Les qualités de Son Excellence ‘Isâ (as) selon le Coran (5)

 XIII. Le Masîh (as) incarne le Créateur, Celui qui dispense la vie

 

Les attributs d’action de Dieu le Glorifié nécessitent des manifestations présentes, or, ‘Isâ Masîh (as) compte parmi les manifestations présentes de Dieu le Glorifié. « Qui connaît l’Inconnaissable », « l’Auteur du monde », « Celui qui fait naître », « Celui qui répond de manière satisfaisante » comptent parmi les plus beaux noms de Dieu le Glorifié. ‘Isâ Masîh (as), dans une certaine mesure, incarne ces noms. Cependant, lorsqu’il dit : « Je suis venu à vous avec un Signe de votre Seigneur : je vais, pour vous, créer d’argile, comme une forme d’oiseau. Je souffle en lui, et il est : ‘oiseau’, avec la permission de Dieu. » (sourate Âli ‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 49), cela ne signifie pas que Dieu le Glorifié crée une partie des choses et que ‘Isâ Masîh (as) en crée une autre, dans le sens où Dieu le Glorifié aurait confié une part de la tâche au Masîh (as), comme si l’organisation de la création se partageait de la sorte. Au contraire, Son Excellence le Masîh (as), à l’égard de la création, manifeste l’un des noms de Dieu. Même si le Masîh (as) peut, avec la permission de Dieu, créer un oiseau, seul Dieu est le Créateur de toute chose. Il en va de même pour ce qui a été révélé à propos de l’Envoyé de Dieu (s) : « Tu ne lançais pas toi-même les traits quand tu les lançais, mais Dieu les lançait. » (sourate Al-Anfâl (Le butin) ; 8 : 17). Et cela vaut également pour les autres prophètes (as) et les manifestations des plus beaux noms de Dieu. Nous pouvons donc affirmer : « Il n’est pas vrai que Son Excellence (as) soit autonome concernant une partie de ces choses, et que Dieu en accomplisse le reste, parce que toute chose se trouve entre les mains de Dieu. » Rappelons-nous ce verset : « Les armées des cieux et de la terre Lui appartiennent ; Dieu sait tout, Il est Sage. » (sourate Al-Fath (La victoire) ; 48 : 4). Dans le cas où quelqu’un voudrait accomplir un acte christique, il lui faudra au minimum diagnostiquer les maladies de son esprit, les soigner, se régénérer lui-même pour pouvoir atteindre son objectif en bonne santé. Il lui sera nécessaire de parcourir la voie sur laquelle il a cheminé. Or, cette voie, Dieu le Glorifié nous l’indique, lorsqu’Il crée et instruit Son Excellence le Masîh (as). Assurément, la relation de servitude de Maryam (as) envers Dieu le Glorifié tient une place essentielle dans l’apparition puis dans le développement de ‘Isâ Masîh (as). Dieu dit à ce propos : « Nous avons fait parvenir à Maryam (as), alors qu’elle se trouvait en état d’adoration : ‘Tu seras mère’, de même que Nous avons transmis cette nouvelle à Zakariyyâ[1] (as) tandis qu’il se trouvait dans le mihrâb : ‘Un fils vertueux du nom de Yahyâ (as) te sera donné.’ »[2] Sur cette base, ce grâce à quoi l’être humain se rapproche de Dieu, jusqu’à ce que, la proximité aidant, il se place sous la wilâya[3] de Dieu, et que les savoirs, les connaissances et les dons divins lui soient accordés, c’est justement l’adoration. Voici comment le noble Coran relate la nouvelle apportée par les anges : « Les anges dirent : ‘Ô Marie ! Dieu t’a choisie, en vérité ; Il t’a purifiée ; Il t’a choisie de préférence à toutes les femmes de l’univers.’ » (sourate Âli ‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 42). Considérant cette Dame (as) comme choisie (mustafâ / مصطفا), purifiée (mutahhara / مطهره), et parce qu’elle est devenue safwatullâh / صفوة الله / élue et purifiée par la prière, la soumission et l’adoration envers Lui, Dieu lui dit : « Ô Marie ! Sois pieuse envers ton Seigneur ; prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s’inclinent. » (sourate Âli ‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 43). « L’adoration est la voie de la purification et par cette voie tu seras élue et purifiée par Dieu (safwatullâh / صفوة الله) », ce qui correspond à : « Adore ton Seigneur, jusqu’à ce que la certitude te parvienne ! » (sourate Al-Hijr ; 15 : 99). Par conséquent, celui qui désire être purifié et choisi doit parcourir la voie de l’inclinaison, de la prosternation, de la station debout, les mains ouvertes et jointes[4], et de l’humilité au-devant du Seuil de Dieu le Glorifié.

