La naissance miraculeuse de son Excellence ‘Isâ (as) selon les Evangiles, le Coran et les hadiths (1)

Son Excellence ‘Isâ[1] (as) compte parmi les grands prophètes nommés ‘Ûlû al-‛azm[2]. Son nom apparaît 25 fois dans le noble Coran en tant que ‘Isâ (as), et 13 fois en tant que Masîh[3] (as). Le mot ‘Isâ est la traduction arabe du mot Yeshû‛a, qui signifie « le sauveur ». Il a vu le jour il y a environ plus de deux mille ans (et près de 580 ans avant la naissance du Prophète de l’islam (s)) à Kûfa, au bord de l’Euphrate. Certains prétendent qu’il serait né à Nâsara[4] ou à Bayt al-moqaddas[5], à l’époque de Farhâd V[6], l’un des rois arsacides[7]. Sa conception se produit de façon miraculeuse, avec la permission de Dieu, puisqu’il n’a pas de père. Sa mère est son Excellence Maryam (as), la fille de ‘Imrân (as), qui compte parmi les dames sages et savantes à la personnalité éminente de la tribu des Banî Isrâ’îl[8]. ‘Imrân (as), le père de Maryam (as), est de la lignée de Solaymân[9] (as), figure parmi les savants distingués, pieux et vertueux parmi les Banî Isrâ’îl.

 

La naissance de son Excellence ‘Isâ (as) selon les Evangiles

 

L’Evangile selon Mattâ (Matthieu) (1 : 18 à 1 : 25) rapporte ainsi la naissance de ‘Isâ Masîh (as), à l’époque de Hérodius[10] : « 1.18 Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu'ils eussent habité ensemble. 1.19 Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. 1.20 Comme il y pensait, voici, un ange du Seigneur lui apparut en songe, et dit : ‘Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient du Saint-Esprit ; 1.21 elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.’ 1.22 Tout cela arriva afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète : 1.23 ‘Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils, et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous.’ 1.24 Joseph s'étant réveillé fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme avec lui. 1.25 Mais il ne la connut point jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus. »

 

La naissance miraculeuse de son Excellence ‘Isâ (as) selon le Coran

 

Le nom de Maryam (as) apparaît 34 fois dans le Coran. Une sourate porte d’ailleurs son nom, la sourate n° 19. Les versets 16 à 36 font état de la naissance de son Excellence ‘Isâ (as) et du fait qu’il parle dans son berceau. Il y est également question d’une partie de sa biographie et de la manière dont il appelle à Dieu. Quoi qu’il en soit, son Excellence le Masîh (as) vient au monde de manière miraculeuse et le Coran considère cette naissance comme l’un des signes de Dieu. Sa naissance donne lieu à des débats entre les chrétiens et les musulmans. Parce qu’il naît de Maryam (as) qu’aucun homme n’a approchée, les chrétiens en déduisent qu’il est le fils de Dieu, et c’est pourquoi dans leurs livres il est présenté comme Dieu le Fils[11]. Ils divisent la réalité de la Divinité en trois : 1. Dieu le Père 2. Dieu le Fils 3. Dieu le Saint-Esprit. Ils s’appuient pour cela sur le fait que le Masîh (as) n’a pas de père visible. Voici en substance ce que Dieu répond en critique de cette pensée que les chrétiens de Najrân exposent au Prophète (s) : « La naissance du Masîh (as) est comme la naissance d’Âdam (as) qui a été créé de terre, et si le fait de ne pas avoir de père prouve qu’il est le fils de Dieu, alors l’absence de père et de mère devrait à fortiori garantir la même qualité à Âdam (as). » Le Coran dit : « Oui, il en est de Jésus comme d’Adam auprès de Dieu : Dieu l’a créé de terre, puis Il a dit : ‘Sois’, et il est. » (sourate  Âl-i ‘Imrân (La famille de 'Imrân ; 3 : 59). Alors que les Gens du Livre[12] tiennent des propos contradictoires au sujet de la naissance de son Excellence le Masîh (as), et qu’un groupe d’entre eux s’enlise dans l’associationnisme et le doute, le Coran, qui est le Livre témoin par rapport aux autres Livres célestes[13], fait le récit de la naissance du Masîh (as) au cours de trois versets de la sourate  Âl-i ‘Imrân (La famille de 'Imrân, sourate 3) et de vingt versets de la sourate Maryam (Marie) (as), sourate 19). Selon les circonstances, il précise certains points afin que s’accomplissent des révélations qui sont à sa charge. Le Coran dit : « Ce Coran raconte aux fils d’Israël la plus grande partie des choses sur lesquelles ils ne sont pas d’accord. » (sourate Al-Naml (Les fourmis) ; 27 : 76).

