Les qualités de son Excellence ‘Isâ (as) selon le Coran (1)

Le Coran présente son Excellence le Masîh[1] (as) avec de nombreuses qualités, dont certaines correspondent à des talents tandis que d’autres sont innées. Le fait qu’il possède ces qualités indique qu’il est doué d’une wilâya[2] complète. Ces qualités sont les suivantes :

 

1- ‘Isâ[3] (as) est le Verbe de Dieu

 

Le Coran nomme ainsi le Masîh (as) par deux fois, dans les versets suivant : « Oui, le Messie, Jésus, fils de Marie, est le Prophète de Dieu, Sa Parole qu’Il a jetée en Marie, un Esprit émanant de Lui. » (sourate Al-Nîsâ’ (Les femmes) ; 4 : 171), et dans celui-ci : « Les anges dirent : ‘Ô Marie ! Dieu t’annonce la bonne nouvelle d’un Verbe émanant de Lui : Son nom est : le Messie, Jésus, fils de Marie ; illustre en ce monde et dans la vie future ; il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu. Dès le berceau, il parlera aux hommes comme un vieillard ; il sera au nombre des justes.’ » (Sourate Âli-‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 45 et 46).

 

Dans ces versets, le Masîh (as) est appelé kalima / كلمه / verbe. Ce terme est également présent dans le Nouveau Testament. Les anges y apportent à Maryam[4] (as) le message lui annonçant que Dieu lui donne la bonne nouvelle d’un verbe émanant de Lui ; d’un verbe qui a pour nom le Masîh (as), ‘Isâ ibn Maryam[5] (as), qui dans ce monde et dans l’autre est beau et honorable, il fait partie des rapprochés[6]. ‘Isâ (as) se met à parler alors qu’il n’est encore qu’un nouveau-né. Il fait partie des justes. Dans ce message, les qualités éminentes de son Excellence le Masîh (as) sont exposées. Parmi elles, il est question qu’il soit un kalima / كلمه / verbe, émanant de Dieu. Le noble Coran considère toutes les créatures comme des / verbes divins[7]. Le sens de kalima / كلمه est une chose qui dévoile un mystère, qui révèle l’intérieur, qui informe à propos de ce qui est caché. Les mots sont également nommés kalimât / كلمات pour la raison qu’ils sont les révélateurs des mystères du for intérieur, c'est-à-dire que les significations cachées peuvent être exposées par ces lucarnes. Et comme toutes les créatures de l’univers expriment les signes et les secrets du monde caché, alors elles sont des kalimât / كلمات, des verbes de l’occulte. Dieu le Glorifié parle Lui-même de l’ensemble des créatures en tant que kalimât / كلمات : « Dis : ‘Si la mer était une encre pour écrire les paroles de mon Seigneur ; la mer serait assurément tarie avant que ne tarissent les paroles de mon Seigneur, même si nous apportions encore une quantité d’encre égale à la première.’ » (sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 109). Pour aborder la plupart des questions concernant l’intelligible comme étant rapproché du sensible, Dieu le Glorifié s’exprime au moyen de l’allégorie. Il dit : « Voilà des exemples que Nous proposons aux hommes, mais ceux qui savent sont seuls à les comprendre. » (sourate Al-‘Ankabût (L'araignée) ; 29 : 43). Si l’océan se faisait encre pour écrire les paroles de Dieu, l’océan se trouverait asséché avant même que les paroles de Dieu prennent fin, car les paroles de Dieu sont illimitées. En effet, chaque goutte d’eau de l’océan, ce qui nage dans ses flots, son rivage, ses profondeurs, le delta du fleuve qui s’y jette, les rivières qui alimentent ce fleuve, tout cela est verbes de Dieu. C’est pourquoi Dieu dit dans un autre verset : « Si tous les arbres de la terre étaient des calames et si la mer, et sept autres mers avec elle leur fournissaient de l’encre, les Paroles de Dieu ne l’épuiseraient pas. Dieu est puissant et sage. » (sourate Luqmân ; 31 : 27). Les paroles de Dieu sont Ses volontés, et Ses volontés proviennent de cette Volonté éternelle et infinie. Jamais une