Pourquoi le Coran possède-t-il deux niveaux de lectures : exotérique et ésotérique ?

Nous allons examiner ici les raisons qui nous semblent expliquer pourquoi le Saint Coran emploie deux sortes de discours : l’un dont le sens est qualifié de littéral, d’obvie ou d’apparent. Il s’agit du sens immédiat ou sens propre, celui qui se donne à comprendre en premier lieu.

L’autre est le sens caché, figuré, allégorique, profond ou ésotérique. C’est le sens que révèle l’interprétation, l’analyse ou l’inspiration obtenue par l’initiation spirituelle.

Le premier sens est qualifié en arabe de zâhir. Le deuxième est bâtin, intérieur. Les mots zâhir et bâtin sont deux termes de la langue arabe dont les radicaux renvoient aux sens de dos (apparent) et au sens de ventre (caché).

Ainsi, bien que le ventre soit situé sur le devant de l’homme et qu’il puisse être vu par ce dernier, c’est lui qui sert à désigner la dimension cachée, alors que le dos qui est derrière et échappe au regard l’homme, sert à désigner l’apparent.

C’est déjà le premier paradoxe !

 

Dans les débuts de sa vie qui est mondaine et éphémère, l’homme est semblable à une goutte dont l’existence se passe à l’intérieur d’une tente dressée sur une mer sans rivage. Il se consacre corps et âme à essayer de se frayer une place stable dans cette mer tumultueuse de la lutte pour les biens matériels. Toute sa pensée tourne autour des préoccupations matérielles, des moyens de s’assurer les meilleures conditions de vie matérielle, bien manger, bien boire, bien se vêtir et bien se loger, etc. Et cela depuis que le monde est monde.

 

Dans une deuxième étape, l’homme commence à scruter le sens de la vie et percevoir en même temps, des valeurs non-matérielles ou abstraites, comme l’amitié, l’inimitié, la grandeur d’âme, l’élévation de la position et autres choses semblables. Mais il comprend ces choses à travers des critères matériels. La douceur de la victoire est comparée à celle du sucre, l’attraction de l’amitié est rapprochée de l’attraction magnétique, et la grandeur du dessein est comparée à la hauteur de la position, aux étoiles qui dominent le monde du plus haut du firmament, ou aux pics glorieux des montagnes majestueuses.

 

Les intelligences des hommes sont inégales. Elles peuvent se mesurer depuis le degré proche du zéro et des degrés plus élevés jusqu’aux intelligences capables d’appréhender aisément les notions les plus pointues, les plus avancées de la pensée humaine.

Quoiqu’il en soit, plus un esprit sera capable de concevoir les idées les plus abstraites, plus il se libérera des préoccupations trompeuses du monde matériel, et réciproquement, moins il se préoccupera du monde, plus large sera sa capacité à comprendre les vérités supérieures. Malgré tout, chaque être humain possède plus ou moins la capacité potentielle de comprendre, à moins qu’il ne réduise cette capacité à zéro de par sa propre volonté et décision. Comme ceux qui contrariés de voir échouer leurs ambitions, se laissent gagner par le désespoir ou d’autres qui par manque de gratitude, préfèrent ignorer cette capacité et vivre dans la dépendance aux stupéfiants, etc.

 

Il résulte de ce qui précède que les connaissances de chacun des différents degrés de compréhension ne peuvent pas avoir été reçues d’un degré inférieur. En effet, la conséquence en serait que la réciproque impliquerait que les degrés inférieurs, en particulier ceux des individus dont le niveau de connaissance ne dépasse pas la perception sensible, seraient pourvoyeurs des niveaux supérieurs, ce qui serait absurde. C’est le supérieur qui pourvoit l’inférieur et jamais l’inverse.

 

A titre d’exemple, prenons le cas de l’idolâtrie. Celui qui examinerait avec attention la partie Upanishad des Vedas de l’hindouisme, qui étudierait pas à pas les propos tenus par chacun des intervenants dans ces textes et confronterait certaines parties avec d’autres, celui-là verrait que le but de tout l’enseignement des Vedas n’est rien d’autre que le monothéisme, l’affirmation de l’unicité de Dieu.

Comme le texte a été écrit sans certaines précautions oratoires, la présentation du monothéisme dans les Upanishad a été faite sur la base qu’il faut d’abord satisfaire les attentes de la pensée du commun des croyants, et cela ne peut pas aboutir à autre chose qu’à l’idolâtrie et à l’admission de plusieurs divinités.

Nous voyons ainsi que quoi qu’il en soit, les secrets du monde métaphysique et suprasensible concernant la démarche à suivre pour dominer la tendance matérialiste, ne doivent être révélés qu’à mots couverts.

 

En même temps, dans quelques doctrines religieuses, certaines personnes ou catégories de personnes sont interdites de certaines prérogatives, comme c’est le cas dans le bouddhisme zen, le judaïsme, le christianisme. L’interdiction est faite aux « laïcs » (non-religieux) d’accéder aux connaissances des Livres sacrés, comme c’est le cas dans le chamanisme et le christianisme.

L’islam ne professe aucune interdiction dans ce domaine envers aucune catégorie de personnes, que ces personnes fassent partie de l’élite ou du commun, qu’elles soient femmes ou hommes, noires ou blanches. Elles sont toutes parfaitement égales aux yeux de la religion. Car Dieu dit dans le Coran : « En vérité, Je ne laisse pas perdre le bien que quiconque parmi vous a fait, homme ou femme, car vous êtes les uns des autres » (Sourate Âle ‘Imrân (La famille de 'Imrân) ; 3 : 195).

