Les preuves que le Masîh (as) n’a pas été crucifié

Les nombreuses divergences et contradictions qui apparaissent dans la transmission des événements liés à la crucifixion du Masîh[1] (as) dans les Evangiles, et le caractère émotionnel de l’expression de Mattâ[2], Murqus[3], Lûqâ[4] et Yûhannâ[5] qui se retrouve abondamment dans les études portant sur ces événements, nous enjoignent à produire une réflexion plus sérieuse et plus précise sur l’assassinat du Masîh (as). Celui qui réfléchit un tant soit peu sur ce sujet parvient aisément à cette vérité qu’énonce ce verset du noble Coran : « Et parce qu’ils ont dit : ‘Oui, nous avons tué le Messie, Jésus, fils de Marie, le Prophète de Dieu.’ Mais ils ne l’ont pas tué ; ils ne l’ont pas crucifié, cela leur est seulement apparu ainsi. Ceux qui sont en désaccord à son sujet restent dans le doute ; ils n’en ont pas une connaissance certaine ; ils ne suivent qu’une conjecture ; ils ne l’ont certainement pas tué. » (sourate Al-Nisâ’ (Les femmes) ; 4 : 157).

 

Premier indice : la résurrection du Masîh (as)

 

A propos de la résurrection du Masîh (as), les Evangiles rapportent que le Masîh (as) dit lui-même qu’après trois jours, il se relèvera de son tombeau :

« Le lendemain, qui était le jour après la préparation, les principaux sacrificateurs et les pharisiens allèrent ensemble auprès de Pilate, et dirent : ‘Seigneur, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, quand il vivait encore : Après trois jours, je ressusciterai. Ordonne donc que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, afin que ses disciples ne viennent pas dérober le corps, et dire au peuple : Il est ressuscité des morts. Cette dernière imposture serait pire que la première.’ » (Evangile selon Matthieu ; 27 : 62 à 64).

« Dès lors, Jésus commença à faire connaître à ses disciples qu'il fallait qu'il allât à Jérusalem, qu'il souffrît beaucoup de la part des anciens, des principaux sacrificateurs et des scribes, qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât le troisième jour. » (Evangile selon Matthieu ; 16 : 21).

« Alors, il commença à leur apprendre qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup, qu'il fût rejeté par les anciens, par les principaux sacrificateurs et par les scribes, qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât trois jours après. » (Evangile selon Marc ; 8 : 31).

Cependant, nous pouvons constater, par ces mêmes Evangiles, que cette durée est de deux nuits et un jour, et non de trois jours. Le Masîh (as) est mis au tombeau au soir du samedi[6] et, toujours d’après les Evangiles, il ressuscite avant le lever du soleil, le dimanche :

« Le premier jour de la semaine[7], Marie de Magdala se rendit au sépulcre dès le matin, comme il faisait encore obscur ; et elle vit que la pierre était ôtée du sépulcre. Elle courut vers Simon Pierre et vers l'autre disciple que Jésus aimait, et leur dit : ‘Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons où ils l'ont mis.’ » (Evangile selon Jean ; 20 : 1 et 2).

« Après le sabbat, à l'aube du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l'autre Marie allèrent voir le sépulcre. Et voici, il y eut un grand tremblement de terre car un ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre, et s'assit dessus. » (Evangile selon Matthieu ; 28 : 1 et 2).

« Lorsque le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé, achetèrent des aromates, afin d'aller embaumer Jésus. Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre, de grand matin, comme le soleil venait de se lever. » (Evangile selon Marc ; 16 : 1 et 2).

« Le premier jour de la semaine, elles se rendirent au sépulcre de grand matin, portant les aromates qu'elles avaient préparés. » (Evangile selon Luc ; 24 : 1).

 

Si la crucifixion du Masîh (as) ainsi que les événements de la résurrection sont exacts, comment est-il possible qu’il se trouve autant de divergences concernant l’un des points élémentaires de cette affaire ?