chose limitée ne parviendra à écrire des signes produits à l’infini. Son kalima / كلمه, Son verbe, c’est ‘Isâ (as), parce que ‘Isâ (as) est en lui-même le verbe de la création, c'est-à-dire qu’il est l’archétype de l’injonction kun / كن / sois ! Et si le mot kalima / كلمه est ici spécifiquement attribué à ‘Isâ (as), alors que tous les êtres humains, et plus encore, toutes les créatures, ont été créés par cette même injonction kun / كن / sois !, c’est parce que la naissance des autres créatures s’est réalisée conformément à une suite de causes ordinaires et familières. La semence de l’homme, lors de l’union, rejoint la semence de la femme, et les facteurs consécutifs à cet acte se mettent en branle, jusqu’à ce que l’enfant naisse. C’est pour cette raison que la naissance est fondée sur l’union. Or, parce que la fécondation de la semence qui a donné lieu à ‘Isâ (as) n’a pas emprunté cette voie-là, et qu’une partie des causes habituelles et graduelles n’ont pas été présentes, son être découle forcément de l’usage de la parole créatrice[8], sans que les causes ordinaires ne se soient immiscées dans l’affaire ; ‘Isâ (as) est lui-même le verbe. Ainsi, les paroles de Dieu résident dans toutes les créatures du monde objectif qui indiquent l’occulte, le caché. Aussi, celles qui dévoilent le mieux l’occulte se retrouvent dans une parole complète. C’est pourquoi il est rapporté des Imâms impeccables (as) : « Partout dans le monde se trouve les kalima / كلمه de Dieu, mais nous, nous sommes les kalima / كلمه complets. Si les autres vous montrent un aspect du monde occulte, nous connaissons la plupart des secrets de l’occulte, et nous vous en informons. » Par conséquent, les prophètes (as) et les walî (as) de Dieu, sont des kalima / كلمه. Il est évident que le mot kalima / كلمه / verbe, n’équivaut pas simplement à kalâm / كلام / parole[9]. Il s’agit du discours, du discours divin, en tant que signe de Dieu. ‘Isâ (as) est à la fois le héraut de Dieu, il parle avec la permission de Dieu, et il est lui-même également le verbe de Dieu, parce que son nom compte parmi les plus beaux noms de Dieu. ‘Isâ le Masîh (as) est un verbe de Dieu qui provient de Dieu même, qui est descendu puis apparu dans le monde des possibles, de façon à être manifesté : « Louange à Dieu Le Manifesté pour Sa création, par Sa création. »[10] Si la signification des notions de manifestation et d’apparition réglait les différends entre les êtres humains, alors plus aucun chrétien ne serait exposé à l’humiliation de la trinité, ainsi que le Coran dit : « Oui, ceux qui disent : ‘Dieu est, en vérité, le troisième de trois’ sont impies. » (sourate Al-Mâ’ida (La table servie) ; 5 : 73). Le Masîh (as) est le signe de Dieu, or, le signe comme le Maître du signe ne doivent pas se trouver placés au même niveau, tout comme le mot ne se trouve pas au même niveau que celui qui le prononce. L’Esprit saint et ‘Isâ Masîh (as) sont tous deux des signes, et Dieu le Glorifié assiste et enrichit ‘Isâ Masîh (as) par l’Esprit saint : « Dieu dit : ‘Ô Jésus, fils de Marie ! Rappelle-toi Mes bienfaits à ton égard et à l’égard de ta mère. Je t’ai fortifié par l’Esprit de sainteté. Dès le berceau, tu parlais aux hommes comme un vieillard. » (sourate Al-Mâ’ida (La table servie) ; 5 : 110). De même que Son Excellence le Masîh (as) et Son Excellence Maryam (as) comptent pour des miracles de ce monde, ils sont considérés comme un seul signe : « Nous avons fait du fils de Marie et de sa mère un Signe. » (sourate Al-Mu’minûn (Les croyants) ; 23 : 50). Ainsi, d’une part, son Excellence le Masîh (as) transmet la parole de Dieu aux gens, comme un prophète de Dieu, il parle miraculeusement depuis son berceau d’autre part, et en plus il est la parole spéciale et le verbe particulier de Dieu.