 

L’annonce de la naissance du Mâsîh (as) faite à Maryam (as) et le dialogue entre Maryam (as) et l’ange rapporté dans la sourate  Âl-i ‘Imrân (La famille de 'Imrân) 

 

La partie importante de la vie de Maryam (as) correspond sans doute à ce qui touche à la naissance de son fils, son Excellence le Masîh (as). Avant que ‘Isâ (as) naisse, les anges lui en font l’annonce de la part de Dieu et lui décrivent sa personnalité, comme on le voit dans le dialogue qui a lieu entre Maryam (as) et les anges, dans la sourate Âl-i ‘Imrân : « Les anges dirent : ‘Ô Marie ! Dieu t’annonce la bonne nouvelle d’un Verbe émanant de Lui : Son nom est : le Messie, Jésus, fils de Marie ; illustre en ce monde et dans la vie future ; il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu. Dès le berceau, il parlera aux hommes comme un vieillard ; il sera au nombre des justes.’ Elle dit : ‘Mon Seigneur ! Comment aurais-je un fils ? Nul homme ne m’a jamais touchée.’ Il dit : ‘Dieu créé ainsi ce qu’Il veut : lorsqu’Il a décrété une chose, Il lui dit : Sois ! ... et elle est.’ » (sourate Âl-i ‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 45 à 47). Visiblement, cette annonce concerne un événement rapporté ici : « Nous lui avons envoyé Notre Esprit : il se présenta devant elle sous la forme d’un homme parfait. Elle dit : ‘Je cherche une protection contre toi, auprès du Miséricordieux ; si toutefois tu crains Dieu !’ Il dit : ‘Je ne suis que l’envoyé de ton Seigneur pour te donner un garçon pur.’ » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 17 à 19). Ainsi, l’annonce qui, dans le verset discuté, est attribuée au groupe d’anges, est cette même annonce qui dans la sourate Maryam est attribuée à l’Esprit.

 

La manière dont Maryam (as) tombe enceinte de ‘Isâ (as) selon la sourate Maryam (Marie) 

 

Au moment où Dieu relate dans le Coran la façon dont Il s’est adressé à Maryam (as), lui disant de L’adorer, de se prosterner devant Lui, et de s’incliner avec ceux qui s’inclinent, Il s’adresse au Prophète (s) et lui dit : « En souvenir de la rencontre entre Maryam (as) et les anges. Lorsqu’ils se sont adressés à elle, ils lui ont annoncé : ‘Dieu t’offrira un fils dont le nom est le Masîh, ‘Isâ (as) fils de Maryam (as). Il est honoré dans ce monde et dans l’autre. Il compte parmi les intimes de Dieu et parmi ses caractéristiques se trouve le fait que durant son enfance il s’exprimera comme un adulte et figurera parmi les pieux. En plus de cela, il est le verbe de Dieu.’ »[14] Dans la sourate Maryam (Marie), cette conversation est relatée de manière plus détaillée. On peut lire que Maryam (as) choisit de se retirer, de se tenir loin de sa famille pour se rendre en un point situé à l’orient du Temple de Jérusalem. En vérité, elle souhaite trouver un lieu solitaire et libre de toute forme de gêne, pour pouvoir se livrer à des entretiens intimes avec son Seigneur sans être distraite par le souvenir de l’Aimé. Elle choisit la partie orientale du Temple de Jérusalem (qui est un grand temple), parce que cette partie est peut-être plus calme, peut-être moins exposé au soleil et plus convenable. Voici ce que dit le Coran : « Mentionne Marie, dans le Livre. Elle quitta sa famille et se retira en un lieu vers l’orient [du Temple de Jérusalem][15]. » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 16). Maryam (as) se rend en ce lieu tranquille afin d’y adorer Dieu, et pour que personne ne la voie, elle tend un voile. Très vite, elle aperçoit dans son oratoire un être humain parfait. A sa vue, elle est saisie par la peur et se dit : « Comment cet homme est-il entré ici ? J’espère qu’il n’a pas de mauvaises intentions… » Pour cette raison, elle le prévient : « Je me réfugie en Dieu contre toi, si toutefois tu crains Dieu. » Voici ce que dit le Coran : « Elle plaça un voile entre elle et les siens. Nous lui avons envoyé Notre Esprit : il se présenta devant elle sous la forme d’un homme parfait. Elle dit : ‘Je cherche une protection contre toi, auprès du Miséricordieux ; si toutefois tu crains Dieu !’ » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 17 et 18).