 

 

Deuxième indice : la pierre du tombeau du Masîh (as)

 

Dans le Nouveau Testament, l’une des choses dont il est question dans le récit de la mort et de la résurrection du Masîh (as) est cette grosse pierre qui obstrue le tombeau. Selon les Evangiles, il s’agit d’une très grosse pierre. Après la mort du Masîh (as), lorsque des personnes se rendent au tombeau, elles découvrent un fait étonnant : la grosse pierre qui obstruait le tombeau a été déplacée, elle ne se trouve plus là où elle devrait être : « Et, levant les yeux, elles aperçurent que la pierre, qui était très grande, avait été roulée. » (Evangile selon Marc ; 16 : 4). Dans la traduction persane comme dans les traductions anglaises et françaises de ces versets relatifs à la pierre, tous les termes indiquent que la pierre est ronde et qu’elle roule. Dans leurs commentaires et interprétations, les exégètes de la Bible nous informent que cela prouve que la pierre était très grosse, d’autant plus que Marc le dit textuellement. Ces exégètes prétendent que la pierre fait entre un mètre trente et un mètre cinquante de hauteur et qu’elle pèse environ deux tonnes. Voyons maintenant si dans le texte grec du Nouveau Testament il en est réellement ainsi et si la pierre en question a bien été roulée ?

En grec, la notion « faire rouler » est exprimée par le terme « kuli ». Cependant, il est un point auquel il est nécessaire de prêter attention : lorsque que vous composez un terme à l’aide de lettre, ou à l’aide d’autres termes, sa signification change, et la façon dont il est employé change également. Lorsque nous analysons la version grecque des Evangiles, nous observons que cette racine ainsi que ces mêmes termes grecs ont été employés dans plusieurs évangiles lors de la narration de cet événement, mais qu’ils ont été affublés de particules qui ont en réalité modifié le sens de la narration. Dans l'Evangile selon Marc (15 : 46), on trouve le préfixe grec pros ajouté à la racine kuli, ce qui induit cette signification : « pousser devant » ou « ôter » (proskul). Dans l'Evangile selon Luc, qui est plus précis que les autres, dans le chapitre 24, le préfixe apo est ajouté au mot kuli (apokuli), ce qui a pour signification « loin de », et qui, d’une manière générale, implique l’idée de « séparer » ou d’ « éloigner ». Nous trouvons le même emploi dans l'Evangile selon Matthieu (28 : 2). Dans l'Evangile selon Jean, un tout autre terme est employé : le mot grec air[8], qui signifie « lever » ou « faire bouger » est utilisé. Ce qui nous indique que la pierre est d’abord levée, puis mise en mouvement. Ainsi, comme on peut le voir, les narrations sont troubles. L’une dit que la pierre du tombeau a été roulée et évoque comme motif sa grosseur. L’autre dit qu’elle a été séparée du tombeau. Un autre encore dit qu’elle a été levée, puis bougée.

 

 

Troisième indice : la crainte de la mort et du blâme divin

 

Les Evangiles décrivent des moments de souffrance morale concernant la crucifixion du Masîh (as). A titre d’exemple, voici ce qu’en dit la narration de Mattâ :