Quoi qu’il en soit, la question qui se pose sur la raison du choix de ce mot kalima / كلمه pour qualifier ‘Isâ (as) fait couler beaucoup d’encre parmi les exégètes. Cependant, la thèse la plus commune retient la naissance extraordinaire du Masîh (as), comme nous l’indique ce verset : « Tel est, en vérité, Son Ordre : quand Il veut une chose, Il lui dit : ‘Sois !’ et elle est. » (sourate YâSin ; 36 : 82), ou bien l’annonce de la bonne nouvelle que Dieu fait parvenir à sa mère, par des « paroles ». On peut également citer comme motif de cette appellation, l’usage que le Coran fait de ce terme, dans le sens de « créature » par exemple dans ce verset : « Dis : ‘Si la mer était une encre pour écrire les paroles de mon Seigneur ; la mer serait assurément tarie avant que ne tarissent les paroles de mon Seigneur, même si nous apportions encore une quantité d’encre égale à la première.’ » (sourate Al-Kahf (La caverne) ; 18 : 109). Ce verset nous informe que l’objet des « paroles de mon Seigneur » est Ses créatures, le Masîh (as) étant l’une des grandes créatures de Dieu, le terme s’applique évidemment à lui. Dans l’intervalle, ceci répond en sus à ceux qui associent la divinité à ‘Isâ (as). ‘Allâmeh Tabâtabâ’î déclare : « Les mot kalima / كلمه et kalam / كلم sont pareils aux mots tamra / تمره et tamr / تمر ; dans les deux cas, le premier indique le genre, tandis que le second s’emploie au singulier. Aussi, le mot kalima / كلمه s’emploie pour une parole qui atteste d’une signification (à l’inverse d’une parole sans signification et chimérique, qui ne sera jamais appelée kalima / كلمه). Il s’emploie également pour une phrase. Que la phrase soit du type « Zayd est le résurrecteur », qui est une phrase finie, que l’on peut achever pas un silence, ou qu’elle soit du type « Si Zayd est le résurrecteur », qui est inachevée et attend une question chez celui qui l’entend (Si Zayd est le résurrecteur, que va-t-il se passer ou que feras-tu ?), dans les deux cas kalima / كلمه est employé au sens lexicographique. Si maintenant nous prenons en compte la manière dont ce mot est employé dans le noble Coran, à savoir ce kalima / كلمه qui est attribué à Dieu le Très-Haut, il désigne toute chose révélant la volonté divine (de la même manière que conformément à sa signification littérale, kalima / كلمه consiste en une parole qui révèle à celui qui écoute le dessein jusque-là caché de celui qui parle). Que le verbe de Dieu consiste en une injonction à exister, et que par cette injonction une chose en vienne à être dans le monde de l’existence, à apparaître, ou qu’il s’agisse de la parole de la révélation qui se manifeste à un prophète ou à un exégète par la volonté de Dieu, cela revient au même. » Au sujet de la signification de kalimat Allâh / كلمة الله / verbe de Dieu, et de l’objet de kalima / كلمه dans la phrase : « يُبَشِّرُكِ بِكَلِمَةٍ مِنْهُ / Dieu t’annonce la bonne nouvelle d’un Verbe émanant de Lui. » (sourate Âli-‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 45), certains avancent qu’il s’agit de son Excellence le Masîh (as), considérant le fait que les prophètes qui sont venus avant lui, et en particulier les prophètes israélites, avaient annoncé aux gens la bonne nouvelle de la venue prochaine du Sauveur des Banî Isrâ’îl[11]. Or, il est vrai que Dieu le Très-Haut dit à ce sujet : « Le Masîh (as) est ce verbe dont J’ai parlé précédemment. » Il emploie la même expression lorsqu’Il rapporte l’apparition de Mûsâ[12] (as) : « Ainsi s’accomplit la très belle promesse de ton Seigneur envers les fils d’Israël, parce qu’ils ont été patients. » (sourate Al-A‛râf ; 7 : 137). Cependant, cette explication n’est pas juste, pour la simple raison que, bien que s’accordant aux bonnes nouvelles détaillées dans les deux Testaments, elle ne s’accorde pas avec le noble Coran qui lui ne dit pas que la bonne nouvelle de la venue de ‘Isâ (as) a été faite à l’avance. De ce fait, nous ne pouvons prétendre que dans ce verset, le mot kalima / كلمه désigne une bonne nouvelle qui aurait été annoncée précédemment. En effet, le Coran fait de ‘Isâ (as) un porteur de messages, et de plus, la phrase suivante : « Son nom est : le Messie » ne vient pas appuyer cette explication, car visiblement, le terme de « Masîh » correspond au nom de ce kalima / كلمه dont il est question. Autrement dit, ce kalima / كلمه, c’est ‘Isâ (as), et non le nom de son apparition, ou de l’apparition d’un kalima / كلمه qui aurait été annoncé précédemment par les prophètes. Il est maintes fois dit que le kalima / كلمه, c’est ‘Isâ (as), parce qu’il rend plus claire la Thora aux gens, parce qu’il exprime le dessein que Dieu le Très-Haut poursuit dans la Thora, parce qu’il désigne les thèmes qui ont été ajoutés à la Thora par les juifs, et aplanit ainsi les divergences qu’ils ont au sujet des questions religieuses, comme le rapporte le Coran en s’adressant aux Banî Isrâ’îl : « Je suis venu à vous avec la Sagesse pour vous exposer une partie des questions sur lesquelles vous n’êtes pas d’accord. » (sourate Al-Zukhruf (L'ornement) ; 43 : 63). Bien que ce point nous explique l’emploi du mot kalima / كلمه, le saint verset est néanmoins dénué de détails pour étayer cette explication. On retrouve également très souvent que l’objet de kalimatin minhû / كلمة منه est la bonne nouvelle elle-même qui annonce à Maryam (as) qu’elle se trouvera enceinte de ‘Isâ (as), et que ‘Isâ (as) viendra au monde par elle. En résumé, le sens serait : « Dieu le Très-Haut t’annonce la bonne nouvelle d’un verbe venant de lui, et ce verbe consiste en ceci : la bonne nouvelle t’est annoncée que bientôt, sans que tu ais eu à rencontrer un homme, ‘Isâ (as) viendra au monde par toi. » Cette explication n’est pas correcte non plus car suite à ce verset, il est écrit : « Son nom est : le Messie », alors que selon l’explication donnée, le nom du kalima / كلمه  n’est pas « Masîh » mais « bonne nouvelle » / beshârat / بشارت. Il est également fréquemment avancé que le mot kalima / كلمه désigne ‘Isâ (as) lui-même, parce que ‘Isâ (as) met en œuvre le kalima / كلمه, c'est-à-dire que la signification de kalima / كلمه est kun / كن / sois ! Et si kalima / كلمه est employé à propos de ‘Isâ (as), alors que chaque être humain, et même, chaque créature, est un spécimen de la parole créatrice kun / كن / sois !, c’est parce que la naissance des autres suit un processus ordinaire. Ainsi, ‘Isâ (as) est lui-même le kalima / كلمه, et le verset : « Oui, le Messie, Jésus, fils de Marie, est le Prophète de Dieu, Sa Parole qu’Il a jetée en Marie, un Esprit émanant de Lui. » (sourate Al-Nîsâ’ (Les femmes) ; 4 : 171), ainsi que ce verset : « Oui, il en est de Jésus comme d’Adam auprès de Dieu : Dieu l’a créé de terre, puis Il lui a dit : ‘Sois’, et il est. » (sourate Al-i ‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 59), attestent qu’il soit parvenu à l’existence, et confirment cette signification. Selon nous, il s’agit-là de la meilleure explication. Quoi qu’il en soit, l’objet de kalima / كلمه n’est pas littéral, il n’est pas à prendre au sens ordinaire, il s’agit en effet de l’existence extérieure du Masîh (as), qui compte parmi les paroles créatrices de Dieu. Bien que le monde entier incarne les paroles de Dieu, ‘Isâ (as), parvenu à l’existence de façon miraculeuse, est de ce fait le verbe éminent de Dieu. Quand nous considérons le monde créé comme émanant des paroles de Dieu, cela induit que l’existence des choses créées exprime les paroles de leur Créateur, et que les paroles littérales recèlent tout une suite de significations intérieures et cachées. Dans les versets du Coran, le monde entier apparaît comme les paroles de Dieu. Le Coran traite cette question dans la sourate Luqmân, lorsqu’il est dit : « Si tous les arbres de la terre étaient des calames et si la mer, et sept autres mers avec elle leur fournissaient de l’encre, les Paroles de Dieu ne l’épuiseraient pas. Dieu est puissant et sage. » (sourate Luqmân ; 31 : 27).

