L’invalidité des quatre Evangiles et ses conséquences selon ‘Allâmeh Tabâtabâ’î

 

L’Evangile selon Mattâ (Matthieu)[1]

 

Il est le plus ancien des Evangiles[2], et selon ce qui est dit par certains chrétiens, la composition de ce Livre et sa diffusion datent de 38 après J.-C., d’autres les situant entre 50 et 60. Ainsi, cet Evangile, selon l’aveu même des chrétiens, est rédigé après le Masîh[3] (as). Notre référence concernant cette revendication est le Qâmûs al-Kitâb al-Moqaddas[4] (Dictionnaire de la Bible), livre de Mattâ (as). Les chercheurs, anciens comme modernes, décrètent que ce Livre a été écrit à l’origine en hébreu, et qu’il a ensuite été traduit en grec et en d’autres langues. Par la suite, le texte original en langue hébraïque a été rapidement perdu. Aussi, ce qu’il en reste en termes de traduction n’a pas de statut déterminé, on ignore qui en est le traducteur. Pour avancer cela, nous nous basons sur le livre Mîzân al-Haqq (L’Aune de la Vérité), mais bien entendu, l’auteur du Qâmûs al-Kitâb al-Moqaddas affiche également les mêmes doutes à ce propos.

 

L’Evangile selon Marqus[5]

 

Marqus est l’élève de Butrus[6] et ne compte pas parmi les Hawariyyîn[7]. On retrouve fréquemment le fait qu’il a écrit son Evangile sur les indications et les recommandations de Butrus, et qu’il n’est pas pour sa part croyant en le Dieu du Masîh (as). Pour cette raison, certains chrétiens pensent que Marqus écrit son Evangile pour les nomades et les paysans, et c’est pourquoi il présente le Masîh (as) en tant que prophète divin et propagateur des lois de Dieu. Ce point est évoqué dans le Qâmûs al-Kitâb al-Moqaddas, on peut y lire : « La plupart des anciens pensent que Marqus a écrit son Evangile en koinè byzantine, et qu’il a été diffusé après la mort de Butrus et de Bûls[8], aussi, son Evangile n’est pas aussi digne de confiance qu’il le faudrait, parce qu’il est visible qu’il l’a écrit pour les nomades et les paysans, et non pour les citadins, et en particulier les Byzantins. (Ici, chers lecteurs, prêtez bien attention :) Quoi qu’il en soit, Marqus a écrit son Evangile en 61 après J.-C. »

 

L’Evangile selon Lûqâ (Luc)

 

