuple injuste. » (sourate Al-Tahrîm (L'interdiction) ; 66 : 11). Nous voyons que le désaveu d’Âsia (as) comporte deux stades. Lors du premier stade, elle manifeste son désaveu à l’occasion de ses entretiens intimes avec son Seigneur ; le fait qu’elle demande à Dieu une demeure au paradis nous indique qu’elle est insatisfaite de sa demeure terrestre et de la compagnie de Pharaon. Lors du second stade, elle désavoue clairement Pharaon et demande à Dieu de la sauver des griffes de sa mécréance et de sa tyrannie.

 

3. Le refuge auprès des gens de foi

 

Sur le chemin de la foi, chacun est tenu d’accomplir son devoir à la mesure de sa capacité et lorsque l’on est impuissant à pouvoir changer les choses à la base, le devoir minimum consiste à épauler les conciliateurs et à apporter un soutien pratique à leurs objectifs ; or, c’est bien là ce qui frappe dans la manière intelligente d’agir de cette femme qui incarne un modèle coranique. A la mesure de sa capacité, elle soutient le modèle de son époque et le maintient à l’abri des préjudices ; c’est elle qui tire Mûsâ (as) du fleuve, l’élève dans son giron et qui parvient à dissuader maintes fois Pharaon de tuer l’Envoyé à venir. Lors de l’éducation corporelle et sentimentale de Mûsâ (as), durant son enfance, elle s’applique comme une mère. En fin de compte, cela la conduit à la foi véritable et à préférer le paradis éternel à ce monde éphémère.



[1] Epouse d'Horemheb (1323-1295 av. J.-C.). Traduit du persan. Les notes sont du traducteur et les traductions des passages du Coran de Denise Masson.

[2] Les fils d’Isrâ’îl, à savoir les fils de Ya‛qûb / Jacob (as), qui forment les douze tribus.

[3] Moïse (as).

[4] Ces deux termes (Masîh en arabe et Christ, de Christos en grec) comporteraient le même sens : celui qui est oint, l’initié.

[5] Joseph de Canaan (as).

[6] Peuple apparenté aux Hittites.

[7] L’interlocuteur de Dieu.

[8] Le mot nazdiki / نزديكي ici utilisé dans le texte original persan, comporte à la fois le sens de proximité et celui de rapport sexuel, ce qui n’est pas anodin dans le cas présent : il est ainsi également sous-entendu que l’union à Dieu est préférée par Âsia (as) aux relations intimes l’unissant à Pharaon, dès lors que ces deux unions se contredisent. En islam, les relations intimes sont encouragées, à fortiori si elles peuvent contribuer à la voie, étant considérées par certains comme une forme d’extinction mystique.

[9] Loth (as).

[10] Noé (as).

[11] Les fils d’Isrâ’îl / Israël (as).

 

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