Ce passage ne précise pas à quoi sert le voile. Est-il là afin qu’elle puisse adorer le Seigneur de manière plus libre ? Lui permet-il de se sentir dégagée de toute gêne, de pouvoir laisser cours à tous ses sens, et de se livrer à l’entretien intime avec Dieu ? Ou lui permet-il de se laver et d’accomplir la grande ablution rituelle ? Le verset se tait sur ce point. Ce qui est manifeste, c’est l’état dans lequel se trouve Maryam (as), une Maryam qui a continuellement vécu dans la pudeur, qui a grandi dans le giron des purs et qui, pour les gens, représente l’emblème de la chasteté et de la piété. Lorsqu’elle voit un tel spectacle, un homme étranger, de belle apparence, qui s’est frayé un chemin jusqu’à son oratoire, elle est aussitôt saisie par la peur, par la frayeur même ! C’est pourquoi elle s’empresse de lui dire : « Je prends refuge en Dieu contre toi, si tu comptes parmi les vertueux », ce qui veut dire : « Toi aussi tu dois être vertueux ». C’est ainsi que l’événement est décrit dans le Coran. Il en résulte ceci : « Je prends refuge en Dieu et ta piété doit empêcher que tu ne m’agresses. » Parmi les qualités attribuées à Dieu, elle évoque le Miséricordieux afin d’attirer à elle la miséricorde divine en cet instant délicat, pour qu’Il la protège de tout glissement. Au lieu d’avoir recours au Tout-Miséricordieux / Al-Rahîm, elle a recours au Miséricordieux / Al-Rahmân, car ce deuxième nom évoque la miséricorde de Dieu s’étendant sur ce monde et sur l’autre monde, et comprend l'ensemble de la création. Après avoir prononcé ces mots, Maryam (as) attend la réaction de cet individu exemplaire[16]. Soudain, il dit à Maryam (as) : « Je ne suis que l’envoyé de ton Seigneur pour te donner un garçon pur. » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 19). Maryam (as) est étonnée par cette annonce car elle ne pense qu’aux causes ordinaires pour qu’une femme puisse avoir un enfant à savoir deux façons ; soit elle se marie, soit elle dévie et passe par la pollution. Elle se dit : « Je me connais mieux que quiconque et jusqu’à présent, je n’ai pas choisi de mari, et jamais je n’ai été une femme déviante or, jusqu’à aujourd’hui, on n’a jamais entendu dire qu’une femme a eu un enfant autrement que par l’une de ces deux façons ! » « Elle dit : ‘Comment aurais-je un garçon ? Aucun mortel ne m’a jamais touchée et je ne suis pas une prostituée.’ » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 20). Cet Esprit exemplifié la remet de son étonnement en lui indiquant que : « Ce genre de choses est facile pour le Seigneur. » (En considérant ta propre biographie, comment ta nourriture te parvenait-elle dans ton mihrab ? Comment pouvais-tu y recevoir des fruits d’hiver en été et des fruits d’été en hiver ? Alors, ne sois pas étonnée…) En sus, Dieu veut donner aux Banî Isrâ’îl un nouveau-né qui incarne un miracle en soi, ainsi qu’une manifestation de Sa miséricorde. La naissance d’un tel nouveau-né est l’objet de la volonté infaillible de Dieu : « Il dit : ‘C’est ainsi : Ton Seigneur a dit : Cela M’est facile. Nous ferons de lui un Signe pour les hommes ; une miséricorde venue de Nous. Le décret est irrévocable.’ » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 21). Maryam (as) entend les paroles de l’envoyé de Dieu. Son cœur s’apaise dans une certaine mesure, et elle se trouve aussitôt enceinte.