Luc ne figure pas non plus parmi les Hawariyyîn. Il n’a jamais côtoyé le Masîh (as) et embrasse pour sa part la religion chrétienne par l’entremise de Bûls. Bûls lui-même est juif[9] et il fait preuve de zèle à l’encontre des chrétiens, tourmentant les croyants qui ont foi en le Masîh (as) et s’arrangeant pour leur créer des difficultés. Soudain, comme on pourrait dire aujourd’hui, il fait un virage à 180° et prétend s’être trouvé en proie à une syncope et que dans cet état, le Masîh (as)[10] le touche, en lui faisant ces reproches : « Pourquoi tourmentes-tu à ce point mes disciples ? » Là, il trouve la foi en le Masîh (as) qui le charge de porter aux gens la bonne nouvelle incarnée par l’Evangile. Il est le fondateur de la chrétienté présente, c’est lui qui fonde les piliers du christianisme actuel[11]. Il appuie son enseignement sur le précepte que la foi en le Masîh (as) suffit au salut, et qu’il n’est besoin d’aucun acte particulier. Il rend licite pour les chrétiens la consommation de la chair du cadavre[12] comme celle du porc. Il leur interdit la circoncision ainsi que la plupart des recommandations apportées par la Thora. Il leur dit que l’Evangile n’est venu que pour confirmer le Livre précédent, c'est-à-dire la Thora, et pour rendre licites quelques points qui dans ce Livre étaient illicites. Succinctement, ‘Isâ[13] (as) est venu afin de consolider la Loi de la Thora qui se trouvait en proie au relâchement, et à ramener à elle ceux qui s’en étaient écartés, ainsi que les débauchés. Il ne s’agit pas d’invalider le fait de suivre la Thora, mais de limiter la félicité à la foi sans acte. Lûqâ écrit son Evangile après l’Evangile de Marqus, à savoir après la mort de Butrus et de Bûls. Certains stipulent que l’Evangile de Lûqâ, comme les autres Evangiles, n’est pas révélé, ce qu’attestent également les sujets du début de son Evangile. On peut notamment y lire : « Puisque beaucoup ont entrepris de relater le récit des événements accomplis parmi nous, d'après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires et serviteurs de la Parole, j'ai décidé, moi aussi, après m'être informé exactement de tout depuis les origines, d'en écrire pour toi l'exposé suivi, excellent Théophile, pour que tu te rendes bien compte de la justesse des enseignements que tu as reçus. » Jîrûm[14] précise que certains des précurseurs doutent à propos des deux premiers livres de l’Evangile de Lûqâ, car d’après un texte que possède une secte versée dans le marcionisme[15], ces deux livres n’y figurent pas, tandis qu’Eichhorn écrit de façon définitive à la page 95 de son livre[16] : « Les versets 43 à 47 du chapitre 22 de l’Evangile de Luc sont rajoutés. » De même, à la page 61, il écrit : « A propos des miracles que Luc rapporte dans son Evangile, les faits avérés se trouvent mélangés aux traditions mensongères, l’auteur a mêlé le vrai au faux, il emploie dans sa narration une emphase poétique. » Le problème est qu’aujourd’hui il est devenu très difficile de démêler le vrai du faux. Un autre auteur écrit : « Les Evangiles de Matthieu et de Marc se contredisent dans le texte, mais à chaque fois qu’ils parlent d’une même voix, leur parole est à préférer à celle de Luc. »

 

L’Evangile selon Yuhannâ (Jean)

 

La plupart des chrétiens prétendent que ce Jean en question est ce même Jean fils de Zebdî[17], le pêcheur, soit l’un des douze disciples du Masîh (as), ceux que l’on appelle les Hawâriyyîn, Jean étant celui qui parmi les disciples est l’objet d’une très grande affection de la part du Masîh (as). Ils disent également que deux hommes ainsi que leurs disciples se réunissent autour de Yuhannâ parce qu’ils croient que le Masîh (as) n’est rien de plus qu’un être humain créé, n’ayant pas préexisté à sa mère. Aussi, les évêques d’Asie et d’ailleurs demandent à Yuhannâ d’écrire un Evangile et d’y insérer un thème qui ne se trouve pas dans les autres Evangiles, et d’exprimer d’une façon précise et sans ambiguïté ce qu’est la nature du Masîh (as). Yuhannâ ne peut pas refuser leur requête. Bien entendu, il existe des divergences à propos de la date à laquelle cet Evangile a été écrit, comme à celui de la langue dans laquelle il a été rédigé. Certains avancent qu’il a été composé en 65 après J.-C., d’autres en 96, et d’autres encore en 98. Un groupe d’entre eux affirme que c’est Evangile n’a absolument pas été écrit par Yuhannâ le disciple du Masîh (as). Un autre groupe déclare que son auteur est un étudiant de l’école d’Alexandrie, citant en référence le livre Qisas. Dans le Qâmûs, ce point est également indiqué à propos de Yuhannâ. D’autres encore croient que la totalité de cet Evangile et des Epîtres de Yuhannâ ne sont pas de son fait, mais que ce sont des chrétiens qui les ont rédigés au deuxième siècle après J.-C., pour ensuite les attribuer mensongèrement à Yuhannâ afin de tromper les gens. D’autres encore prétendent que l’Evangile selon Yuhannâ comportait à l’origine vingt chapitres et qu’après la mort de Yuhannâ, l’église d’Ephèse a rajouté elle-même le vingt et unième.