 

2- Son nom est : le Masîh (as) et Ibn Maryam[13] (as)

 

Les versets du Coran nous indiquent que ces deux noms lui sont donnés par Dieu Lui-même, car le message que les anges transmettent à Maryam (as) dit : « Les anges dirent : ‘Ô Marie ! Dieu t’annonce la bonne nouvelle d’un Verbe émanant de Lui : Son nom est : le Messie, Jésus, fils de Marie ; illustre en ce monde et dans la vie future ; il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu. » (sourate Âli-‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 45). La raison pour laquelle il est nommé « le Masîh » (ce mot provient de mash / مسح / oint) est que ce prophète (as) passe sa main sur le corps des malades afin de les guérir. Nous retrouvons parfois que le mot « Masîh » est employé pour mamsûh / ممسوح, qui veut dire « lavé du péché », ou « envahi par la félicité, la bénédiction ». Parmi les autres hypothèses, une mentionne que « Masîh » est un terme d’origine hébraïque, qui provient de mashh / مشح et se rapporte au fait que les juifs, suivant la Thora, enduisent les choses sacrées d’une huile spéciale lors de cérémonies dédiées[14]. Lorsque les juifs ont besoin d’un roi, car ils considèrent la royauté comme une fonction sacrée, ils pratiquent l’onction sur celui-ci, le premier roi à se plier à ce rite portait le nom de Shâ’ûl[15] (Tâlût). Par la suite, il est devenu habituel de procéder ainsi à l’onction du roi d’Israël au moment où celui-ci prend place sur le trône pour régner sur l’ensemble des Banî Isrâ’îl. Suite à la déportation du peuple juif loin de son territoire, la vitrine de leur royauté et de leur pouvoir a été remballée et ils demeurent depuis dans l’attente de celui qui saura faire reparaître le faste d’antan, et rassembler les Banî Isrâ’îl sous un unique étendard. Cet individu attendu et promis est le « Masîh » dont les prophètes (as) des Banî Isrâ’îl ont annoncé l’avènement. Il est probable que le nom de ‘Isâ (as) provienne de Yeshû‛a qui signifie « le sauveur », ou corresponde à ya‛îsh / qui reste vivant, terme qui est également  attribué à Yahyâ[16] (as). Dans le cas où les noms de « Masîh » et de « ‘Isâ » ont eu des précédents, les actes que le Masîh (as) accomplit par la suite ne peuvent fonder cette hypothèse, car il faudrait pour ce faire que leur fondement corresponde à quelque chose qui la précède.