 

XIV. Le Masîh (as) est le maillon qui relie la communauté de Mûsâ (as) à celle du Prophète de l’islam (s)

 

Son Excellence le Masîh (as) confirme les prophètes antérieurs (as) ainsi que la Thora. Il annonce en même temps le Prophète (s) qui doit venir après lui. Dieu dit : « Me voici, confirmant ce qui existait avant moi de la Thora. » (sourate Âli ‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 50). Son Excellence le Masîh (as) explique en réalité dans ce verset une partie des objectifs de sa mission. Il dit : « Je suis venu afin de confirmer la Thora, afin de renforcer ses bases et ses principes. » Ici, une question est susceptible de venir à l’esprit : si le verset en question dit que ‘Isâ (as) confirme la Thora, est-ce à dire que la Thora, jusqu’à son époque, n’a pas été victime d’altérations ? En réponse, nous devons préciser que le verset qui nous intéresse parle de la Thora qui est en cause deux versets plus tôt, lorsqu’il est annoncé à Maryam (as) : « Dieu lui enseignera le Livre, la Sagesse, la Thora et l’Evangile. » (sourate Âli ‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 48), et non de cette Thora qui, à l’époque de l’envoi de Son Excellence (as), se trouve entre les mains des juifs. Dès lors, le verset en question n’apporte aucune preuve que ‘Isâ (as) ait pu confirmer la Thora usuelle parmi les gens de son époque, ce qui indiquerait que jusqu’à ce moment-là, la Thora n’a pas été altérée et n’a pas différé à propos de l’histoire de Bakht al-Nasr[5] notamment. De la même manière, certains versets disent que le Prophète de l’islam (s) reconnaît la Thora et l’Evangile, ce qui ne désigne en rien la Thora et l’Evangile usuels à l’époque de la descente du Coran. Il s’agit en fait de la Thora et de l’Evangile que la révélation enseigne à Son Excellence (s). Nous lisons dans un autre verset : « Jésus, fils de Marie, dit : ‘Ô fils d’Israël ! Je suis, en vérité, le Prophète de Dieu envoyé vers vous pour confirmer ce qui, de la Thora, existait avant moi ; pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Prophète qui viendra après moi et dont le nom sera Ahmad.’ » (sourate Al-Saf (Le rang) ; 61 : 6). Cette déclaration que le noble Coran rapporte de ‘Isâ (as) condense l’appel de Son Excellence (as). Il commence par déclarer ce qui constitue la base de son appel : « Je suis, en vérité, le Prophète de Dieu envoyé vers vous ». Cela nous indique qu’il ne dispose pas d’une autre dignité, d’une autre fonction ou prérogative que celle de leur transmettre la révélation de la part de Dieu. Là, il expose le texte de sa prophétie, il dit : « Je confirme à la fois la prophétie et le Livre qui m’ont précédés, et j’annonce la prophétie qui viendra après moi. » Le fait qu’il dise : « Je suis, en vérité, le Prophète de Dieu envoyé vers vous pour confirmer ce qui, de la Thora », exprime le fait que son appel ne diverge pas de la religion de la Thora, qu’il n’est pas contradictoire d’avec la Loi de cette religion, car au contraire, il la confirme. Il n’invalide par ailleurs que quelques articles. Le propos du nouveau texte n’est pas de diverger, il lui importe au contraire d’informer à propos de ce qui est désormais aboli, de ce qui a outrepassé sa durée de vie. En résumé, il déclare que tel article de la Thora avait pour durée de vie la période allant du jour de sa révélation jusqu’au jour où ‘Isâ (as) en prononce la désuétude, et non que cet article de la Thora a toujours été invalide[6]. « … pour vous annoncer la bonne nouvelle d’un Prophète qui viendra après moi et dont le nom sera Ahmad. » Ce passage du verset se réfère à la seconde partie de la révélation de Son Excellence (as), là où « Je suis, en vérité, le Prophète de Dieu envoyé vers vous pour confirmer ce qui, de la Thora », en expose la première partie. En d’autres termes, il semble que Son Excellence (as) dise : « Je suis le chaînon reliant la communauté de Mûsâ (as), ainsi que son Livre, à celle du Prophète à venir (le Prophète de l’islam) (s), et à son Livre. » Son Excellence ‘Isâ (as) n’a manifestement pas d’autre prétention que de livrer la prophétie divine, et ce durant une période de temps déterminée, aussi, ce qui lui a été attribué en terme de divinité propre, ou de filiation à l’égard de Dieu, n’est que mensonge.