 

L’invalidité des quatre Evangiles du point de vue des pièces et de leur absence de statut

 

Il était jusqu’à présent question de l’état et de la situation des quatre Evangiles. Si maintenant nous voulons acquérir une certitude dans cette voie, il faut garder en tête que l’ensemble des pièces relatives à ces Evangiles remontent à sept individus :

1. Mattâ 2. Marqus 3. Lûqâ 4. Yuhannâ 5. Butrus 6. Bûls 7. Yahûdhâ[18]. La confiance de tous concerne d’abord les quatre Evangiles, puis au sein de ces quatre Evangiles, elle s’applique à celui qui est le plus ancien et qui précède les autres. Il s’agit de l’Evangile selon Mattâ, dont l’original a été perdu et dont on ignore le nom du traducteur de la version actuelle. Est-elle conforme ou pas à l’original ? Sur quoi se base la confiance en son auteur ? Et sur quelle croyance se basent les principes de ses préceptes religieux ? Croit-il à la mission divine du Masîh ou sa propre divinité ? Dans les Evangiles que nous avons, il est dit qu’un homme[19] apparaît au sein des Banî Isrâ’îl et prétend que ‘Isâ (as) est le fils de Yûsuf[20] le charpentier, qu’il s’est levé afin d’appeler à Dieu, qu’il prétend être le fils de Dieu et qu’il est né parmi les hommes sans avoir de père. Son Père l’a envoyé afin que par sa crucifixion et/ou son meurtre, il incarne la rançon des péchés des gens. Il prétend également qu’il ressuscite le mort, et qu’il guérit l’aveugle de naissance, celui qui est atteint de vitiligo, les fous, qu’il fait sortir les djinns du corps des possédés. Il a douze disciples, dont l’un d’eux est Mattâ l’évangéliste. Dieu leur a accordé Sa bénédiction et les a envoyés pour propager la religion du Masîh (as), etc. Ainsi, voici succinctement ce que dit l’appel du christianisme qui se déploie de l’orient à l’occident de la terre. Et comme nous l’avons vu, toutes ces paroles remontent à une tradition unique, sachant que l’on ne sait pas exactement qui est l’auteur de cette unique tradition. Son nom et sa tradition sont obscurs, sa religion et sa qualité sont  ambiguës.

 

Conclusion relative à l’invalidité des livres du christianisme

 

L’invalidité des livres du christianisme entraîne le déni de l’existence extérieure de ‘Isâ Masîh (as). Cette faiblesse, cette étonnante absence de fondement qui intervient dès le début de ce récit, causent le fait que certains parmi les savants européens libéraux et libres prétendent que ‘Isâ (as) le fils de Maryam (as) n’est qu’une personne imaginaire, et que ceux qui ont édifié cette religion l’ont fait dans le but de retourner les gens contre les pouvoirs en place, et/ou dans celui de favoriser les pouvoirs en place dans l’esprit des gens[21]. Or, il se trouve que ce point est justement confirmé par un sujet de l’ordre de la superstition, qui présente en tout point des similitudes avec le récit concernant ‘Isâ (as). Il s’agit de Krishnâ, dont les idolâtres de l’Inde ancienne prétendent qu’il est le fils de Dieu, soit un être de nature divine descendu sur terre. Il est condamné à la potence[22] et y est crucifié, symbolisant ainsi la rançon des gens et le paiement de leurs péchés, afin de les délivrer de leur fardeau ainsi que du châtiment de leurs fautes. Tout ceci est exactement semblable aux superstitions que les chrétiens entretiennent à propos du Masîh (as) (mot pour mot), de sorte qu’un groupe de savants critiques concluent qu’au cours de l’histoire, il y a eu deux individus portant le nom de Masîh : l’un est le Masîh qui n’a pas été crucifié et l’autre est le Masîh qui a été crucifié. Entre l’apparition de ces deux Masîh, plus de cinq siècles se sont écoulés. Cependant, l'an "zéro" du calendrier grégorien ne correspond à l’avènement d’aucun de ces deux Masîh. Parce que le Masîh qui n’a pas été crucifié se situe à peu près deux cent cinquante ans avant, et a vécu soixante ans environ, tandis que le second Masîh, qui a été crucifié, est apparu plus de deux cent quatre-vingt-dix années après le commencement du calendrier grégorien, et a vécu trente-trois ans. Nous espérons que nous pourrons citer un autre sommet de cet ouvrage dans l’exégèse des derniers versets de la sourate Al-Nisâ’ (Les femmes, 4e sourate). Ce qui est plutôt certain et présente de l’importance pour nous à présent, c’est de tenter de prouver que la date grégorienne marquant le début de l’ère chrétienne est erronée, et qu’elle est de fait (selon l’aveu même de la chrétienté) en proie à l’anomalie. En sus, comme cela a été dit, la chrétienté elle-même confesse que son calendrier, pourtant basé sur la naissance du Christ, ne correspond justement pas à la naissance du Christ. Ce qui constitue en soi une apoplexie historique.