‘Allâmeh Tabâtabâ’î déclare : « Le terme ‘Masîh’ signifie mamsûh / ممسوح. Si son Excellence (as) a été nommé ainsi, c’est parce qu’il est empli de félicité et de bénédiction, et/ou parce qu’il est lavé des péchés, et/ou parce qu’il a été oint d’huile d’olive, à titre de bénédiction, car les prophètes (as) s’enduisent eux-mêmes d’huile d’olive. Il se peut que ce soit également parce que Jabra’îl (as), au moment de sa naissance, passe ses ailes sur son corps pour le protéger de la malfaisance de Shaytân[17], et/ou parce que Son Excellence (as) passe constamment sa main sur la tête des orphelins, sur les yeux des aveugles afin de leur rendre la vue. Certains considèrent qu’il ne passe sa main que sur les corps des malades qu’il va guérir. Tout ceci compose l’ensemble des explications concernant la raison pour laquelle ‘Isâ ibn Maryam (as) est appelé le Masîh (as). Cependant, l’explication que nous pouvons croire fiable est celle qui est donnée lorsque ce mot est prononcé par Jabraïl (as) apportant le message à Maryam (as), que le Coran rapporte ainsi : « Les anges dirent : ‘Ô Marie ! Dieu t’annonce la bonne nouvelle d’un Verbe émanant de Lui : Son nom est : le Messie, Jésus, fils de Marie ; illustre en ce monde et dans la vie future ; il est au nombre de ceux qui sont proches de Dieu.’ (sourate Âli-‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 45) ». Ainsi, avant même que Son Excellence (as) ne rende la vue à l’aveugle et la santé au malade, et principalement, selon le décret de ce verset, avant même sa naissance, il se voit appelé « le Masîh ». Le mot « Masîh » est l’arabe du mot hébreu meshihâ[18] que l’on trouve dans les deux Testaments en hébreux. D’après déduction de ces deux Livres, la coutume des Banî Isrâ’îl consiste à ce que, lors de son intronisation, le roi se prête à des cérémonies dont l’une consiste à ce que les prêtres l’oignent d’huile sainte pour bénir sa royauté. A cette occasion, le roi est appelé meshihâ qui a pour signification soit « roi », soit « béni ». On peut également déduire des Livres des Banî Isrâ’îl que ‘Isâ (as) est appelé meshihâ en raison de la déclaration annonçant sa venue : il sera bientôt suscité parmi les Banî Isrâ’îl et les gouvernera, il est leur Sauveur. L’Evangile de Luc rend très bien compte de cela, lorsqu’il rapporte : « L'ange lui dit : ‘Ne crains point, Marie ; car tu as trouvé grâce devant Dieu. Et voici, tu deviendras enceinte, et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il règnera sur la maison de Jacob éternellement, et son règne n'aura point de fin.’ » (Evangile selon Luc ; 1 : 30 à 33). Avec cette annonce, les juifs comprennent qu’il leur est donné la bonne nouvelle de la venue d’un prophète qui les gouvernera. C’est pour cette raison, et par ce prétexte, qu’ils s’abstiennent de répondre à l’appel de ‘Isâ fils de Maryam (as) et de reconnaître sa prophétie, parce qu’ils ne constatent chez lui aucune royauté et qu’il n’y accède d’ailleurs pas durant la période où il se trouve parmi eux. Parce qu’il est effectivement question de royauté dans le message, certains savants chrétiens, auxquels se joignent quelques exégètes musulmans, s’attachent à expliquer cette notion, et prétendent que l’objet de la royauté, en ce qui concerne ‘Isâ (as), est une royauté spirituelle et non une royauté extérieure et formelle. Cette explication n’est pas improbable, pour la raison que dans le texte même du message, Son Excellence (as) est appelé Masîh (as), c'est-à-dire béni. Or, d’une manière générale, dans la croyance des Banî Isrâ’îl, l’onction d’huile est accomplie pour bénir, ce qui est confirmé par ce verset : « Il m’a béni, où que je sois. » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 31). De plus, le mot « ‘Isâ » provient de « Yeshû‛a », que l’on interprète à la fois par « pur » et par « sauveur ». Dans certaines traditions, on lui prête également le sens de ya‛îsh / celui qui reste vivant. Ce dernier sens convient mieux, comme c’est le cas pour le nom qui est donné au fils de Zakariyyâ[19] (as), Yahyâ (as) / celui qui reste vivant, car ces deux prophètes (as) présentent entre eux des similitudes. Alors que les paroles de ce verset sont adressées à Maryam (as), ‘Isâ (as) est dans le même temps appelé ‘Isâ ibn Maryam (as). Ceci est destiné à attirer l’attention sur le fait que ‘Isâ (as) a été créé sans père. Cette spécificité est donc connue. En sus, Maryam (as) lui est associée dans ce miracle, comme le reflète ce passage : « Et celle qui est restée vierge… Nous lui avons insufflé de Notre Esprit. Nous avons fait d’elle et de son fils un Signe pour les mondes. » (sourate Al-Anbiyâ’ (Les prophètes) ; 21 : 91).

 

3- ‘Isâ (as), l’Esprit de Dieu / Rûh Allâh / روح الله

 