Il dit aussi :

« Ô hommes ! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle, et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entreconnaissiez. Le plus noble d'entre vous, auprès d'Allah, est le plus pieux. » (Sourate, Al-Hujurât (Les appartements) ; 49 : 13).

Comme on le voit, ces versets affirment l’universalité des destinataires de l’enseignement divin : le Coran a en vue tous les hommes et toutes les femmes sans exception, c'est-à-dire que tout être humain en tant qu’être humain est apte à recevoir un enseignement en vue de sa propre perfection, et cela s’applique aussi à l’humanité entière. Chaque être humain, homme ou femme, est tenu, par la Loi divine, de chercher à trouver les arguments pouvant conforter sa foi.

Compte tenu du fait que les intelligences sont considérablement inégales, et comme on sait que l’inculcation des enseignements supérieurs n’est pas à l’abri du danger, le Coran a formulé son enseignement de telle sorte qu’il soit abordable même par l’intelligence la plus simple, dans une langue ordinaire accessible. Cette méthode aura naturellement pour résultat que les connaissances spirituelles supérieures seront formulées avec une langue ordinaire, les sens extérieurs ou apparents des mots ainsi que leur fonction dans la phrase seront exprimés dans le registre sensible et les significations spirituelles seront décalées en arrière-plan des significations apparentes. Et c’est de derrière ce voile qu’elles se montreront aux hommes et femmes en proportion de leur intelligence, et chacun en bénéficiera selon son état et à la mesure de son intelligence.

Dieu, exalté soit-Il, dit dans Sa Parole :

« Nous en avons fait un Coran arabe afin que vous raisonniez.
Il est auprès de Nous, dans l'écriture-Mère [l'original du ciel], sublime et rempli de sagesse.
» (Sourate Al-Zukhruf (L'ornement) ; 43 : versets 3 et 4)

En précisant que l’Original (Umm al- Kitâb) est une sagesse sublime et fermement ancrée (hakim, muhkam), Il indique que les esprits humains n’y ont pas accès, excepté ceux que Dieu a privilégiés en cela.

Un autre verset confirme cette accessibilité sélective : « Et c'est certainement un Coran noble, dans un Livre bien gardé que seuls les purifiés touchent » (Sourate Al-Wâqi’a (L'événement) ; 56 : versets 77 à 79).

Les savants interprètent ce verset dans le sens où seuls des hommes parfaitement purifiés peuvent « toucher » le sens ultime du Coran ; le toucher en esprit, et pas seulement faire le geste de toucher un exemplaire du Coran avec les mains. Et comme ceux qui sont Purs, de la proclamation même de Dieu, sont les gens de la Maison Prophétique (Ahl al-Beyt), il va de soi que la connaissance du Coran leur a été donnée à eux en premier lieu.

Dieu Le Très Haut dit en effet :

« Allah ne veut que vous débarrasser de toute souillure, ô Gens de la Maison [du prophète], et vous purifier pleinement. » (Sourate Al-Ahzâb (Les coalisés) ; 33 : 33)

Et dans une parabole, Dieu dit à propos de la vérité, de la vanité et de la capacité des intelligences : « Il a fait descendre une eau du ciel à laquelle des vallées servent de lit, selon leur grandeur. » (Sourate Al-Ra’d (Le tonnerre) ; 13 : 17)

Et le Noble Prophète (s) a déclaré dans un célèbre hadith : « Nous autres les prophètes, nous nous adressons aux gens selon la capacité de leur intelligence ».

L’autre conclusion que l’on peut tirer de cette méthode est que les paroles coraniques présentent, du fait même de la profondeur de sens qu’elles possèdent, un caractère exemplaire. En effet, par rapport aux connaissances divines qui sont bien au-dessus du niveau des intelligences ordinaires, elles sont des paraboles qui ont été données aux fins de rapprocher les connaissances susdites des esprits ordinaires et de les rendre accessibles.

Dieu, exalté soit-Il, dit dans le Coran : « Et certes, Nous avons déployé pour les gens, dans ce Coran, toutes sortes d'exemples . Mais la plupart des gens s'obstinent à être mécréants. » (Sourate Al-Isrâ’ (Le voyage nocturne) ; 17 : 89).

Et ailleurs, il explicite ce point : « Voilà les exemples dont nous usons à l’intention des hommes. Mais il n’est que ceux qui savent pour en tirer raison. » (Sourate Al-‘Ankabût (L'araignée) ; 29 : 43)

Le Coran recourt beaucoup aux paraboles, exemples, semblances, métaphores et autres figures de style. On peut affirmer que toutes les idées se rapportant aux connaissances spirituelles supérieures ont été formulées dans ces formes d’expression.

Il est tout à fait normal que le sens apparent soit méthodologiquement privilégié, pour la simple raison que dans ce monde, l’esprit est mis en retrait par rapport à la matière. Plus les hommes s’élèvent en esprit, mieux leur apparaissent les sens réels des versets du Coran. Dans l’autre monde, les esprits domineront, et la matière retournera à son statut de simple illusion.

(se prononce zâher en persan)

(se prononce bâten en persan)

Original traduit l’expression Umm al-Kitâb, littéralement Mère du Livre. Il s’agit du Coran tel qu’il est bien gardé auprès de Dieu, dans sa version divine dirions-nous, c'est-à-dire avec toutes les significations que les hommes n’auront jamais l’occasion de comprendre avec leur intelligence telle qu’elle est configurée pour cette existence terrestre.

Voir par exemple Bihâr al- Anwâr, volume 5, page 37.

Le terme semblance traduit le mot arabe mathal, qui peut être rendu par exemple ou parabole, ou encore métaphore.

 

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