 

Autres points douteux au sujet des Evangiles de la chrétienté

 

En plus de ce qui précède, il se trouve d’autres faits qui nous amènent à douter à propos des Evangiles. Par exemple, on rapporte que durant le premier et le deuxième siècle, il existe d’autres évangiles. Certains en dénombrent plus d’une centaine, et prétendent que les quatre Evangiles célèbres en font simplement partie. Il se trouve que l’Eglise a exclu tous les autres, et c’est pourquoi on ne s’occupe plus que de ces quatre-là. Pour cette raison, ces quatre Evangiles sont appelés canoniques et sont les seuls à se trouver en accord avec les préceptes de l’Eglise. Parmi ceux qui ont rapporté ce fait se trouve un philosophe du deuxième siècle qui, dans son livre Al-Khatâb al-Haqîqî, reproche aux chrétiens d’avoir joué avec les Evangiles, effaçant aujourd’hui ce qui y figurait hier, et y écrivant aujourd’hui ce qu’ils effaceront demain. En 384 après J.-C. le pape Damasus I ordonne que l’on rédige une nouvelle traduction latine de l’Ancien et du Nouveau Testament, afin qu’elle serve de référence dans toutes les églises du monde, parce que le souverain de l’époque (Théodosius I) prend ombrage des débats et controverses des évêques au sujet des différents évangiles. Cette traduction prend pour nom Vulgate. Elle est menée à bien et comprend en particulier les Evangiles de Mattâ, Marqus, Lûqâ et Yuhannâ. Ainsi, l’instigateur de la mise en ordre des quatre Evangiles dit : « Après avoir confronté les uns aux autres plusieurs textes grecs anciens, nous leur avons donné cet agencement, en ce sens qu’après avoir, par l’expurgation et l’analyse, déterminé ce qui différait sur le plan de la signification, nous l’avons effacé, laissant le reste dans l’état où il se trouvait. » Là, cette même traduction se trouve confirmée en 1546, après onze siècles, par le Concile de Trente. En 1590, le pape Sixtus V discrédite la Vulgate ancienne et ordonne que l’on établisse un texte de nouveau expurgé, celui-là même qui se trouve aujourd’hui entre les mains des catholiques. Parmi les évangiles qui ont été recensés se trouve l’évangile de Barnabé, dont un manuscrit a été découvert il y a quelques années[23], qui a été traduit en arabe et en persan. Il s’agit d’un évangile dont la totalité des récits sont conformes aux récits du noble Coran à propos du Masîh (as), de ‘Isâ (as) fils de Maryam (as). Cet évangile est en italien, il a été traduit en arabe par le docteur Khalîl Sa‛âda, en Egypte. Le docte savant Sardâr Kâbelî en Iran, l’a quant à lui traduit en persan. Ce qui est étonnant ici, c’est que les éléments historiques également rapportés de sources autres que juives se taisent sur certains détails que l’Evangile attribue à l’appel du Masîh (as), comme le fait qu’il soit le fils de Dieu, qu’il se soit sacrifié, etc. Dans son ouvrage sur l’histoire de l’humanité, ke célèbre historien américain Hendrik Wilhem Van Loon cite un livre et une lettre que le médecin romain Aesculapius Cultellus écrit en 62 après J.-C. à son frère[24] Gladius Ensa, un militaire au service de l’armée romaine basée en Palestine. Il y écrit : « Je suis allé à Rome afin de me rendre au chevet d’un malade qui se nomme Paul et je me suis trouvé influencé par ses paroles. Il m’a invité au christianisme et m’a fait un résumé des traditions et de l’appel du Masîh (as). Cependant, ma relation avec lui a été interrompue et je ne l’ai pas revu, jusqu’à ce que je finisse par apprendre qu’il a été assassiné à Ostie. C’est pourquoi, alors que tu es en Palestine, je te demande de trouver des informations à propos de ce prophète israélite dont Paul m’a parlé, ainsi qu’à propos de Paul même, et de me les envoyer. »