« Il prit avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, et il commença à éprouver de la tristesse et des angoisses. Il leur dit alors : ‘Mon âme est triste jusqu'à la mort ; restez ici, et veillez avec moi.’ Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi : ‘Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.’ » (Evangile selon Matthieu ; 26 : 37 à 39). Cette nuit-là, par trois fois, le Masîh (as) demande à Dieu par ces mots de lui épargner la souffrance et le supplice. Cependant, il est fait prisonnier et on le cloue sur la croix. Sachant qu’il va être tué, il crie sur la croix un reproche envers Dieu. Mattâ écrit : « Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte : ‘Éli, Éli, lama sabashthani ?’ C'est-à-dire : ‘Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?’ » (Evangile selon Matthieu ; 27 : 46). En examinant la place de la mort dans le christianisme et dans le Livre saint, nous constatons qu’elle présente beaucoup de similitudes avec celle qu’elle occupe en islam. En islam, plus la foi de l’individu est haute, plus cet individu est familier avec la mort, et moins il en a peur. Comme l’Imâm ‘Alî (as) qui dit à propos de lui-même : « Plus encore que l’enfant est familier au sein de sa mère, le fils d’Abû Tâleb[9] est familier à la mort. » Cela vaut également pour le christianisme. Dans l’Ancien Testament, Son Excellence Dâwud (as), prédisant la mort qui l’attend, se réjouit et dit : « Elle a du prix aux yeux de l'Éternel, la mort de ceux qui l'aiment. » (Psaumes ; 116 : 15). Selon les dires de saint Ambroise, la mort n’est pas source de crainte. Elle n’est amère ni pour les malheureux, ni pour les riches. Il dit : « Le Messie (as) ne pouvait nous sauver par une meilleure chose que notre mort. C’est pourquoi sa mort est notre vie à tous. Que pouvons-nous dire au sujet de sa mort ? Parce que ce modèle divin établit que la mort n’est que le fait de trouver l’éternité et ainsi, Dieu lui-même[10] a trouvé le salut. » Saint Bernard de Clairvaux dit également : « Celui qui est uni à Dieu fait un avec l’esprit. Il ne pense plus à autre chose qu’à Dieu, n’a d’attention que pour Lui et ne connaît point de choses ayant rapport avec Dieu, parce qu’il est tout entier empli de Dieu. Dieu est amour, alors au moyen d’une très grande proximité de l’âme vis-à-vis de Dieu, il va se trouver uni à Lui, et sera empli d’amour. » Lorsque les saints chrétiens, qui sont les élèves du Masîh (as), quoique à un niveau qui lui y est inférieur, ont cette croyance à l’égard de la mort et des souffrances afférentes, les considérant comme l’amour de Dieu même, il est nécessaire que le Masîh (as), en de telles circonstances, fasse montre de davantage de fermeté dans sa croyance comme dans son action. Par conséquent, comment est-il possible que cet homme qui doit être crucifié soit si peu endurant, allant jusqu’à faire des remontrances à Dieu, lui demandant : « Pourquoi m’as-Tu abandonné ? » Ne serait-il pas plus convenable alors de douter de sa nature de Messie[11] ?



[1] Littéralement : « celui qui est oint ». Ainsi, le mot Messie correspond à l’étymologie du mot christos, qui donne Christ en français, et désigne celui qui a reçu l’initiation. Ainsi, ‘Isâ al-Masîh (as) correspond précisément à Jésus-Christ (as) et ne diffère pas de la notion de Messie. (Texte traduit du persan. Les traductions des passages du Coran sont de Denise Masson, les passages des Evangiles proviennent de la Bible de Louis Segond, 1910, et les notes sont du traducteur.)

[2] Matthieu.

[3] Marc.

[4] Luc.

[5] Jean.

[6] Dans le calendrier islamique, le jour commence au crépuscule, dès que le soleil a disparu sous l’horizon, aussi, le soir du samedi islamique correspond au vendredi soir du calendrier grégorien. De ce fait, la remarque de notre exégète vaut peut-être pour les musulmans, car il est vrai que si Jésus (as) a été mis au tombeau au soir du samedi (le soir précédant le jour dans ce cas), sa résurrection le dimanche matin intervient donc après deux nuits et un jour seulement ; le deuxième jour donc. Mais selon le calendrier grégorien (qui n’était pas en vigueur il est vrai à l’époque, mais auquel le lecteur se réfèrera sans doute pour se faire sa propre idée), si Jésus (as) est mis au tombeau le vendredi soir, sa résurrection le dimanche après l’aube a donc bien lieu le troisième jour. Reste à savoir à quel type de calendrier se réfère les Evangiles… A cette époque, les Romains utilisaient le calendrier julien, un calendrier solaire comportant 365 jours par an, ce qui ne dit pas que leurs jours commençaient forcément à minuit. Mais dans le calendrier auquel se réfèrent les Hébreux, le jour commence bien après le coucher du soleil, comme dans le calendrier islamique. Par conséquent, si les Evangiles se réfèrent bien au calendrier hébreu, la remarque de notre exégète reste pertinente. Cette question n’est pas simple et soulève beaucoup d’interrogations, y compris chez les exégètes chrétiens, qui situent la crucifixion le vendredi ou le mercredi, voire le jeudi, selon différents calculs.

[7] Le dimanche donc.

[8] Aer / aér / aêr.

[9] Le père de l’Imâm ‘Alî (as) et oncle paternel du Prophète (s).

[10] N’oublions pas que Jésus est Dieu pour cet auteur…

[11] L’auteur fait certainement référence ici au fait que c’est un autre qui est crucifié à la place du Masîh (as)…

 

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