 

La grossesse de Maryam (as)

 

Après s’être isolée des siens, Maryam (as) se rend en un lieu éloigné, quand elle se trouve tenaillée par les douleurs de l’enfantement. Le Coran ne dit pas de quelle manière elle tombe enceinte. Jabra’îl a-t-il soufflé dans sa tunique, ou dans sa bouche ? Même s’il n’est pas vraiment important de le savoir, les exégètes discourent et divergent à ce sujet. Quoi qu’il en soit, « ce fait la conduit à se rendre du Temple de Jérusalem à un endroit éloigné ». Là, elle est tiraillée entre la crainte et l’espoir, comme inquiète et gaie en même temps. Elle pense par moments que cette grossesse aura une issue évidente. Elle se dit : « Supposons que je me tienne éloignée, quelques jours ou quelques mois, de ceux qui me connaissent, et que je vive ainsi, incognito dans cet endroit, que va-t-il arriver ? Qui admettra qu’une femme puisse être enceinte sans avoir connu de mari, si ce n’est qu’en ayant trahi sa chasteté ? Que ferais-je face à une telle accusation ? » En vérité, pour une vierge qui des années durant aura incarné le symbole de la pureté, de la chasteté, de l’abstinence, un exemple en matière d’adoration et de servitude envers Dieu, les pieux et les dévots parmi les Banî Isrâ’îl s’enorgueillissant de pouvoir se porter garants d’elle depuis sa plus tendre enfance, et qui a grandi sous la tutelle d’un grand prophète (as), pour une personne en somme, dont les qualités morales et la réputation de sainteté sont partout reconnues, il doit être particulièrement douloureux de ressentir un jour que tout ce capital spirituel est en danger, et qu’il manque de disparaître dans le gouffre de la calomnie, et qui plus est, de la pire des calomnies. Ceci constitue le troisième tressaillement qui a parcouru son corps.