Six semaines plus tard, Gladius Ensa renvoie une lettre depuis Jérusalem à son frère Aesculapius Cultellus le médecin : « J’ai interrogé un groupe d’hommes âgés de cette ville à propos de ‘Isâ Masîh (as), mais j’ai découvert qu’il ne leur plaisait pas de répondre à mes questions (ceci se passe en 62 après J.-C., or il s’adresse apparemment à des gens d’un certain âge). Et puis un jour j’ai rencontré un marchand d’olives à qui j’ai demandé : ‘Connais-tu untel ?’ Il m’a fait bonne figure et en guise de réponse, m’a indiqué un homme nommé Yûsuf. Il m’a dit : ‘Cet homme est l’un de ses disciples, un de ceux qui l’aiment, il est parfaitement informé à propos de ce qui concerne le Masîh (as). Si cela n’est pas dangereux pour lui, il répondra à tes questions.’ Dès ce jour-là, j’ai commencé à le chercher. Après plusieurs jours, j’ai découvert qu’il s’agissait d’un très vieil homme, et il semble qu’auparavant, à l’époque de sa jeunesse, il pêchait le poisson dans les lacs des environs. Malgré son grand âge, cet homme possédait toute sa raison, ainsi qu’une excellente mémoire. Il m’a raconté tout ce qu’il avait vu et vécu dans sa vie, et ce à quoi il avait dû faire face durant les périodes troubles. Entre autres choses, il m’a dit : ‘L’un des gouverneurs de province romain, c'est-à-dire Tibérius[25], gouvernait la Palestine. Il a dû venir à Jérusalem en raison de l’agitation et des troubles que la ville connaissait alors. Pour éteindre le feu de la discorde, il y envoya Pontius Pilatus[26].Cette discorde venait du fait qu’un Nazaréen appelé le fils du charpentier soulevait la population contre le pouvoir. Cependant, lorsqu’ils enquêtèrent sur ce dont le fils du charpentier était accusé, il apparût qu’il s’agissait d’un jeune homme raisonnable et posé. A aucun moment, il ne s’était livré à une opposition politique, et ce que l’on avait dit à son propos n’était que pure calomnie. Cette calomnie avait été fomentée par les juifs parce qu’ils étaient particulièrement opposés à lui. Aussi, dans cet objectif, ils avaient informé Pilatus que ce jeune Nazaréen avait dit : Celui qui gouverne les gens, qu’il soit Grec, Romain ou Palestinien, s’il les gouverne avec justice et compassion, il sera auprès de Dieu comme celui qui aura passé sa vie à étudier le Livre de Dieu et à réciter ses versets. Il semble que leurs paroles ont eu de l’effet sur le cœur de Pilatus, et que les flèches des ennemis ont bien atteint leur cible. Cependant, les juifs ont par ailleurs déclaré qu’il fallait tuer ‘Isâ (as) ainsi que ses disciples, aussi, ils organisèrent une manifestation devant le Temple, clamant qu’il fallait les mettre en pièces. Alors Pilatus acquit la conviction que le mieux était de faire arrêter ce jeune charpentier et de l’emprisonner pour lui éviter d’être lynché par la foule. Malgré tous les efforts possibles, Pilatus ne parvint pas à comprendre la raison de la colère des gens envers ‘Isâ (as). Chaque fois qu’il parlait avec eux à son propos, tâchant de les conseiller et les interrogeant sur l’origine de ce tumulte, au lieu d’en exprimer la cause, ils se mettaient à faire du tapage, criant qu’il s’agissait d’un mécréant, d’un renégat, d’un traître. En fin de compte, les efforts de Pilatus ne menèrent nulle part. Alors, il décréta qu’il valait mieux parler avec ‘Isâ (as) lui-même. Il le fit venir et lui demanda ce qu’était son objectif, quelle était la religion qu’il professait. ‘Isâ (as) lui répondit : Je ne veux pas le pouvoir et je n’ai pas maille à partir avec la politique. Je veux seulement propager la vie religieuse et spirituelle. Ma tâche concerne davantage la vie spirituelle que la vie matérielle. Je crois que les êtres humains doivent être bons les uns envers les autres, et adorer le Dieu unique, un Dieu qui tient le rôle d’un père pour toutes les créatures. Pilatus était un homme cultivé, connaissant l’école des stoïciens ainsi que les autres philosophies. Il voyait bien qu’il n’y avait dans les paroles de ‘Isâ (as) aucun problème. Pour cette raison, il décida pour la seconde fois de sauver ce prophète paisible et posé de la colère des juifs, et remit à plus tard la décision concernant son exécution.