 

XV. La bonne santé[7] (salâmat / سلامت) du Masîh (as) en ce monde, dans le barzakh[8], et au Jour de la résurrection

 

Son Excellence le Masîh (as) achève l’exposition de sa voie en mettant l’emphase sur la bonne santé dont il jouit en ce monde, dans le barzakh, et au jour de la résurrection : « Que la Paix soit sur moi, le jour où je naquis ; le jour où je mourrai ; le jour où je serai ressuscité. » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 33). Cette parole prononcée par ‘Isâ Masîh (as) avec la permission de Dieu est la réponse qu’il donne aux calomniateurs, car « Que la Paix soit sur moi, le jour où je naquis » signifie : « C’est en bonne santé et par la voie juste et pure que j’ai fait mon entrée dans le monde matériel. » Le Masîh (as) déclare : « Je suis sain de corps et d’esprit[9] lors des trois états transitoires survenant en ce monde. » Il est difficile pour l’être humain de parvenir au barzakh et à la résurrection en ce sain état. Lors de la grande résurrection également, lorsqu’un groupe se trouve en butte à la lamentation, ceux qui ont franchi les étapes précédentes pour parvenir à la purification et à la bonne santé[10] sont exempts de la lamentation. Parmi les paroles de l’Emir des croyants[11] (as), on trouve le fait que Dieu le Glorifié honore les oreilles de certains êtres humains, les dispensant ainsi d’entendre la clameur effrayante de l’enfer. Son Excellence l’Imâm al-Rezâ (as) dit : « Les êtres humains vivent trois périodes essentielles : le jour de la naissance, le jour de la mort et le jour où ils pénètrent la grande résurrection. » Lorsque l’être humain quitte l’univers clos de la matrice pour entrer dans son monde étendu, il est livré à une destinée inconnue, mais s’il entre dans le monde de la matière en bonne santé et dans la pureté, il est tranquille. L’entrée dans le monde du barzakh est également effrayante de prime abord, mais si on y pénètre en bonne santé, on se trouve protégé. De même, lorsque l’on entre dans la grande résurrection en bonne santé, on est alors pour toujours garanti contre la lamentation. Ces trois moments sont extrêmement importants, et ‘Isâ Masîh (as), lors de ces trois passages, jouit d’un état parfait. Il nous faut ici accorder une attention particulière sur le fait que la santé dont il est question est autre chose que le bien-être et la quiétude. Bien que Son Excellence le Masîh (as) connaisse des souffrances et des difficultés considérables au sein de ce monde matériel, une partie de ses combats contre les mécréants pouvant aisément être déduite de ce verset : « Jésus dit, après avoir constaté leur incrédulité : ‘Qui sont mes auxiliaires dans la voie de Dieu ?’ Les apôtres dirent : ‘Nous sommes les auxiliaires de Dieu ; nous croyons en Dieu ; soit témoin de notre soumission.’ » (sourate Âli ‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 52), il parvient néanmoins à atteindre son objectif à travers tous ces malheurs. Effectivement, aucun événement n’est en mesure de détourner vers lui l’attention du cœur pur de ‘Isâ (as), et par là, de porter préjudice à sa conviction. Ainsi, la santé de l’esprit[12] est autre chose que le bien-être et la santé physique. En témoigne cette parole de Dieu à propos de Yahyâ le martyr[13] (as) : « Que la Paix soit sur lui : le jour où il naquit ; le jour où il mourra ; le jour où il sera ressuscité ! » (sourate Maryam (Marie) ; 19 : 15). Le sens du salâm sur Yahyâ (as) correspond à sa bonne santé dès sa venue au monde, ce à quoi s’ajoute le fait que Son Excellence (as) parvient au martyre, sa tête sainte se trouvant séparée du reste de son corps par un Banî Isrâ’îl impur, une rançon requise par un autre Banî Isrâ’îl impur. Cependant, malgré son martyr[14], Yahyâ (as) parvient néanmoins à ses fins en bonne santé. A propos de Nûh[15] (as) également, Dieu le Glorifié prononce ces mots particuliers, qui de bout en bout dans le Coran, sont réservés à Son Excellence (as) : « Paix sur Noé, parmi les mondes. » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 79) et ce, bien qu’il ait eu à subir de nombreuses peines. Par conséquent, le fait de rester en bonne santé désigne le cœur sain avec lequel on quitte ce monde,  et la foi et l’âme saines avec lesquelles on entre dans le barzakh. Il ne s’agit donc pas de la santé du corps, ou de la santé au sens de bien-être. Cela rejoint ce qui est dit à propos de Son Excellence Ibrâhîm (as) : « Il vint à son Seigneur avec un cœur pur. » (sourate Al-Sâfât (Les rangés) ; 37 : 84). Celui qui, doué d’un cœur sain, entretient une relation avec son Seigneur, se rend également avec le cœur sain auprès de Dieu le Glorifié. Aussi, le salâm de Dieu lui est acquis, bien qu’il connaisse des tourments en ce bas monde, entende des calomnies et soit menacé d’être brûlé. Le salâm de Dieu est sur celui qui atteint sa destination avec une religion et un cœur sains. Son Excellence le Masîh (as) fait partie de ces êtres humains. Sa biographie représente un enseignement à propos de la santé de l’esprit lors des trois moments cruciaux de la vie humaine.