Selon le saint verset : « Ils t’interrogent au sujet de l’Esprit. Dis : ‘L’Esprit procède du commandement de mon Seigneur.’ » (sourate Al-Isrâ’ (Le voyage nocturne) ; 17 : 85), l’esprit fait partie du monde de l’impératif divin, et s’il relie la révélation à l’esprit quand Dieu dit : « J’ai fait descendre l’esprit sur toi », alors que l’esprit compte parmi les créatures objectives, les objets extérieurs, et que la révélation concerne des paroles cachées, c’est parce que cette suite de créatures, à savoir les esprits qui sont des créatures pures et saintes, découlent comme les autres créatures saintes de l’acte de création de Dieu, et figurent elles-mêmes parmi les paroles de Dieu le Très-Haut. Ainsi, dans le Coran, ‘Isâ ibn Maryam (as) est appelé « verbe de Dieu » : « Oui, le Messie, Jésus, fils de Marie, est le Prophète de Dieu, Sa Parole qu’Il a jetée en Marie, un Esprit émanant de Lui. » (sourate Al-Nîsâ’ (Les femmes) ; 4 : 171). Nous comprenons que l’esprit est appelé verbe / kalima / كلمه parce que, comme les autres verbes, les autres paroles, il atteste l’intention de son Maître. Aussi, lorsqu’il nous est permis d’appeler l’esprit « verbe », il nous est donc également permis de l’appeler « révélation ». Et si dans ce verset, ‘Isâ ibn Maryam (as) est considéré comme un verbe venant de Lui (kalima minhu / كلمه منه), c’est parce que la création de ‘Isâ (as) se fait par l’intermédiaire de la parole « Soit ! » et non pas avec l’intervention des causes ordinaires qui président habituellement à la création de l’être humain, ce qui est renforcé par le témoignage du Coran qui affirme sans détour : « Oui, il en est de Jésus comme d’Adam auprès de Dieu : Dieu l’a créé de terre, puis Il lui a dit : ‘Sois’, et il est. » (sourate Âli-‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 59). La phrase : « Sa Parole qu’Il a jetée en Marie / وكلمته ألقاها إلى مريم » constitue l’exégèse du sens du mot kalima / كلمه , parce que le verbe correspond ici à cette injonction « Soit ! / kun / كن », c'est-à-dire à la parole créatrice, celle qui met en œuvre l’existence. Lorsque ce verbe est lancé sur Maryam (as) la Vierge, elle tombe enceinte de ‘Isâ, l’esprit de Dieu (as), sans l’intervention des causes ordinaires comme le mariage.

Selon le saint verset : « Ils t’interrogent au sujet de l’Esprit. Dis : ‘L’Esprit procède du commandement de mon Seigneur.’ » (sourate Al-Isrâ’ (Le voyage nocturne) ; 17 : 85), l’esprit fait partie du monde de l’impératif divin, et ‘Isâ (as) est le verbe « soit ! ». Du fait que le verbe « soit ! » fasse partie du monde de l’impératif divin, ‘Isâ (as) est donc également l’esprit. « Croyez donc en Dieu et en Ses prophètes. Ne dites pas : ‘Trois.’ ; cessez de le faire ; ce sera mieux pour vous. Dieu est unique ! » (sourate Al-Nisâ’ (Les femmes) ; 4 : 171). Le mot / فا qui intervient au début de cette phrase dérive de fâ’ / فاء et indique qu’il s’agit d’une proposition conclusive relative au début du discours, car celui-ci commence en tête de phrase par cette cause qu’est innamâ al-masîh / إنما المسيح / Oui, le Messie. C’est à partir de cette cause que la conclusion est tirée. Voici en résumé ce dont il est question : Dès lors qu’il apparaît clairement que ‘Isâ (as) est le verbe de Dieu et l’Esprit de Dieu, il vous est donc obligatoire de le reconnaître comme tel, et que votre foi se tourne vers Dieu, la divinité de Dieu et les prophètes (as) de Dieu, dont ‘Isâ (as) fait partie. N’évoquez jamais trois dieux, abandonnez cette croyance en trois dieux et ayez foi en Dieu et en Ses prophètes (as), car cela vaudra mieux pour vous.

 

4- Signe de Dieu et manifestation de la miséricorde divine

 