Cependant, les juifs n’étaient pas prêts à se contenter de cela et de laisser ‘Isâ (as) à son propre sort. Au contraire, ils se mirent à diffuser parmi les gens la rumeur que Pilatus lui-même avait été trompé par les mensonges de ‘Isâ (as), qu’il s’était fait berner par son discours creux, et qu’il entendait trahir César. Ils commencèrent à produire des témoignages pour alimenter cette calomnie et rédigèrent des textes. Ils demandèrent à César de lui retirer le pouvoir. Il se trouve qu’avant cela, d’autres troubles, d’autres soulèvements s’étaient produits en Palestine et qu’à la cour de César, les forces loyales commençaient à se faire rares. Aussi, le pouvoir n’était plus en mesure de faire taire les gens comme il le fallait. Cela faisait un bon moment que César avait ordonné à ses gouverneurs et aux autres responsables de ne pas se comporter avec les gens de manière à ce qu’ils soient amenés à se plaindre, et soient mécontents de César.

Pour cette raison, Pilatus ne vit pas d’autres solutions que celle de sacrifier à la sécurité publique le jeune homme emprisonné, et ce faisant, mettre en œuvre ce que réclamaient les gens. Cependant, ‘Isâ (as) ne manifesta pas la plus petite anxiété, la plus petite faiblesse concernant son exécution. Au contraire, du fait du courage qui était le sien, il l’accepta à bras ouverts. Avant de mourir, il pardonna à tous ceux qui avaient joué un rôle dans sa mise à mort. Là, le décret de son exécution fut confirmé. Il rendit l’âme au sommet de la potence, alors que les gens se moquaient de lui, le maudissaient et l’injuriaient.’ »

Gladius Ensa écrit à la fin de sa lettre : « Voici ce que Yûsuf m’a raconté à propos de l’histoire de ‘Isâ (as) fils de Maryam (as). Tandis qu’il parlait, il pleurait, et lorsqu’il voulut me dire au revoir, je lui ai remis quelques pièces d’or, mais il les a refusées et m’a dit : ‘Il y a des gens qui sont plus pauvres que moi. Donne-les-leur.’ Je lui ai demandé de me parler de ton ami, Paul. Mais, malgré les éléments que je lui ai donnés, il n’a pas pu m’aider, il ne l’a pas connu précisément. La seule chose qu’il m’a dite à son propos, c’est qu’il s’agissait d’un fabricant de tentes qui a finalement abandonné son métier et s’est mis à professer la nouvelle religion, la religion du Dieu Bon et Miséricordieux. Ce Dieu est aussi éloigné de celui qu’adorent les juifs (Yahvé) – celui dont nous entendons sans cesse les oulémas juifs répéter le nom –, que la terre est éloignée du ciel.