Elle ressent par ailleurs que : « Ce fils est le prophète de Dieu (as) promis, un grand présent venu du ciel. Dieu m’a fait l’annonce d’un tel fils. Il l’a fait exister par un procédé miraculeux, aussi, pourquoi me laisserait-Il seule ? Est-ce seulement possible qu’Il ne me défende pas face à une éventuelle calomnie ? J’ai toujours fait l’expérience de Sa grâce et j’ai toujours senti Sa miséricorde sur moi. » Il existe un débat entre les exégètes à propos de la durée de la grossesse de Maryam (as), bien que dans le Coran ce point soit tenu secret. Certains avancent qu’elle dure une heure, d’autres parlent de neuf heures, d’autres encore considèrent que sa durée est de six mois, de sept mois, de huit mois, voire de neuf mois comme pour les autres femmes. Cependant, cette question n’a pas tant d’influence sur la suite de ce récit. Il existe également des hadiths différents à ce propos. S’agissant de savoir où se trouve ce lieu qasî / قصي / éloigné, la plupart pensent à la ville de Nâsara / Nazareth. Il se peut également qu’elle demeure continuellement dans cette ville puis qu’elle fasse quelques pas à l’extérieur. Quoi qu’il en soit, sa grossesse touche à sa fin et commencent les instants pénibles de la vie de Maryam (as). La violente douleur de l’enfantement l’atteint alors qu’elle a quitté le lieu habité pour le désert, un désert vide d’êtres humains, sec, sans eau et sans appui ! Alors que dans cet état, les femmes s’appuient sur leurs connaissances et sur leurs amies, afin qu’elles les aident à accoucher de leur enfant, Maryam (as) se retrouve dans une situation d’exception ; ne voulant que personne ne la voie enceinte, malgré le début des douleurs de l’accouchement, elle prend seule le chemin du désert. Le Coran dit à ce sujet : « Les douleurs la surprirent auprès du tronc du palmier. Elle dit : ‘Malheur à moi ! Que ne suis-je déjà morte, totalement oubliée !’ » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 23). L’emploi de l’expression jidh‛i al-nakhlatî / جذع النخلة, considérant que jidh‛i / جذع désigne le tronc d’un arbre, indique que seul le tronc de cet arbre subsiste, c'est-à-dire que l’arbre est sec. A ce moment-là, une tempête de tristesse et de désarroi s’empare de Maryam (as) toute entière, cet être pur. Elle a un instant l’impression que ce qu’elle redoutait est en train de lui arriver, un instant où tout ce qui était caché se manifeste, aussi, elle pense que la pluie de flèches calomnieuses des gens sans foi viendra s’abattre sur elle. Dans cette situation de crise dans laquelle Maryam (as) pense à son honneur et à celui de sa famille, et craint les calomnies des gens, il est vital que la miséricorde de Dieu se penche sur elle une nouvelle fois, la tire de son trouble, et fasse resplendir le clair espoir dans les profondeurs de son cœur effrayé. Soudain, elle entend un son venir de sous elle. Ce son semble lui provenir soit du nouveau-né, soit de l’Esprit à l’apparence parfaite qui se trouve plus bas que l’endroit où elle se tient désormais. En résumé, il lui est dit : « Ne sois pas affligée. La miséricorde de Dieu est sur toi. Pour preuve, regarde sous tes pieds, tu verras une source dans laquelle tu pourras te laver et laver ton fils. Et si tu secoues le dattier sur lequel tu t’appuies, il fera tomber sur toi des dattes fraîches. Manges-en et bois de cette eau. Réjouis-toi de voir cet enfant. Face aux questions et aux objections des gens, fais le vœu de jeûner pour ne pas avoir à t’adresser à eux, cela te sauvera vis-à-vis des difficultés qui prendront forme au-devant de toi. » Le Coran dit : « L’enfant qui se trouvait à ses pieds l’appela : ‘Ne t’attriste pas ! Ton Seigneur a fait jaillir un ruisseau à tes pieds.’ » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 24). Le style permet de comprendre que le pronom personnel, dans la phrase nâdâhâ / ناداها se rapporte à ‘Isâ (as), et non à l’Esprit dont le nom a été précédemment cité. Et cela confirme que min tahtihâ / من تحتها est également rattaché à ‘Isâ (as), car cela convient mieux à la préoccupation que le nouveau-né peut avoir de l’état de sa mère au moment de l’accouchement, qu’à la disposition de l’Esprit et de Maryam (as). De plus, le fait que le pronom se rapporte à ‘Isâ dans la phrase précédente comme dans la phrase qui suit fournit une confirmation supplémentaire que le pronom en question se rapporte bien à son Excellence (as), ici aussi. Certains exégètes prétendent que le pronom se rapporte à l’Esprit. Ils estiment que, comme Maryam (as) se trouve sur une hauteur et que Jabra’îl se trouve plus bas au moment de l’accouchement, c’est bien lui qui lui parle de l’endroit où il est. Cependant, on ne trouve aucune preuve allant dans ce sens dans ce qu’exprime le verset. Il n’est pas impossible que la position de la phrase nâdâhâ / ناداها par rapport à celle disant qâlat yâ laytanî / قالت يا ليتني... puisse être invoquée pour comprendre que c’est Maryam (as) qui la prononce au moment où elle accouche ou même après, et que c’est ‘Isâ (as) qui lui répond aussitôt allâ tahzanî… / ألا تحزني.... La phrase allâ tahzanî… / ألا تحزني... correspond à l’empathie que ‘Isâ (as) éprouve pour sa mère à l’heure où elle ressent un profond désarroi. Effectivement, aucune infortune n’est plus amère et plus sévère pour une femme chaste et pieuse que de voir son honneur et sa vertu bafoués, alors qu’en plus de cela, elle est une femme pure, et que plus encore, elle provient d’une famille réputée pour sa chasteté et sa pureté, en particulier lorsque la calomnie lui colle à la peau et qu’il ne se trouve aucun moyen de la désavouer, les preuves se trouvant toutes entre les mains de l’adversaire. C’est pourquoi ‘Isâ (as) recommande de ne pas dire un mot et de rester sur une attitude défensive. Son Excellence ‘Isâ (as) va lui-même prendre la défense de sa mère, car là est la preuve ultime qu’aucun de ceux qui rejettent les arguments ne peuvent rejeter. « Et regarde au-dessus de toi, vois de quelle manière le tronc sec s’est changé en un dattier fécond dont les fruits ornent les branches. » Ou, comme on peut le lire dans les versets suivants : « ‘Secoue vers toi le tronc du palmier ; il fera tomber sur toi des dattes fraîches et mûres.’ » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 25). « ‘Mange, bois et cesse de pleurer. Lorsque tu verras quelque mortel, dis : J’ai voué un jeûne au Miséricordieux ; je ne parlerai à personne aujourd’hui. ’ » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 26). En résumé : « Il n’est pas nécessaire que tu te défendes toi-même. Celui qui t’a fait don de cet enfant a également pris en charge le devoir de te défendre. Par conséquent, sois sans crainte à tous points de vue et ne te laisse pas aller à la tristesse. »

Ces événements successifs qui, comme des étincelles brillantes, ont embrasé un espace saturé d’obscurité et de ténèbres, éclairent le cœur de Maryam (as) et lui confèrent un état de tranquillité savoureuse.