 

(A suivre…)

 



[1] Zacharie (as).

[2] Il ne s’agit pas ici de la traduction de Denise Masson, mais de la « traduction-commentaire » du texte original en persan.

[3] Ici, on pourrait traduire par « sous la tutelle », bien que cette expression soit réductrice vis-à-vis de l’ampleur du mot wilâya.

[4] Les trois stations principales de la prière que sont le rukû‛ / ركوع, le sujûd / سجود et le qunût / قنوت.

[5] Nabuchodonosor.

[6] Une question se pose cependant : si ‘Isâ (as) se réfère à une Thora céleste, qui lui est directement enseignée par Dieu, et qui n’est pas celle que les juifs ont entre les mains, deux cas de figure sont possible : 1. Il y a des divergences entre l’original céleste et sa version terrestre, aussi, ‘Isâ (as) doit nécessairement être amené à dire que certains articles de la Thora sont invalides depuis le début. Ou bien, ces différences ne concernent en rien les autres êtres humains, auquel cas ce n’est donc même pas la peine d’en parler. 2. Les deux textes sont absolument identiques, auquel cas il n’y a rien à dire non plus… Alors de quoi parle-t-on ? Ce type d’exégèse, fréquent, s’il est « politiquement correct », ne brille pas par sa clarté.

[7] Il n’est pas ici question de la seule bonne santé physique, mais d’un état beaucoup plus ample, englobant et général, transcendant les degrés matériels et spirituels. Denise Masson traduit le mot salâm / سلام par « paix », mais l’auteur persan de ce commentaire emploie le mot salâmat / سلامت / bonne santé, ce qui est moins réducteur, à condition de prendre en compte l’ensemble des aspects que la bonne santé peut recouvrir : physiques, moraux et spirituels.

[8] Voir la note sur ce mot dans la partie précédente.

[9] Selon l’expression courante chrétienne et francophone.

[10] Physique et spirituelle.

[11] ‘Alî ibn Abî Tâleb (as), cousin et gendre du Prophète (s), quatrième calife de l’islam, commandeur des croyants pour les shiites.

[12] Rûh / روح / l’esprit relié au monde spirituel.

[13] Jean le Baptiste (as).

[14] Il est à noter que le mot shahâda / شهادة désigne à la fois le martyr et le témoignage, l’attestation. Cette vérité lexicale implique plusieurs vérités philosophiques. L’attestation de la Réalité divine est en soi un martyre à la réalité illusoire de ce bas monde. Celui qui a témoigné en son cœur a ouvert la voie vers la coupe du martyre qui est la consécration du croyant. Et inversement, celui qui a laissé le martyre venir à lui, a attesté en son cœur de la Réalité ultime. Le sacrifice de soi en vue de l’extinction dans le Soi est donc à la fois martyre et témoignage. Peu importe la forme que cela prend. On a en tête le sacrifice extérieur, sur un champ de bataille, mais le renoncement pur de soi, dans la quiétude ou dans l’action, en parole ou en pensée, n’a nul besoin de sang versé, et recèle autant d’intensité.

[15] Noé (as).

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