La création du Masîh (as) est semblable à celle de son Excellence Yahyâ (as) ; il s’agit absolument d’un miracle. La création du Masîh (as) est même plus mystérieuse encore. Pour cette raison, le Masîh (as) compte pour un signe parmi les signes divins, car il est dit : « Nous ferons de lui un Signe pour les hommes ; une miséricorde venue de Nous. » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 21). Certaines des fins de la création du Masîh (as) sont connues par l’emploi même de ce procédé extraordinaire, et cette phrase se réfère à la destinée. Son sens quant à lui est celui-ci : Nous l’avons créé par le souffle de l’Esprit, et sans père, dans ce but justement, et pour qu’il soit un signe pour les gens, une miséricorde de Notre part, afin que par sa création il incarne un signe, et que par sa prophétie et ses miracles il constitue une miséricorde. Il se trouve dans le Coran de nombreuses expressions analogues qui permettent de déduire les desseins auxquels se réfèrent d’autres desseins, comme par exemple ce verset : « Ainsi avons-Nous montré à Abraham le royaume des cieux et de la terre pour qu’il soit au nombre de ceux qui croient fermement. » (sourate Al-An‛âm (Les bestiaux) ; 6 : 75). Cette formulation indique en soi que les desseins de Dieu ne sont pas accessibles à la compréhension de l’être humain, et qu’ils ne peuvent entièrement se trouver contenues dans les mots.

Le Coran nous dit également : « Il dit : ‘Je ne suis que l’envoyé de ton Seigneur pour te donner un garçon pur. » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 19). Le dessein du don (li’ahab / لأهب) consiste ici en sa création miraculeuse. Le mot zakî / زكي désigne toute chose qui est pleine de croissance, méritante et dynamique[20]. Parmi les subtilités employées dans cette sourate pour rapporter les histoires de Zakariyyâ (as), Maryam (as), Ibrâhîm[21] (as) et Mûsâ (as), se trouve une expression unique que l’on retrouve partout : wahab / وهب, qui désigne le fait que Yahyâ (as) a été offert à Zakariyyâ (as), ‘Isâ (as) à Maryam (as), Ishâq[22] (as) et Ya‛qûb[23] (as) à Ibrâhîm (as), et Hârûn[24] (as) à Mûsâ (as).

 

(A suivre…)



[1] Littéralement : « celui qui est oint ». Ainsi, le mot Messie correspond à l’étymologie du mot christos, qui donne Christ en français, et désigne celui qui a reçu l’initiation. Ainsi, ‘Isâ al-Masîh (as) correspond précisément à Jésus-Christ (as) et ne diffère pas de la notion de Messie. (Texte traduit du persan. Les notes sont du traducteur et les traductions des passages du Coran sont de Denise Masson et les passages des Evangiles proviennent de la Bible de Louis Segond, 1910).

[2] Terme à géométrie variable selon les écoles. Si l’on fait une synthèse des notions qu’il regroupe pour les shiites, le fait que ‘Isâ (as) ait une wilâya complète indique qu’il a hérité de l’ensemble des qualités que se transmettent les grands walî à savoir les grands lieutenants (lieu-tenant : celui qui maintient un lieu par sa seule présence, au nom de celui qui lui est supérieur…) de Dieu sur la terre.

[3] Jésus (as).

[4] Marie (as), mère de Jésus (as).

[5] Jésus fils de Marie (as) : c’est ainsi qu’il est généralement nommé dans le Coran, probablement pour rappeler que Marie (as) est le seul être dont il est le fils…

[6] Les êtres d’exception qui sont proches du Seuil divin.

[7] Comme il les considère toutes comme des signes / âyat / آية

[8] Kun / كن / sois !

[9] Bien que cela ne soit pas toujours clair dans les traductions en français, car il n’est pas évident d’employer le mot « verbe » comme l’exégèse coranique le suppose, et de le replacer dans les versets, à chaque occurrence, là où le sens, en français, tendrait plutôt vers le mot « parole » justement…

[10] Nahj al-Balâgha (La voie de l’éloquence), sermon n°108, attribué à l’Imâm ‘Alî (as).

[11] Les fils d’Israël / Jacob (as).

[12] Moïse (as).

[13] Fils de Marie (as).

[14] Un des reliefs de cette pratique se retrouve encore aujourd’hui dans le sacrement de la confirmation de l’Eglise catholique, lors duquel l’évêque trace une croix sur le front des adolescents avec le saint chrême, avant d’apposer les mains sur l’assemblée des confirmés…

[15] Saül.

[16] Jean le Baptiste (as).

[17] Satan.

[18] Il semble que meshihâ soit en réalité l’araméen de l’hébreu mashiah.

[19] Zacharie (as).

[20] Dans ce cas-ci, il est étonnant que Denise Masson traduise ce terme par « pur ».

[21] Abraham (as).

[22] Isaac (as).

[23] Jacob (as).

[24] Aaron (as).

 

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