 

(A suivre…)



[1] Jésus (as). (Texte traduit du persan. Les notes sont du traducteur et les traductions des passages du Coran de Denise Masson).

[2] Il s’agit généralement des cinq grands prophètes, soit Nûh / Noé (as), Ibrâhîm / Abraham (as), Mûsâ / Moïse (as), ‘Isâ / Jésus (as) et Mohammad (as). Il arrive que leur nombre change, ou que l’un laisse la place à un autre. La grande question consistant à savoir si Âdam (as) en fait partie ou pas. D’après Majlesî, la qualité de ‘Ûlû al-‘azm a trait au degré de fermeté de ces prophètes (as), qui est notamment mesuré par la rapidité à laquelle ils ont répondu à la question primordiale (Ne suis-Je pas votre Seigneur ?), lors du grand rassemblement des futures créatures, dans la préexistence.

[3] Littéralement : « celui qui est oint ». Ainsi, le mot Messie correspond à l’étymologie du mot christos, qui donne Christ en français, et désigne celui qui a reçu l’initiation. Donc, ‘Isâ al-Masîh (as) correspond précisément à Jésus-Christ (as) et ne diffère pas de la notion de Messie.

[4] Nazareth.

[5] Jérusalem.

[6] Phraatès V ou Phraatacès.

[7] Ce terme désigne la dynastie des rois parthes qui ont régné sur l’Iran et fondé l’Empire parthe.

[8] Les fils d’Israël, soit les douze tribus composant le peuple juif.

[9] Salomon (as).

[10] Hérode.

[11] Pour le différencier de « Dieu le Père ». On peut entendre à l’église cette expression extraordinaire (et absolument scandaleuse pour des oreilles musulmanes) : « Vrai Dieu né du vrai Dieu. » Il ne faut toutefois pas négliger le fait qu’il y a eu des divergences lors des premiers temps de l’Eglise, certains n’acceptant pas le dogme de la divinité de Jésus. C’est parce que l’Eglise qui a remporté la partie est celle de Paul qu’il en est ainsi aujourd’hui. Si l’on est tenté de penser que l’Eglise de Jacques, le frère du Seigneur, était plus fidèle à l’enseignement du Christ (as), alors le christianisme actuel tient plus d’un « paulinisme » ! Il en va ainsi pour toutes les religions, fractionnées en partis, divisées en courants, elles se réduisent en général rapidement au dogme « gagnant », celui qui aura su s’allier aux riches et aux puissants. Le triomphe du « paulinisme » n’est pas étranger à la récupération politique qu’en fait l’empereur romain Justinien, pour relancer l’Empire romain déjà en déclin. La continuité de l’Empire traverse les âges, puisqu’aujourd’hui Benoît XVI, comme ses prédécesseurs, est le Pontifex Maximus, l’héritier d’une lignée ininterrompue de souverains pontificaux, même si ce titre fut mis de côté durant quelques siècles. On retrouve cela en islam, où ceux qui ont prôné la justice ont généralement perdu face à ceux qui ont fait passer d’abord l’alliance avec les puissants, dans l’intérêt (discutable) des musulmans.

[12] Cette notion regroupe les juifs, les chrétiens et les musulmans, auxquels s’ajoutent, selon les savants (encore assez rares il faut le dire), les zoroastriens, les sabéens, et même les hindous se référant à un Livre révélé (là c’est très, très rare…).

[13] Ceci doit faire référence au fait que le Coran ne présente pas les problèmes d’authenticité qui paraissent dans les autres Livres célestes…

[14] Traduit du persan et non repris dans la traduction de Denise Masson.

[15] Cette exégèse semble très terre à terre, lorsque l’on sait que l’Orient peut désigner l’autre monde, le lieu de la proximité divine, tandis que l’Occident correspondrait à ce monde-ci, dans lequel les âmes en exil sont séparées de leur Seigneur… Quoi qu’il en soit, ceci montre bien que s’il existe des exégèses mystiques, il en existe également qui sont bassement matérialistes… Mais ne dit-on pas que chaque verset comporte sept significations, voire soixante-dix ?

[16] Pour ne pas dire archétypal…

 

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