Apparemment, Paul a d’abord voyagé en Asie Mineure et en Grèce, puis partout. Il disait aux esclaves, aux serviteurs et aux servantes : « Vous êtes tous les enfants du Père, et le Père vous aime tous, Il est bon et n’a pas réservé la félicité à une classe déterminée parmi les autres, mais l’accorde à tous, au pauvre comme au riche. A condition que le riche se comporte fraternellement avec tous, et vive dans la pureté et la sincérité. »’ »

 

L’appel au christianisme se manifeste après ‘Isâ (as)

 

La réflexion à propos du texte de cette lettre fait apparaître à ceux qui réfléchissent que l’appel au christianisme naît après ‘Isâ (as) et n’est rien d’autre que la manifestation de l’invitation d’un prophète (as)  à un message venu de la part de Dieu le Très-Haut. Dans cet appel, il n’est pas évident qu’il soit question de la manifestation de Dieu, de l’apparition de la nature divine, et de sa descente sur les juifs, ni que les juifs soient sauvés par le sacrifice. De même, il apparaît qu’un groupe de disciples de ‘Isâ (as) et/ou de proches, comme Bûls et les disciples de ses disciples, après la crucifixion, ont voyagé en différentes régions de la terre, comme l’Inde, l’Afrique, Rome, et d’autres régions encore, et ont diffusé l’appel à la chrétienté. Cependant, il ne s’est pas passé beaucoup de temps après l’épisode de la crucifixion pour qu’apparaissent des divergences entre les disciples au sujet des questions touchant aux principes et aux enseignements. Une question comme la nature divine du Masîh (as), sa divinité, et la question relative à la foi en le Masîh (as) suffisent à mettre en application les lois de Mûsâ[27] (as) : savoir si la religion du Masîh (as) est le tronc, ou seulement une branche de celle de Mûsâ (as), et si elle est subordonnée à la loi de la Thora et la complète seulement… C’est à partir de là que les divergences et les scissions commencent. Le Livre des Actes des Apôtres et les autres Epîtres de Bûls qui ont été écrits afin de s’opposer aux Nazaréens, témoignent de cette réalité.



[1] Matthieu. (Texte traduit du persan. Les notes sont du traducteur et les traductions des passages du Coran de Denise Masson).

[2] Des Evangiles canoniques, car l’Eglise a écarté plus de deux cents Livres pour n’en garder que quatre.

[3] Littéralement : « celui qui est oint ». Ainsi, le mot Messie correspond à l’étymologie du mot christos, qui donne Christ en français, et désigne celui qui a reçu l’initiation. Donc, ‘Isâ al-Masîh (as) correspond précisément à Jésus-Christ (as) et ne diffère pas de la notion de Messie en français.

[4] Il s’agit d’un dictionnaire de la Bible en arabe. Il a été traduit et édité par le Révérend George Edward Post.

[5] Marc.

[6] Ou Boutros = Pierre.

[7] Les Apôtres.

[8] Paul de Tarse.

[9] Selon l’Eglise catholique, Paul est un pharisien, soit un traditionnaliste littéraliste de la Thora, son école étant taxée de formalisme et d’hypocrisie par les Evangiles.

[10] A ce moment, le Christ étant déjà mort – selon la foi chrétienne –, il s’agit d’une apparition. Plus tard, Paul se revendique lui-même comme le 13ème apôtre.

[11] Il est ici probablement fait allusion à l’existence d’un autre christianisme, ésotérique, intérieur, fidèle à la tradition du Christ et porté par ses apôtres les plus proches, dont Jacques (as), dit « le frère du Seigneur ». Selon cette pensée, Jacques (as) serait à Jésus (as) ce que ‘Alî (as) est au Prophète (s), Paul voyant son rôle joué par Omar.

[12] On appelle cadavre la chair de tout animal n’étant pas passé par l’abattage rituel, qui a pour but principal de vider l’animal de son sang.

[13] Jésus (as).

[14] Jérôme.

[15] Relative à Marcion du Pont, ou Sinope.

[16] Einleitung in das Alte Testament ?

[17] Zébédée.

[18] Judas Iscariote.

[19] Mattâ donc.

[20] Joseph.

[21] Suivant les cas…

[22] Littéralement : à l’arbre.

[23] En février 2012, un nouvel évangile de Barnabé est découvert en Turquie par l’armée turque ! C’était également arrivé en 1986, mais il s’agissait en réalité d’un Evangile canonique.

[24] Il s’agirait en fait de son neveu.

[25] Tibère.

[26] Ponce Pilate.

[27] Moïse (as).

 

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